La Révolte des Gilets jaunes. Histoire d’une lutte de classes

Mis a jour : le vendredi 4 septembre 2020 à 16:05

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La Révolte des Gilets jaunes. Histoire d’une lutte de classes, Niet !, 2020, 215 pages, par le Collectif Ahou ahou ahou.

Comme l’indique le sous-titre, les auteurs ne croient pas à un capitalisme qui aurait englobé, dissout ou dépassé les classes. Une nouveauté que met en évidence le mouvement des Gilets Jaunes, c’est que des catégories prolétariennes jusqu’ici peu actives dans des luttes et peu mobilisées politiquement (« invisibilisées », dirait un vocabulaire à la mode) sont intervenues là où personne ne les attendait. À Paris, il est significatif que les Gilets Jaunes aient choisi d’occuper les Champs-Élysées et les arrondissements chics de l’Ouest parisien, au lieu des quartiers de l’Est qui, malgré la gentrification croissante, gardent l’image désuète d’un Paris des travailleurs. Délaissant les trajets favoris des manifs syndicales, les Gilets Jaunes se sont invités de force chez les riches et au plus près des lieux de pouvoir.
D’autre part – et ceci en relation avec leur composition sociale – ils ont adopté des formes de regroupement, d’organisation et de « sociabilité » relativement inédites.
Pourquoi leur révolte et leurs revendications visaient-elles plus directement l’État que des patrons ? Principalement, explique le Collectif, parce que la partie la plus défavorisée des prolétaires est de plus en plus directement soumise à un État qui verse près des trois quarts du revenu des plus pauvres, lesquels dépendent davantage de lui que d’un salaire direct. La hausse des taxes et la baisse des aides, ajoutées à la dégradation des services publics, les frappent donc au moins autant que la stagnation ou la baisse de leurs maigres salaires – quand ils en reçoivent. Le livre fournit des chiffres éloquents sur la chute des revenus coïncidant avec l’augmentation des dépenses contraintes (p. 28-30). (Cela dit, les salariés des entreprises aussi en appellent régulièrement aux pouvoirs publics, par exemple pour lui demander d’interdire des licenciements.)
Or, face à l’État, tout le monde peut se sentir concerné : chacun souhaite payer moins d’impôts et être mieux traité à l’hôpital.
Pour démêler le rapport entre des « colères » populaires » et le poids « derrière le peuple [de] la lutte des classes », la chronologie est indispensable.
Le livre détaille l’évolution qui a mené des ronds-points aux assemblées, et des blocages au mot d’ordre de Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Si le 8 décembre 2018 représente « l’apogée du mouvement, en même temps que la fin de sa progression vers la possibilité d’un dépassement révolutionnaire », c’est qu’il n’est pas allé vers le lieu « de la reproduction des rapports sociaux » (p. 107-108). La priorité aux samedis et aux manifs (souvent émeutières), et le passage des ronds-points aux centres-villes ont permis « à la confrontation avec le pouvoir de durer sans intervenir sur le quotidien du travail » (p. 125).
Dès la fin décembre 2018 et le début janvier 2019, il y a moins de blocages, davantage de barrages filtrants, et l’émeute du 16 mars sera un deuxième sommet de violence (après celui du 1er décembre), au moment où les Gilets Jaunes ont relâché leur pression sur l’économie, donc amoindri leur propre force. En compensation, vont se multiplier les appels à une très improbable grève générale.
Malgré « l’urbanisation croissante du mouvement » (p. 122), la participation de « prolétaires urbains, plus précaires, plus jeunes, moins attachés à la ‘valeur travail’ » (p. 125), la rencontre (surtout en région parisienne) entre Gilets Jaunes et prolétaires victimes du racisme, et l’esquisse d’un croisement avec les revendications écologistes (« Fin de mois, fin du monde, même combat !»), la convergence demeurera du niveau du slogan. Réunir des éléments hétérogènes ne suffit d’ailleurs pas à ce que chacun aille au-delà de sa particularité. Dépasser les séparations supposerait de s’en prendre au centre de gravité de cette société, son cœur.
Sinon, l’« horizontalité » met tout le monde au même niveau : l’assemblée gilet jaune, qui dans les faits a « avant tout pour vocation de prendre le relais du rond-point » (p. 148), sert plus d’« espace d’auto-compréhension du mouvement » que d’« espace d’organisation » (p. 142).
Si l’on s’interroge sur le « programme » implicite des Gilets Jaunes, c’est probablement un texte ayant circulé dans le Sud-Ouest en janvier 2019 qui l’exprime le mieux. Il imagine une France de 2024 où salariat et marché subsistent, tempérés par une société autogérée, décentralisée, jouissant d’efficaces services publics, et surtout égalisée : chacun étant « décemment » riche, il n’y aurait « plus d’ultra-riches » (p. 153-154). Programme voisin de ceux de la gauche réformatrice de toujours.
