Richard Stallman avait raison depuis le début

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Richard Stallman Was Right All Along

Thom Holwerda - 2 janvier 2012 - OSNews.com
(Traduction Framalang : Lolo le 13, Goofy, Slystone, e-Jim, Pandark et
Clochix)

À la fin de l’année dernière, le président Obama a signé[1] une loi qui
permet de maintenir indéfiniment en détention des gens soupçonnés de
terrorisme sans la moindre forme de procès ou de jugement en bonne et
due forme. Les manifestants pacifiques des mouvements Occupy[2] du monde
entier ont été qualifiés de terroristes par les autorités. Des
initiatives comme SOPA[3] promeuvent une surveillance constante de tous
les canaux de communication.

Il y a trente ans, lorsque Richard Stallman[4] a lancé le projet GNU, et
pendant les trois décennie qui ont suivi, ses vues radicales et parfois
extrêmes ont été raillées et méprisées comme étant de la paranoïa — mais
nous y voici, en 2012, et ses suppositions paranoïaques sont devenues
réalité.

Jusqu’à récemment, il était facile d’écarter Richard Stallman en le
qualifiant de fanatique paranoïaque, quelqu’un qui avait depuis
longtemps perdu le contact avec la réalité. Une sorte d’éternel hippie
des ordinateurs, la personnification parfaite de l’archétype du nerd[5]
vivant retiré du monde dans le garage d’une maison. Sa barbe, ses
cheveux, sa tenue — dans notre monde d’apparences, il était très facile
de l’écarter.

Ses positions ont toujours été extrêmes. Son unique ordinateur est un
netbook Lemote Yeelong[6], car c’est le seul ordinateur qui n’utilise
que des logiciels libres — pas de binaires dans le firmware, pas de BIOS
propriétaire; il est complètement libre. Il refuse également de posséder
un téléphone portable, car ils sont trop simples à pister. En attendant
qu’il existe un téléphone mobile équivalent au Yeelong, Stallman ne veut
pas en posséder.

En règle générale, tous les logiciels devraient être libres. Ou, comme
le dit[7] la Free Software Foundation :

"À mesure que notre société devient plus dépendantes des ordinateurs,
les logiciels que nous utilisons sont d’une importance critique pour
sécuriser l’avenir d’une société libre. Le logiciel libre permet d’avoir
le contrôle de la technologie que nous utilisons dans nos maisons, nos
écoles, nos entreprises, là où les ordinateurs travaillent à notre
service et au service du bien commun, et non pour des entreprises de
logiciels propriétaires ou des gouvernements qui pourraient essayer de
restreindre nos libertés et de nous surveiller."

J’ai, moi aussi, ignoré Richard Stallman que je jugeais trop extrême. Le
logiciel libre pour combattre les gouvernements qui contrôlent et
espionnent ? Des entreprises démoniaques prêtes à prendre le contrôle du
monde ? Le logiciel comme outil pour surveiller les canaux de
communication privés ? Ok, je suis d’accord, le logiciel libre est
important, et je le choisis à chaque fois qu’il implémente les mêmes
fonctionnalités que les solutions propriétaires, mais de là à croire et
adhérer aux sornettes de Stallman et de la FSF…

Or nous y voici.

Nous sommes au début de 2012 et Obama a signé le NDAA[8], qui autorise
la rétention indéfinie de citoyens américains sans aucune forme de
jugement ou de procès, simplement parce qu’ils sont suspectés de
terrorisme. Au même moment, nous avons la loi SOPA[9], qui, si elle
passe, mettrait en place un système dans lequel les sites peuvent être
débranchés du Web, une fois encore sans la moindre forme de jugement ou
de procès, tout en autorisant également la surveillance du traffic
Internet. Combinez cela avec la façon dont les autorités ont qualifié de
terroristes les mouvements Occupy et vous pouvez voir où cela nous
amène.

Au cas où ça vous rappelle la Chine et des régimes totalitaires
similaires, vous n’êtes pas le seul. Même l’Association du Cinéma
d’Amérique, la MPAA[10], clame fièrement[11] que ce qui fonctionne en
Chine, Syrie, Iran et dans d’autres pays devrait fonctionner aux
États-Unis. La Grande Muraille pare-feu de Chine et les systèmes de
filtrage similaires sont glorifiés et cités en exemple dans ce qui est
supposé être le monde libre.

Le nœud du problème ici est qu’à la différence de jadis, à l’époque où
les régimes répressifs avaient besoin de réseaux compliqués de police
secrète et d’informateurs pour surveiller les communications, tout ce
dont ils ont besoin à présent est de contrôle sur le logiciel et le
matériel que nous utilisons. Nos ordinateurs de bureau, nos portables,
nos tablettes, nos smartphones, et toute sortes de terminaux jouent un
rôle dans pratiquement toutes nos communications. Vous pensez être à
l’abri lorsque vous communiquez en face-à-face ? Réfléchissez-y à deux
fois. Comment avez-vous préparé la rencontre ? Au téléphone ? Via le
Web ? Et qu’est-ce que vous avez dans votre poche ou votre sac, toujours
connecté au réseau ?

C’est contre cela que Stallman nous a mis en garde pendant toutes ces
années — et la plupart d’entre nous, moi compris, ne l’ont jamais
réellement pris au sérieux. Cependant, à mesure que le monde change,
l’importance de la possibilité de vérifier ce que fait le code dans vos
terminaux — ou de le faire faire par quelqu’un d’autre si vous n’en avez
pas les compétences — devient de plus en plus évidente. Si nous perdons
la possibilité de vérifier ce que font nos ordinateurs, nous sommes
foutus.

