Caen, France : RIC, Européennes, on s’en fout, on ne vote pas, on lutte !

Mis a jour : le dimanche 13 janvier 2019 à 15:22

Mot-clefs: Guerre actions directes gilets_jaunes
Lieux: caen

[Ci-dessous un texte distribué à Caen dès ce soir [vendredi 11 janvier 2019] à l’assemblée Gilets jaunes à la Demeurée et demain dans les rues. A Caen, comme ailleurs ça tape fort. Des interpellations ou des convocations – 6 rien que cette semaine – avec des détentions provisoires pour des Gilets jaunes. Des tabassages également. Et de nombreux procès à venir. La prochaine réunion d’Apache aura lieu ce mercredi à 18h30. Et au vue de l’AG de ce soir il semble toujours aussi important de renforcer le camps des anticapitalistes, « ceux et celles qui veulent faire cracher les riches », contre celui des souverainistes. C’est ce qui est au coeur du texte qui suit. A noter qu’à Caen comme ailleurs, La France en colère s’installe comme une référence. Ce qui est loin d’aller dans notre sens. A noter en fin d’AG des interventions ouvrières beaucoup plus claires…]

RIC, Européennes, on s’en fout
on ne vote pas, on lutte !

LE VENT DE COLERE QUI SOUFFLE depuis deux mois a commencé à faire reculer le gouvernement. Gilets jaunes, exploité-e-s, mal logé-e-s à Marseille, lycéens et lycéennes, et autres révolté-e-s, nous avons repris confiance en nos possibilités en bloquant ou ralentis-sant des flux économiques, en fermant des centres commerciaux, en détruisant des vitrines d’un monde qui nous broie sans cesse, en affrontant les forces de l’ordre venues nous déloger, et en refusant majoritairement les chefs et autres porte-paroles.
Pour la première fois depuis très longtemps – trop longtemps – les dirigeants et dirigeantes ont reculé et lâché quelques miettes. Et c’est bien parce que, d’une part nous avons réussi collectivement à imposer un rapport de force au pouvoir politique et économique, et que d’autre part, ils ont eu peur d’un mouvement sans représentant-e et sans négociation, que ceux-ci ont consenti ces quelques petites concessions. Concessions qu’ils et elles s’empressent sans surprise de rogner …

Cependant, sur les ronds points, dans les médias et sur les réseaux sociaux fleurissent depuis quelques semaines des appels à des débouchés électoraux à nos luttes. Il n’est plus question d’augmentation des salaires, des minimas sociaux, de lutter contre ceux et celles qui nous exploitent, mais de changer les règles du jeu politique ou de l’investir.
Nous pensons que s’aventurer sur ce terrain est un piège.

 

Les européennes, le terrain des politicien-ne-s.

Depuis quelques semaines, quelques gilets jaunes qui ne représentent qu’eux et elles-mêmes ont décidé de lancer une liste aux européennes. Pourtant, penser que changer de personnel politique permettra de résoudre la situation que nous vivons est une erreur. Combien avons nous vu de Pierre Bérégovoy ou de Bernard Tapie, voir de leaders syndicaux ou révolutionnaires trahir leur classe sociale ou leurs compagnon-ne-s de lutte ? Comme le clame depuis plus d’un siècle l’anarchisme, la politique est un piège et le pouvoir corrompt.

Le mouvement des Gilets Jaunes s’est construit contre la classe politique, contre tous les représentant-e-s. C’est ce qui a évité ou rendu marginale et toute prise de pouvoir et toute trahison.

De toute façon, la présentation d’une liste électorale nécessiterait la construction d’un programme commun qui ne manquerait pas de créer des scissions. La plupart d’entre nous ne se reconnaît déjà pas dans les 42 doléances recensées sur les réseaux sociaux (notamment les propositions anti-migrant-e-s). Cette tactique ne nous divisera d’ailleurs pas que sur l’éventuel programme à adopter, mais également sur la stratégie à employer entre militant-e-s déjà encarté-e-s, anti-électoraux, et Gilets Jaunes électoralistes.
Tout cela risque surtout d’entretenir l’illusion que nous pourrions faire l’économie de nous retrouver dans la rue ou sur les ronds points. Ce serait alors signer l’arrêt de mort du mouvement. Puisque ce n’est pas par peur d’une quelconque menace électorale que le pouvoir cède quelques miettes, mais bel et bien parce qu’il peine à maintenir l’ordre.
Et comme une catastrophe n’arrive jamais seule, la présentation de cette liste aux européennes nous obligerait en plus à supporter Francis Lalanne.