Et « l’heure de la grève ? », demande le Collectif (p. 162-173). Celle du 5 février 2019, dans de grosses entreprises et la fonction publique, n’était guère différente des habituelles « journées d’action » syndicales. Globalement, quoi qu’ils aient incité et aidé des salariés à cesser le travail en divers endroits, les Gilets Jaunes ont été réduits à une force d’appoint à des mouvements que leur intervention n’a pas dynamisés (p. 166-167).
La qualité d’un livre dont nous conseillons vivement la lecture oblige toutefois à exprimer des réserves sur quelques affirmations.
Dans le monde entier, estime le Collectif, « voici venu le temps de l’émeute » : « Il apparaît de plus en plus nettement que la manif-émeute tend à s’imposer comme forme face aux habitudes du mouvement social. » (p. 198-199).
Les Gilets Jaunes sont des prolétaires, expliquent les auteurs, et même proches par leurs métiers de « la vieille classe ouvrière », mais leur « monde social » fait qu’il leur est difficile de se penser et d’agir en salarié face à un patron : donc, dans leur cas, ce ne seraient pas les rapports d’exploitation qui « produisent du commun » (p. 164).
Mais alors, d’où vient (ou viendra) ce commun ? Du fait d’être précarisé, sans travail régulier offrant le revenu minimal pour vivre, ou d’être carrément exclu ? Une pauvreté extrême et permanente conduira-t-elle les prolétaires à une remise en cause du capitalisme que des salariés englués dans le travail auraient été incapables de tenter et même d’imaginer ?
On a du mal à y croire.
Pour l’admettre, sans doute faudrait-il raisonner comme si s’étaient succédé deux phases du capitalisme. La première aurait été définie par la production à l’intérieur d’économies avant tout nationales : usines géantes, concentrations ouvrières, emploi sinon garanti du moins massif, classe travailleuse encadrée par les syndicats et des partis du travail. Mais désormais, nous serions entrés dans une seconde phase dominée par la circulation dans une économie mondialisée : délocalisation industrielle, priorité aux flux et à la logistique, emploi de plus en plus rare et de plus en plus dégradé, débordement des organisations syndicales. La première serait caractérisée par des conflits dans un monde du travail structuré autour de grandes entreprises et d’un mouvement ouvrier organisé. La seconde verrait l’effacement de ce dernier et le passage de la grève à l’émeute comme principal moyen de lutte.
La justesse d’une telle théorisation n’est pas démontrée par les mouvements sociaux contemporains, et l’expérience des Gilets Jaunes elle-même rappelle que rien de décisif n’est possible tant que celles et ceux « dans la production » continuent de produire.
D’ailleurs, l’analyse du Collectif le confirme pour la France en 2018-2019 : c’est du « véritable cœur de l’organisation sociale », c’est-à-dire dans « l’exploitation du travail » (p. 200), que viendra la possibilité d’une rupture décisive : l’arrêt de travail reste un moment nécessaire. Non pour s’enfermer dans l’entreprise, mais pour en sortir et participer aux émeutes. La question théorique est moins de comparer les limites respectives de la grève et du blocage, que de se demander à quelles conditions les 150 000 travailleurs du port de Singapour et les 200 000 ouvrières et ouvriers de Foxconn à Shenzen pourront agir en commun avec les 100 000 salariés du cluster logistique de Chicago.
Et pour faire quoi ?
L’insurrection ne devient communiste que si elle ne se borne pas à se saisir des instruments de production, mais commence à transformer ce dont s’emparent les insurgés. Elle consiste donc aussi à se transformer soi-même, à créer collectivement les conditions d’une autre vie pour les autres et pour soi. Il s’agit de remettre en cause le salariat, non de demander une autre forme de revenu. Et de s’en prendre non seulement au rapport entre salaire et profit, mais à l’existence du salaire et du profit, c’est-dire leur l’interdépendance. Comme l’écrivent très justement les auteurs : « La révolution, ça se fait en s’attaquant […] à ce qui fait qu’on est ce qu’on est. Ça se fait en acceptant et en provoquant une situation dans laquelle on ignore de quoi seront faits les lendemains » (p. 212).
Une force de ce livre est de nourrir chaque partie de cas précis souvent détaillés, empruntés à la presse ou à des journaux de lutte : on n’oubliera pas le récit du 8 décembre 2018 à Toulouse, Marseille et Paris (p. 93-103). Une analyse recommandée, à lire en parallèle avec l’étude de Tristan Leoni, Sur les Gilets jaunes, disponible sur le blog ddt21.

