Une insoutenable européanisation du chantage à l'antisémitisme

Mis a jour : le dimanche 14 octobre 2018 à 14:56

Mot-clefs: Resistances
Lieux: europe

En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela ! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée. Ce vote, c’est une attaque sournoise contre la liberté d’expression de la part de la seule institution démocratique de l’Union européenne.

 

En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela ! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée. Ce vote, c’est une attaque sournoise contre la liberté d’expression de la part de la seule institution démocratique de l’Union européenne.

A l’exception notable de la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) et des Verts, tous les groupes parlementaires ont écouté plus ou moins religieusement les doléances des lobbies hyperactifs pro-israéliens – au premier rang desquels, l’IHRA et le Congrès juif européen – qui ont finalement réussi à obtenir gain de cause après une longue et coûteuse bataille. Mais ne nous y trompons pas, cette résolution ne s’est pas obtenue que sous la pression. Il s’agit d’un vote d’adhésion. Elle a été approuvée à une large majorité comprenant une alliance pas si hétéroclite qu’elle n’en a l’air au premier abord : de l’aile droite de la social-démocratie à l’extrême droite souverainiste et antisémite, tous, à de rares exceptions près, ont voté en faveur de la résolution.

Sans un accord idéologique tacite fondé sur une islamophobie plus ou moins assumée et le choix stratégique néoconservateur du soutien indéfectible à Israël, une telle alliance aurait été inconcevable. Il suffit de prendre la peine de gratter le vernis des bonnes intentions de cette résolution pour que se laisse apercevoir sa véritable raison d’être, qui ne fait d’ailleurs que peu de cas de la situation des Juifs en Europe. Il faut rappeler qu’il n’y a pas de politique d’état antisémite en Europe, et que ce vote vise clairement à empêcher non pas l’antisémitisme réel mais la critique politique légitime d’un État, de sa politique et de son régime.

Commentaire(s)

> .

Non mais beurk !!!!

> '

pareil : dégouté de ce truc

> Pourquoi ?

Je ne vois pas où est le problème avec ce texte.
Pouvez-vous m'expliquer ?

> c'est rien

c'est les trolls habituels qui supportent pas qu'on critique l'état raciste et le sionisme

> exemple

"l'état raciste" pouvez vous préciser ?

> Sans le bug

Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »

Dans une tribune au « Monde », l’historien, spécialiste du fascisme, se lance dans une comparaison entre le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui.

[L’annonce est autant symbolique que contestée à l’international : le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump a décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. L’ambassade américaine, actuellement établie à Tel-Aviv, ouvrira ses portes avant fin 2019. L’initiative a rapidement été saluée par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Depuis, à la Knesset, le Parlement, la droite mène une offensive sur plusieurs fronts. Le 2 janvier, les députés ont voté un amendement à la loi fondamentale, c’est-à-dire constitutionnelle, rendant impossible toute cession d’une partie de Jérusalem sans un vote emporté à la majorité des deux-tiers. Plusieurs députés ont aussi avancé des projets de loi visant à redéfinir le périmètre de la ville, en rejetant des quartiers arabes entiers se trouvant au-delà du mur de séparation, ou bien en intégrant de vastes colonies. Pour l’historien Zeev Sternhell, ces décisions visent à imposer aux Palestiniens d’accepter sans résistance l’hégémonie juive sur le territoire, les condamnant pour l’éternité au statut de population occupée.]

> -

Un seul état est raciste ? Pouvez vous expliquer pourquoi 1 ?

> Israël se définit officiellement comme un État raciste

Raciste, discriminatoire, colonial : nous ne nous sommes jamais privés, au côté des PalestinienEs et de leurs soutiens, d’attribuer ces divers qualificatifs à l’État d’Israël. Et pendant longtemps, les partisans de ce dernier objectait le fait – déjà contestable – qu’Israël serait une «?démocratie?». Un «?argument?» qu’il va être désormais impossible d’employer dans la mesure où l’État d’Israël vient lui-même d’adopter une loi le définissant comme un État non démocratique, un État d’apartheid.