Enfin, il faut se méfier encore davantage des quelques Gilets Jaunes qui appellent à la destitution du pouvoir, la guerre civile ou à un coup de force de l’armée. Derrière ces revendications putschistes se cachent l’extrême droite et ses vieilles lunes.

Le RIC aussi.

La proposition d’instaurer un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) a le mérite inverse de se présenter comme une rupture avec la démocratie représentative. Mais l’instauration du RIC n’est qu’une fausse alternative à l’élection et la délégation, une illusion de démocratie directe.

Parce que le RIC, s’il est mis en place, sera supervisé par des constitutionnalistes et des juristes qui ont des intérêts communs avec les mêmes politiciens et politiciennes qu’il cherche à contourner. Parce que ce sont ces juristes qui, en tout complicité avec le pouvoir politico-économique, formuleront les questions, imprimeront le rythme de la campagne, détermineront les modalités de ce référendum et la validité des questions posées.
De toute façon, le recours au référendum poserait un autre problème de taille, celui de l’inégalité des campagnes. En effet, non seulement l’Etat, mais également les Partis et les organisations, bénéficieraient de moyens colossaux pour faire campagne sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Et l’on ne parle même pas des exclu-e-s du vote et des abstentionnistes…

S’aventurer sur le terrain électoral, même par voix référendaire, c’est s’aventurer en terre hostile. Depuis plus d’un mois, sur les ronds points, dans les blocages, dans les actions, dans les assemblées, ce que nous expérimentons de nouveau, c’est la reprise en main de nos luttes, directement, sans intermédiaire. Ce que nous vivons se partage, se discute, s’engueule et se heurte parfois, mais se vit et s’éprouve réellement et collectivement. Le recours au référendum c’est le retour à l’isolement de l’isoloir.

La Suisse a depuis des lustres recours à ce type de référendum. Et là bas aucun de ces derniers n’est venu bousculer la manière dont la bourgeoisie suisse exploite sa main d’oeuvre. Les seuls référendums qui aboutissent sont ceux qui traitent de questions secondaires ou qui ont des visées identitaires. L’extrême droite, à travers son Parti l’UDC longtemps dirigé par le milliardaire Christophe Blocher, a ainsi pu mener campagne contre des minarets, par ailleurs inexistants, en toute quiétude. A contrario en Italie, les syndicalistes de la CGIL, qui avaient voulu lancer un référendum contre le projet anti-social Job Act du technocrate Mat-téo Renzi, ont été déboutés. Le référendum a été jugé inconstitutionnel. L’Etat comme le capital, et c’est normal, savent défendre leurs intérêts. En France, l’expérience du référendum de 2005 sur la constitution européenne a fini de démontrer comment l’Etat et le capital, ainsi que les technocrates qui les animent, conçoivent la question référendaire. Si le résultat est positif, il légitime des prises de décision déjà établies ou peu menaçantes, et s’il est négatif, on n’en tient pas compte.

Le peuple, la Nation, le miroir aux illusions.

S’il est heureux de renouer avec une critique de la manière dont les riches tirent leur richesse de notre propre travail et dont l’Etat les soutient, il nous semble beaucoup plus hasardeux de se référer au Peuple et la Nation pour s’opposer à cette spoliation. Il y a là l’illusion que le peuple, les citoyen-ne-s ont des intérêts communs, l’intérêt général, et que l’État est là pour les garantir.

Nous sommes de ceux et celles qui pensent au contraire que nous n’avons pas les mêmes intérêts que nombre de « français » et de « françaises ». Nous ne sommes ni solidaires avec, ni égaux à ceux et celles qui nous exploitent. Et ça ne concerne pas seulement les plus grosses fortunes qui concentrent toujours plus d’argent. Nous n’avons pas les mêmes intérêts que des patron-ne-s, des gros-se-s agriculteurs-trices participant au mouvement.
La figure du citoyen efface toute distinction de classe et tout rapport de domination. Nous ne partageons pas l’idée d’opposer le Peuple comme un tout homogène à une oligarchie réduite qui semble unir une bonne part de ce mouvement. Nous n’adhérons définitivement pas à la fiction républicaine de l’unité du Peuple.

Quant à l’État Il n’a historiquement toujours été que l’expression d’un rapport de force en faveur des classes dominantes. Ses concessions n’adviennent que sous les coups de butoir des révolté-e-s. Ou parce que le capital a conjoncturellement intérêt à dé-velopper un Etat social et des infrastructures techniques et scientifiques à même de soutenir son propre développement. Les hauts fonctionnaires d’Etat et les principaux dirigeants d’entreprise ont fréquenté les mêmes écoles, passent d’un secteur à l’autre en permanence, partagent les mêmes intérêts. C’est la définition même de l’Etat moderne. L’Etat est une mafia qui a réus-si.

