La suprématie blanche est un système de déni. Jusqu’à la dernière seconde elle refusera de voir la vérité. Quelques notes sur la dépravation morale de l’Occident.

Les décideurs politiques et économiques ont aussi tout intérêt à continuer à occulter cette dimension coloniale

Pour faire face au chaos climatique, il faut entendre les voix jusqu’ici marginalisées pour valoriser les actes d’imagination collectifs. Les communautés marginalisées ont plus en commun avec les populations autochtones à se joindre à la guérison de ce traumatisme colonial qu’une culture paranoïaque qui s’accroche au maintien de sa domination. La transformation doit être ancrée dans le fait de dire des vérités qui dérangent TOUS les pouvoirs, qui remettent en question les hypothèses mêmes qui façonnent la manière dont ces relations oppressives et cette colonialité se perpétuent. La valorisation d’une multiplicité de savoirs est essentielle pour faciliter à la fois la « démocratisation radicale et la décolonisation du savoir et du pouvoir » (Santos et al., 2008, p. xiix). En effet, il n’y a « pas de justice sociale mondiale sans justice cognitive mondiale » (Santos et al., 2008, p. xx).

L’imposition violente du pouvoir colonial s’est appuyée sur l’enfermement et l’élimination des personnes handicapées et des personnes racialisées dans le cadre de la création d’un État carcéral, des histoires largement occultée de l’oppression des personnes handicapées dans le contexte colonial, ainsi que ses interconnexions avec l’oppression raciale et leur continuité de nos jours, une acceptation enracinée dans le projet colonial et le besoin urgent de décentrer et de perturber les fondements paradigmatiques de la « prison de la colonialité » (Quijano, 2007, p. 178) dans lequel nous sommes tous capturéEs.

La société occidentale a historiquement et fondamentalement créé des obstacles à l’acceptation de la diversité pour ne pas mettre en lumière les histoires qui interrogent et rendent visibles ces relations (de domination) entre le colonialisme, le capitalisme et la formation de l’État (gestion des frontières), qui sont enracinées dans la blancheur, pour ne pas comprendre comment la suprématie blanche et l’extraction capitaliste sont les éléments fondamentaux de tous les projets coloniaux.

En 2023, le handicap est toujours le 1er motif de discrimination en France, des discriminations en constante augmentation. Les femmes blanches et valides, sous l’influence des mouvances fémonationalistes, homonationalistes ou ultranationalistes (déguiséEs en gauchistes), qui pensent incarner ce privilège de la fragilité et qui continuent d’ignorer, comme la législation française, l’intersectionnalité, « le cumul des handicaps et des difficultés d’accès aux droits est bien réel ». (déclaration de l’ONU et Claire Hedon, défenseuse des droits) :

  • Les personnes handicapées et leurs familles vivent un véritable apartheid social.
  • Les femmes en situation de handicap sont dix fois plus victimes de VSS (Violences Sexuelles et Sexistes).
  • 300 000 personnes handicapées n’ont ni droit aux minima sociaux, ni accès aux Prud’hommes, ni au droit de grêve, ni droit à la retraite,.. elles sont exploitées jusqu’à la mort.
  • 700 000 personnes sans capacité de droit de part leur handicap…

Le dernier rapport accablant de l’ONU nous informe comment la France est non seulement le dernier pays d’Europe condamné pour ségrégation, et comment la justice française ignore totalement le droit des personnes handicapées….

Cette ségrégation structurelle et institutionnelle n’est pas du tout comprise comme étant intrinsèquement inégale et discriminatoire. Si les gens nous comprenaient mieux, ils verraient que nous sommes aussi des « humains » tout comme eux et nous accorderaient aussi ce statut d’humanité. Nous n’avons pas encore acquis cette légitimité à être reconnues comme des êtres pouvant s’engager dans une auto-réflexivité. Les personnes ayant certains types de handicaps se heurtent à une stigmatisation considérable.

De plus, d’après l’ONU, les personnes en situation de handicap psychosocial ou intellectuel sont beaucoup moins identifiables que celles en situation de handicap physique ou sensoriel et les programmes mis en place échouent à répondre à leurs besoins et sont encore plus susceptibles de les négliger.

Il faut plutôt le comprendre comme la volonté de maintenir le privilège neurotypique en ignorant les « autres », en considérant les minorités comme malades. Par exemple, des rares auteurs qui arrivent à accéder au monde universitaires… (un accès extrêmement compliqué en France), comme Chantelle Jessica Lewis et Jason Arday (UK) qui sont parvenues à publié leurs recherches, soutiennent que s’appuyer sur la politique de la neurodiversité en conjonction avec les subjectivités noires peut générer des voies pour exposer et démanteler l’hégémonie neurotypique, ou comment la race et l’hégémonie neurotypique surexposent les chercheurs noirs neurodivers à une forme particulière et omniprésente de double péril, dans un contexte de racialisation de l’hégémonie neurotypique.

Les droits des personnes handicapées ne sont absolument pas compris, une négligence totale qui restreint les possibilités offertes à ces personnes et réduit leur participation à la vie de leur collectivité. Démanteler ce validisme nécessite de comprendre comment il est lié à la suprématie blanche et à ses privilèges. Plus nous exposons cette idéologie de la suprématie blanche et la manière dont elle est mêlée et entrelacée au capacitisme, plus nous construisons une solidarité avec les personnes victimes de racisme, cette idéologie qui vise à subordonner des personnes spécifiques, où le validisme est le moyen d’atteindre cet objectif.

« La racine du racisme, c’est le validisme. La racine du validisme, c’est l’anti noirceur. » — Talila Lewis

Le validisme n’est rien d’autre qu’un outil de la suprématie blanche. La ségrégation des personnes handicapées est une discrimination qui doit cesser.

Prendre en compte la parole de ces personnes est une exigence démocratique. Fanon, dont les travaux ne sont toujours pas enseignés dans les universités françaises, insistait sur le fait que la discrimination raciale et la domination coloniale d’un groupe sur un autre étaient profondément ancrées dans la mentalité française, que le prétendu fondement philosophique du républicanisme français moderne, le principe de l’égalité des citoyens, était une imposture. Grâce à l’éducation colonisée industrielle, l’internalisation du racisme et de l’oppression sont devenues des connaissances de « bon sens », par ceux qui ont cherché à les soumettre.

Résister à la blancheur signifie développer une politique de la différence » (McLaren et Torres 1999, p. 59). La blancheur est à l’origine de l’oppression des personnes handicapées. Borthwick note à juste titre qu’il existe une « relation complexe entre le racisme et les préjugés contre les personnes handicapées » (Borthwick 1996, p. 403). Comprendre la manière dont la blancheur crée une discrimination à la fois raciale et liée aux capacités sera un outil utile pour les chercheurs en études sur le handicap pour comprendre la construction culturelle de la capacité/du handicap. Autrement dit, on soutient que le racisme est apparu comme un moyen de contrôle social par les classes dirigeantes pour maintenir leur domination sociale et économique sur les classes ouvrières (esclaves) : il s’agit d’un acte politique (Allen 1994). Thompson (1999) affirme que « le racisme implique des conditions matérielles, du pouvoir, un statut juridique et des privilèges, ainsi que des préjugés. Les racismes sont fonction de l’invisibilité de la blancheur pour les Blancs, une sorte de cécité chromatique (Frankenberg 1993 ; Nayak 1997). Cela contraste avec la capacité des Noirs à comprendre la blancheur (Nayak 1997). La blancheur devient alors pour les Blancs « une forme d’amnésie sociale » (McLaren et Torres 1999, p. 56), un « oubli » (Cornford 1997, paragraphe 21), une « absence » (Nayak 1997, p. 69) et une « illusion » (Jay 1998). La blancheur est « un pouvoir oppressif » (Thompson 1999, p. 142), dont les Blancs ne reconnaissent généralement pas l’existence. Lors des réunions, les Blancs ont le privilège de s’exprimer ; sur le lieu de travail, ils ont le privilège de gagner de l’argent.

