Communication, culture et globalisation
Amina Paradis*
amina@swissinfo.org

Cet essai se veut la tentative d’une analyse relationnelle afin de mieux saisir la notion de globalisation. Pour ce faire, nous posons une question initiale : Comment pourrait-on comprendre la mise en relation entre communication, culture et globalisation? Premièrement, nous prenons en considération l’origine et la signification des mots « mondialisation » et « globalisation ». Ensuite, nous nous penchons sur l’analyse de leur utilisation et leurs effets. Puis, comme il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu du mouvement de globalisation, nous allons les approfondir en les examinant l’un après l’autre et en les mettant en relation en même temps. Les enlacements sont très complexes, par conséquent nous donnons un exemple concret à la suite pour éclaircir la complexité de la globalisation. Finalement, nous résumons les points essentiels dans une courte conclusion.

Développement
De nos jours, la notion de mondialisation est dans toutes les bouches. Pourtant, elle est souvent utilisée sans qu’on circonscrive son sens exact. Déjà il y a 500 ans, le terme de mondialisation aurait pu être appliqué pour décrire les débuts de l’économie de marché. C’est une certaine extension de l’économie libérale qui a marqué les débuts de son émergence. Présentement, la mondialisation implique bien plus que seulement l’aspect économique. Elle représente une extension sur notre planète sous forme d’un ensemble complexe, qui traverse des domaines multiples et touche des dimensions de la technologie, de la communication, de la culture, de la politique, de l’idéologie, de l’identité, de l’écologie, du militaire, et bien plus.
Si on parle de la mondialisation, on remarque qu’il existe un mot similaire d’origine anglaise, qui est souvent utilisée comme synonyme, à savoir la globalisation. Il y a plusieurs interprétations concernant les significations des deux notions. Armand Mattelart, professeur à l’Université de Paris VIII, insiste sur la définition exacte des termes, car « le sens de ces notions est beaucoup moins transparent que ne le donne à croire leur consécration météorique dans le langage courant. (…) Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » (1) Mattelart décrit plus loin la globalisation comme la phase actuelle de la mondialisation. Le concept de la première « est plus complexe qu’une réalité géographique, il affiche un projet de réorganisation du monde. » (2)
La globalisation en tant que phase, définit l’état actuel de la mondialisation en prenant en considération toute son historicité. La globalisation est une dynamique, qui est toujours en train de réécrire l’histoire et de redéfinir les faits. C’est pourquoi on ne peut pas privilégier un seul aspect de ce terme pour le comprendre. Ce que nous analysons dans cet essai, c’est la complexité de la globalisation. Elle ne doit pas être déconnectée de la réalité, ce qui est difficile si la réalité est dérangeante.

Comme déjà mentionné, la globalisation n’est pas un processus déterminé par l’économie, mais il comprend aussi des facteurs politiques, sociaux et culturels. Les facteurs principaux qui jouent dans ce contexte, sont la culture, l’identité, l’économie, les nouvelles technologies, les médias, la politique et la modernité. Ils s’inscrivent dans un niveau au dessus de leurs enjeux actuels tels que les cultures nationales, les États Nations et les autres systèmes politiques, économiques ou techniques. Ce niveau placé au delà enlace toute notre planète et on pourrait le nommer « société globale», même s’il n’est pas exclusivement de l’ordre culturel. Est-ce que, au cours de la globalisation, notre planète est alors en train de s’ajuster à cette société globale imaginaire? Pour répondre à cette question, il faut analyser la complexité de la globalisation et ses effets.