La police, même si elle partage parfois nos conditions salariales, est là pour imposer à coup de matraque cet ordre des choses. Ce n’est donc pas étonnant de voir les flics protéger ce monde : maintenir l’ordre c’est maintenir un monde.

Aujourd’hui au sein du mouvement des Gilets Jaunes deux conceptions de la lutte semblent s’opposer. Celle qui vise à restaurer la souveraineté d’un peuple prétendument uni, et celle qui vise à faire cracher les riches. La souveraineté politique s’oppose à la question sociale. La Nation ferait rempart au libéralisme déchaîné. On voit émerger un discours contre les institutions euro-péennes qui mèneraient cette danse. Pourtant, que ce soit Macron ou Juncker, ils défendent les mêmes intérêts. Ce qui s’efface alors c’est le caractère nocif de l’exploitation en elle-même, d’où qu’elle vienne, quelque soit celui ou celle qui la produit. Il s’agit alors de préserver les bourgeoisies nationales et le patronat français, et la prétendue compétitivité de l’industrie française. Mais derrière la Nation se cachent l’Etat et le capital.

Ce qu’oublie un mouvement qui ne s’en remettrait qu’à un changement des institutions à travers le RIC ou un changement de personnel politique, c’est qu’il ne remettrait en rien en cause l’emprise de l’économie sur nos vies. La révolution de 1789 qui fonde la Nation et le peuple moderne en est le plus parfait exemple. Les jacobins viennent clore une révolution qui malgré bien d’autres aspirations ne sera que politique. A l’usurpation du pouvoir de droit divin de l’aristocratie succède la confiscation du pouvoir Politique au profit de la bourgeoisie. Mais les affamé-e-s et les asservi-e-s restent les mêmes.

Une seule solution : auto-organisation de la grève, des blocages et des sabotages.

La force de ce mouvement c’est son autonomie. Il a échappé au contrôle qu’exercent les bureaucraties syndicales et politiques sur les mouvement sociaux depuis des décennies. De ce fait, il s’aventure davantage sur le terrain du rapport de force délaissé par les directions politiques et syndicales qui n’ont eu de cesse depuis bien trop longtemps de nous balader de manifs traine-savates en manifs traine-savates et de maintenir isolés les secteurs les plus combattifs en lutte. Nous avons le plus souvent fait preuve, de ronds points en manifs, et de manifs en blocage, d’une réelle solidarité et d’imagination. Combinant sans hiérarchisation les tac-tiques de lutte, nous avons su taper le pouvoir au seul endroit qui lui fait mal : le porte-monnaie. Peu lisible pour le pouvoir, nous lui avons fait davantage peur que la plupart des mouvements traditionnels.

L’urgence c’est de retrouver une force collective à même de pousser le pouvoir à lâcher encore davantage. Pour taper au porte-monnaie et gagner en disponibilité, il serait souhaitable de généraliser la grève. La grève reste le moyen le plus efficace pour blo-quer l’économie. Mais ne nous trompons pas, les directions syndicales ne nous seront d’aucune aide. Il n’y a guère d’autres pistes que la grève sauvage, la grève du zèle, les piquets volants, ou pousser les représentant-e-s syndicaux à poser des préavis pour ten-ter de propager la pratique de la grève. Sur comment faire grève lorsqu’on est isolé on peut consulter : https://paris-luttes.info/comment-faire-greve-si-je-suis-4969. Nous n’avons d’autre perspective que de nous organiser par nous mêmes et pour nous-mêmes et d’étendre la révolte. Vers les boîtes, les lycées, les facs.

C’est chouette que des assemblées s’ouvrent, et permettent de se défaire d’une démocratie 2.0 bien imparfaite. Pour autant, les Assemblées ne doivent pas pour nous être le lieu d’une quelconque hégémonie politique, mais un espace d’échange, de coordina-tion, d’entraide. Le lieu où s’expérimente plus qu’une souveraineté, une liberté retrouvée. Elles peuvent permettre de combiner des tactiques de lutte, de forger des moyens de se coordonner qui échappent à la vigilance policière, d’éviter qu’émergent des leaders autoproclamés ou accidentels. Les Assemblées ne sont pas Tout. Elles ne doivent pas museler la spontanéité de nos luttes. Le travail en groupe affinitaire, entre gens sur les mêmes bases, ou entre gens sur un rond point, les actions spontanées peuvent être parfois bien plus efficaces. Des petites mains peuvent dans la nuit attaquer avec plus de mordant ce que des centaines de personnes ne peuvent atteindre au grand jour. Et les manifs sauvages sont parfois bien plus perturbantes pour le pouvoir que celles que nous passons des semaines à préparer. Il ne faut pas fétichiser la forme pour la forme. Par contre ce que nous portons, nous n’entendons pas le porter au nom du Peuple, d’une classe ou des dominé-e-s, mais en notre propre nom.

