La Roche-sur-Yon : succès des manifs régionales dans l’Ouest

Mis a jour : le mercredi 13 février 2019 à 01:19

Mot-clefs: gilets_jaunes
Lieux: la roche-sur-yon

Dans plusieurs régions de France, le mouvement des Gilets Jaunes a pris une forme orginale : chaque semaine, une ville, moyenne ou grande, acueille la manifestation du samedi. On a ainsi vu, dans le sud-est, 1500 personnes manifester à Forcalquier, sous-préfecture des Alpes-de-Haute-Provence (5000 habitants) et tenter d’approcher la maison de Christophe Castaner. La semaine suivante, plusieurs millers de personnes se sont rendues à Manosque (04) : à chaque fois, le déplacement régional est un événement historique pour la ville en question. En terme de nombre de manifestants mais surtout en en terme de rapport de force : pour la première fois dans ces villes plutôt calmes, des affrontements ont lieu avec la police et personne ne peut ignorer la force du conflit qui se joue. Dans l’Ouest, il semblerait que ces manifestations régionales aient particulièrement bien fonctionné, en témoigne l’Acte XIII à La Roche-sur-Yon, samedi dernier, sur lequel revient cet article.

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Qui aurait pu penser que la Roche-sur-Yon, 50.000 habitants, fief vendéen, verrait un jour ses rues aussi agitées que celles de sa turbulente voisine nantaise ? C’est pourtant ce qui advint ce samedi où la minuscule cité accueillait la « manif régionale » du grand-Ouest. Ce rendez-vous hebdomadaire est une des formes très intéressantes que s’est donnée le mouvement dans la région ce dernier mois. Le principe est simple, se déplacer depuis plusieurs départements voisins au gré des invitations des uns et des autres dans les différentes préfectures du coin pour donner un coup de fouet aux rassemblements qui s’y tiennent. Ça a commencé à Nantes le 12 janvier, puis à Angers le 19, à Tours le 2 février et ce samedi 9 février, donc, à la Roche-sur-Yon. On garde le plaisir du déplacement en groupe, l’ambiance tifosi qui nous faisait en décembre monter à Paris. On conserve le dépaysement, la découverte de nouveaux lieux et personnes, sans pour autant avaler des centaines de kilomètres ou subir des dispositifs aussi délirants que ceux qui furent déployés dans la capitale.

À la Roche-sur-Yon, ce samedi, une poignée d’organisateurs autoproclamés auraient bien aimé que notre contingent de gilets venus de tout l’Ouest se contente de simplement grossir le chiffre de marcheurs derrière leur belle banderole, en enchaînant des tours de ville sur un parcours convenu avec les autorités locales. Tel ne fut finalement pas le cas. Car après un défilé au pas syndical sur les boulevards, arrivés place Napoléon, la vue de deux voitures de police libère subitement les énergies. Coursées, mises en fuite, leur débandade suscite l’arrivée précipitée des gendarmes mobiles. Un peu chahutés, ces derniers gazent à tout-va, avant de se retirer en direction de la préfecture vers laquelle une manifestation ragaillardie s’empresse de les poursuivre. Arrivée devant le bâtiment, elle en arrache les volets, permettant à de gros pavés de traverser les carreaux, tandis que de l’intérieur une lance à eau parvient à éteindre le début d’incendie que quelques pneus tentaient de propager à la porte.

Le tumulte oblige la gendarmerie à se déployer autour du siège de la république, laissant le reste de la ville à notre discrétion. Plusieurs banques sont intégralement vidées de leur mobilier, et d’énormes chantiers (celui des halles en particulier) s’amoncellent en barricades, lesquelles, enflammées dans différents points de la ville, brûleront pendant plus d’une heure. La rue, elle est à nous, véritablement. La police ne bouge pas, de peur sans doute qu’en dispersant le rassemblement sans pouvoir le contenir, les dégâts dans la ville ne fassent que s’accroître. C’est finalement la nuit, tombant de concert avec la pluie, qui vient mettre un terme à la journée.

