S’il apparaît finalement que l’auteur du crime est israélien, comme cela a été le cas d’un certain nombre de « terroristes », ou un travailleur étranger qui avait précédemment menacé la famille qui avait refusé de lui verser son salaire comme cela est suggéré par certains journalistes, il est probable que ce fait-divers disparaîtra immédiatement des grands titres étasuniens.

Pour le moment cependant, les médias étasuniens continuent de fournir des détails tragiques sur cette atrocité. Etant donné le nombre de reportages, on a du mal à comprendre que de nombreuses données capitales soient omises.

Par exemple, aucun des ces articles ne mentionne que l’endroit où a eu lieu le meurtre, Itamar, est une colonie juive illégale située sur de la terre volée aux Palestiniens et au milieu des réfugiés qu’Israël a chassés de leur terre ancestrale par des massacres et de brutales opérations militaires.

Les articles omettent d’indiquer que les colons israéliens ne cessent de passer à tabac les Palestiniens de tous âges, parfois même les torturent et les tuent, brûlent leurs récoltes et détruisent les vergers et les champs d’oliviers dont vivent de nombreux paysans palestiniens ; au moins des centaines de ces arbres ont été arrachés par des raids de colons israéliens.

L’extrémisme religieux

Même les plus longs articles sur cet incident tragique, oublient de mentionner le fait significatif et dont l’ironie fait froid dans le dos que Itamar a été fondé par des Juifs fanatiques et que ce sont principalement des Juifs extrémistes qui y vivent ; beaucoup d’entre eux croient que tuer des bébés non-juifs est permis par leur religion et même parfois approprié comme cela est débattu dans un best-seller intitulé “The King’s Torah,” (la Torah du roi) dont les auteurs sont du coin et qui a été approuvé par de nombreux rabbins et écoles religieuses (mais pas par la majorité des Israéliens).

Dans leurs descriptions élaborées de la scène du meurtre, les articles étasuniens négligent de mentionner que le bâtiment voisin se trouve être la maison des disciples de Chabad Lubavitch, un mouvement juif orthodoxe sur lequel il y a un poster du défunt Lubavitcher Rebbe Rabbi Menachem Mendel Schneerson, connu pour l’étonnante teneur hégémoniste de ses enseignements.

Shneerson est largement révéré par ces colons (et il a des adeptes aux USA) ; beaucoup d’entre eux croient qu’il était le messiah (messie en hébreu). Dans leur livre “Jewish Fundamentalism in Israel” (le fondamentalisme juif en Israël) les professeurs Israel Shahak et Norton Mezvinsky citent ce que dit Schneerson de la différence entre Juifs et non Juifs :

« … il ne s’agit pas d’un cas de changement profond qui fait qu’une personne est simplement d’un niveau supérieur. Il s’agit plutôt de « distinguer » entre deux espèces complètement différentes. Voilà ce qu’il faut dire du corps : le corps d’un Juif est d’une qualité totalement différence des corps [des membres] de toutes les nations du monde… La réalité d’un non-Juif n’est que vanité… Toute la création [d’un non-Juif] n’existe que pour les Juifs… »

Quels enfants ont de l’importance ?

Et enfin dans les informations sur l’horrible meurtre d’Itamar on ne parle jamais du nombre effrayant et tragique de meurtres tout aussi horribles d’enfants palestiniens commis par des Israéliens.

Par exemple le Los Angeles Times déclare que l’incident d’Itamar est « l’attaque la plus meurtrière contre les colons juifs dans la région depuis 2002 » mais ne s’est pas donné la peine de mentionner qu’il y a eu de nombreuses attaques mortelles de Palestiniens dans la région depuis cette date, que des douzaines de Palestiniens ont été assassinés, et davantage blessés et estropiés et que même des mères, des pères et des grands-parents palestiniens ont été tués.

