Une insoutenable européanisation du chantage à l’antisémitisme

Mis a jour : le mercredi 6 décembre 2017 à 15:59

Mot-clefs: libérations nationales
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Le Parlement européen a voté à une très large majorité, le jeudi 1er juin, une nouvelle résolution sur l’antisémitisme. Il va sans dire que nous déplorons, une fois encore, la singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme. D’elles pas un mot, alors que, par exemple, l’islamophobie sévit partout en Europe et que la rromophobie tue. Mais il y a plus grave. A y regarder de plus près, ce n’est pas tant d’antisémitisme que de limitation de la liberté de parole et de criminalisation de la critique d’Israël qu’il s’agit.

 

La résolution, par le biais du paragraphe 2, fait sienne les critères proposés par la très sioniste Alliance internationale de la mémoire de l’holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance, IHRA) pour définir l’antisémitisme. Si celle-ci reconnaît que l’antisémitisme, c’est la haine du Juif en tant que juif, le paramètre de la définition ne s’arrête pas là. « Nier au peuple juif (sic) le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste » relèverait de l’antisémitisme. « Avoir deux poids deux mesures en demandant de l’Etat d’Israël un comportement que l’on attend ni ne demande de n’importe quelle autre nation démocratique (sic) [1] » ? Antisémitisme !

Le Royaume-Uni et l’Autriche ont récemment adopté cette définition, et les effets catastrophiques n’ont pas tardé à se faire sentir. C’est notamment sur cette base qu’a failli être annulée il y a une dizaine de jours la Palestine Expo 2017 de Londres qui aura bien lieu début juillet [2].

En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela ! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée. Ce vote, c’est une attaque sournoise contre la liberté d’expression de la part de la seule institution démocratique de l’Union européenne.

A l’exception notable de la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) et des Verts, tous les groupes parlementaires ont écouté plus ou moins religieusement les doléances des lobbies hyperactifs pro-israéliens – au premier rang desquels, l’IHRA et le Congrès juif européen – qui ont finalement réussi à obtenir gain de cause après une longue et coûteuse bataille. Mais ne nous y trompons pas, cette résolution ne s’est pas obtenue que sous la pression. Il s’agit d’un vote d’adhésion. Elle a été approuvée à une large majorité comprenant une alliance pas si hétéroclite qu’elle n’en a l’air au premier abord : de l’aile droite de la social-démocratie à l’extrême droite souverainiste et antisémite, tous, à de rares exceptions près, ont voté en faveur de la résolution.

Sans un accord idéologique tacite fondé sur une islamophobie plus ou moins assumée et le choix stratégique néoconservateur du soutien indéfectible à Israël, une telle alliance aurait été inconcevable. Il suffit de prendre la peine de gratter le vernis des bonnes intentions de cette résolution pour que se laisse apercevoir sa véritable raison d’être, qui ne fait d’ailleurs que peu de cas de la situation des Juifs en Europe. Il faut rappeler qu’il n’y a pas de politique d’État antisémite en Europe, et que ce vote vise clairement à empêcher non pas l’antisémitisme réel mais la critique politique légitime d’un État, de sa politique et de son régime.

Le vote de cette résolution nous rappelle, qu’ici comme en Europe, le droit à la critique d’Israël fait partie de la liberté d’expression politique en général – un acquis aussi précieux que fragile qu’il nous faut défendre à tout prix.

Le Bureau national de l’UJFP, le 2 juin 2017

[1https://www.holocaustremembrance.com/sites/default/files/press_release_document_antisemitism.pdf

[2https://www.middleeastmonitor.com/20170526-an-online-hate-campaign-is-trying-to-get-a-palestinian-cultural-festival-cancelled/

 

http://www.ujfp.org/spip.php?article5669

Commentaire(s)

> Article en débat.

c'est le deuxième ou troisième article sur le sujet, je le mets donc en débat le temps qu'on voit si on les rassemble ou si on les valide au fur et à mesure...

> titre de votre commentaire

A propos de définition d antisémitisme, quelqu un a t il vu une manif, une occupation, un sabotage, un communiqué ou un article de l ujfp à propos du meutre antisémite de sarah halimi ( https://paris-luttes.info/paris-11e-l-antisemitisme-tue-a-8262 ) ?

