Blessé-e-s de Nantes: DÉPOT COLLECTIF DE PLAINTES

Mis a jour : le vendredi 4 janvier 2019 à 11:16

Mot-clefs: Répression gilets_jaunes
Lieux: Nantes

Publié par le groupe: GroupAutoMedias44

Aux nombreuses personnes blessées ces dernières semaines lors des manifestations nantaises, l'Assemblée des blessés 44 propose d'organiser un dépôt de plaintes collectif pour celles et ceux qui le souhaitent. Si les plaintes demeurent individuelles, l'objectif d'un dépôt collectif est de visibiliser la question des violences policières auprès des médias et de l'opinion, tout en permettant aux victimes de se sentir encadrées et soutenues, et de rompre avec l'isolement. Il n'est en effet jamais facile de déposer plainte seul·e pour violences policières.

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Les personnes ayant été blessées par la police au cours de ces dernières semaines, et qui souhaiteraient engager des procédures (ou simplement être informées sur les différentes démarches possibles), sont donc invitées à prendre contact avec l'assemblée des blessés.

Même s'il est évidemment possible de les contacter à tout moment, les blessé·e·s souhaitant se joindre à la démarche collective ont jusqu'à mardi 8/01 pour prendre contact avec eux, afin de permettre à leurs avocats de bénéficier de suffisamment de temps pour préparer les plaintes.

Il est également important de noter que le tribunal ne juge pas sur la gravité de la blessure. Il est donc tout à fait possible de déposer plainte pour tout type de blessure occasionnée par la police.

Contacts :
Assemblée des blessés 44
assembleedesblesses44(at)gmail.com

Email Email de contact: assembleedesblesses44_AT_gmail.com

Commentaire(s)

> Texte lu par la belle mère d'Adrien devant le tribunal, samedi 12 janvier

Texte lu par la belle mère d'Adrien devant le tribunal, samedi 12 janvier, pour dénoncer les violences policières et notamment celles contre Adrien et Philippe

Je prends la parole en tant que belle-mère d'Adrien qui a subie quelques chose d'inadmissible et en tant que Gilet jaune.
Ce samedi 29 décembre, Adrien accompagnait son père et ses amis pour la 2ème manifestation de sa vie, sur Nantes.
La première fois, son père, Eric, avait constaté par lui même de ce qu'il se passait en dehors des médias. Il a pris conscience de la peur que les manifestants ressentent, des risques de recevoir des éclats de grenades dites désencerclantes, d'absorber les gaz lacrymogènes qui vous font cracher vos boyaux, et de pleurer comme jamais en vous brûlant toutes les voies respiratoires.
En masse, se rejoignent de nombreuses personnes issues de populations diverses qui ne sont pas là pour casser, mais pour se rassembler, pour se montrer, se rencontrer, pour faire face ensemble et dénoncer le système qu'énormément de français critiquent depuis des années sans qu'il y ait de réel changement.
Eric fait parti de l'équipe Medic de rue de la Maison du Peuple de Saint Nazaire.
Ils étaient ensemble avec d'autres partenaires et se protégeaient. Il s'en veut aujourd'hui d'avoir été à 50 mètres en train de soigner une dame en insuffisance respiratoire, provoquée par le gazage en masse ce jour là.
Adrien nous avait demandé de pouvoir prendre un casque de moto afin de se protéger la tête. Nous avons refusé, lui expliquant qu'en faisant cela il passerait pour un " casseur". Nous regrettons à présent avoir refusé cette protection.
À ceux qui se posent la question pourquoi nous l'avons laissé aller là-bas, ceux qui disent "il ne le faut pas, c'est trop dangereux, il faut être malade pour aller manifester en ce moment", je leur dirai:
cela ne devrait pas être un danger de manifester ! Et pensez-vous vraiment que tous ces gens sont fous ?
A ceux qui pensent qu'il était une menace et que son attitude ou sa tenue vestimentaire pouvait inspirer l'inquiétude chez les forces de l'ordre je le répondrai:
- on le voit les mains dans les poches, le regard à droite, à gauche, tranquille toujours accompagné ,
- Adrien n'avait pas de gilet jaune ce jour là pour la simple raison que c'est moi qui les avais.

