[Brésil] Le peuple veut une place. Critique du traitement médiatique des conflits sociaux en cours

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Dans la série "nos élites ne nous représentent pas", un article posté sur Indymedia Brésil remet les pendules à l'heure sur la désinformation exercée par les médias dominants. Médias bourgeois qui demandent à corps et à cri la répression des mouvements sociaux en cours au Brésil.

La lutte contre l'oligarchie corrompue, à la botte des grandes entreprises et du capital, et contre les grands projets urbanistes et d'infrastructures, s'intensifie partout dans le monde. Quelle bonne nouvelle pour la démocratie.

Le peuple veut une place

Par Jorge Nogueira le 18/06/2013 | Traduction : Collectif anarchiste du Haut Fay

 

Le toit du congrès national brésilien envahi par des activites le 17/06
Le toit du congrès national brésilien envahi par des activites le 17/06

Le Brésil rejoint le club des Pays qui sont traversés par d'importants conflits sociaux. C'est bien ce que semble indiquer les actes successifs de protestation contre l'augmentation des tickets de bus dans plusieurs grandes villes du pays.

Jeudi dernier (13/06) s'est déroulé une journée d'action nationale et même une ville comme Porto Alegre qui avait déjà obtenu la réduction des tarifs de bus, a mis 5 000 personnes dans les rues en solidarité à Rio de Janeiro et São Paulo.

manifestations à Porto Alegre, le 17/06 au soir
manifestations à Porto Alegre, le 17/06 au soir

Au début, les mass médias ont essayé de criminaliser les mouvements sociaux en demandant ouvertement à la police de les réprimer. Dans un éditorial "L'heure est arrivée de dire stop" l'Estadão (grand journal de centre droit pauliste) n'a pas appelé à la modération de la Police militaire, le journal a même demandé qu'elle agisse avec une fermeté maximum contre les fauteurs de trouble :

Au troisième jour de protestation contre l'augmentation des tarifs des transports collectifs, les baderneiros (casseurs, fauteurs de trouble, anarchistes, etc) à l'origine des troubles, ont dépassé toutes les limites et, à partir de maintenant, où les autorités déterminent que la police agisse dorénavant avec une plus grande fermeté où la capitale pauliste restera livrée au désordre, ce qui est inacceptable. (...)

La police a agit avec modération, au contraire de ce qu'affirme les manifestant.e.s, qui l'accuse de barbarie pour justifier leurs actes de vandalisme. (...)

Depuis Paris, afin de défendre la candidature de São Paulo à organiser l'Exposition Universelle de 2020, le gouverneur a déclaré que "l'action des vandales et casseurs est intolérable. C'est au delà du droit d'expression. C'est une violence absolue". Il est à espérer qu'il passe des paroles aux actes et détermine que la police agit avec e maximum de rigueur afin de contenir la furie des manifestant.e.s, avant qu'elle ne s’étale dans toute la ville.

Haddad (ministre de l'éducation), qui est à paris pour les mêmes motifs, a lui aussi été affirmatif en déclarant que "les méthodes (des manifestant.e.s) ne sont pas approuvées par la société. Cette liberté est utilisée en portant préjudice à la population". [1]

Confiant dans le succès de sa campagne de calomnies , l'Estadão n'avait aucun doute sur le fait que la population veut mettre fin au désordre, et cela dépend de la fermeté des autorités. 

Un policier tire sur des manifestant.e.s à Sao Paulo, le 13 juin 2013
Un policier tire sur des manifestant.e.s à Sao Paulo, le 13 juin 2013

En évoquant "l'ordre", la Folha de São Paulo (grand journal pauliste de centre-gauche) a publié un éditorial qui demande au gouvernement et à la Police Militaire de "reprendre l'avenue Paulista". Le journal a défendu ouvertement l'interdiction des manifestations et de leur organisation dans des lieux "alternatifs", probablement dans un endroit caché et distant :

"Il est temps de mettre un point final à tout cela. La Mairie et la Police Militaire doivent appliquer les restrictions déjà existantes pour les manifestations avenue Paulista, avec ses sept grands hôpitaux à proximité.

Il n'est pas suffisant, malgré tout, d'exiger que les organisateurs informent la CET (Compagnie d’Ingénierie du Trafic) 30 jours avant, le lieu de la manifestation. Selon l'horaire et le nombre prévu de participant.e.s, les pouvoirs publics devraient interdire les éléments potentiellement les plus perturbateurs en signalant les lieux alternatifs.