> Merci pour l'injonction, mais on s'en passera

On ne voit pas très bien ce que ce « commentaire » vient faire ici sinon essayer de parler d’autre chose que du sujet de l’article à défaut d’avoir quelque chose d’intelligent à dire. Chaque fois qu’un crime est dénoncé, et particulièrement quand il s’agit d’Israël, il y a des bonnes âmes pour nous reprocher de ne pas parler de ce qui les intéresse. Et dont elles n’ont pas parlé elles-mêmes, soit dit « en passant », se réservant pour un futur trollage.

Il faudra bien vous mettre dans la tête que ni l’UJFP ni qui que ce soit ne se laissera imposer les sujets dont il FAUDRAIT parler en oubliant les autres. En tout cas, ce « commentaire » est bien la preuve que le sujet traité, LE CHANTAGE À L’ANTISÉMITISME, déplaît beaucoup à celles et ceux dont c’est le fonds de commerce.

Si le but est de nous empêcher d’en parler, c’est raté. Voir aussi :

Une vague de boycotts frappe le festival israélien de films LGBT
https://www.bdsfrance.org/une-vague-de-boycotts-frappe-le-festival-israelien-de-films-lgbt/

MIRAGE GAY À TEL AVIV
http://www.editionslibertalia.com/catalogue/hors-collection/jean-stern-mirage-gay-a-tel-aviv

http://cjpp5.over-blog.com/2017/06/mediapart.fr-jean-stern-decrypte-le-marketing-gay-d-israel-par-thomas-cantaloube.html

Le marketing gay d'Israël
https://www.youtube.com/watch?v=gHNWk6CQPGE

> Ils ont osé !

Le premier juin 2017, à une large majorité et à main levée, le parlement européen a adopté une résolution sensée combattre l’antisémitisme. Mais voilà, in coda venenum, la résolution stipule aussi que critiquer Israël constitue un acte d’antisémitisme !

Oser dire qu’Israël est un Etat voyou qui viole un nombre incalculable de résolutions du Conseil et de l’Assemblée des Nations Unies le condamnant pour son occupation et l’accaparement de la terre palestinienne : antisémitisme.

Oser dire que l’extermination de près de 2000 femmes, enfants, vieillards palestiniens égorgés à Sabra et Chatila en septembre 1982, sans compter les tortures et viols, tout cela commis sous les ordres du général Sharon : antisémitisme.

Oser soutenir comme Mme Rime Khalef, secrétaire exécutive de la CESAO [1], le rapport du professeur Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme dans les territoires occupés de Palestine, parce qu’il écrit « Israël est coupable de politiques et de pratiques constitutives du crime d’apartheid » : antisémitisme.

Oser, comme Jimmy Carter dès 2006, mettre en garde Israël contre le crime d’apartheid ou encore déclarer, comme l’ancien procureur de la république d’Israël Ben-Yaer, « nous avons établi un régime d’apartheid dans les territoires occupés » : antisémitisme.

Publier le rapport « Goldstone » accusant Israël de crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité lors de l’opération « plomb durci » contre Gaza qui fit plus de 1.300 morts essentiellement civils entre décembre 2008 et janvier 2009 : antisémitisme.

Appeler au boycott contre l’Etat d’Israël pour crimes de guerre, crime d’apartheid, 50 ans d’occupation et de violation de tous les droits palestiniens : antisémitisme.

Lorsqu’un parlement, celui de l’Europe, en arrive à un tel déni de droit - la liberté d’expression étant une valeur fondant toute démocratie - on ne peut que s’indigner et se révolter de ce qu’il se trouve une majorité pour adopter une telle résolution, sous la pression, le harcèlement même de réseaux de lobbyistes à la solde d’Israël.

Pour les défenseurs du droit international et de la solidarité avec le peuple palestinien et tous les peuples privés de leurs droits fondamentaux, dénonçons cette résolution, le chantage à l’antisémitisme, les menaces des cercles à la solde du gouvernement israélien.

Battons-nous contre la lâcheté, les compromissions des politiciens qui adoptent des résolutions anti-démocratiques et mortifères.

Résistons aux côtés de ceux qui, en Israël, dénoncent les politiques criminelles de leur gouvernement à l’encontre des Palestiniens et de ceux qui, en Palestine, combattent l’occupant.