Dans ce mouvement, nous faisons l’expérience que nous pourrions nous organiser au niveau local sans représentant-e-s, ni patron-ne-s, sans Etat. Au niveau de nos quartiers, de nos communes, de nos boîtes, nous pourrions par et pour nous-mêmes organi-ser nos vies, dominer une économie qui nous domine toujours davantage. Nous ne nous faisons pas d’illusions. Nous savons que ces aspirations révolutionnaires n’ont guère de chance de trouver de débouchés dès aujourd’hui, mais ce que nous vivons en com-mun permettra peut-être qu’Etat et capital nous lâchent davantage et que se tissent des complicités, que s’aiguisent des résis-tances et des manières de lutter. Nous avons de notre côté commencé. En organisant des caisses de solidarité, des mutuelles d’entraide, en sabotant ce vieux Monde, toujours plus moderne et toujours plus vieux. Qu’il crève !

Des anarchistes, Caen, Janvier 2019

 

Contact : localapache@riseup.net

Permanences 1er samedi du mois, de 16h30 à 17h30, et troisième mercredi du mois, de 17h30 à 18h30.

Site internet: https://localapachecaen.wordpress.com/

 

source: https://sansattendre.noblogs.org/post/2019/01/12/caen-france-ric-europeennes-on-sen-fout-on-ne-vote-pas-on-lutte/

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Commentaire(s)

> Un texte bourré de contradictions !

Les anars de Caen sont eux aussi victimes du miroir aux alouettes : ils nous parlent d’un « rapport de force » face à l’État : où est-il ? Depuis quand établit-on un rapport de force en occupant des ronds-points, ou en générant des émeutes sans but ?

C’est bien beau de nous raconter qu’il y a des exploités au sein des Gilets jaunes, mais les revendications ne sont pas les leurs : la baisse des taxes, élément déclencheur, n’a JAMAIS ÉTÉ une revendication des exploités ! Historiquement, ça a toujours été celle des paysans et des petits-bourgeois. Idem en ce qui concerne la baisse des charges ou la défense du drapeau tricolore…

Quant à l’idée que le pouvoir a lâché « quelques miettes », elle fait rire : Macron a fait en avance des choses annoncées, et a retardé des choses qu’il n’avait pas encore faites ! La belle affaire !

Si le mouvement n’a ni représentants ni négociation, c’est parce qu’il n’y a pas l’ombre d’un accord en son sein sur ce qu’il faut faire et ce qu’il faut demander ! Dès qu’on commencerait à discuter au sein des Gilets jaunes, l’incroyable hétérogénéité qui y règne ferait immédiatement éclater ce soi-disant mouvement ! Alors on n’y discute pas…

Le dernier sous-titre fait sourire : « auto-organisation de la grève », ben oui, mais justement il n’y en a pas, de grève ! Et c’est bien le problème : on n’arrive à paralyser l’économie qu’en arrêtant la production, pas en empêchant les gens de consommer ! Et c’est là que l’on voit que les rédacteurs de ce texte se font enfumer par les Gilets jaunes : ce n’est pas un mouvement qui a un quelconque avenir, il n’a établi aucun rapport de force, si ce n’est avec les flics, il n’y a aucune perspective en son sein ! Je passe sur les « blocages », qui sont une revendication syndicale classique, et sur les « sabotages », qui n'ont jamais apporté quoi que ce soit, sinon une occasion pour la police de faire son travail.

Ce texte qui se contredit complètement démontre donc très clairement que les Gilets jaunes ne sont aucunement une piste de lutte. Plus vite ce pseudo-mouvement s'arrêtera, mieux ce sera pour la lutte…

> A bas l'invariance

Tout d'abords ce texte n'émane pas des anars de Caen mais d'anarchistes de Caen. Ton commentaire, s'il reflète le mépris de l'avant-garde marxiste fossilisée et mériterait d'être plus nuancé rejoint certaines interrogations des auteurs même du texte dont je fais partie.
Que ce texte soit bourré de contradictions c'est normal puisqu'il les relève, et qu'elles nous traversent en permanence dans cette lutte. Les auteurs ont d'ailleurs dès un premier texte souligné et assumé de prendre parti dans ces contradictions ( https://nantes.indymedia.org/articles/43902 ). Je suis dubitatifs même si ce n'est pas de la même manière que toi sur ce mouvement, mais je n'en tire pas les mêmes conclusions. Nous échangeons sans soucis et comprenons ceux et celles qui voient dans ce mouvement une impasse. Et surtout nous ne partageons pas l'euphorie de certains textes acritiques qui pullulent en milieu radical.