Lorsque l'on parle de vandalisme, il n'y a qu'un moyen de le combattre : la force de la loi. Mener les investigations, identifier et poursuivre les responsables. Comme avec tout type de criminalité, ici aussi l'impunité est la meilleure incitation à la récidive
." [2]

Le pouvoir de manipulation de ces véhicules médiatiques n'a pas atteint l'effet escompté et la majorité de la population a non seulement démontré qu'elle soutien le « désordre » alors que les manifestations sont de plus en plus importantes. L'expression de ce sentiment est illustrée par le coup de déprime publique du journaliste histrionique José Luiz Datena qui, dans son programme "Brasil Urgente" de Rede Bandeirantes (émission voyeuriste immonde), a vu le "oui" gagner haut la main dans son sondage qui demandait malicieusement "êtes-vous favorable où contre les protestations avec vandalisme ?" [3]

Conformément à la demande des journaux cités ci-dessus, la répression policière s'est accentuée et, tels des sadiques incontrôlés, les policiers militaires on commencer à taper sur tout ce qui bouge. Même les personnes qui ne participaient pas aux protestations, et les journalistes (7 journalistes de la Folha - photo ci-dessous) qui couvraient les événements ont été réprimé.e.s, et pour certain.e.s gravement blessé.e.s, deux d'entre eux/elles atteint.e.s aux yeux. [4]

La journaliste de la Folha de Sao Paulo, blessée par des flics
La journaliste de la Folha de Sao Paulo, blessée par des flics

Deux jours après l'éditorial qui demandait "l'heure de dire stop" l'Estadão de São Paulo, a été obligé de reconnaître que la «  Répression de la Police Militaire à São Paulo avait eu pour conséquence d'intensifier les protestations [5] Le ton des grands médias brésiliens a commencé à changer [6] probablement motivés par la peur des classes dominantes de voir que de telles manifestations puissent prendre une ampleur au delà de la revendication immédiate des tarifs de bus. Ce sentiment se manifeste déjà dans certains journaux comme Zero Hora de Porto Alegre du 16 juin dans lequel la chroniqueuse Rosane de Oliveira note que les protestations ne se limitent plus au transport collectif mais que ce mouvement devient plus complexe à interpréter, car il n’est pas dirigé par le haut et parce que les jeunes défendent d'autres causes au delà des tickets de bus moins chers. Le transport collectif est, en même temps, le focus et le prétexte pour protester contre d'autres "grognes", qui vont de l'homophobie à la mauvaise qualité des services publics, en passant par les dépenses engrangées par la Coupe du Monde et tout ce qui est en relation avec le Mondial de foot, incluant la coupe d'arbres afin d'élargir les voies. [7] [14]

Même si la journaliste essaye d'adapter ses propres découvertes,en disant qu'il n'existe pas « d'ennemi commun » comme au temps de la dictature où du "Collor dégage" (premier président élu après la chute de la junte militaire. Homme politique ultra corrompu qui avait bloqué les comptes en banque des brésilien.ne.s avant de se tirer avec le fric à Miami) où lorsqu'elle affirme que les manifestant.e.s n'essayent pas de renverser le gouvernement comme lors du Printemps Arabe. Elle vacille en reconnaissant que les différentes revendications ont comme cible de protestation un même statu quo qui crée les problèmes en question. Il est clair que Rosane se montre réticent en relation à l'orientation future de tels mouvements, vu qu'ils sont intégrés de plus en plus par des activistes qui ne font aucun compromis avec le gouvernement, et qui sont donc plus difficiles à contrôler et récupérer.


Changement de conjoncture :


Brutalités policières à Rio, le 17/06, lors de la coupe des confédérations
Brutalités policières à Rio, le 17/06, lors de la coupe des confédérations

Personne ne sait quelle sera la goutte qui fera déborder le vase. Dans les pays où explosent des rébellions populaires qui font tomber des gouvernements et trembler des régimes, l'effet déclencheur de tels processus sont en apparence sur des questions en apparence mineures comme la répression d'une ambulance (Tunisie) ou encore celle d'activistes qui rejettent la coupe d'arbres sur une place (Turquie). Par contre, il y avait une accumulation de désastres passés qui ont fini par être canalisés par tous ces événements respectifs.

Fruit d'un même modèle socio-économique déjà célébré avec succès dans les pays précédemment mentionnés [8], les désastres s’amplifient aussi au Brésil. Les luttes ont même augmenté ces dernières années. En 2012, par exemple, il y a eu une augmentation de 58% du nombre de grèves dans le pays en comparaison avec 2011, majoritairement dans le secteur privé (53%). [9] S’additionnent aux grèves, l'actuelle rébellion des indigènes (Belo Monte), l'occupation de terres, les résistances aux expulsions forcées pour les travaux de la Coupe du Monde et la corruption, entre autres. On perçoit que les luttes sociales augmentent de plus en plus en réponse à la pénétration d'un modèle qui tente de regagner son souffle face au vents de plus en plus forts de la crise du capital dans le pays.