Le gilet jaune d'ailleurs est un emblème un signe de ralliement au départ mais ce n'est pas une obligation pour manifester.
Pour ma part je n'ai jamais vu de casseurs habillés avec un pantalon de travail. D'ailleurs j'en profite pour affirmer que les actes de personnes qui seraient décrites comme des "casseurs" ne justifient pas les mutilations et traumatisme causés par les armes de la police de manière irréversible. Je parle de flash-ball LBD 40 essentiellement et des grenades GLI-F4 par exemple.

Mais où était la menace, l'agressivité lorsqu' Adrien se retourne pour rejoindre son père ?
Dites-moi où est la dangerosité?
Dites-moi où et l'honneur lorsque l'on frappe en pleine tête, de dos un jeune, et à terre.

Expliquez-moi pourquoi, lorsqu'il gisait à terre dans son sang inconscient secoué par des convulsions provoquées par le choc et la fracture crânienne, on continuait à le battre?

Adrien a 22 ans, Il est affectueux, discret, ouvert, aimable et tolérant.

Le résultat de cette manifestation pour Adrien :
- Fracture crânienne comminutive droite (c'est à dire en plusieurs
morceaux) avec embarrure (c'est à dire avec déplacement des morceaux du
crâne.)
- "Hématome sous dural" c'est à dire un hémorragie cérébrale associée à
un œdème de l'hémisphère droit.
- Fracture de la paroie latérale de l'orbite droit avec hématome.
- Fracture du sphénoïde, un os à la base du crâne.
- Fracture de la mâchoire droite
- Hématome sur le tibia avec traces de crampons encore aujourd'hui
- et douleurs dans toute la colonne vertébrale ;
- Douleurs dans les reins et la hanche gauche

Il a dû subir une opération en urgence avec une ouverture plus large du crâne pour évacuer l’hématome et est resté 5 jours en service de réanimation. Les scanner et IRM de contrôle ont par la suite été rassurants.

Actuellement il est sorti du service de traumatologie neurologique pour retourner auprès de sa famille.

On ne connait pas encore les séquelles neurologiques, il est trop tôt. Elles seront diagnostiquées par la suite. Une série d'examens avec des spécialistes sont prévues dans les semaines a venir. Mémoire, vue, audition, entre autres.

Mais des crises d'épilepsie, comme les convulsions que les témoins ont décrit lors du traumatisme sur place, ont récidivé et continuent encore aujourd'hui. Un traitement neurologique quotidien a donc été mis en place.

Par ailleurs un traumatisme psychologique important est établi. Une prise en charge sérieuse va débuter, cela nous demande une présence permanente auprès d'Adrien. Et ça a provoqué dans notre famille d'énormes bouleversements.

Et ce drame n'est pas isolé. Il fait suite à un autre drame récent à Nantes, celui qui a touché Philippe, atteint par une balle de LBD40 aussi dans les côtes le samedi 8 décembre. Celle-ci a provoqué une fracture de la rate très prononcée, entraînant une hémorragie interne. C'est la moitié de son sang qui s'est écoulé dans son corps. Cette hémorragie aurait pu, si elle n'avait pas été détectée assez tôt, entraîner les conséquences les plus dramatiques pour ce père de famille et ses proches. Mais on en parlera toujours moins que ces quelques voitures de luxe abîmées sur les Champs-Élysée...

Alors, avec ces traumatismes hyper-violents qu'ont vécu Adrien, Philippe et nous, je peux vous traduire le message que les forces de l'ordre veulent nous faire passer en agissant de cette manière (tirer dans la tête des gens au LBD40) :
"Arrêtez de manifester, rentrez chez vous, soyez une population bien sage comme les élèves que nous avons matés à Mantes-la-Jolie.La justice nous protègera nous et ne vous protègera pas
Vous n'avez aucun droit de vous protéger de nous. Soyez résignés. Nous avons le pouvoir de vous faire taire quand arrive 16h30 et que nous voulons rentrer chez nous après avoir bien rigolé à vous regarder."

Ce message est entendu et pourtant nous continuons malgré les coups, malgré les menaces, malgré la peur.

Moi j'ai envie de donner ma réponse : "La vérité est en train d'éclater dans notre pays, nous voulons croire que la justice est de notre côté pour se mettre au travail et rétablir la vérité et donner des sanctions. Vous ne nous écraserez pas, vous pourrez en faire tomber quelques-uns, mais le peuple ne se laissera pas maltraiter indéfiniment. D'autres les remplaceront et feront face. Et qui pourra au vu de ces violences d'une extrême gravité leur reprocher de le faire ?..."