La manif régionale, c’est l’exportation dans tout l’Ouest de ce que, faute de mieux, nous sommes bien obligés d’appeler « l’esprit nantais ». Point de chauvinisme dans cette appellation. Car on perçoit très clairement un air de famille entre les sorties des gilets jaunes de l’Ouest et la spécificité des belles prises de rue nantaises depuis le 22 février 2014 (certains parleraient même du plan Juppé de 95 et du CIP de 94). On ne se disperse pas, on reste, on ne vient pas seulement défiler, on vient occuper la rue, et la distraction principale durant cette occupation consiste à affronter les forces de l’ordre qui veulent nous chasser. Dans les grandes occasions, on voit l’érection de belles barricades. Dans les cinq dernières années, cet « esprit nantais » a eu de nombreuses occasions de se consolider et de s’affiner. Parmi les dates marquantes, citons le 31 mars 2016 lors du mouvement contre la loi travail où les manifs s’enchaînèrent durant une bonne dizaine d’heures. Plus récemment il y eut le cortège contre les expulsions de la zad le 14 avril 2018.

Mais la manif régionale nous apporte un atout supplémentaire : l’effet de surprise. Car si à Nantes le dispositif de maintien de l’ordre est, à force de débordements, relativement bien rodé, si la police et la BAC y bénéficient d’une expérience notable, cela n’est absolument pas le cas dans d’autres villes. À Angers comme à la Roche-sur-Yon, nous avons vu des gendarmes mobiles non seulement en large sous-effectif, mais également totalement perdus dans la géographie de la ville, opérant des déplacements aberrants, incapables de nous empêcher d’accéder aux préfectures. Effet de surprise renforcé par l’ingénuité des municipalités qui ne prennent pas la peine ou n’ont pas les moyens de nettoyer leurs villes des divers chantiers, comme à Angers où les travaux du tramway se répandirent en dizaines de barricades sur le Boulevard Foch. On pourrait craindre qu’il ne s’agisse à chaque fois que d’un feu de paille, et cela le serait certainement s’il n’y avait actuellement, de façon diffuse, une soif d’apprentissage de ces gestes de révolte. C’est ainsi que le samedi suivant la manif régionale d’Angers, les mêmes scènes réapparurent dans cette ville, alors que seuls les « locaux » s’y rassemblaient. Il y a parfois un pas à franchir, une retenue à dépasser pour que les manifs d’une ville ne soient plus jamais comme avant. Nous vous en parlons ici car l’exportation de telles « manifs régionales tournantes » dans d’autres régions où seules les grandes métropoles se sont jusqu’ici agitées, pourrait apporter un nouveau souffle.

[Photos : SUAAN]

Link_go https://lundi.am/La-Roche-sur-Yon-succes-des-manifs-regionales-dans-l-Ouest

Commentaire(s)

> Patriotisme d'extrême gauche

Ou quand le drapeau français avec inscriptions dessus est désormais symbole de révolte...

> .

Un peu réducteur, non.. Même si l'émeute ne suffit pas.

> 9 FÉVRIER, ACTE 13 : L'INSURRECTION QUI TIENT

- 2000 manifestants à Nantes, des barricades à la Roche-sur-Yon -

Cela fait déjà 13 semaines qu'inlassablement, quelles que soient les conditions météo, malgré la répression et les campagnes médiatiques hostiles, des dizaines de milliers de personnes prennent les rues chaque samedi. Contre l'injustice sociale, contre le mépris des puissants, contre Macron et le monde qu'il incarne. Localement, les deux places fortes de l'Acte 13 se trouvaient à Nantes et à La Roche-sur-Yon.

