Catalogne : en pleine dérive libertaire

Mis a jour : le samedi 11 novembre 2017 à 12:02

Mot-clefs: Economie libérations nationales catalogne
Lieux: catalogne

Je ne connais pas très bien l’histoire du mouvement libertaire en Catalogne, mais j’imagine qu’il devait y avoir une bonne raison pour qu’en 1934 la CNT qui se trouvait alors en plénitude de sa force refuse de collaborer avec la tentative de proclamer “L’État Catalan sous la forme d’une République Catalane”. Je ne fais que l’imaginer. Par contre, ce que je ne me limite pas à imaginer car j’en suis convaincu, c’est qu’il n’y a aucune bonne raison pour qu’une partie de l’actuel mouvement libertaire catalan collabore, d’une manière ou d’une autre, avec le projet “nationalindépendantiste” entrepris par le Gouvernement catalan, par les partis politiques qui le soutiennent, et par les grandes organisations populaires nationalistes qui l’accompagnent.

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette partie du mouvement libertaire se trouve “en pleine dérive” puisqu’après avoir contribué à “protéger les urnes” lors du Référendum que le Gouvernement avait convoqué dans le but précis de légitimer la création d’un nouvel État sous forme de République catalane, elle appela de plus à une grève générale dans l’immédiate foulée du Référendum, ce qui avait pour conséquence prévisible d’en renforcer les effets.

Cette dérive se réaffirme maintenant à travers l’appel à rejoindre une nouvelle grève générale demain 8 Novembre pour exiger la libération des “prisonniers politiques” résultants de la répression que l’Etat espagnol dans sa composante judiciaire a exercé contre certaines activités orientée à promouvoir l’indépendance de la nation catalane et la création du nouvel Etat.

Il est vrai que cette fois ce n’est pas l’ensemble des syndicats anarcho-syndicalistes qui se joignent à cette grève mais une partie des syndicats de la CGT et des libertaires intégrés dans les CDR “Comités de Défense de la République”. Si j’avais déjà exprimé ma “perplexité” devant l’appel à la grève générale du 3 Octobre, cette perplexité s’est accrue en constatant que ces syndicats de la CGT et ces militants libertaires des CDR vont appuyer l’initiative d’un minuscule syndicat radicalement indépendantiste, “L’Intersyndicale-Confédération Syndicale Catalane” qui a déposé le préavis de grève et qui n’a reçu l’appui que des deux grandes organisations indépendantistes catalanes qui rassemblent de façon transversale des secteurs populaires et des secteurs bourgeois de la population catalane (Omnium Culturel et l’ANC- Assemblée Nationale Catalane).

Il ne fait aucun doute qu’il faut rejeter la répression mais l’on peut se surprendre de voir que ce rejet ne donne lieu à une grève générale que lorsque les inculpés sont membres du gouvernement, accompagnés des deux principaux dirigeants du mouvement civil indépendantiste, et se réduisent à des manifestations de condamnation et de solidarité lorsqu’il s’agit d’autres personnes.

Heureusement qu’au sein de la mouvance libertaire l’on a toujours su évaluer les luttes en raison de leur contenu politique, et lorsque ces luttes ont été réprimées la solidarité s’est manifestée en fonction de cette évaluation politique. Parce que nous condamnons toute forme de répression voudrait-on nous enjoindre de mobiliser toutes nos énergies lorsque se sont des militants d’extrême droite qui sont réprimés?

Il est certain que d’un point de vue libertaire toute répression suscite notre réprobation, mais elle n’implique pas automatiquement notre solidarité. Ce qui est, par ailleurs, inacceptable c’est d’évoquer de récentes victimes anarchistes de la répression pour pouvoir déclarer que “cette liste” s’est amplifiée à de nouvelles victimes qui ne sont autres que les membre du gouvernement emprisonnés. J’imagine que certains de nos camarades emprisonnés trouveraient scandaleux d’être amalgamés à ces nouveaux “prisonniers politiques” afin de justifier qu’ils méritent eux aussi notre soutien.