Fondée sur les mouvements eugéniques, l’institutionnalisation des personnes handicapées a entravé leur participation à la société en se basant sur la compréhension que ces personnes étaient moins qu’humaines, et donc une menace pour la continuation de la race humaine (Reaume, 2012). L’eugénisme constitue le fondement idéologique du projet colonial, car l’assujettissement des peuples nécessite un cadre hiérarchique, une infériosation/pathologisation des personnes handicapées, comme dans le contexte français actuel. L’eugénisme blanc est un lieu d’intersection dans la prise en compte de la vie des peuples autochtones handicapés. L’eugénisme est opérationnalisé pour justifier le génocide au nom de la réalisation d’une « race supérieure » (McLaren, 1990, p. 1). Avant la réglementation des peuples autochtones au Canada, les nations autochtones fonctionnaient au sein de structures diplomatiques complexes qui respectaient le caractère sacré de tous les êtres vivants (Simpson, 2008). L’ordre social était maintenu par la reconnaissance des dons de chacun comme ressource pour le collectif (Bell, 2013). Chaque individu occupait une position au sein de la communauté en fonction de sa lignée familiale, de son appartenance à un clan et de sa vocation spirituelle (Bohaker, 2010). Dans la reconnaissance que chaque individu est un descendant de Nanaboozhoo (ou Nanabush), l’être originel (une autre histoire de création qui ne sera pas racontée ici), il y avait une compréhension que tout le monde dans la communauté est parent, et donc il y avait une orientation vers l’inclusion (Simpson, 2013). Cela ne veut pas dire que la discrimination fondée sur le handicap ne s’est pas produite dans les communautés autochtones traditionnelles, mais que la structure de ces nations était fondée sur la relation et le respect comme point de départ (Simpson, 2008). Dans le contexte de l’Amérique du Nord, l’eugénisme caractérise la triade Noir-Autochtone-colon, dans laquelle l’indigénité est remplacée par la blancheur par le travail des corps noirs (Tuck & Yang, 2012). Les peuples autochtones étaient aussi considérés comme moins qu’humains, dans la mesure où leurs corps ne valent pas la peine d’être réduits en esclavage et n’étaient valorisés que lorsqu’ils étaient morts (Deloria, 1969). Ce sont les structures du colonialisme, où le handicap et la différence sont considérés comme des obstacles au progrès. Les idéologies eugéniques continuent de fonctionner dans les systèmes de santé et d’éducation, entravant l’autonomie corporelle et l’autodétermination des personnes handicapées et des peuples autochtones. Quand un enfant naît sur terre, c’est un cadeau pour toute la communauté autochtone. Si un enfant se présente comme handicapé, il est entendu qu’il y a quelque chose à apprendre de cette expérience pour renforcer la communauté dans son ensemble. (Greenwood, 2006). Le colonisateur n’a pas simplement conçu un système éducatif. Il a conçu une éducation spécialement pour détruire les cultures, les systèmes de valeurs et l’apparence autochtones (Linda Tuhiwai Smith, 2012).

Le 17 04 2023, le CEDS a épinglé la France pour violation de leurs droits fondamentaux. La seule solution pour combattre ces discriminations est de les mettre en lumière et de dénoncer cet individualisme extrémiste propre à ce pays. C’est un problème totalement ignoré, un problème qui n’est pas non plus très vendeur sur le plan électoral par les partis politiques qui se revendiquent être de gauche. Ni la législation nationale, ni les milieux dits « progressistes », ni la quasi majorité des anti autoritaires ou écologistes auto-proclaméEs, ne reconnaissent l’intersectionnalité des discriminations dont sont notamment victimes les femmes handicapées. (ONU, C. Hedon)

Le travail antiraciste ou antivalidiste ne peut être validé que par les personnes qui sont victimes de racisme et de validisme. Le projet de décolonisation ne peut être mené que par nous, par les coloniséEs.

La destruction des privilèges ne pourra jamais se produire par des individus confessant leurs privilèges, qui embrassent la suprématie blanche, qui essayent de se considérer dans une nouvelle position de sujet, mais par la création de structures collectives qui démantèlent les systèmes qui permettent ces privilèges. Les généalogies militantes qui ont produit une réponse au racisme et au colonialisme de peuplement n’étaient pas initialement axées sur le racisme en tant que problème de préjugés individuels. L’objectif était plutôt que les individus reconnaissent comment ils ont été façonnés par des formes structurelles d’oppression.

La réponse au problème du racisme structurel est devenue une réponse individuelle, une confession individuelle aux dépens de l’action collective.

Une personne handicapée ne peut pas ignorer les théories abolitionnistes, comme les abolitionnistes ne peuvent pas ignorer la justice pour les personnes handicapées, les deux sont liés, puisqu’il y a un lien très étroit entre la ségrégation, l’incarcération et le validisme (Talila Lewis, 2018). Les soins de santé mentale forcés ne sont pas abolitionnistes. C’est pourquoi l’abolition doit inclure la justice raciale et la justice pour les personnes handicapées. C’est ainsi que le validisme et le racisme s’entremêlent pour criminaliser.

C’est pourquoi l’abolition a besoin de justice pour les personnes handicapées. Les détentions involontaires pour raisons de santé mentale constituent aussi une criminalisation. Le handicap est une catégorie intrinsèquement politique, une construction sociale. C’est pourquoi l’abolition est la seule voie à suivre. Le travail de l’abolition, de décolonisation et la lutte contre le racisme/validisme sont indissociables. Nous ne pouvons pas parler de justice pour les personnes handicapées sans parler d’abolition et sans le démantèlement de la suprématie blanche. Des enfants autistes sont assassinés chaque jour, généralement par un membre de leur famille. Le seul mouvement qui s’attaque actuellement à ces pertes est la justice pour les personnes handicapées, #DisabilityJustice et la solidarité entre les personnes handicapées, #DiabilitySolidarity.

 » avec la justice pour les personnes handicapées, nous voulons nous éloigner du « mythe de l’indépendance », selon lequel chacun peut et doit être capable de tout faire par lui-même. Je ne me bats pas pour l’indépendance… Je me bats pour une interdépendance qui embrasse les besoins et dit la vérité : personne ne le fait tout seul et le mythe de l’indépendance n’est que cela, un mythe.  » — Mia Mingus

 » La justice pour les personnes handicapées se centre à la fois sur le passé, le présent et le futur, pas seulement sur le PRESENT/MAINTENANT. Considérer uniquement le PRESENT est un pure produit de la suprématie blanche, du capitalisme, du colonialisme et du validisme. » — Talila Lewis, 2021

La justice pour toutes les personnes handicapées est une approche conceptuelle qui aborde les inégalités subies par les personnes handicapées en mettant l’accent sur la façon dont les différents aspects de la discrimination sociale et politique se recoupent.

De nombreux débats et discussions au niveau international sur la santé mondiale ont déjà eu lieu : Mia Mingus, Talila « TL » Lewis, Liat Ben-Moshe, Farzana Khan… des personnalités incontournables et reconnues sur ces questions ont largement discuté sur l’importance de centrer la justice pour les personnes handicapées dans la lutte contre la crise de santé publique actuelle. Cette manière de ne faire qu’un travail d’urgence blanche, (#WhiteUrgency), sans la moindre réflexion, sans la moindre prévention, sans le moindre effort pour effectuer des recherches fastidieuses sur les causes, parce que ces personnes n’y sont pas obligées, est un pur produit de la suprématie blanche et de ses privilèges. Peu de personnes le savent, mais les origines historiques de la protection des réfugiées est raciste et coloniale (White Savior Industrial Complex). Une journaliste de « The New Humanitarian » faisait le même constat que moi, dans un article qu’elle a rédigé en Mars 2023. Elle tirait aussi la sonnette d’alarme. Elle a du quitter ce milieu après avoir constaté qu’il était infiltré par des nationalistes blancs, après avoir subi les mêmes intimidations et des violences. Ces personnes « pilotent » ces milieux pour mieux les gérer et surveiller les personnes trop antiracistes ou trop anticolonialistes à leur goût… en occultant le travail antiraciste et anticolonial, tout en priorisant un travail d’urgence blanche.

Humanitarian Borders : mobilité inégale et sauvetage de vies de Polly Pallister-Wilkins est une lecture incontournable qui expose les façons fallacieuses dont la violence étatique aux frontières est reconditionnée sous le nom de noble humanitarisme, la décolonisation des études sur la migration signifie les démanteler. Prendre la décolonisation au sérieux ne peut pas signifier que nous continuions à faire ce que nous faisons, selon l’article bien connu de Tuck et Yang, décoloniser la migration (les études), et ne pas en faire une métaphore, ne peut que signifier le démantèlement des études sur la migration. L’impérialisme humanitaire et l’humanisme carcéral sont les deux faces d’une même médaille.

Réussir à naviguer et s’adapter à différents niveaux de vulnérabilité dans ces systèmes structurels multi-oppressifs, nécessite une lentille philosophique que peut offrir le féminisme intersectionnel pour atténuer ses conséquences, ses effets malsains, et comprendre les origines et les effets des phénomènes sociaux, culturels, politiques et économiques qui façonnent les psychologies et les trajectoires de vie de celles et ceux qui vivent avec, au-dessus et sous eux. Le féminisme noir explique très bien comment ce pouvoir est préjudiciable non seulement à celles et ceux contre qui il est exercé, mais également au développement psychologique de celles et ceux qui l’exercent. Ce pouvoir sociopolitique et culturel est un état psychologique qui peut être qualifié de psychose, un sujet peu discuté en tant que tel dans la littérature.

Exclure des discussions cette culture dominante blanche en tant que culture à interroger, à discuter et à considérer est une manière de rendre cette culture blanche invisible en tant que construction sociale, établie comme un système de valeurs autoritaires original qui éclipse silencieusement toutes les autres cultures et philosophies. Tout cela a conduit et découle de siècles d’altérité, d’orientalisation et d’utilisation des cultures de couleur comme explication des oppressions qui résultent directement du colonialisme de peuplement européen blanc, de l’impérialisme et du capitalisme. Cette culture du pouvoir refuse de reconnaître que celles et ceux qui occupent le courant dominant ont été soutenus par ces politiques sociales pendant des siècles. Il est permis finalement à celles et ceux qui sont au pouvoir de fonctionner avec un « handicap psychologique » qui « réduit leur capacité à faire preuve d’empathie », « augmente le sentiment de droit et conduit à un plus grand narcissisme ». Leurs comportements et psychologies sont « similaires à ceux des psychopathes » (Beattie, 2019).