G.D., septembre 2020.

Sur le même sujet :
G.D., Jaune, rouge, tricolore, ou : Classe & peuple  (juin 2019)

Link_go DDT21 Douter de tout…

Commentaire(s)

> Cette merde de Dauvé

"En 1980, le groupe se divise sur la question du soutien à apporter à Robert Faurisson. Après avoir rompu avec La Guerre sociale et, quoique progressivement, le négationnisme8, Gilles Dauvé crée avec Serge Quadruppani La Banquise (1983-1986) puis Le Brise-glace (1988-1990), mais ne participe pas par la suite à Mordicus."

"En 1995, Gilles Dauvé soumet aux éditions Baleine le manuscrit d'un roman policier pour la collection Le Poulpe, dans laquelle son ami Serge Quadruppani a déjà publié un titre. Jacques Baynac, l'ancien cofondateur de la librairie La Vieille Taupe, l'apprend et recommande à Jean-Bernard Pouy, directeur de collection, de refuser ce manuscrit car il considère que son auteur est révisionniste12,13."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Dauvé

"Pédophilie et paraphilie, ou la confusion persistante de Gilles Dauvé

L’article « Ami(e)s pédophiles bonjour » (paru dans La Banquise n° 2 en 1984) n’est pas disponible sur le site de Gilles Dauvé : troploin. On le trouvé cité partiellement dans des textes de Didier Daeninck (4) - dont la probité intellectuelle et politique est plus que sujette à caution - et sur le site Wikipedia (notamment ces deux passages : « combien de meurtres commis par des pédophiles auraient pu être évités, si la pédophilie, " épisode particulier des relations adultes-enfants " était moins dramatisée ? » et : « Un pédagogue libéral américain n’explique-t-il pas que le principal traumatisme que subit l’enfant "victime" d’un satyre provient de ses parents qui en font tout un plat, alors que lui, s’il n’y a pas eu violence, aurait plutôt tendance à s’en foutre ? » Si tout l’article était reproduit sur le Net par son ou ses auteurs, plutôt que ces interrogations provocatrices propices aux pires accusations, il serait plus facile d’avoir un jugement équilibré. Mais une certaine ultragauche préfère se réfugier dans sa tour d’ivoire...

Malheureusement, il semble que cette confusion ultragauche face à la pédophilie continue à sévir aujourd’hui comme en témoigne le texte signé en 2001 par J.-P. Carasso, G. Dauvé, D. Martineau et K. Nesic sur les rapports entre adultes et enfants intitulé « Autre temps », mais dont on ne trouve bizarrement sur le Net qu’une version abrégée en anglais et signée du seul Dauvé « Alice in the monsterland » http://libcom.org/library/alice-monsterland-troploin.>

Pour éviter toute mésinterprétation, nous reproduirons des extraits du texte de Dauvé en anglais puis notre propre (re)traduction en français : « The question : What would become of child-adult relation in "communism" ?, can only be answered by questioning the question. Marx opposed ideal Utopian plans (which often contained illuminating insights) with the critique of the existing social and mental order : critique of philosophy and Law, critique of the Jewish question, critique of economy... Any present solution to the problem is wrong, because it is based on "child" and "adult" as they are currently defined. All we know is that a child is not a miniature adult. An insurmountable difference separates and binds them. » Soit en français : « A la question : "Que deviendront les relations entre les enfants et les adultes sous le ‘communisme’ ?" on ne peut répondre qu’en remettant en cause la question elle-même. Aux plans idéaux des utopistes (plans qui comprenaient souvent des intuitions fulgurantes) Marx opposait la critique de l’ordre social et moral existant : la critique de la philosophie et du droit, la critique de la question juive, la critique de l’économie... Toute solution actuelle au problème est erronée. Tout ce que nous savons c’est qu’un enfant n’est pas un adulte en miniature. Une différence insurmontable les sépare et les relie. »