La dérive d’une partie du mouvement libertaire devient encore plus manifeste lorsque l’on constate qu’un bon nombre de ses militants s’impliquent actuellement dans les “Comités de Défense de la République” originairement impulsés par la CUP Candidatures d’Unité Populaires (indépendantistes d’extrême gauche). J’ai été sensible jusqu’à présent à l’argument selon lequel cette implication représentait un moyen de faire entendre notre voix et de porter nos propositions au sein des mobilisations populaires, avec l’espoir de “déborder” ainsi le cadre étroit de leurs revendications indépendantistes, même si cette perspective de “débordement” m’a toujours semblé illusoire.

Cependant, comme j’ai pu le constater cette après midi même, lorsque l’on peut lire dans les rues de Barcelone des affiches signées par l’organisation officielle des CDR qui appellent à “paralyser le pais” le 8 Novembre contre “l’emprisonnement du Gouvernement légitime de notre pays” la perplexité devant l’incorporation d’une partie du mouvement libertaire dans ces comités ne cesse de croître et elle pose la question de savoir jusqu’où ira la “dérive” de cette partie du mouvement libertaire.

La seule consolation que je peut trouver c’est qu’à travers ces comités la politisation et l’expérience des luttes acquises par certains secteurs de la population, surtout dans ses élément les plus jeunes, impulse de futures mobilisations dans des contextes moins éloignés de l’autonomie et de l’autodétermination des luttes qui sont propres aux pratiques libertaires.

Tomás Ibáñez

Barcelone 7 Novembre 2017

Commentaire(s)

> De la pureté...

Nous sommes dans un monde en pleine dérive .
Je ne penses pas que des anars catalan qui descendent dans la rue soient plus dans la dérive que celleux qui "restent sur leur pied d'estale que ce soit en Catalogne ou ailleurs.
Personne ne détient la vérité après quand des personnes tombent dans la compromission c'est autre chose .
Je ne pense pas que certaines anars catalanes soient prêts/tes à participer à l'Etat Catalan ...........
Ce qui est sur c'est que la présidente du parlement,qui n'est bien sur pas anarchiste, est sortie de taule en versant une caution de 150000€
Ce qui est sur aussi c'est que la répression ,l'enfermement des indépendantiste illustre bien la "démocratie " espagnole .Que je sache ces personnes n'ont pas détournés de fric(ça c'est en passe de devenir légal) n'ont pas utilisé de flingues ( bon il y en a pour qui c'est légale .... de tuer et d'invalider ...)
Donc c'est le retour des emprisonnements politiques dans leur belle europe !

Je me permets de remettre un article à ce sujet

http://www.alternativelibertaire.org/?Jordi-Marti-Font-CGT-catalane-Ce-mouvement-peut-fissurer-le-mur-du-pouvoir

> Commentaire caché

troll

> La dérive autoritaire des donneurs de leçons

Qu'on soit d'accord ou non avec les propos de Tomás Ibáñez, il y a une chose qu'on est obligé de constater : les éternels donneurs de leçons ont trouvé une excellente occasion de se poser en avocats de la pureté idéologique libertaire, sans tenir compte le moins du monde que les libertaires n'ont pas une ligne "pure" qui devrait servir de modèle aux "dérivants".

Peut-être que Tomás Ibáñez est persuadé qu'il détient cette ligne pure, mais le fait qu'il profite de la répression en Catalogne par un Etat centraliste autoritaire pour nous infliger des articles à répétition contre certains libertaires ne donne pas une idée très valorisante de sa conception de l'anarchisme.

Tout au plus un idiot utile de la répression en cours.

> Titre de votre commentaire

C est vraiment étonnant de percevoir la critique comme une leçon de choses. Si le désaccord nous semble trop grand, rien ne nous empêche de critiquer la critique. Je n arrive pas à comprendre cette propension à ranger la critique dans le registre moral. La pensée avance par rebonds, chocs, frictions et non par excommunication moraliste, ou me trompe-je ?