« Le validisme permet toutes les formes d’iniquité et entrave tous les efforts de libération. Il a été utilisé pendant des générations pour dégrader, opprimer, contrôler et faire disparaître les personnes handicapées et non handicapées […] Le validisme est aussi la racine de toutes les oppressions […] La construction de la race dépend entièrement du validisme. Nous ne pouvons pas comprendre pleinement le racisme sans une perspective anti-validiste, nous ne pouvons pas démanteler le racisme sans une pratique anti-validiste (cela est particulièrement vrai pour le racisme anti-Noirs/autochtones) […] Démanteler le capacitisme/validisme omniprésent demande à comprendre comment il est lié à la suprématie blanche, à ses privilèges, il est un activateur d’oppression […] Une société qui valorise le corps, l’esprit des gens sur la base d’idées de normalité construites, conduit la société à déterminer qui est précieux en fonction de l’apparence d’une personne et/ou sa capacité à [re]produire,… à « se comporter » de manière satisfaisante. » — Talila Lewis, 2018, 2019, 2022.

Il est évident qu’on ne peut pas être antiraciste tout en étant validiste. On ne peut pas non plus être antivalidiste tout en étant raciste.

Systématiquement privés de nos droits, il est impossible de lutter contre ce validisme et ce racisme structurel envers les Noirs sans un enseignement du privilège blanc, cela nécessite un désapprentissage de la suprématie blanche.

Il faut comprendre cela en termes de systèmes et non d’individus.

Cela peut aider à recentrer le travail des préjugés individuels vers les systèmes qui entretiennent et font respecter ces préjugés. Cela peut nous aider, au contraire, à aborder ces problèmes d’une manière qui s’appuie sur une compréhension de l’intersectionnalité, de la responsabilité, de la position sociale et des privilèges. Ne laisser personne qui n’a jamais été dans nos chaussures, où qui ne peut pas y rentrer, nous dire comment les attacher. Toute personne qui est offensée par notre travail antivalidiste est validiste, et notre travail ne doit pas sans cesse s’adapter à leur niveau de confort.

“La décolonisation du handicap nécessite à la fois une prise de conscience aiguë des processus coloniaux qui contribuent au handicap et le provoquent”. — Hollinsworth, 2013).

« La déségrégation est tout simplement incomplète sans décolonisation. » — Nelson Maldonado-Torres, expert en études sur la décolonialité.

“Il faut un changement significatif de paradigme pour déconstruire nos notions de capacité. Cela nécessite la décolonisation de ces systèmes dans leur ensemble.” — Nicole Ineese-Nash, construction, communauté anishinaabek.

“La connaissance et le pouvoir de définir ce qui constitue une véritable connaissance sont au cœur épistémique du colonialisme.” — Linda Tuhiwai Smith

Andrea Smith (autochtone) et Indigenous Media Action disaient en 2014, à ce propos : « De graves manquements éthiques et moraux intégrés à ce processus d’auto-identification font que ces gens (les blancs) continueront de parler par-dessus nous et pour nous. »

Jen Deerinwater, une camarade autochtone, érudit, chercheuse, journaliste, poly handicapée, fondatrice de « Crushing Colonialism » écrit : « L’effacement des peuples autochtones atteints de maladies chroniques, (un pourcentage qui atteind souvent 50% dans leur communauté – les peuples autochtones du Canada connaissent également un taux de handicap deux fois plus élevé que la moyenne nationale) […] bon nombre de ces problèmes de santé sont le résultat direct de la violence de cinq siècles de colonialisation […] l’absence de ’natifs’ sur ce sujet favorise le colonialisme des colons et envoie un message clair que nous ne sommes pas les bienvenuEs. »

Les personnes qui veulent « lutter pour leurs droits » devraient regarder le travail que les Noirs et les Autochtones ont déjà fait depuis très longtemps. Cela demande, avant tout de démanteler ce racisme systémique, ce racisme daltonien dont la France est spécialiste.

« Pour les personnes blanches qui ont intégré cette doctrine française du racisme daltonien (outil très efficace pour perpétuer les inégalités raciales), la seule chose à laquelle elles sont aveugles, c’est leur complicité avec la suprématie blanche. » — Marie Crystal Fleming, How to be less stupid about race, Resurrecting Slavery : Racial Legacies and White Supremacy in France

La « digestion » du passé colonial est douloureuse en France, et la non-résolution de ce racisme et de l’héritage colonial provoque des effets qui se prolongent dans les générations actuelles, notamment par un racisme diffus à l’encontre des populations issues, à une ou deux générations, des pays de l’ex-empire. Des générations pour une large part nées en France. Un racisme qui trouve son inspiration dans l’imaginaire de domination hérité essentiellement de la période coloniale.

« Trop souvent, nos normes d’évaluation des mouvements sociaux tournent autour de leur « réussite » ou non à réaliser leurs visions plutôt que sur les mérites ou la puissance des visions elles-mêmes. Selon une telle mesure, pratiquement tous les mouvements radicaux ont échoué parce que les relations de pouvoir qu’ils cherchaient à changer sont restées quasiment intactes. Et pourtant, ce sont précisément ces visions et rêves alternatifs qui inspirent les nouvelles générations à lutter pour le changement. » — Robin DG Kelley, Freedom Dreams : The Black Radical Imagination

Comme Audre Lorde nous l’a enseigné : « Lorsque nous pourrons nous armer de la force et de la vision de toutes nos diverses communautés, nous serons enfin tous libres. »

« Si nous adoptons une perspective féministe noire et une justice pour les personnes handicapées… nous comprenons qu’une politique centrée sur celles et ceux qui sont les plus marginaliséEs et les plus touchéEs profitera également à celles et ceux qui sont moins marginaliséEs et moins touchéEs. » — Sami Schalk, Black Disability Politics

Dans son livre, Sami Schalk soutient que l’idéologie révolutionnaire des Black Panthers comprenait le lien entre le racisme, le classisme et le validisme. Leur approche de la politique du handicap ne correspondait pas toujours au langage et aux tactiques du mouvement blanc dominant pour les droits des personnes handicapées.

Ce modèle social du handicap (basé sur les droits de l’homme) n’a toujours pas été intégré dans la législation française, ni dans la réglementation nationale, pas plus qu’il n’en n’est devenu partie intégrante de la conscience politique et professionnelle de ce milieu, alors que tous les autres pays européens ont transité vers ce modèle.

Dans « Black Disability Politics », Sami Schalk explique comment (Alison Kafer qui écrit sur l’activisme environnemental) nous avons besoin « d’analyses qui reconnaissent et refusent l’exploitation inextricable des corps, des environnements qui ne diabolisent pas les maladies et les handicaps, et en particulier les corps malades et handicapés, qui résultent de cette pollution », en demandant : « Comment pouvons nous poursuivre la tâche absolument nécessaire de lutte contre la pollution toxique et ses effets sans perpétuer les hypothèses culturelles sur la tragédie absolue du handicap ? ». Ou quand les féministes, les antifascistes, les environnementalistes,… utilisent des métaphores du handicap pour parler des effets négatifs du patriarcat (fou, folle, malade, débile,…), des violences du racisme, des dégâts de la pollution,… l’utilisation d’un vocabulaire dont les objectifs sont de ne pas mettre fin à ces violences mais d’effacer et criminaliser encore plus le handicap. Quand l’hypothèse de la folie est une façon pour certainEs d’expliquer un crime horrible… mais plus une approche qui stigmatise les malades mentaux. Comme quand les antifascistes libéraux de la France insoumise (Thomas Portes, entre autres) ne parlent jamais de la « suprématie blanche violente » pour parler de leur violence, mais les traîtent de fous. Des recherches très intéressantes sur les métaphories du handicap sont disponibles dans la littérature noire et autochtone via le site « Disability Studies Quarterly » : Sami Schalk, Professor Tanya Kateri Hernandez..

La suprématie blanche a toujours été dominante, comme la gouvernance de la question de la ségrégation des personnes handicapées qui est ancrée dans cette même mentalité coloniale, accro au paternalisme, qui nous a conduit à cette situation, une situation où rien ne change. Cela nécessite de dénoncer cette violence épistémique et toutes les conséquences psychologiques qu’elle entraîne. Décoloniser la question politique du handicap n’est pas une fiction ou un fantasme, mais une urgence vitale. Le modèle social du handicap a été abordée pour la première fois par les politiques noires et visionnaires du handicap, dès 1970, il y a déjà plus de 50 ans, parce que la ségrégation faisait partie de leur quotidien. Cela nécessite l’étude des approches autochtones et anglophones du handicap, c’est aussi se rendre compte que tous les pays voisins sont maintenant bilingues, et la France continue à réfléchir, débattre,.. dans une seule langue et croient sincèrement que leur culture est supérieure à celle des autres, contrairement aux pays voisins devenus beaucoup plus anglicisés.