C’est au cœur de ce que croient la Free Software Foundation et
Stallman : que le logiciel propriétaire enlève à l’utilisateur le
contrôle sur la machine, ce qui peut avoir des conséquences
désastreuses, en particulier à présent que nous dépendons des
ordinateurs pour à peu près tout ce que nous faisons. Le fait que
Stallman l’ait prévu il y a près de trois décennies est remarquable, et
donne raison à son activisme.

Et en 2012, nous allons avoir plus que jamais besoin de logiciels
libres. Au récent Chaos Computer Congress[12] de Berlin, Cory
Doctorow[13] a donné une conférence intitulée La guerre à venir sur
l'informatique généraliste[14] (NdT : The Coming War on General Purpose
Computation). À cette occasion, Doctorow nous informa que l’ordinateur
dont le contrôle complet est accessible à l’utilisateur est perçu comme
une menace pour l’ordre établi actuel. La guerre du copyright ? Rien de
plus qu’un prélude à la vraie guerre.

« En tant que membre de la génération Walkman[15], j’ai accepté le fait
que j’aurai sûrement bientôt besoin d’implants auditifs, et, bien sûr,
il ne s’agira pas de prothèses au sens classique, mais bien d’un
ordinateur implanté dans mon corps », explique Doctorow. « Donc, lorsque
je rentre dans ma voiture (un ordinateur dans lequel j’insère mon corps)
avec mes audioprothèses[16] (un ordinateur que j’insère dans mon corps),
je veux être certain que ces technologies n’ont pas été conçues de
manière à me cacher des choses, ni à m’empêcher de mettre fin à des
processus qu’elles exécutent et qui nuiraient à mes intérêts ».

Et ceci est vraiment le coeur de la problématique. À partir du moment où
les ordinateurs s’occupent de choses comme l’audition, la conduite
automobile, et bien d’autres choses encore, nous ne pouvons plus nous
permettre d’être privés d’accès à leur code. Nous devons avoir un droit
de regard sur leur fonctionnement interne et pouvoir comprendre ce
qu’ils font, afin de nous assurer que nous ne sommes pas surveillés,
filtrés ou manipulés. Il y a peu, j’aurais encore affirmé que tout ceci
n’est que pure paranoïa, mais avec tout ce qui se passe ces derniers
temps, ce n’est plus de la paranoïa. C’est la réalité[17].

« À l’avenir, la liberté exigera de nous que nous ayons la capacité de
surveiller nos appareils, de leur imposer ce que nous voulons qu’ils
fassent, de définir une politique éthique et sensée pour leur
utilisation, d’examiner et de pouvoir choisir et mettre fin aux
processus qu’ils exécutent, afin qu’ils restent nos fidèles serviteurs,
et non des traîtres et des espions à la solde de criminels, de voyous et
d’obsédés du contrôle, qu’ils soient individus, États ou multinationales
», nous avertit Doctorow, « Nous n’avons pas encore perdu, mais il nous
faut gagner la guerre du Copyright afin de garder Internet et nos
ordinateurs libres et ouverts.Parce que ces derniers sont les armes des
guerres à venir, nous serons incapables de nous battre sans eux. »

Voilà pourquoi vous devriez soutenir Android (pas Google, mais Android),
même si vous préférez l’iPhone. Voilà pourquoi vous devriez soutenir
Linux, même si vous utilisez Windows. Voilà pourquoi vous devriez
soutenir le serveur Web Apache, même si vous utilisez Microsoft IIS[18].
Il va arriver un moment où être libre et ouvert ne sera plus seulement
un avantage amusant, mais une nécessité.

Et ce moment approche beaucoup plus rapidement que vous ne le pensez.

[1]
http://hosted.ap.org/dynamic/stories/U/US_OBAMA_DEFENSE...FAULT
[2] http://en.wikipedia.org/wiki/Occupy_movement
[3] http://www.framablog.org/index.php/tag/Sopa
[4]
http://framabook.org/richard-stallman-et-la-revolution-...libre
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nerd
[6] http://www.lemote.com/en/products/Notebook/2010/0310/11....html
[7] http://www.fsf.org/about/
[8]
http://en.wikipedia.org/wiki/National_Defense_Authoriza..._2012
[9] http://theagilepanda.com/2011/11/21/the-true-intent-of-...sopa/
[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Motion_Picture_Association...erica
[11] https://www.eff.org/deeplinks/2011/12/week-censorship
[12] http://fr.wikipedia.org/wiki/Chaos_Communication_Congress
[13] http://www.framablog.org/index.php/tag/Doctorow
[14]
http://boingboing.net/2011/12/27/the-coming-war-on-gene....html
[15] http://fr.wikipedia.org/wiki/Walkman
[16] http://fr.wikipedia.org/wiki/Audioproth%C3%A8se
[17] http://boingboing.net/2010/02/17/school-used-student.html
[18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Internet_Information_Services

Commentaire(s)

> oui mais

Oui, mais si notre société est devenue plus dépendante des ordinateurs, c'est pour une grande partie du fait de gens comme Stallman. Le mouvement des logiciels libres, et plus globalement l'utopie libertaire d'un monde communiquant cybernétique, a constitué le vecteur de diffusion de l'informatique au delà du microcosme militaire de ses origines.

Voir aussi ce texte d'objections au logiciel libre :

http://desinformatiser.blogspot.com/2005/06/5-objection....html