Par contre si tu cherches un mouvement ouvrier obéissant à l'invariance bordiguiste et ses représentant-e-s, tu risques d'attendre longtemps. Et c'est heureux ! D'ailleurs peu de mouvements, même les plus révolutionnaires ne débutent sur des bases claires. La critiques contre les taxes restent ambigus tant elles charrient des visions différentes selon les interlocuteurs. Je trouve que tu en reste aux premiers pas du mouvement avec un côté plus interclassiste, plus anti-taxe. Je ne l'aurais pas rejoint s'il en était resté là. Des compagnon-ne-s non plus. Mais la question sociale s'est invitée. Avec plus de prolos, plus de précaires…

A noter que j'aurais aimé que tu sois aussi critique sur nombre de mouvement aussi attachés aux intérêts de la classe moyenne qu'ont été décembre 95, la loi travail et ses suites. Dans ces deux derniers bien peu de prolos… si ce n'est dans quelques bastions totalement cadenassés par les centrales syndicales.

C'est bien là le souci de ton commentaire c'est qu'il manque de nuance. Dire que ce mouvement est un mouvement de classe moyenne c'est aussi réducteur que de dire que c'est un mouvement populaire. C'est d'ailleurs souvent quand une parole ouvrière surgit que les débats deviennent plus nets. Par contre, dire qu'il existerait une parole ouvrière univoque c'est bien mal connaître et la réalité et l'histoire. Il existe une classe ouvrière réactionnaire. Tout comme il peut exister une paysannerie révolutionnaire. L'expérience makhnoviste l'a montré jadis. Auhourdhui réduite à peau de chagrin en occident.

La critique de la représentation n'est pas que le fait de l'hétérogénéité du mouvement, même si ça me semble exact qu'une tentative de mise en place d'une représentation conduirait à l'éclatement du mouvement. Elle est plus profonde. Et comme je ne crois pas contrairement aux marxistes que la domination ne soit qu'essentiellement économique mais qu'elle est également politique, je vois dans cette méfiance quelque chose de sain. Cette critique n'est pas générale au mouvement. Le texte le souligne.

On atteint le comble du paradoxe dans ton commentaire quand tu nous reproches de défendre la nécessité de la grève - au côté de compagnon-ne-s communistes libertaires et de camarades communistes face à certains radicaux-ales - tout en regrettant son absence. C'est d'ailleurs un souhait d'ouvriers présents dans ce mouvement à Caen et qui soulignent l'apathie ouvrière dans leur boîte. Nous ne faisons pas du blocage, du sabotage ou de l'émeute des idéologies, mais rappelons qu'ils sont au même titre que la grève un moyen d'instaurer un rapport de force. Qu'ils ne prennent leur pleine puissance que lorsqu'ils sortent de l'isolement et que le conflit se généralise. Nous n'en sommes pas là. Pour mémoire le sabotage a été une arme de la classe ouvrière en lutte, notamment dans le syndicalisme révolutionnaire, l'associationnisme ouvrier, l'anarcho-syndicalisme ou l'anarchisme.

Si nous sommes investis dans ce mouvement c'est sur une base critique, en combattant ses aspects réactionnaires bien présents jusque dans la tolérance de l'extrême droite par une partie du mouvement. Même si à Caen, malgré toutes ses agitations elle reste marginalisée. Le plus préoccupant est la tentative d'OPA souverainiste orchestrée avec force moyens par la France en colère.

L'issue de cette lutte qui reste minoritaire malgré sa popularité est incertaine. Les vautours politiques souverainistes et l'extrême droite rodent. 5 étoiles et l'extrême droite au pouvoir lui font des appels du pieds d'Italie. Des modes de structuration souverainistes et des SO surgissent. Bien des signes peu réjouissants mais dans le même temps bien des forces résistent à cet élan de l'intérieur même du mouvement.

Il est à craindre que les années qui viennent voient surgir des mouvements confus et contradictoires. Soit nous nous tenons à distance de ces mouvements soit nous assumons de nous y frotter avec les risques que cela comporte.

Que vive la sociale !