Malgré mes signalements, « Vallées en lutte » (un site du réseau MUTU où je ne publie plus rien) plaide consciemment et ouvertement contre l’intersectionnalité, tout comme l’a fait l’ex ministre de l’enseignement supérieur F. Vidal en 2021, dont les condamnations publiques sur les recherches académiques dans d’autres domaines (théories critiques de la race, décolonialité,..) lui ont valu des critiques virulentes de la part du milieu universitaire international, sociologues critiques, entre autres… Les manifestations antiracistes de 2020 ont rendu urgent l’examen de cette histoire de l’esclavage, de la colonisation, de l’exploitation et le génocide de peuples désignés comme « autres ». Pourtant, il subsiste une résistance et une controverse extraordinaires autour du concept de race et de son étude, en particulier dans le contexte français. Il faut se tourner vers les bases de données anglophones pour apprendre sur la nation française et ses citoyens, les questions de l’appartenance raciale française, la relation de la France avec l’empire colonial et le reste de l’Europe, les liens entre la race et les angoisses nationales, le dépeuplement et la dégénérescence, une identité nationale de l’époque de la France du début du XXe siècle qui revenait systématiquement au corps : sa couleur et son sexe, sa dépense de force de travail, sa capacité de reproduction et son expérience du désir. La question de savoir quels types de corps pouvaient s’assimiler à la « race française » était d’une importance primordiale. comment les hiérarchies raciales ont été construites, comment le genre a figuré dans leur création et comment seuls les Européens blancs ont été considérés comme assimilables. (comme dans le contexte français actuel)

« La réalité des problèmes ne sont pas abordés, et les non-problèmes (c’est-à-dire la prétendue corruption des valeurs républicaines françaises par le milieu universitaire) sont surtraités (Harawi 2020). Les contre-récits et les savoirs produits à partir de la périphérie sont jugés illégitimes, voire dangereux. En effet, ce qui compte comme fait reste sous l’autorité de ceux qui « [façonnent] les paramètres de la connaissance légitime », ce qui sert en fin de compte à saper les épistémologies depuis les marges (Aked 2020,117). L’incapacité des auteurs non occidentaux, non blancs, ou des auteurs qui produisent des connaissances depuis les périphéries à être pris au sérieux est intrinsèquement le résultat de la violence épistémologique, ou l’incarnation d’une colonialité de l’esprit en cours (Wa Thiong’o 1992). Les hiérarchies de connaissances centrées sur l’Occident sont telles que les connaissances produites par des auteurs marginalisés (qui peuvent rendre compte de leur expérience vécue) sont elles-mêmes marginalisées et délégitimée (Tuhiwai Smith 2012). »

  • Extrait de « Déni du déni, racisme daltonien, silence en France », Iseult Mc Neulty.

Ces nombreuses techniques coloniales de la blancheur (gaslighting, larmes blanches, mutisme-silence blanc, mensonge blanc, hypocrisie blanche, blancheur militarisée, pensée punitive…) qui font taire la dissidence et la résistance doivent être dénoncées en permanence, comme cette résistance raciste qui résiste à la guérison de la colonisation tout en se positionnant comme des libérateurs des communautés en marge, ou ces approches blanches dominantes de la lutte contre le changement climatique qui sont racistes ou/et validistes dans leur effacement des voix des communautés diverses, locales et autochtones. Comme ces organisations anti carcérales qui refusent de comprendre le lien inextricable entre la ségrégation, l’incarcération, l’exclusion et la suprématie blanche. Nous ne pouvons pas imaginer un monde sans frontières si nous n’imaginons pas un monde sans prisons – et vice versa. Les deux régimes sont intriqués et mutuellement constitutifs de formes de pouvoir, de violence et de contrôle patriarcales et suprémacistes blanches. La lecture des chapitres « Disability, race, and the carceral state », « Colonial carceral feminism  » et « Exposing the complexities of the colonial project » de « The Routledge International Handbook on Decolonizing Justice » est vraiment nécessaire, voir plutôt urgent.

Extraits : « La criminologie – enracinée dans le colonialisme et l’impérialisme – a reproduit et entretenu une fixation sur la relation entre race et crime (Agozino, 2003 ; Kitossa, 2012). Cette préoccupation conduit à rejeter la responsabilité des symptômes du colonialisme, du génocide et du racisme sur les peuples autochtones, tandis que les crimes d’État (génocide, vol d’enfants autochtones, stérilisation forcée, expérimentation médicale, etc.) restent sans réponse. »

« La plupart des analystes décrivent le féminisme carcéral comme un phénomène de la fin du XXe siècle, lorsque les préoccupations féministes concernant la violence sexuelle et domestique se sont heurtées à une frénésie politique et réactionnaire face à la criminalité de rue (Bernstein, 2007 ; Bevacqua, 2000 ; Gruber, 2020). En effet, au cours du millénaire, le féminisme dominant était devenu si étroitement lié au programme de lutte contre la criminalité que les projets de criminalisation étaient constamment au premier plan du programme féministe dominant (Gottschalk, 2006 ; Kim, 2020). Pourtant, l’alliance féministe-système criminel est aussi ancienne que le féminisme américain lui-même, tout comme la critique intra-féministe du féminisme carcéral. Le visage carcéral du féminisme est hypervisible. Les féministes noires ont toujours été sceptiques quant à l’idée que l’État pénal puisse être recruté aux fins de la justice. En 1977, le Combahee River Collective, un groupe de féministes noires qui ont rendu public les oppressions raciales, sexuelles, économiques et sociales imbriquées auxquelles sont confrontées les femmes noires et d’autres femmes du tiers-monde, a publié une déclaration sur les principes du féminisme noir. Il remettait en question l’engagement des féministes traditionnelles en faveur du « séparatisme » des hommes – un engagement qui a considérablement compromis leur confort d’invoquer un système pénal violent, raciste, sexiste et hiérarchique pour discipliner les hommes. « [N]ous nous sentons solidaires avec les hommes noirs progressistes et ne prônons pas le fractionnement qu’exigent les femmes blanches séparatistes », indique le communiqué. « Nous luttons avec les hommes noirs contre le racisme, tout en luttant avec les hommes noirs contre le sexisme. » (Collectif de la rivière Combahee, 1977). Dans les années 1990, alors que le programme de criminalisation féministe se transformait en loi, des groupes comme INCITE ! (2022) ont articulé une vision alternative de la prévention et de la réparation de la violence sexiste qui évite d’amplifier la violence de l’État carcéral […] En conséquence, le féminisme carcéral n’est pas une « vague » ou une école de féminisme. Et s’il est courant d’attribuer divers programmes de criminalisation aux « féministes carcérales », il n’existe en réalité aucun groupe aussi distinct. Au lieu de cela, le féminisme carcéral décrit des actions et des cadres pro-criminalisation et pro-application de la loi adoptés par diverses féministes, y compris des féministes ayant des engagements préalables anti-carcéraux […] Par conséquent, décoloniser la justice ne consiste pas à rejeter la vague carcérale du féminisme ou à bannir un groupe unifié de féministes carcérales en marge du mouvement. Cela implique plutôt que des groupes féministes abandonnent les idées et les programmes carcéraux et résistent à l’envie de considérer le droit pénal comme l’ami du féminisme […] L’héritage institutionnel et méthodologique du racisme américain et du colonialisme de peuplement est l’État pénal et ses auxiliaires […] De plus, les colonisateurs ont forcé les communautés tribales à abandonner les méthodologies communautaires de résolution de problèmes en faveur du modèle juridique occidental de common law de procédure pénale punitive et accusatoire (DeLoria et Lytle, 1983). En fin de compte, le gouvernement américain a complètement dépouillé les tribus de leur compétence sur les crimes majeurs (voir Ex Parte Crow Dog. (1883). 109 U.S. 556, 571.) […] En effet, ce système punitif occidental a incarcéré et continue d’incarcérer de manière disproportionnée les peuples souverains des Premières Nations. Les statistiques de disparité sont stupéfiantes. En 2018, selon les données du Département des services correctionnels, les autochtones hawaïens représentaient 23 % de la population d’Hawaï et 47 % des personnes incarcérées sous sa juridiction – un chiffre, selon les experts, qui sous-estime considérablement la proportion de personnes emprisonnées qui étaient autochtones hawaïennes ( ACLU, 2022a ; Initiative sur les politiques pénitentiaires, 2022). Les Amérindiens représentaient 7 % de la population du Dakota du Sud en 2017 et 31 % des personnes emprisonnées […] »

« Les personnes handicapées ont toujours été les principales cibles de la machine carcérale coloniale. De plus, les pratiques génocidaires eugéniques – fondées sur des théories d’insuffisances biologiques perçues visant à effacer la présence à la fois de personnes racialisées et de personnes qualifiées de « handicapées » – ont coïncidé avec des techniques de médicalisation, de pathologisation, de contrôle et de ségrégation (Soldatic, 2020). La réalisation de la justice cognitive dépend plutôt de la reconnaissance d’une pluralité de savoirs – c’est-à-dire d’une justice qui englobe la reconnaissance de la grande diversité épistémologique du monde, y compris les « savoirs abolitionnistes fugitifs/marons » intersectionnels qui proviennent de ceux qui sont les plus touchés par la violence d’État (Ben-Moshe, 2020). »