D’abord, la globalisation est un centre d’intérêt depuis presque deux décennies, mais au cours des dernières années, ses phénomènes sont devenus plus visibles et plus discutés. Surtout avec l’apparence des nouvelles technologies informatiques, l’Internet et le câble, le mot de globalisation s’étend sur un grand nombre de domaines, et il trouve son chemin dans les coins les plus éloignés du monde. En revanche, on remarque aussi de plus en plus un mouvement de résistance contre ce grand courant mondial, qui semble engloutir tout et tout le monde. Ce mouvement s’extériorise dans différentes formes, qu’on appelle en général les lieux de résistances. Ces derniers peuvent prendre des visages variés, ils existent partout sur notre planète, et leur seul but commun est la volonté de défense contre une pression uniformisante, imposée par les impulsions de la globalisation. En guise d’exemple, les manifestations contre des sommets internationaux, comme en 1999 dans le cadre de la conférence des ministres de l’OMC à Seattle, ou en 2001, contre le sommet de l’Union européenne à Göteborg. Cependant, ces mouvements de résistance s’élèvent surtout contre l’internationalisation économique et l’expansion du modèle capitaliste sur notre planète.
Les lieux de résistance sont aussi très complexes, ils sont des différenciations par rapport à la globalisation. Ainsi, ils peuvent devenir des freins aussi bien que des efforts inventives actifs. Le freinage s’effectue surtout quand la résistance est basée sur une défense, mais pas sur un développement d’un contre concept, qui proposerait d’alternatives à la globalisation. Ainsi, une analyse critique et un combat deviennent possible, par contre, un changement de la réalité reste improbable. Pour réaliser ce changement, il faudrait une utopie sociale comme but politique, qu’on essayerait d’imposer ensuite.
La globalisation connaît donc deux mouvements : l’extension mondiale et la résistance. Remettons maintenant en relation les différents aspects qui influencent ces mouvements. Tout d’abord, il y a l’aspect politique. Le développement de la globalisation a pris un tour inattendu avec la fin de la guerre froide à la fin des années 80. Le conflit Est-Ouest, qui déterminait pendant plus de 40 ans les enjeux à l’échelle mondiale, se dissoudrait et le bloc de l’Est s’effondrait. Ce changement entraînait un bouleversement économique, qui influençait largement l’ordre des unités économiques ainsi que le rôle de l’Etat Nation. D’un côté, l’émiettement de plusieurs pays conduisait à une multiplication des Etats Nations, qui devenaient ensuite plus dépendante de l’économie mondiale, de l’autre, il se formait plus des accords économiques entre ces nouveaux états. En conséquence, le capitalisme comme forme économique arrivait à ses fins, il s’impose dès lors de plus en plus comme modèle à l’échelle internationale. Le néolibéralisme gagne un terrain avec des Etats Nations nombreux, incapables d’assurer seul leur équilibre économique, et sans choix d’une alternative.

Le développement politique nous a alors amené à l’économie comme un facteur fondamental à la base de la globalisation. Le capitalisme au cœur de cette économie mondiale, est fondé sur le libre échange des biens, des services, des industries et des finances. (Ce dernier est par ailleurs le seul secteur qui est réellement mondialisé.) Un tel échange exige que le capitalisme soit une idéologie universelle, il ne peut pas exister dans un seul état, il a besoin des acteurs nombreux. Évidemment, cela entraîne des inégalités entre les acteurs et crée des rapports de dominance, qui sont à la base des contradictions du système capitaliste. Ce dernier essaie de masquer les contradictions pour justifier son existence, ainsi on invente des nouveaux termes, comme le racisme ou le sexisme, qui doivent expliquer les choses contestables.
Cependant, l’aspect économique ne peut pas se réduire sur l’échange. Dans un monde qui adapte un seul système économique comme modèle unique, les effets de cette adaptation entrent dans beaucoup de domaines qui s’entrelacent mutuellement. L’économie influence la politique et vice-versa. Un état en difficulté économique, qui ne participe pas à l’échange et qui essaye de renoncer au capitalisme, aura nécessairement des difficultés politiques, car son existence sera ainsi menacée. En revanche, l’adaptation du capitalisme n’entraînera pas automatiquement la démocratie d’un pays.
Par ailleurs, l’idée du libre échange existe depuis longtemps, elle était même réalisée partiellement par des sociétés anciennes, mais surtout pour l’échange des biens de luxes, mais pas pour les biens existentiels. Par contre, l’internationalisation du marché comme nous la connaissons de nos jours, est devenue possible grâce aux nouvelles technologies, qui permettent et qui accélèrent l’échange universel à tout moment. L’informatique et la communication ont donc ouvert les portes à l’expansion du capitalisme en toutes ses formes.

