Laguiller: auxiliaire du reformisme

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Lutte Ouvrière a annoncé officiellement cet automne la candidature d'Arlette Laguiller aux présidentielles. Ce n'était pas un scoop: le torchon brûle avec son partenaire réticent qu'est la LCR depuis le fiasco de leur campagne commune aux dernières législatives. LO critique farouchement les tentatives d'unité de la LCR avec les courants les plus disparates liés aux grands partis de gauche; elle dénonce la signature par la LCR dans le cadre de ses alliances anti-libérales d'un texte «réformiste à l'eau de rose» ou ses déclarations - au PCF! - qu'elle était prête à faire partie d'un gouvernement qui s'opposerait au patronat, «romprait avec la logique libérale de la rentabilité financière [mais pas celle du profit?], et imposerait un contrôle des travailleurs» (1). Il est facile à LO de se donner des airs de défense des positions prolétariennes et d'intransigeance vis-à-vis des réformistes.
Mais la réalité est bien différente, comme on peut s'en rendre compte à la lecture de la présentation de la candidature Laguiller dans le n°1994 de «Lutte Ouvrière».
Le texte commence en disant que «c'est en réaffirmant son appartenance au camp [des travailleurs]» qu'Arlette a annoncé sa candidature, et il critique ensuite «la concurrence, la recherche du profit qui dominent tout dans ce système économique» et qui est la cause de la misère, de la baisse du niveau de vie, des difficultés diverses jusqu'à la pollution, etc.
Mais L.O. écrit ensuite: «il faut que dans cette élection soient réellement défendus les intérêts politiques et sociaux du monde du travail».
Les intérêts des prolétaires peuvent-ils être réellement défendus dans une élection, c'est ce qu'il faudrait précisément démontrer! Surtout que quelques lignes plus loin, le texte ne craint pas d'ajouter: «les travailleurs ne doivent pas se bercer de l'espoir que les élections de 2007 puissent apporter des changements dans leur vie». Comprenne qui pourra...
Mais en fait on comprend vite où veut en venir L.O. en continuant à lire sa profession de foi:
«Il faut que soit présente une candidature qui exprime clairement que le grand patronat, la grande bourgeoisie sont les ennemis directs de toute la population. (...) Leur mainmise sur l'économie et la société est la cause des maux principaux dont souffrent la majorité des travailleurs».
D'après ce qui est écrit ici, le patronat qui n'est pas grand (où est la limite?), la bourgeoisie qui est seulement moyenne, etc., ne seraient donc pas aussi cause des maux dont souffrent les travailleurs : ils doivent sans doute faire partie de «toute la population»... LO reprochait à la LCR dans le texte à l'eau de rose cité plus haut de ne jamais utiliser le mot capitalisme, mais, elle, elle «oublie» carrément, comme les réformistes, de parler de classes! «Toute la population», c'est un concept qui n'est jamais utilisé par les marxistes, parce que c'est un concept mensonger qui ne peut que cacher la réalité: la population est divisée en classes dont les intérêts sont différents et opposés. Les prolos ne peuvent pas ne pas lutter y compris contre les petits patrons qui leur imposent souvent une exploitation encore plus féroce que les grands, ils ne peuvent pas ne pas combattre l'influence désastreuse des petits-bourgeois, s'ils veulent défendre leurs intérêts réellement (donc en dehors des élections). Et pour cela, ils ne doivent pas se laisser engluer dans des alliances interclassistes avec une partie de leurs exploiteurs ce qui n'aboutit qu'à les paralyser. C'est ce que disent les marxistes, c'est ce que ne dit pas LO.
Poursuivons:
«La société, l'Etat n'exercent aucun contrôle sur les conseils d'administration des grandes compagnies industrielles. Pire, ceux qui les possèdent peuvent décider librement de la meilleure façon de gagner plus. Pour eux, tant pis si cela pousse à la misère une fraction des salariés!».