Il est pour le moins étonnant que 2500 ans de réflexion philosophique et anthropologique (de Socrate à...Dauvé) n’aboutissent qu’à un résultat théorique aussi maigre (« un enfant n’est pas un adulte » !), et qu’il nous faille de surcroît attendre patiemment l’avènement d’un hypothétique communisme mondial pour prendre une position claire sur la pédophilie sous prétexte que nous serions tous des « paraphiles » (traduire : des partisans de pratiques sexuelles non reconnues par la morale dominante)... Où l’on voit que le contenu réel du radicalisme hypercritique des « provocateurs » de La Banquise est toujours aussi superficiel. Leur élitisme ne peut qu’entretenir la confusion. C’est ainsi que Dauvé écrit : « This society holds as a principle that sexual consent on the part of a child is not valid, because he can’t know what he really wants and needs. But his needs and wants are considered valid when they concern his right to buy and enjoy. » (« Cette société considère, par principe, que le consentement sexuel d’un enfant n’a aucune validité parce qu’il ignore quels sont ses désirs et ses besoins. Mais ceux-ci sont considérés comme valides lorsqu’ils concernent son droit à prendre du plaisir en achetant. »)

Pas étonnant que les Banquisards aient publié en 1983 un texte intitulé « Le roman de nos origines » et non « Une analyse critique de nos origines », bilan qui aurait été et serait pourtant fort utile aux jeunes générations exposées à toute la propagande conspirationniste, antisémite, citoyenniste, nationaliste, tiersmondiste sur le Net."

http://mondialisme.org/spip.php?article1960

> Dauvé et Coleman c’est bonnet blanc et blanc bonnet

Qu’est-ce que Dauvé vient faire dans cet article, sinon pour pourrir un article avec le trollage habituel et répétitif du nervi de Coleman, qui veut absolument imposer Mondialisme sur Indymedia par tous les moyens, toujours aussi finement ? Rien de nouveau, donc !

Mais il peine à faire la promotion de son maitre à penser, pas la peine de l’accabler, il suffit de lui laisser la parole pour qu’il s’enfonce lui-même :

Coleman au secours des maostaliniens :

« Les groupes trotskystes et anarchistes ou anarchosyndicalistes (à la notable exception de la CNT-AIT et de quelques petits groupes atypiques comme Non Fides ou les Luftmenschen dont nous publions les textes régulièrement) ont atteint un tel degré de dégénérescence qu’ils ne savent même plus reconnaître un assassinat, une agression ou une manifestation antisémites. […] Et ce sont des maostaliniens qui font preuve d’un bon sens élémentaire… »

Trois articles du PCMLM sur les manifestations prétendument "propalestiniennes"
http://www.mondialisme.org/spip.php?article2102

Selon l’OCL, le CRIF serait une puissance occulte qui commanderait les 91 ssconseillers de la communauté Est-Ensemble de l’Ile de France
https://nantes.indymedia.org/articles/32302

Il n’y a pas photo sur les affinités politiques du sioniste d’extrême droite Coleman et son porte-parole :

http://www.zionism-israel.com/limites_de_l

http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=3357

http://archives-forum-sarko.probb.fr/t499-le-meurtre-d-ilan-halimi-et-le-malaise

C'est ça qu'il faudrait imposer sur Indymedia ?

> Soutien aux « Gilets jaunes » : tromperies sur la marchandise sondagière

L’Ifop sonde : c’est son job. Et diffuse sa marchandise : c’est fait pour. BFM-TV et Le Parisien se livrent à un exercice de tromperies sur la marchandise : c’est fréquent !

Passons rapidement sur la marchandise sondagière elle-même, telle qu’elle est diffusée par l’Ifop. La question posée, que nombre de sondés ne se sont pas posée avant qu’on la leur pose, et qui peut faire l’objet des interprétations les plus diverses, était donc la suivante : « Vous-même, est-ce que vous diriez que vous êtes un "Gilet jaune" ? » L’Ifop a détecté comment les Français « se sentent ». Et ça donne :

Traduction : 10% des sondés « se sentent » gilets jaunes et 41% « ne se sentent pas », mais soutiennent. Autrement dit, qu’ils « se sentent » ou « ne se sentent pas », 51% des sondés sont favorables au mouvement des gilets jaunes.

Ce que Le Parisien et BFM-TV interprètent généreusement, comme le compte « Brèves de presse » l’a signalé sur Twitter.

Voir les images :

https://www.acrimed.org/Soutien-aux-Gilets-jaunes-tromperies-sur-la