A Nantes, le cortège met du temps à démarrer en début d'après-midi. La foule semble moins nombreuse, moins dynamique. Difficile de dire si cette lassitude vient de l'appel régional à se déplacer en Vendée ou à la succession de manifestations très sévèrement réprimées. Il faut dire que Nantes est le théâtre d'expérimentations répressives depuis des années. Malgré tout, peu à peu, la manifestation de quelques centaines de personnes va gonfler dans les rues, au point d'atteindre 2000 participants au plus fort. Mais le dispositif policier laisse peu de place à l’improvisation, et dès le Cours Saint-Pierre, les premières grenades sont tirées. Une tentative de monter vers la rue du Calvaire est à nouveau repoussée par des salves de gaz. Après un premier tour sur les grands axes, sous escorte rapprochée, le cortège se dirige à nouveau vers la Préfecture où une souricière est organisée par les forces de l'ordre, très nombreuses. Fait inédit et assez inquiétant, il suffit que la gendarmerie lance des sommations pour que les premiers rangs se mettent à refluer. La cohésion et la confiance des manifestants semble faire défaut, face à la disproportion des forces en présence.

Mais l'après-midi n'est pas finie. Des affrontements ont lieu sur le Cours des 50 Otages. Les rares vitrines de banques encore intactes sont esquintées. Beaucoup de tags fleurissent sur les murs. Et comme souvent sur cette avenue, la police s'adonne à son sport favori : le stand de tir. Des dizaines et des dizaines de grenades pleuvent sur le cours, y compris dans les cafés et sur les toits des immeubles. Le sol est jonché de munitions. Des poubelles sont enflammées. Une partie du cortège parvient à monter vers les rues commerçantes, alors qu'une autre, de quelques centaines de personnes, arrive à se faufiler jusqu'à la Place Graslin. Les charges de la BAC, épaulées par des groupes paramilitaires de la BRI, habillés en ninja, sont très violentes. Des explosions, des coups et des blessés pour voler une simple banderole.

Lors d'une charge, une cartouche bleue, de type chevrotine, est retrouvée au sol sur le Cours des 50 Otages Elle a malheureusement été remise à la police par un manifestant sans avoir pu être expertisée. Nous sommes intéressés par tout témoignage ou photo pouvant documenter cette découverte inquiétante.

La composition de la foule évolue, il y a de plus en plus de très jeunes venus des quartiers, qui sont les cibles privilégiées de la police. Après une longue période de flottement, une nouvelle banderole apparaît, et remet en mouvement un petit cortège dans les rues de Bouffay, avec une beaucoup plus grande d'énergie qu'en début d'après-midi. Les slogans anticapitalistes résonnent dans les ruelles. Mais c'est la chasse à l'homme, et à nouveau, la banderole est volée, et plusieurs manifestants arrêtés. Une jeune femme crie ses droits à un manifestant interpellé. Un policier lui répond « viens sucer ma queue salope ! », puis sort sa matraque et la menace. Les rues retrouvent leur calme. Encore une fois, la manifestation aura duré des heures, jusqu'à la nuit, mais sans parvenir à mettre en échec les pièges posés par la répression, faute de solidarité et de détermination collective.

Au même moment, les rues de La Roche-sur-Yon connaissent une mobilisation inédite. Pendant toute la semaine, la presse et les élus locaux ont mené une campagne basée sur la peur et la dissuasion. Cela n'a pas marché, car 2000 personnes de tout l'Ouest marchent dans la ville vendéenne fondée par Napoléon. Après une première partie plutôt calme, les rues se couvrent de barricades et se remplissent de lacrymogène. Des manifestants font fuir plusieurs fois les voitures de la BAC. Plusieurs symboles du capitalisme sont ciblés : des banques ont leurs vitres brisées. Les rues de la Roche n'ont probablement pas connu de telles scènes depuis très longtemps. Un tag sur un mur : « gravé dans La Roche ».

Ce samedi 9 février confirme encore une fois que le mouvement est profondément enraciné. Qu'il refuse, semaine après semaine de se laisser bâillonner. Mais il manque encore l'étincelle et l'intelligence collective de dépasser les affrontements rituels, et leur scénario écrit d'avance par le gouvernement.

Soyons l'étincelle !

https://www.facebook.com/Nantes.Revoltee/posts/2067252399977589