L’économie et la politique s’insèrent aussi dans les dimensions culturelles et identitaires. Avec le changement politique dans l’ère postcoloniale ainsi qu’à la fin des années 80, des nouveaux blocs culturels, qui étaient invisibles avant, sont apparus. Le brisement des anciens rapports entre centre et périphérie a déclenché des crises identitaires au sein des nouveaux blocs culturels; ils avaient un besoin de se redéfinir. Pour ce faire, il leur fallait une différenciation pour se délimiter des autres et pour trouver leur propre identité. On appelle ce phénomène aussi le décentrement, qui représente une crise identitaire causée par le détachement du centre de contrôle. Ainsi, les pays décentrés se trouvaient dans un néant, où ils devaient se redéfinir. Cette redéfinition peut être une adaptation ou une délimitation contre d’autres nations, surtout au niveau culturel national.

Mais comment définir la culture? Selon Denys Cuche (3), la culture est une adaptation mutuelle entre l’imagination de l’homme et de la nature. La culture ne peut pas se définir en soi, seulement par rapport aux autres. C’est pourquoi l’être humain essaie d’interpréter la nature selon ses idées et de l’adapter à ses propres besoins. Ainsi se produit la notion de la culture. On pourrait aussi supposer que la culture soit une généalogie statique, qui est transmise d’une génération à l’autre. Cependant, cette définition ne résistera pas aux problèmes qui se posent ensuite. Pourquoi deux personnes, qui sont nées dans la même société, et qui ont ainsi hérité la même culture, ne vivent-elles pas la même réalité? C’est parce que la culture n’est pas statique, elle est un concept analytique et elle crée des rapports relationnels inégalitaires, car chaque être humain essaie d’adapter son environnement à ses besoins. Ce développement entraîne une hiérarchisation entre les hommes, les uns tentent de contrôler les autres, des rapports de dominance surgissent.
En général, la dynamique de la culture s’effectue sur trois niveaux : Premièrement, on trouve déjà des contradictions, des différences et des débats au sein des groupes sociaux, qui incitent à des tensions politiques, idéologiques et culturelles, et qui font avancer le développement culturel au sein des groupes. Puis, il y a le contact et l’interaction entre les différentes sociétés, qui amènent à une influence et un échange mutuel stimulant la modification des cultures. Enfin, les différentes sociétés sont aussi influencées par des systèmes à un niveau supérieur, auxquels les cultures nationales s’insèrent. Pour donner un exemple, une société peut faire partie d’un tel système, comme les pays européens font partie de la culture occidentale ou d’autres pays sont regroupés sous le terme culture du Moyen Orient. Les deux premiers niveaux de dynamique culturelle existent pratiquement partout et depuis longtemps, mais ils peuvent prendre des formes très différentes. La globalisation a conduit à une accélération de leur développement historique, elle a renforcé les deux processus en intensifiant l’échange et le changement culturel. Au troisième niveau, la globalisation a introduit des nouvelles tendances et une autre qualité du changement culturel, qui n’existait pas avant, c’est l’influence exercée par la puissance d’un système supérieur. Maintenant il se pose encore une fois la question si cet imaginaire d’un système supérieur, qui s’est formé au niveau mondial et lequel j’ai appelé plus haut une « société globale », existe vraiment. Ce système ne peut pas relayer les systèmes culturels locales, régionales et nationales existants, il reflète plutôt un niveau supérieur qui est en échange avec ces cultures et qui les influencent. Pour éclaircir cette vision, je prends l’exemple de l’uniformisation du comportement consommateur à l’échelle mondiale, qui symbolise une caractéristique de la société globale. Effectivement, dans la plupart des pays de notre monde, on mange le même fast food, boit les mêmes boissons gazeuses, porte les mêmes vêtements, regarde les mêmes chaînes de télévision grâce à un système de satellite mondial, écoute la même musique et consomme l’Internet. D’un côté, on parle souvent d’une occidentalisation, c’est-à-dire, d’une adaptation aux pratiques culturels des pays de l’ouest et surtout des Etats-Unis, de l’autre, ce sont aussi les pays occidentaux qui modifient leurs produits selon les influences orientales ou africaines. Cette société globale est donc indéniable, par contre, elle ne peut pas remplacer ou supplanter les cultures nationales, régionales et locales. La caractéristique de cette imaginaire d’une société globale ou autrement dit, d’une culture de masse, c’est qu’elle est connue par tout le monde, mais elle n’est pas partagée par tous. Ainsi, elle reste une projection pour les uns mais un modèle d’identification pour les autres.
Dans ce contexte, il se pose la question si ce sont les valeurs occidentales qui s’imposent au cours de la globalisation à travers les médias et la consommation? Il faut prendre en considération que ces valeurs, si souvent classées comme typiquement occidentales, sont en vérité de l’origine économique. Les piliers du capitalisme : libre échange, individualisme, rationalité, concurrence et utilité, ce sont les termes sur lesquels se fondent les valeurs occidentales. La société globale est alors marquée non seulement par des valeurs culturelles, mais aussi par des valeurs économiques. Le capitalisme joue un rôle essentiel. Souvent, cet aspect est méconnu par les adversaires de la mondialisation, qui se combattent contre l’occidentalisation du monde tandis qu’elle est juste la dernière touche du système capitaliste. Les entrelacements entre les notions économie, globalisation et culture sont alors très complexes.