Le 19 juillet, la Knesset (Parlement israélien) adoptait une loi, dite «?loi sur l’État-nation du peuple juif?», qui grave dans le marbre le caractère structurellement discriminatoire de l’État d’Israël. Le texte, qui entre dans le corpus des lois fondamentales qui font office de Constitution dans le pays, proclame en effet qu’Israël se définit comme «?l’État national du peuple juif où celui-ci applique son droit naturel, culturel, religieux, historique?», précisant que «?le droit d’exercer l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif?».

Apartheid revendiqué

Les 20?% de PalestinienEs résidant en Israël (les mal-nommés «?Arabes israéliens?») en sont pour leurs frais?: ils et elles étaient déjà des citoyenEs de seconde zone, les voici désormais officiellement – et «?constitutionnellement?» – considérés comme des intrus. La langue arabe, qui était la seconde langue officielle de l’État d’Israël, est rétrogradée à un «?statut spécial?» mal défini, et le rapporteur de la loi, membre du Likoud de Benyamin Netanyahou, ne craint pas d’affirmer avec fierté ce qui suit?: «?Nous avons fait passer cette loi fondamentale pour empêcher la moindre velléité ou tentative de transformer l’État d’Israël en une nation de tous ses citoyens.?»

Les choses sont désormais claires et, comme le souligne le journaliste Gideon Levy dans le quotidien Haaretz (12 juillet), il s’agit d’une «?loi de vérité?». La vérité sur le fait qu’Israël, qui était un État d’apartheid de facto, avec plusieurs dizaines de lois discriminatoires à l’égard des PalestinienEs d’Israël et un traitement colonial des PalestinienEs de Cisjordanie et de Gaza, est désormais un État d’apartheid revendiqué. Pour Gideon Levy, «?si l’État est juif, il ne peut être démocratique, en raison de l’absence d’égalité?; s’il est démocratique, il ne peut être juif, puisqu’une démocratie n’accorde pas de privilège sur la base de l’ethnicité. Désormais la Knesset a tranché?: Israël est juif. Israël déclare qu’il est l’État-nation du peuple juif, pas l’État de ses citoyens, pas l’État des deux peuples qui y vivent?».

«?Les nouveaux amis d’Israël vont être fiers de cette loi?»

Coïncidence?? Le jour même où la loi sur l’État-nation était adoptée, Benyamin Netanyahou recevait en grande pompe le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, réputé pour ses diatribes anti-migrantEs, xénophobes et… antisémites. Une visite à l’issue de laquelle les deux dirigeants ont revendiqué un «?socle patriotique commun?», et qui s’inscrit dans le rapprochement assumé d’Israël avec le groupe dit «?de Visegrad?» (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque), aux positions ultra-nationalistes et anti-migrantEs assumées. On se souviendra que l’État d’Israël avait participé, en juillet 2017, au précédent sommet des Premiers ministres du groupe de Visegrad, au terme duquel Netanyahou avait officiellement invité les autre pays à tenir leur prochain sommet… en Israël.

Comme le souligne Gideon Levy, «?les nouveaux amis d’Israël vont être fiers de cette loi. Pour eux, Israël sera une lumière parmi les nations.?» Le député palestinien d’Israël Ahmad Tibi a quant à lui déclaré sur Twitter?: «?C’est le commencement officiel du fascisme et de l’apartheid.?» Il ne s’agit évidemment pas de dire que la situation des PalestinienEs était enviable et allait soudainement s’aggraver. Mais bel et bien de constater que les avertissements, en 2013, de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste des extrêmes droites et du fascisme, étaient à bien des égards prémonitoires?: «?Israël est aujourd’hui à l’extrême droite du spectre politique et les groupes qui y composent la droite sont parmi les pires, et les plus redoutables, de ceux qui œuvrent actuellement dans les sociétés démocratiques, à l’exception des mouvements néo-nazis.?»