Si l'Etat contrôlait les conseils d'administration des grandes entreprises, les choses seraient-elles différentes pour les prolétaires? Qu'en pensent les ouvriers de Vilvoorde jetés à la rue par une entreprise nationalisée (Renault)? Qu'en pensent les cheminots, employés par une entreprise d'Etat? Pour les marxistes l'Etat est au service de la classe dominante et selon les mots d'Engels, plus il contrôle d'entreprises, plus il devient un «capitaliste collectif». L'Etat n'est pas quelque chose de neutre, au dessus des classes, qui pourrait même être utilisé par les travailleurs pour se défendre des patrons, comme veulent le faire croire les agents de la bourgeoisie. Il est l'instrument des capitalistes et leur rempart suprême, et il doit donc être détruit si l'on veut en finir avec ce système économique que LO accuse dans son texte, ou plutôt prétend accuser.
Car ce qu'elle sous-entend, c'est qu'il y aurait d'autres façons de «gagner plus», des façons qui ne pousseraient pas à la misère les salariés, un capitalisme humain en somme, si l'Etat et la société pouvaient contrôler les conseils d'administration! Rappelons à nos lecteurs que le contrôle ouvrier des entreprises, de la production, est une vieille formule d'agitation trotskyste que nous repoussons en raison de son ambiguïté fondamentale: l'objectif d'un grand mouvement révolutionnaire ouvrier ne peut être un vague et incertain contrôle des usines, mais le renversement de l'Etat bourgeois et l'instauration à sa place du pouvoir prolétarien totalitaire afin de détruire le capitalisme. LO reprend cette formule confuse du contrôle mais en lui ôtant jusqu'au dernier trait classiste pour le transformer en un contrôle populaire par «la société» et même par l'Etat bourgeois pour améliorer le capitalisme!!!
En réalité ce n'est pas par méchanceté particulière ou par cupidité spéciale que les capitalistes, grands ou petits, privés ou d'Etat, poussent à la misère les salariés, mais c'est parce que les lois économiques implacables du capitalisme les y obligent. Un capitaliste qui enrichirait ses salariés ferait rapidement faillite parce que ses profits auraient disparu: les profits naissent précisément du travail gratuit que les capitalistes peuvent extorquer aux prolétaires. Les périodes fastes d'expansion économique continue où les travailleurs peuvent voir leur sort s'améliorer parce qu'ils reçoivent quelques miettes des profits fortement accrus, ne sont que des intervalles plus ou moins longs mais temporaires avant la rechute dans la misère et les guerres. Contrairement à ce dit implicitement LO, il n'est pas possible de réformer ou d'améliorer le capitalisme, il faut l'abattre!
Pour terminer cette profession de foi on ne peut plus réformiste, on voit, ce qui était inévitable, la fameuse intransigeance de LO par rapport aux grands partis de gauche fondre comme neige au soleil:
«Chasser [la droite] du pouvoir, oui, ça ferait plaisir, et espérons qu'elle le sera. (...) On ne peut pas évidemment chasser la droite, dans les circonstances actuelles, sans ramener la gauche au pouvoir, cette gauche que les travailleurs connaissent déjà, et pas vraiment en bien.
(...) Alors il ne faudra donc pas ramener, les yeux fermés, la gauche au pouvoir, sans lui demander des comptes. C'est le sens de la candidature d'Arlette Laguiller, qui permettra au moins à l'électorat populaire de contribuer, par son vote, à chasser si possible la droite, mais en exprimant sa défiance vis-à-vis des dirigeants de la gauche qui l'ont déjà trompé bien des fois».
Plus question même de faire semblant de défendre les intérêts des travailleurs: le sens de la participation de LO à ces élections est de servir d'auxiliaire à la gauche - ces partis ouvriers bourgeois (ouvriers par leur composition sociale et leur électorat, bourgeois par leur politique) comme disait Lénine, qui ont toujours trompé les travailleurs - pour revenir au gouvernement.
Auxiliaire du réformisme: on le savait déjà, mais ce sont eux qui l'avouent !


(1) Tract de la LCR diffusé à la fête de l'Humanité, reproduit dans l'organe théorique de LO, «Lutte de classe» n°99, octobre 2006.

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