« Malgré leur omniprésence dans les régimes carcéraux des colonies de peuplement, les discussions soutenues sur le lien entre race et handicap continuent d’être largement absentes des études décoloniales et abolitionnistes. L’une des conséquences de cette absence est que les implications potentielles d’une telle enquête pour faire progresser les aspirations libératrices de la décolonisation et de l’abolition en tant que projets mutuellement constitutifs restent sous-développées. En poursuivant le développement d’interventions intellectuelles et pratiques visant à démanteler et à transformer les régimes carcéraux coloniaux, les chercheurs et militants abolitionnistes nous exhortent à réfléchir aux interconnexions entre toutes les formes de domination et d’oppression (Davis et al., 2022 ; Matsuda, 1999). Les chercheurs autochtones et décoloniaux ont démontré de manière convaincante les racines coloniales des régimes carcéraux (Chartrand et Rougier, 2021 ; Cunneen, 2021 ; Ross, 1998) et ont reconnu la violence épistémique concomitante (Spivak, 1998) découlant de l’imposition de paradigmes et de processus colonisateurs occidentaux […] L’État carcéral occidental moderne s’est développé dans le contexte du colonialisme – ce que Chris Cunneen et al. (2013) parlent de complexe pénal/colonial. Les personnes handicapées sont intimement liées à ce complexe, tout comme la carcérale est profondément liée à l’expérience du handicap (Steele, 2017). Comme l’observe Angela Davis (2014), « les pratiques carcérales sont si profondément ancrées dans l’histoire du handicap qu’il est effectivement impossible de comprendre l’incarcération [et la criminalisation] sans s’intéresser à l’enfermement des personnes handicapées » (p. viii). »

Ces structures de la blancheur sont la base même de la production de diverses formes de marginalisation. Cette blancheur est historiquement construite à travers la politique coloniale du « diviser pour régner », une structure coloniale basée sur la notion de frontières qui forment les infrastructures de la suprématie blanche mondiale. La rhétorique superficielle du multiculturalisme occidental, son déni du racisme daltonien et des connaissances locales et autochtones sont simultanément cooptées pour soutenir ce modèle extractif, qui sont les bases d’actions et de politiques d’effacement locales et à grande échelle. Il faut aller en profondeur pour trouver les sources de soins qui existent dans les espaces culturels aux marges de la marge. Ces valeurs de soin et de justice façonnent les idées des communautés progressistes en tant que moteurs de la transformation structurelle. Défendre la connaissance des voix marginalisées et la valeur de la pensée critique est un élément essentiel de la transformation.

Les soins infirmiers occidentaux sont dominés par la blancheur et la féminité, éclipsant les voix subalternes et faisant taire les ontologies et les épistémologies qui ne respectent pas les normes eurocentriques occidentales. Cela contribue aux processus d’« altérité » (Krabbe, 2021 ; Santos, 2018 ) qui perpétuent le racisme et d’autres formes de discrimination au sein des soins infirmiers, en particulier contre les infirmières de couleur, et par les infirmières envers les autres, y compris les patients (Jenkins et Huntington, 2015 ; Metzger et al., 2020 ; Neiterman & Bourgeault, 2015 ; Nortvedt et al., 2020 ; Tie et al., 2018 ; Truitt & Snyder, 2020 ; Walani, 2015). Alors que les doubles menaces idéologiques de la blancheur et de la féminité sont intégrées à l’échafaudage des soins infirmiers, les valeurs sociopolitiques qui orchestrent la blancheur sont enracinées dans l’individualisme qui, à son tour, soutient la compétition entre les individus et une quête intensive de développement personnel (Phelan et Dawes, 2018 ; Steger et Roy, 2021 ). Un tel individualisme est évident dans la notion de responsabilité individuelle et de désir de s’améliorer, conduisant à la fausse logique selon laquelle avec suffisamment de travail acharné, les gens surmonteront toujours la pauvreté et réussiront (Bhopal, 2018 ; McMaster, 2019 ). À leur tour, ces affirmations peuvent conduire à des politiques qui aggravent les inégalités socioéconomiques en réduisant les programmes sociaux (Steger et Roy, 2021 ). Ainsi, il est de plus en plus impératif que les infirmières éradiquent les solutions performatives et s’efforcent de mener des actions significatives en matière d’équité et de justice sociale qui s’attaquent aux inégalités en matière de santé et garantissent que chaque personne est traitée avec respect, dignité et sans discrimination. Mooreley et coll. ( 2020 ) ont plaidé en faveur de la nécessité de décoloniser les soins infirmiers et Thorne ( 2020 ) a appelé toutes les infirmières à réviser leurs engagements en faveur de l’antiracisme et de la justice sociale dans cette pandémie et à faire partie de la solution. Pour décentrer les idéologies de la blancheur qui perpétuent les systèmes de pouvoir et créent de nouvelles approches dans le discours infirmier, la pratique clinique, l’éducation, la recherche et le leadership, les soins infirmiers doivent théoriser en marge. La pensée féministe noire offre la pratique nécessaire à la transformation en s’alignant sur le savoir sociopolitique de notre discipline (White, 2009 ) et le savoir émancipateur (Chinn & Kramer, 2014 ) qui situe la personne dans un contexte culturel et structurel qui influence la santé et la maladie et reconnaît l’injustice.

La médecine coloniale ne peut admettre un diagnostic dont le colonialisme est responsable. Elle se focalise sur l’individu et ne voit pas le problème lié à l’environnement social, structurel. (Inflamed : Deep Medicine and the Anatomy of Injustice)

Healing Justice LDN, dirigé par Ewa Jasiewiez, Farzana Khan et Sarah Al-Sarraj travaillent au renforcement de la justice de guérison (#HealingJustice), dirigé par les communautés elles-même, pour créer une capacité de transformation personnelle et structurelle, afin de désarmer les cycles de préjudice, de mauvaise santé que l’oppression reproduit dans nos communautés et nos mouvements de justice sociale, vers des avenirs sans violence intime, interpersonnelle et structurelle, en se recentrant sur les communautés qui ont été marginalisées.

« Nous rendons compte du processus par lequel l’équité en santé a été historiquement conceptualisée du point de vue occidental, continuant à laisser derrière nous les nations autochtones. Nous présentons comment le contexte historique influe sur les disparités actuelles vécues par les communautés autochtones aux Etats-Unis.. » Un article d’Autumn Asher BlackDeer de la Nation Cheyenne (vers un féminisme décolonial autochtone). Une traduction sommaire de son texte

Les personnes qui survivent à l’intersection de multiples formes d’oppressions voient et ressentent des choses que les autres ne verront jamais.

L’Alliance des femmes du tiers monde (TWWA) était une organisation socialiste révolutionnaire pour les femmes de couleur active aux États-Unis de 1968 à 1980. Elle visait à mettre fin au capitalisme, au racisme, à l’impérialisme et au sexisme et fut l’un des premiers groupes à prôner une approche intersectionnelle de l’oppression des femmes. Les membres de la TWWA ont fait valoir que les femmes de couleur étaient confrontées à un « triple danger » d’oppression raciale, sexuelle et de classe. La TWWA s’est efforcée de résoudre ces problèmes intersectionnels, aux niveaux international et national, en concentrant spécifiquement une grande partie de ses efforts à Cuba.

La pensée coloniale tentera de considérer la lutte pour la décolonisation comme une « cause de troubles », mais les histoires plus profondes de tant d’autres cultures nous apprennent qu’elle profitera à tous sauf à l’élite toxique. Les communautés autochtones et locales à travers le Sud global et celles en marges du Nord global nous offrent des formes d’organisation qui proposent des cadres pour remplacer le colonialisme et le capitalisme, pour défier les mythes mondiaux des entreprises et les attaques coloniales contre l’environnement et les communautés. Nous pouvons construire de nouvelles coalitions qui respectent la terre sur laquelle nous comptons et suivre la sagesse des dirigeants autochtones que nous n’avons pas réussi à effacer, en se tournant vers les communautés qui résistent aux mouvements conservateurs, c’est à dire celles qui servent ce statu quo.

Comprendre la déshumanisation, c’est comprendre les processus de colonisation, car la déshumanisation précède et jette les bases d’actions du vol colonial et des politiques d’effacement à grande échelle, la question du génocide n’est jamais loin des discussions sur le colonialisme de peuplement. C’est cette même logique impérialiste/patriarcale/coloniale de la déshumanisation qui a rendu les autochtones invisibles partout dans le monde. Ne pas être humain, c’est ne pas avoir droit à la dignité, à la compassion ou aux nécessités fondamentales de la vie elle-même. La déshumanisation des autochtones fait partie intégrante de ce processus de colonialisme. Paulo Freire écrivait que la déshumanisation… ne touche pas seulement ceux à qui l’humanité a été volée, mais aussi (bien que d’une manière différente) ceux qui l’ont volée.

Le terme « colonial » signifie généralement eurocentrique. La décolonisation pourrait être comprise comme « enlever le colonial ». Le terme « anticolonial » signifie désoccidentalisation. Le mot « colonialisme » est notoirement polysémique. La décolonisation est fondamentalement anticoloniale. Dans son sens le plus général, le colonialisme fait référence aux héritages – institutionnels, structurels, socio-juridiques, économiques, discursifs, méthodologiques et culturels – de la domination impérialiste occidentale sur les terres et les peuples non occidentaux (Thomas, 1994).

Au Canada et aux États-Unis, où l’habitation humaine a commencé avec les peuples autochtones et s’est poursuivie, les migrations européens sont arrivées avec l’intention de revendiquer ces terres comme les leurs, en s’appuyant sur cette doctrine de la découverte (#DoctrineOfDiscovery #Papalbull #landback) où les chrétiens se donnaient le droit de tout posséder, et considéraient toutes les autres cultures comme inférieures. Comprendre la doctrine de la découverte et son rôle dans le système racine de la colonisation est vital pour nous si nous ne voulons pas passer un avenir de plus en plus bref à pirater les multiples pousses de l’injustice.