Ce parti pris est typique des médias étasuniennes (et françaises ! petit rajout du traducteur). Des statistiques portant sur les nouvelles diffusées aux heures de grande écoute montrent que les médias parlent 14 fois plus de la mort d’enfants juifs israéliens que de celle d’enfants palestiniens ; les journaux régionaux rapportent les morts israéliennes de manière encore plus disproportionnée.

Les étasuniens qui s’intéressent à l’actualité ne sont donc pas au courant des morts palestiniennes en dépit du fait qu’elles sont antérieures et bien supérieures en nombre.

Dans le cycle de violence qui a commencé à l’automne 2000, plus de 90 enfants palestiniens ont été tués par des Israéliens avant qu’un seul enfant juif ait été tué ; au total environ 1500 enfants palestiniens ont été tués par des Israéliens et 130 enfants juifs par des Palestiniens pendant la même période.

Etant donné l’écart frappant de couverture médiatique aux USA (et en France ! NdT) entre les victimes d’Itamar et les victimes palestiniennes et leurs familles en deuil qui, elles, sont largement ignorées, j’ai établi à la fin de cet article une liste partielle de ces jeunes victimes pour la plupart disparues en donnant les circonstances de leur horrible mort.

Cette liste très incomplète est loin de contrebalancer l’énorme quantité d’articles émouvants et détaillés que les médias étasuniens consacrent à la mort des enfants israéliens et ne rend pas non plus compte du grand nombre d’enfants qui pleurent la mort de leurs parents tués par les forces d’occupation israéliennes mais la publier ici permet de donner le nom les victimes palestiniennes, chose très rare dans les médias étasuniennes.

Il y a quelques années, un officier de l’armée israélienne** a vidé à bout portant le chargeur de son pistolet automatique sur une fillette palestinienne de 13 ans. Ensuite il a déclaré qu’il aurait fait la même chose même si elle avait eu trois ans. Parce que nombre de ses subalternes ont relaté l’incident, il fut jugé par une Cour militaire israélienne -mais pour un délit mineur, pas pour meurtre. Et il a été acquitté.

On a du mal à s’imaginer ce que nous ressentirions, nous Etasuniens, si ces enfants étaient nos enfants et que nous étions ceux qui ayons à supporter ces terribles pertes. La population de la Palestine représente moins de 1/90ième de celle des USA ; il n’y a quasiment pas une famille palestinienne qui n’ait vécu cette tragédie.

Comme les partisans d’Israël filtrent constamment l’information significative sur le sujet et que les autres directeurs de publication leur emboîtent le pas par ignorance, négligence et/ou crainte, les Etasuniens ne reçoivent que cette sorte « d’information journalistique » filtrée et qui ment par omission, qui est si propice à engendrer la peur et la haine et l’ignorance des Palestiniens, des arabes et des musulmans -et qui entérine le montant astronomique des subventions à Israël qui se montent à plus de 8 millions de dollars par jour. Et Israël qui compte sept millions d’habitants a l’intention de réclamer 20 milliards de plus à ce qu’il paraît.

Le président Obama a déclaré à propos du meurtre encore non résolu des trois enfants d’Itamar : « Il n’y a aucune justification et il ne peut y avoir aucune excuse au meurtre d’enfants. J’attends de l’Autorité Palestinienne qu’elle condamne le meurtre tout aussi fermement. »

Peut-être qu’un jour, le président Obama aura l’intégrité -et le courage- de faire une déclaration de condamnation similaire à propos du meurtre d’enfants palestiniens et de demander au gouvernement israélien d’en faire une tout aussi ferme.

Notes :

* Dans le contexte le terme « Israélien » signifie Juif Israélien.

** En Israël la minorité palestinienne israélienne est dispensée de faire l’armée car cela les obligerait à tuer leurs frères de Palestine. L’armée est donc composée essentiellement de Juifs et d’une toute petite minorité de Druzes et de Bédouins.

Traduction : Dominique Muselet

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10350