Ces revendications, comme d'autres, prennent, d'une certaine forme, le train des révoltes actuelles contre l'augmentation des tarifs de bus. Si elles vont s'accélérer pour écraser le régime où quelques dirigeants, c'est une incertitude de la conjoncture, fait qui laisse craintives les classes dominantes et les politiciens brésiliens. Ce n'est pas par hasard que Lula est apparu défendant une conciliation « avec la presse et avec la société ». [10]

Ce qui est certain c'est que la conjoncture de lutte de classes au Brésil opère un changement sensible, qui peut être confirmé par les protestations contre Dilma Roussef et Joseph blatter lors de l'ouverture de la coupe des Confédérations.

extlink.gif http://www.youtube.com/watch?v=krlQFd3Gtcs

Le gouvernement du PT, principal agent du modèle socio-économique, qui commence à montrer des signes d'épuisement, souffre de la résistance populaire dans les rues, face à la perte chaque fois plus importante du contrôle des mouvements sociaux, en appelant à chaque fois plus de répression ouverte. Il en a été ainsi avec les grévistes, les indigènes, les sans toit et sans terres. [11] Il en est de même pour les activistes qui luttent contre les augmentations des tarifs de bus.

Dans cette mission macabre les pétistes et les tucanos (PSDB/sociaux démocrates se donnent la main. A São Paulo, Alckmin (PSDB) et Haddad (PT) ont condamné du même ton les manifestant.e.s. Cela, beaucoup de gens l'ont vu. Ce que beaucoup méconnaissent c'est la collaboration du Gouvernement Dilma avec la répression : l'ABIN (organe central du Système brésilien d'Intelligence) est infiltrée et espionne les activistes [12] alors que le Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, a demandé l'intervention de la Police Fédérale à Rio de Janeiro et à São Paulo. [13]

Il est clair que le PT et le PSDB sont identiques dans le traitement des revendications sociales causées par le modèle socio-économique qu'ils défendent et pratiquent. Heureusement, le peuple brésilien semble comprendre la nécessité de s'organiser indépendamment des deux blocs politiques similaires. Le peuple veut une place, avant que les vents de la crise se transforment en tempête. C'est un fait très positif et progressiste.

Le peuple envahit le congrès à Brasilia, le 17/06

Le peuple envahit le congrès à Brasilia, le 17/06

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Source :

[1] Chegou a hora do basta (13/06/2013): http://www.estadao.com.br/noticias/impresso,chegou-a-hora-do-basta-,1041814,0.htm

[2] Editorial: Retomar a Paulista (13/06/2013): http://www1.folha.uol.com.br/opiniao/2013/06/1294185-editorial-retomar-a-paulista.shtml

[3] Enquete faz Datena mudar de ideia sobre protestos de São Paulo (13/06/2013): http://br.noticias.yahoo.com/enquete-faz-datena-mudar-de-ideia-sobre-protestos-de-s%C3%A3o-paulo-235236524.html

[4] Jornalistas são presos e feridos em protestos de SP http://www.cartacapital.com.br/blogs/blog-do-lino/editoriais-da-folha-e-do-estadao-pediram-repressao-da-pm-1256.html

Repórter da Folha ferida no olho volta a enxergar (14/06/2013):

http://www1.folha.uol.com.br/cotidiano/2013/06/1295067-reporter-da-folha-ferida-no-olho-volta-a-enxergar.shtml

[5] Repressão da PM em SP faz apoio a protestos crescer (15/06/2013): http://www.estadao.com.br/noticias/geral,repressao-da-pm-em-sp-faz-apoio-a-protestos-crescer,1042783,0.htm

[6] Sobre as capas das semanais – Vol. 2 (15/06/2013): http://br.noticias.yahoo.com/blogs/mexidao/sobre-capas-das-semanais-vol-2-145402284.html

[7] Muito além das passagens de ônibus (15/06/2013): http://wp.clicrbs.com.br/rosanedeoliveira/2013/06/15/muito-alem-das-passagens-de-onibus/?topo=13,1,1,,,77

[8] O que o Ocidente dizia do Norte da África? (29/01/2011): http://blogdomonjn.blogspot.com.br/2011/01/o-que-o-ocidente-dizia-do-norte-da.html

[9] Número de greves no ano passado cresceu 58%, segundo Dieese (23/05/2013): http://www.sul21.com.br/jornal/2013/05/numero-de-greves-no-ano-passado-cresceu-58-segundo-dieese/

[10] “Transporte público é assunto urgente para cidades”, diz Lula sobre protestos (13/06/2013): http://www.sul21.com.br/jornal/2013/06/transporte-publico-e-assunto-urgente-para-cidades-diz-lula-sobre-protestos-contra-aumento-da-passagem/

[11] Brasil: aumenta o entreguismo e a repressão (12/05/2013): http://blogdomonjn.blogspot.com.br/2013/05/brasil-aumenta-o-entreguismo-e-repressao.html

[12] Após protestos coordenados, Abin eleva risco para grandes eventos (07/06/2013): http://oglobo.globo.com/pais/apos-protestos-coordenados-abin-eleva-risco-para-grandes-eventos-8627202

[13] Cardozo afirma que pediu à PF que acompanhe protestos contra aumento das passagens (12/06/2013): http://noticias.r7.com/cidades/cardozo-afirma-que-pediu-a-pf-que-acompanhe-protestos-contra-aumento-das-passagens-13062013

[14]  http://blogs.mediapart.fr/blog/bob-92-zinn/020613/protestations-apres-lexpulsion-docupa-arvores-occupe-les-arbres-porto-alegre-bresil

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