Le colonialisme est un sujet qui est à peine enseigné dans les écoles et peu discuté dans la société alors qu’il constitue une partie importante de notre histoire, une histoire qui s’est produite de manière surprenante, récemment, et dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Pour mettre fin à la crise climatique, nous devons d’abord démanteler les systèmes d’oppression et coloniaux qui l’ont provoquée. En s’attaquant aux problème du colonialisme, du patriarcat, du racisme,.. nous nous attaquons aux racines de la crise climatique et résolvons les problèmes de justice sociale qui nous oppriment toustEs. Démanteler ce validisme (comme les autres oppressions) nécessite de comprendre comment il est lié à la suprématie blanche (patriarcat) et à ses privilèges. Accepter ce statut privilégié est sociopathique car c’est une acceptation et une approbation des mauvais traitements infligés aux personnes qui ne sont pas privilégiées.

« Les victimes du colonialisme ne parviendront jamais à persuader leurs colonisateurs de leurs souffrances ou de leur profond désir de liberté. Dans la mentalité eurocoloniale, seuls ceux identifiés comme Européens sont considérés comme capables d’éprouver de véritables souffrances et d’aspirer à la liberté » — Frantz Fanon

« Le concept de liberté a tellement été manipulé qu’il se résume finalement au droit du plus fort et du plus riche de prendre aux plus faibles et aux plus pauvres tout ce qui leur reste. »

Notre tâche est de cultiver une autre sensibilité et un travail actif pour démasquer, déraciner cette suprématie blanche en étudiant ses caractéristiques, ces études qui sont quasi inexistantes dans ce pays, et nécessitent de se tourner vers des bases de données anglophones. Se concentrer sur une seule expérience, sur celle d’un groupe qui détient le pouvoir et les privilèges, est préjudiciable à plusieurs égards car elle entraîne l’effacement et le traumatisme persistant des groupes qui sont marginalisés, qui sont les plus touchés par les événements actuels.

En donnant de l’espace aux personnes appartenant à un groupe marginalisé et en se concentrant sur la réflexion plutôt que sur la réaction, les individus peuvent se décentrer des expériences des groupes historiquement au pouvoir et créer un environnement plus sûr, plus créatif et plus productif face à ce néocolonialisme épistémique. En tant que personnes à la marge de la marge, les personnes handicapées font l’expérience d’un mépris extrême de leur valeur en tant qu’êtres humains dans les sociétés néolibérales, des structures qui sont façonnées par l’éthique des services plutôt que par la prise de décision de ces communautés elles-même. Leurs voix doivent encore être valorisées et leurs besoins fondamentaux satisfaits. De plus, la blancheur des espaces de défense des droits des personnes handicapées, cette addiction au paternalisme et l’ONGisation du secteur signifient que les voix des membres de la communauté aux marges intersectionnelles sont davantage effacées.

La qualité de nos projets dépendent de la qualité de nos relations, et nécessitent de se concentrer sur la violence comme problème, pas sur le handicap et la résistance à cette violence, en mettant l’accent sur la nature interdépendante de multiples questions de justice sociale, en soutenant les personnes handicapées par l’injustice sociale et cette violence institutionnalisée et en examinant le rôle du plaidoyer et de l’activisme dans la remise en question des structures marginalisantes. L’héritage de la suprématie blanche est tellement présent, qu’on ne peut en parler ou la nommer. Comme l’hypothèse capacitiste selon laquelle la qualité de vie pour les personnes handicapées doit être intrinsèquement inférieure.

Se concentrer sur la violence secondaire, et non sur la violence initiale est un pur produit de la suprématie blanche, comme cette incapacité à ne plus pouvoir comparer deux choses simples.

Respecter l’humanité des autres tout en remettant fondamentalement en question leurs positions crée la base des conversations sur les transformations possibles. Il est important de mettre en évidence les catégories de classe et de pauvreté dans des contextes de cultures pour construire ce dialogue. Nous devons continuer à reconnaître l’oppression et à lutter contre elle tout en reconnaissant l’humanité de l’oppresseur.

Dans « La décolonisation n’est pas une métaphore », Eve Tuck et K. Wayne Yang rappellent une chose simple : la décolonisation, c’est la restitution aux autochtones de leurs vies et de leurs terres. (#LandBack)

Nous sommes de plus en plus nombreux-sEs à vouloir construire un monde libre de toute domination coloniale, libre de toute oppression.

Un système suprémaciste blanc et violent est nécessaire et utilisé par la classe dirigeante pour contenir, mutiler et assassiner les communautés indésirables, jugées jetables. Cette oppression conduit à une socialisation qui normalise la pensée violente et la cognition nocive. Rien de tout cela n’est sain ou sensé. Celles et ceux qui n’ont pas assez passé de temps en France ne peuvent même pas comprendre à quel point le déni du racisme y est plus profondément ancré qu’aux soi disant Etats Unis. Le lavage de cerveau par des générations d’hypocrisie, de mensonge, de manipulation, de déni daltoniens… fait que leur cognition est irréversiblement endommagée. La plupart des blanc-hEs ne sont pas positionnéEs ou socialiséEs, n’arrivent même plus à se comprendre entre eux-Elles, leur construction sociale ne le permet pas, ne serait-ce pour comprendre leur société ou leur histoire en terme de relations de pouvoir racialisées. C’est aussi pourquoi la responsabilité envers les noirsEs/autochtones/personnes marginalisées ou de couleur est importante. La suprématie blanche est un projet de conditionnement psychique et d’appartenance toxique, une culture oppressive où le mensonge et la peur induit(e)s empêchent d’énoncer la moindre vérité, un tel désapprentissage qui nous prive non seulement de notre capacité à nous défendre, à comprendre et/ou à rendre justice, autant aux autres qu’à nous-même.

De manière générale, les suprémacistes blanc-hEs, les colons, craignent leur victimes. Souvent, leur violence est planifiée à l’avance. Leur récit est, dans la plupart des cas, absurde. Leur priorité, c’est de normaliser l’oppression. Le pouvoir signifie, chez eux-Elles, une capacité à dominer les autres. Ces personnes, habituées aux critiques, ont intériorisé un état d’esprit de prédateurs. Au lieu de prendre leur responsabilité personnelle, ces personnes font appel à des institutions qui sont formées pour maintenir ces privilèges.

Les colonisateurs ont passé 500 ans à blâmer leurs victimes, ils ne sont pas prêt de s’arrêter.

La marginalisation se produit lorsque des groupes sont relégués à l’extérieur de la société, devenant sans voix et peu impliqués dans la gestion des affaires de leurs communautés – aux niveaux local, régional, national et mondial – et, par conséquent, deviennent des membres de la société de moins en moins pertinents et jetables. L’émancipation émotionnelle cherche à aider les Noirs dépossédés et privés de leurs droits à retrouver un sentiment d’action, en soulignant la responsabilité et l’obligation de faire des choix et de participer aux affaires qui régissent leur vie, en agissant en tant qu’agents, responsables de faire des choix pour le bien de leurs communautés. Le signe d’un cercle d’émancipation émotionnelle efficace est un mouvement vers une action communautaire organisée et un engagement civique.

« Connaître le passé fait partie de la pédagogie critique de la décolonisation. Détenir des histoires alternatives, c’est détenir des connaissances alternatives. » — Linda Tuhiwai Smith

Notre imagination est limitée par la suprématie blanche.

« Le pouvoir des connaissances autochtones, c’est le pouvoir d’un autre type d’imagination, d’une autre vision du monde et de ce qu’il peut être. L’occident (suprématie blanche) est dépourvu de cette imagination. » — Linda Tuhiwai Smith, Lowitja 2023.

« Toute l’histoire de l’occident est très intéressante… Après des décennies d’incitation au racisme, la suprématie blanche a réalisé qu’il y avait trop de racistes sans instruction et pas assez de racistes de formation classique, alors ils ont essayé de rééquilibrer la balance vers une suprématie blanche respectabe… » — @IndigenousX (site publiant des écrits d’autochtones de toute l’Australie)

Il suffit d’être, ne serait-ce qu’un minimum géographe, pour comprendre le génocide actuel des peuples autochtone sur tous les continents, pour comprendre les dégâts du racisme et du colonialisme industriel européen, en allant lire par exemple les travaux de Moana Jackson, un autre grand spécialiste des questions autochtones internationales, défenseur des droits des Maoris : « Le racisme en tant qu’idéologie et pratique est profondément ancré dans l’histoire de ce pays, mais il est encore trop souvent mal compris ou séparé de la colonisation qui l’a engendré et soutenu. » – #MoanaJackson

« Comme toutes les idées qui ont été utilisées pour justifier la colonisation, le racisme s’est développé au fil du temps à travers une histoire complexe et unique en Europe, dans laquelle la curiosité normale des gens pour le différent et l’inconnu s’est transformée en une détermination condescendante à assimiler différence avec l’infériorité. » – #MoanaJackson

(comme dans le contexte français actuel)

« L’abolition des prisons s’accompagne de l’abolition de la dialectique colonisatrice » — Matua Moana Jackson

La « blancheur » est une invention, créée dans ce processuss de création de la suprématie blanche. Les blancs ont créé ce concept pour se différencier de la « coloration » et refusent maintenant de parler de #CriticalRaceTheory (théorie critique de la race) et d’intersctionnalité, de comprendre l’intersection entre le racisme, l’empire et la catastrophe en cours…

« L’ignorance structurée de la blancheur produit le ’résultat ironique’, conclut Charles Mills, que : « Les blanch-Es seront incapables de comprendre un système qu’iElles ont eux-même mis en place. L’incapacité à comprendre ce monde lui permet de persister. » — Charles Mills, Le contrat racial.