N’ayons crainte de dire que les luttes pour forcer Israël à se conformer au droit des Palestiniens à leur autodétermination s’inscrit dans l’histoire des peuples et de leurs revendications pour mettre fin au colonialisme, à l’image du FLN algérien contre la France ou du Viêt-Cong contre les Etats-Unis.

N’hésitons pas à dénoncer l’apartheid pratiqué par les Israéliens à l’égard des Palestiniens en territoires occupés et en Israël. Il est pire que celui pratiqué par les blancs d’Afrique du Sud, ainsi que l’a dit avec force l’archevêque Desmond Tutu.

Le crime d’apartheid [2] est inclus depuis 1973, avec dix autres crimes contre l’humanité, dans le Statut de Rome qui fonde en 2002 la Cour pénale internationale.

Le rapport de Richard Falk défendu par Mme Rima Khalef dit clairement : « Israël a mis en place un régime d’apartheid qui instrumentalise de façon systématique l’oppression raciale et la domination du peuple palestinien dans sa totalité ». Ce ne sont pas seulement des critiques qu’il y a lieu d’opposer à Israël, ce sont des condamnations et un appel à ce que le gouvernement Netanyahou soit déféré devant la Cour pénale internationale.

Face aux manquements graves des Etats occidentaux et de l’ONU qui ne remplissent pas leurs obligations légales pour protéger les populations palestiniennes [3], oui, nous nous devons, en tant que citoyens, de boycotter Israël, puissance colonisatrice et occupante de la Palestine depuis 50 ans.

Pierre Galand

Professeur à l’ULB, Président de l’Association Belgo-Palestinienne (ABP) et l’un des organisateurs du Tribunal Russell sur la Palestine
http://www.russelltribunalonpalestine.com/en/

http://www.aurdip.fr/ils-ont-ose.html

> Jeudi noir au Parlement européen : quand le lobby pro-israélien instrumentalise la lutte contre l’antisémitisme

En adoptant le jeudi 1er juin une motion semant la confusion entre antisémitisme et critique de l’Etat d’Israël, le Parlement européen s’est déshonoré.

La motion, présentée comme un moyen de renforcer la lutte contre l’antisémitisme et votée à une large majorité, appelle dans son article 2 les Etats membres et les institutions européennes à adopter la définition « IHRA » de l’antisémitisme, une définition dangereuse assimilant, par des exemples ambigus, la critique de la politique de l’Etat d’Israël à l’antisémitisme. Issue de travaux très controversés menés depuis 2004 sous des appellations diverses (EUMC, FRA) cette définition est maintenant promue par une offensive systématique et de grande ampleur du lobby pro-israélien, dont l’adoption par l’IHRA (association internationale pour le souvenir de l’holocauste) a été une étape.

En mars dernier encore, la commission des libertés, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen avait refusé que soit subrepticement introduite en « questions diverses » l’adoption de cette définition.

Le lobby pro-israélien au sein du Parlement européen, particulièrement actif, a réussi à court-circuiter cette commission trop peu docile en faisant porter directement la motion en session plénière, conjointement par les groupes PPE (conservateurs), ALDE (libéraux) et S&D (socialistes). Les directions de ces groupes politiques portent une énorme responsabilité dans ce très mauvais coup porté à nos valeurs démocratiques. Et peu de députés ont ensuite eu le courage d’exiger que l’article controversé soit au moins retiré, et de voter contre la motion dès lors que l’article était maintenu.

Le racisme sous toutes ses formes doit être combattu. L’antisémitisme renvoie à des pages particulièrement sombres de notre histoire qu’il faut savoir regarder en face, comme nous devons regarder en face notre passé colonial. Mais toute instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme est à la fois une insulte à ses victimes et un très mauvais coup contre la liberté d’expression.

Il est temps, il est grand temps que nos élus et responsables politiques, soumis à d’incroyables pressions du lobby pro-israélien, se lèvent enfin pour s’y opposer fermement : on ne joue pas avec la lutte contre l’antisémitisme, c’est la cohésion de notre société qui est en jeu.

Communiqué de l’AFPS

http://www.france-palestine.org/Jeudi-noir-au-Parlement-europeen-quand-le-lobby-pro-israelien-instrumentalise