Nous n'arrêterons pas de manifester pour autant, nous continuerons à faire des actions pour dénoncer ce qui ne va pas dans notre pays et qui touche le monde entier.

Je souhaite aussi informer que lors de ce drame qu'a subit Adrien, des journalistes étaient présents. Ils ont refusé de prendre le témoignage d'une personne qui avait essayé de porter secours à Adrien en prétextant brutalement qu'ils filmaient que ce qu'ils voulaient.

Je remercie la Maison du Peuple de Saint-Nazaire de leur soutien et de leur solidarité inestimable ! Un exemple qui devrait exister dans chaque commune.

Les groupes Gilet Jaunes sur Facebook et leurs membres qui nous permettent de prendre contact avec différents témoins de la scène et de récolter les premiers éléments, ce qui nous aideront à obtenir justice.

Nous remercions de tout notre cœur ceux qui ont porté secours et qui ont pris des coups pour essayer de protéger Adrien malgré la violence de la charge policière.

Nous remercions les pays dont nous avons reçu les messages de réconfort et de soutien ainsi que les personnes touchées par notre situation actuelle.

Nous avons grâce à l'Assemblée des blessés 44, été mis en contact avec des avocats dont maître Vallet, qui ont accepté de prendre les dossiers en main pour défendre les droits de nos blessés. Là je pense aussi aux Medics de rue, Perle, Caroline, Emmanuelle et Pierre pour leurs aides, leurs conseils et leurs paroles bienveillantes. Toute cette écoute, ces présences et ces soutiens nous donnent la force mentale pour tenir le choc.

Nous soutenons les pompiers pour avoir donné les premiers soins à Adrien et l'avoir transporté à l'hôpital, malgré le retard qu'ils ont eu pour atteindre notre blessé. Nous savons qu'ils sont victimes également des menaces de répression.

Nous sommes redevables au CHU de Nantes pour lui avoir sauvé la vie. Nous pensons bien à eux et à leurs conditions de travail et nous comprenons pourquoi ils n'ont pu garder Adrien plus longtemps. Notre conjoncture actuelle ne nous aide pas à apporter les soins sur la durée dans nos hôpitaux.

Cela fait presque 2 mois que nous constatons, que nous découvrons des choses qui nous sidèrent, dont nous n'aurions jamais pensé qu'elles puissent exister dans notre cher "Pays des droits de l'Homme" dont nos dirigeants n'hésitent pas à prendre en exemple pour faire la morale aux autres.
Car les Droits de l'Homme ne sont plus respectés, c'est un fait.

Nous demandons aux Français, Françaises, à ceux qui aiment ce pays de se réveiller, de prendre conscience de ce qu'il se passe, de choisir s'ils vont rester spectateur ou devenir acteur.
La situation ne pourra changer que par le bas. Car c'est là que se trouve le pouvoir d'une nation.

Nous faisons le souhait que les médias retrouvent la confiance des Français, cela ne dépendra que d'eux car la confiance se mérite.

Nous demandons également aux forces de l'ordre, de respecter leur serment qu'ils ont fait en entrant dans ce noble métier et de choisir maintenant ce qu'ils veulent laisser comme trace dans notre histoire qui est en train de s'écrire pour nos futures générations. Ce qu'ils veulent donner comme exemple à leurs femmes et à leurs enfants.

À ceux qui le font déjà, je leur dis merci et je leur demande de se montrer, de parler car cela fait 2 mois qu'on les appelle.

Je finirai en disant qu'il y a une limite à l'individualisme lorsqu'elle devient dangereuse pour l'Humanité. Nous avons atteint cette limite, alors intéressez-vous à ceux qui sont autour de vous.

Nous faisons partie de ces gens qui s'arrêteront pour aider quelqu'un en panne, ceux qui donnent au Restos du Cœur et autres associations, ceux qui donnent la pièce aux mendiants.

Nous cherchons le bon sens, le respect, la solidarité, le réveil de l'humanité pour établir une société juste, écologique et durable.

Nous ne sommes plus dans l'immobilisme, dans le fatalisme, nous sommes dans l'engagement, dans l'espoir, nous sommes dans l'action.

Je suis une personne simple et mes valeurs sont ma force, alors j'espère que mes mots vous toucheront