“La violence d’État se cache et se développe, blesse et désarme, parce qu’on nous dit que c’est pour « notre propre bien ». La bureaucratie violente, les évaluations, l’attente, le fait de se sentir indigne, de se faire dire que le problème, c’est vous et non ce système qui protège les privilèges de la suprématie blanche” — China Mills

« La fraude aux prestations a d’abord été mobilisée contre les demandeurs d’asile, pour ensuite être reproduite vers les personnes handicapées. La violence d’État est une caractéristique du système de protection sociale, pas un bug. […] Lorsque cette violence est qualifiée uniquement de « défaut », cela risque de laisser entendre que le système est en panne, plutôt que de dire qu’il fonctionne parfaitement, comme il a été conçu. Les « défauts » canalisent notre énergie vers la correction et la réforme d’un système violent. » — China Mills

Une grande partie de la violence de l’Etat est dissimulée en présentant les personnes touchées comme des « fardeaux » ou comme des « voleurs ». Ces descriptions sont les fils conducteurs de la violence contre des groupes différemment opprimés, en particulier les personnes racialisées, handicapées et pauvres. Alors que certainEs voient le problème comme des failles dans un système qui a besoin d’être réformé, d’autres voient cette violence comme une caractéristique et non comme un bug, et s’efforcent d’imaginer au-delà de l’État, vers des infrastructures affirmant la vie et fondées sur notre dignité non négociable et des soins collectifs.

C’est pour fonctionner ainsi que les etat-nations ont été conçus.

« Un tel privilège de l’histoire de l’État, en particulier de l’État-nation, naturalise le pouvoir et la violence dans les esprits, restreint la possibilité d’une vision plus complète de l’expérience humaine et étouffe d’autres visions et voies. » — Dilar Dirik

« Le libéralisme est l’infrastructure du fascisme et du colonialisme. Il n’est pas surprenant que les libéraux (et les gouvernements) appellent au génocide en Palestine. L’individualisme possessif, la blancheur, le patriarcat, la conquête, le colonialisme, le génocide et le racisme sont profondément enchevêtrés. » — Jairo I Funez-Flores

« Après tout, s’il n’y a pas de stratification de classes dans une société, il s’ensuit qu’il n’y a pas d’État, car l’État est apparu comme un instrument utilisé par une classe particulière pour contrôler le reste de la société dans son propre intérêt. » — Walter Rodney, Comment l’Europe a sous-développé l’Afrique

Une incitation au déni et à la non responsabilisation, une refus constant de réfléchir aux crimes de la suprématie blanche, alors que les conflits interpersonnels ou « guerres culturelles » tournent autour de ce droit à l’oubli. Voilà à quoi ressemble la notion de responsabilité au sein d’institutions fondées sur la violence. Demander aux colonisateurs d’arrêter de pratiquer le racisme c’est leur demander d’arrêter de se sentir puissants.

La justice globale pour les personnes handicapées a besoin de la libération queer, de la libération des trans, de la libération des NoirEs, de la libération des Autochtones, de la liberté sexuelle et reproductive, de l’abolition des systèmes et des espaces carcéraux, de la fin de la suprématie blanche et du colonialisme des colons, d’un passage d’une économie d’extraction et d’exploitation à une économie générative et une restitution des terres aux peuples autochtones, de la fin de l’empire.

De toutes les révolutions à venir, la libération des enfants sera sûrement la dernière, et nous ne la verrons peut-être jamais. Parce que cela nécessite, plus que toute autre chose, un niveau d’empathie et de responsabilité dont les adultes dans leur ensemble sont incapables, et la majorité des femmes blanches ne sont fondamentalement pas équipées pour mener un militantisme communautaire efficace.

Lea nationaliste blanc est une personne appartenant à un groupe de militantEs blancs (ou avec un manteau blanc) qui épousent les caractéristiques fondamentales de la suprématie blanche, et qui prône la ségrégation sociale renforcée. Plus vous guérissez, plus vous réalisez qu’avoir accès à vos droits vitaux est un privilège et révoquer celles et ceux qui franchissent à plusieurs reprises ces limites, qui vous octroient ces droits, déclenchent la santé mentale. C’est du soin personnel de premier ordre. Le rejet influent et généralisé de l’égalité raciale par les individus, les communautés, les fonctionnaires et les institutions ont suivi la tradition des premiers générations de suprémacistes blancs déterminés à contrecarrer la société civile dans l’acquisition de ses droits fondamentaux, hier et aujourd’hui.

« On ne libère pas les gens en les aliénant. La libération authentique – le processus d’humanisation – n’est pas un autre dépôt à faire chez les hommes. La libération est une praxis : l’action et la réflexion des hommes et des femmes sur leur monde pour le transformer. » — Friere

Définition du nationalisme blanc

Avant la Journée de l’UNESCO, en mémoire de la traite transatlantique des esclaves et de son abolition, un juge de premier plan de l’ONU, Patrick Robinson affirme que la réparation pour l’esclavage transatlantique « est requise par l’histoire et est requise par la loi ». L’héritage du colonialisme européen et de la traite transatlantique des esclaves a créé des injustices systémiques profondément enracinées qui continuent de dévaster la vie de milliards de personnes dans le monde.

« Ils ne peuvent pas continuer à ignorer les plus grandes atrocités, qui témoignent de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. Ils ne peuvent pas continuer à l’ignorer. Des réparations ont été payées pour d’autres torts et évidemment bien plus rapidement, bien plus rapidement que les réparations pour ce que je considère comme la plus grande atrocité et le plus grand crime de l’histoire de l’humanité : l’esclavage transatlantique, a déclaré Robinson. »

« Ce monde existe uniquement pour satisfaire les besoins – y compris, et surtout, les besoins sentimentaux – des blanc-hEs. » — Tema Okun

« Le sauveur blanc soutient des politiques brutales le matin, fonde des oeuvres caritatives l’après-midi et reçoit des récompenses le soir. » — Tema Okun

« Le complexe industriel White Savior n’est pas une question de justice. Il s’agit de vivre une grande expérience émotionnelle qui valide le privilège. » — Tema Okun

« Le « sentiment d’urgence » (#WhiteUrgency) est un ensemble de tactiques suprémacistes blanches dans lesquelles la vision et la complexité à long terme sont sacrifiées au service de l’opportunisme et, en fin de compte, du renforcement de celles et ceux qui sont au pouvoir. » — Tema Okun

« La domination coloniale, l’esclavage et l’engagement ont conduit à l’amélioration des sociétés européennes directement aux dépens de la vie, des moyens de subsistance et de l’environnement des autres » — Gurminder K Bhambra

Le piège mental d’être le « sauveur » que connaissent certains Blancs est l’une des barrières qui empêchent la collaboration entre les différentes races. Si nous comprenons ce que signifie la noirceur et la blancheur comme faisant partie d’une relation dialectique indissociable de la positionnalité historique, alors nous pouvons commencer à voir le racisme en termes de structures et de systèmes plutôt qu’en termes d’individus, en commencant par démythifier l’histoire dans les écoles grâce à des programmes décolonisés, et cela peut aider les collègues blancs à éviter les pièges de la défensive ou de la honte. Une éducation doit inclure le soutien et l’ »ascension » des Blancs pour qu’ils comprennent et voient leurs positions sociales, leurs ressources sociales, qu’ils soient en même temps capables de détenir des vérités complexes. Les Blancs qui sont nés aujourd’hui n’ont pas créé ce système, mais ils y sont nés et, pour cette raison, ils en bénéficient – ​​qu’il s’agisse de l’accumulation intergénérationnelle de richesses, de l’accès accru, subtil ou parfois moins subtil, à l’éducation sociale, ou la capacité de « réussir » dans le monde universitaire. Les privilégiéEs doivent assumer leurs responsabilités et comprendre leur position historique : les structures et des barrières discriminatoires sont en place depuis des siècles. Devenir la proie de ce système est inévitable, même pour les plus intentionnéEs. C’est pourquoi nous devons discuter ouvertement du privilège blanc et des approches eurocentriques de la connaissance. Ces discussions aideront à combler les écarts entre les « races ». on ne peut pas réussir à vaincre le racisme anti-Noirs sans détruire de manière critique la blancheur en tant que marqueur de pouvoir et de privilège.

Trois façons courantes par lesquelles les universitaires blancs colonisent la décolonisation.

