Dans le bocage, comme ailleurs, résistance et sabotage

Mis a jour : le dimanche 23 février 2014 à 13:33

Mot-clefs: Elections Resistances aéroport notre-dame-des-landes
Lieux: Notre-Dame-des-Landes

Le 16 octobre 2012, premier jour de la tentative infructueuse d'expulsion pompeusement nommée « opération César », le préfet de Loire-Atlantique Christian de Lavernée déclarait aux médias dominants « si la république ne peut reprendre la zone, alors il faut s'inquiéter pour la république ». Qu'elle s’inquiète et qu'elle en crève ! 

20140222_332_manif_no_nddl_no_tav_nantes_w1024_par_valk-29773-medium
Photo par Valk : https://secure.flickr.com/photos/valkphotos/sets/72157641402639525/

Un an et demi plus tard, nous sommes toujours là. Notre rage et détermination restent intactes car cette farce soit-disant démocratique, toute acquise à la cause des grandes entreprises et du système financier ne nous représentera jamais. Elle est à l'opposé de ce à quoi nous aspirons, l'émancipation totale du carcan capitaliste dans lequel l’État veut nous enfermer. Autogestionnaires, nous renions ce système mortifère, le répudions et le combattons car notre rêve commun de liberté, notre aspiration à l'autonomie en est l'antithèse. 

La ZAD est un véritable laboratoire d'expérimentations sociales, la diversité de nos opinions et notre volonté commune d'émancipation s'expriment tous les jours sur le terrain. Nous avançons ensemble avec nos différences et c'est de cela que nous tirons notre force et notre richesse. Le fait de s'exclure volontairement du capitalisme, de faire sans lui, nous permet de confronter nos idées sans entraves. Ainsi, nous brisons l'ordre établi qui isole et détruit toute résistance à ses velléités dominatrices.

Nous ne croyons pas aux élections et nous affirmons haut et fort qu'il est possible de changer ce monde que l'on nous impose jusqu'à la lie en nous faisant croire que nous sommes libres et non esclaves. La propagande d’État inféodée à la sacro-sainte recherche d'une croissance illusoire marche à plein régime. La démocratie représentative n'est qu'un cirque à la botte des lobbyistes industriels. Nous n'avons besoin d'être représenté-e-s que par nous mêmes. Nous croyons au consensus, au vivre ensemble et non à la majorité que le système oppose à une minorité pour que rien ne change. C'est la raison pour laquelle nous construisons nos vies loin des urnes. Nous aspirons à briser le désordre établi qui veut que chacun-e reste seul, corvéable à merci, face à la machine ultralibérale. Voter c'est se choisir un maître, c'est s'enchaîner. 

L'aménagement du territoire, c'est l'aménagement de nos vies. La gentrification, le bétonnage tous azimuts, cette désocialisation à marche forcée dans la villes comme au coeur des campagnes arrache les populations à leur histoire commune, à leurs pratiques. Les déraciner de leurs terres, de leurs rues, de leurs quartiers, de leurs villages, c'est expertiser, isoler, contrôler, breveter, exploiter, enfermer, rentabiliser chaque espace.

Ainsi, les experts larbins du capitalisme qui servent la soupe à VINCI veulent rationaliser les écosystèmes, dominer le vivant, le forger à l'image du capital, lui donner une valeur marchande en exploitant les richesses que la nature nous offre depuis toujours. Mais la couche verte est bien fine, elle ne trompe personne ici sur la ZAD. Derrière leur bla bla environnemental illes élargissent la privatisation à tous les domaines dont celui du vivant. Le marché transatlantique que l'on veut nous imposer va dans ce sens. Précarité, OGMs, nucléaire et gaz de schiste pour toutes et tous.

Leur logique gestionnaire n'est pas la nôtre. Les lieux de vie ne sont pas compensables, nous squatteur-euse-s ne sommes pas des espèces déplaçables, les animaux et les plantes qui vivent ici avec nous non plus ! Illes veulent mettre nos vies dans des cases alors que nous voulons nous les réapproprier. Elles ne sont pas à vendre et malgré leurs menaces judiciaires et policières nous refusons de nous laisser enfermer entre quatre murs dans les schémas mercantiles qu'illes veulent nous imposer.

Les millions d'argent public dilapidés par le gouvernement sont comme un puits sans fond et malgré leur flics et leur fric, les travaux n'ont toujours pas commencé. Les moindres tentatives de début de chantier ont été systématiquement sabotées. L'expertise menée par Biotope, indigne représentant du greenwashing capitaliste, démontée point par point par les naturalistes en lutte a montré l'absurdité d'un tel projet. Parler de compenser ce qui n'est ni remplaçable, ni déplaçable est de la schizophrénie pure et dure, rien d'étonnant dans un système aliéné entièrement tourné vers le dieu profit. 

L'occupation grandissante des terres vouées à la destruction ne fait qu'intensifier ce qui nous rassemble toutes et tous rendant leur chantier chaque jour plus difficile à commencer. Et que la réaction se le dise, le blocage de la région en cas d'attaque où de démarrage des travaux s'organise. Des moments de résistances collectives sont aussi prévues sur place. Le 2 mars se déroulera sur la ZAD une ballade action et le 16 une Vélorution. Tous les détails de ces deux événements militants sont sur le site internet de la ZAD, zadnadir.org.^

Pour finir, l’État et Vinci/AGO et son lot d'entreprises collabos pataugent jusqu'au cou. Leur projet d'éradication d'une zone humide est plus que jamais inaudible alors que des communes entières en Bretagne et ailleurs ont été envahies par les eaux ce même mois. La cause est simple, partout, les haies, les arbres, les friches, les forêts, les terres agricoles disparaissent au profit du béton et l'action du capitalisme sur le climat ne fait qu'amplifier le phénomène. Peu importe ce qu'il advienne, nous nous ne bougerons pas d'ici. Nous ne faisons pas qu'occuper la zone, nous y vivons. Notre solidarité est notre force, elle va définitivement enterrer ce projet d'Ayraultport.

Demain, les liens que nous avons créés et ceux qu'il reste à construire permettront bien plus encore !

Vinci dégage, résistance et sabotage !

Zadist, le 22 février 2014