1- Le sauveurisme blanc classique : ils savent mieux, sont mieux équipés, ont de meilleures compétences nécessaires pour « décoloniser », « sauver » et nous « aider ». Et ils l’annoncent quand et où ils le peuvent. Ils utilisent le terme « décoloniser » plus que quiconque. Mais leurs actes ne correspondent pas aux paroles. 2- ils n’ont pas fait de travail personnel/institutionnel pour défaire les formes coloniales de production ET de réception de connaissances. L’étalon du colonisateur est toujours l’étalon de mesure. Ils veulent que le travail décolonial s’intègre parfaitement dans ce qu’ils font. Ils recadrent pour rendre acceptable. 3- ils ne savent pas que parce que le colonialisme est violent, la décolonisation est également violente. Ils veulent donc que nous soyons doux et polis, que nous soyons reconnaissants de nous donner l’opportunité de « décoloniser ». (@ProfAlang)

Les ancêtres cheyennes pratiquaient des brûlages contrôlés pour aider à défricher la terre et à fertiliser le sol pour une nouvelle croissance. Alors quand ils disent que parfois la décolonisation nécessite de tout brûler, surtout ce qui ne peut pas être décolonisé, c’est un discours ancestral et traditionnel. @DrBlackDeer

Le privilège des Blancs, c’est dire que les Noirs et les bruns détruisent les quartiers, tout en oubliant que les Blancs ont détruit les continents. Une fois que l’on connaît cette logique coloniale blanche, il est difficile de ne pas la voir partout. Si les colonisateurs peuvent garder les gens concentrés sur 500 ans au lieu de 100 000 ans d’histoire, les gens continueront à croire que le status quo est la nature humaine. Les arborigènes d’Australie ont un système d’éducation vieux de 60 000 ans.

« La catastrophe climatique n’est pas née de « l’humanité », mais de la plantation d’esclaves, de la ville de colons, de la prison, de la réserve. Il n’est donc pas surprenant que les solutions proposées par ceux au pouvoir soient plus ou moins les mêmes : le mur frontalier, la mine à ciel ouvert. Pour que nous puissions vivre dans tout ce que j’espère que nous pourrons un jour appeler liberté, il est nécessaire de mettre rapidement un terme à la pulsion de mort déguisée en vision du monde – l’épistémè meurtrière qui nous est imposée par le maître/colon/PDG […] Un manque de curiosité : c’est ce qui différencie le projet violemment spéculatif de la « civilisation occidentale » de ces cinq cents dernières années de ce que j’appellerais : l’imagination […] Et pire encore, lorsqu’ils ont été confrontés aux complexités et à la richesse de la vie terrestre, ils ont choisi d’y imposer leur vision du monde, en rejetant toutes les alternatives, en les persécutant et en les refoulant dans la clandestinité. » — Leanne Betasamosake Simpson et Robyn Maynard, Rehearsals For Living

NoirEs sous surveillance, Robyn Maynard. Esclavage. répression. ségrégation. Appauvrissement, peur et haine des NoirEs. Une histoire du Canada. Un livre à lire absolument.

« Nous devons constamment critiquer la culture patriarcale impérialiste de la suprématie blanche parce qu’elle est normalisée par les médias de masse et rendue non problèmatique. » — bell hooks

La littérature anglophone regorge de livres monuments comme : Against White Feminism, de Rafia Zakaria, traduit dans toutes les langues européennes, sauf en français, est une lecture obligatoire pour comprendre les origines coloniales, où les femmes blanches ont été éduquées dans une position de supériorité par rapport aux femmes de couleur. Un extrait adapté du premier chapitre., rencontre avec la féministe impériale, Gertrude Bell. Talkin’ up to the white woman, d’Aileen Moreton-Robinson. The White Possessive, d’Aileen Moreton-Robinson encore, pour apprendre comment les besoins de possession les colons – terre, corps – dicte des gouvernements entiers. ….

D’autres textes à lire en pièce jointe :

  • Remédier aux injustices de longue date et contrer la suprématie blanche qui se déguise en écologistes ». Une provocation au réseau « Les soulèvements de la terre ».
  • Decolonising Climate Coloniality (Décoloniser la colonialité climatique). Une traduction d’un texte de Farhana Sultana
  • La colonialité du pouvoir. La colonialité du pouvoir est le concept central de la pensée décoloniale, qui s’oppose à l’eurocentrisme, et alimente l’approche intersectionnelle, et touche donc au féminisme, au racisme, aux relations de domination, à la politique, au savoir, etc…
  • Traduction de « Denial of Denial : Color-Blind Racism and Academic Silencing in France », Iseult Mc Nulty.
  • Les cinq refus de la suprématie blanche – Charles Mills.

Tous les fichiers sont téléchargeables.

Contact : infolekiosk@riseup.net Twitter

Prof. Sultana : Elle est à l’origine de la céation du concept de colonialité climatique. #ClimateColoniality Voir ses nombreux travaux et recherches sur son site.

LE KIOSK (Radikal Book Store) Le mot radical, dans son sens originel signifie « aller à la racine de » ou « rechercher les causes profondes », un mot dont le sens est volontairement déformé par celles et ceux qu’il dérange. Les processus et stratégies centrés sur la démocratie radicale servent d’axes de changement social mondial. Nous devons dépasser le point de tenter des petits ajustements d’un système qui est essentiellement de nature extractive, qui extrait une plus-value des corps des travailleurs et utilise les autres corps comme décharge, et ne pas essayer de résoudre cette crise du changement climatique en s’appuyant sur les traditions colonisatrices et les solutions technologiques à but lucratif proposées par l’Occident et plongées dans cette idéologie de la blancheur.

« La justice pour les personnes handicapées est un ensemble de principes des personnes handicapées (Queer et Trans) qui nécessitent constamment d’être dirigés par cellEux qui subissent l’oppression pour perturber les conceptions systémiques de la colonialité et résister à l’hégémonie occidentale moderne. » — Sins Invalid

« Nous ne pouvons pas non plus sortir de ce désordre créé avec les systèmes médicaux/juridiques/éducatifs/carcéraux/etc… Si nous cherchons uniquement de l’aide auprès des avocats, nous avons déjà perdu. » Retour ligne manuel — Talila lewis (2021)

Les racistes les plus problématiques sont celles et ceux qui ne dénoncent pas la violence de la suprématie banche. Faire face à la crise climatique nécessite de démanteler cette suprématie blanche.

P.-S.

La justice pour les personnes handicapées est le coeur de l’abolition de la police et des prisons « Abolition for the People » (The Movement for a Future Without Policing & Prisons) est un projet produit par Kaepernick Publishing en partenariat avec LEVEL, qui a publié des histoires d’organisateurs, de prisonniers politiques, d’universitaires et de militants – qui pointent toutes vers la conclusion cruciale selon laquelle le maintien de l’ordre et les prisons ne constituent pas des solutions fourre-tout aux problèmes et aux personnes que l’État considère les problèmes sociaux.

Disability Justice=Climate Justice (Indigenous Climate Action) #DisabilityJustice #DisabilitySolidarity #IndigenousKnowledge

La migration a toujours été une question de justice pour les personnes handicapées.

Anticolonial Research Library Bibliothèque sur les méthodologies de recherche autochtones et anticoloniales #Decolonisation #DecolonizingMethodologies #Methodologies #Ethics

Démanteler la suprématie blanche dans les études et sciences environnementales : un argumentaire en faveur de pédagogies antiracistes et décolonisatrices (Brésil) :

Nationalisme végétalien ? : le mouvement israélien pour les droits des animaux à l’heure de la lutte contre le terrorisme : A l’heure de la lutte contre le terrorisme, le mouvement végano-nationaliste devient un cadre discursif et réglementaire dans lequel il est considéré comme une preuve de la supériorité morale d’une nation dans un contexte colonialiste, soulignant implicitement la barbarie et le retard des « terroristes ».

Culture de la suprématie blanche (divorcer)

Comment (ne pas) démanteler la suprématie blanche

Bâtir des organisations résilientes (Maurice Mitchell et The Forge – Stratégie et pratique d’organisation)

Compréhension de l’écofascisme et la production sociale de la rareté : Pour les universitaires ou celles et ceux qui y ont accès, un article sur l’émergence de l’environnementalisme fondamentaliste au milieu des années 1980, illustrées notamment par la théorie de « l’écologie profonde » et le mouvement social Earth First !, une confusion qui a éloigné les écologistes fondamentalistes d’une analyse des relations de pouvoir qui sous-tendent les inégalités sociales et la destruction de la nature.

Décoloniser, c’est enfin respirer : La nécessité de décoloniser l’éducation est cependant un sujet de discussion permanent à l’Unisa depuis de nombreuses années

Ecologie décoloniale : Ce que l’écologie sociale , l’écologie politique et l’écoféminisme parlent, c’est de relier les questions environnementales à l’héritage du racisme et de la colonisation, qui reste peu exploré. Voir les travaux de Malcom Ferdinand :

Réflexions sociologiques sur la race, la neurodiversité et l’enseignement supérieur

Le manuel International sur la décolonisation de la justice : Un ouvrage en accès libre à la demande des éditeurs et l’université d’Auckland, éd. Routledge. Un mouvement mondial croissant visant à décoloniser les politiques et les pratiques des États, ainsi que sur diverses connaissances disciplinaires, notamment la criminologie, le travail social et le droit, des travaux d’avant-garde et politiquement engagés d’un groupe diversifié d’écrivains qui prennent comme point de départ une analyse fondée dans une perspective décolonisatrice, décoloniale et/ou autochtone : #DecolonizeJustice #CarceralFeminism Un Thread (Alt) sur la présentation des différents chapitres du livre C’est un livre que je suis en train de traduire (aide bienvenue)

Décoloniser la question criminelle : héritages coloniaux, problèmes contemporains : Un livre essentiel qui explore la relation difficile entre la justice pénale et le colonialisme. Disponible en libre accès. À lire absolument ! #DecolonizeTheCriminalQuestion #ColonialityOfJustice #ColonialLegacies

Critical Race Theory : Confronting, Challenging, and Rethinking White Privilege #CRT #CriticalRaceTheory #ColorBlind #ColourBlind

Vient de paraître : Disability and the global south