Pour passer de la culture à l’identité il faut comprendre que la culture est le sens le plus difficile à partager. La globalisation, qui exige des échanges et des interactions, rend la culture problématique. Dans l’interaction il y a juste deux pistes : l’acculturation ou la résistance. Les deux posent problème. La culture est alors ce qui divise le plus les êtres humains.
Par ailleurs, chaque personne a plusieurs niveaux de l’identification. Premièrement, elle partage avec tous les êtres humains des caractéristiques universelles, comme la capacité de penser, d’agir, de manger, d’expérimenter, de marcher sur deux pas, etc. Ensuite, à un deuxième niveau, chaque personne s’identifie avec certains groupes auxquels elle appartient, p.e. un groupe national, une association, un groupe de même orientation sexuelle, un groupe géographique ou linguistique, etc. Finalement, chaque homme a des caractéristiques idiosyncrasiques qui constituent sa personnalité en tant qu’individu. C’est Immanuel Wallerstein (4) qui a introduit ce modèle de base de la culture. Les trois niveaux d’identités se chevauchent, et c’est la raison pour laquelle il est difficile de classer une personne dans une culture d’une manière exclusive. En effet, les êtres humains sont généralement catégorisés par leurs appartenances aux cultures nationales, qui semblent être esquissées clairement. En conséquence, on compare et oppose souvent différentes cultures ou pays comme s’ils étaient des objets déterminés clairement. En guise d’exemple, la théorie du choc des cultures de Samuel Huntington. Néanmoins, il est dangereux de faire une telle polarisation des cultures, car ces dernières ne sont pas statiques, et elles ne peuvent pas être forfaitisées en raison des différentes identités des individus. Un autre aspect intéressant est que les similarités ne se trouvent pas toujours au sein d’une culture. Prenons l’exemple d’une couche sociale, comme les ouvriers. Les ouvriers dans un pays ont souvent plus des points communs avec ceux d’un autre pays qu’avec un groupe de leur propre nation.

Dans ce contexte, l’État Nation joue un grand rôle dans l’ensemble de l’identité. Un État Nation a besoin de se définir clairement, c’est pourquoi il exige une stabilité et une loyauté qui se veulent absolues. L’essentialisme national recouvre les autres identités et se donne une surestimation. C’est pourquoi l’État Nation semble souvent être menacé par le mouvement de la globalisation et symbolise ainsi un lieu de résistance. Cependant, l’Etat Nation est un élément important dans le cadre de la globalisation, surtout au niveau économique, où le libre échange dépend d’un grand nombre de participants autonomes. C’est pareil au niveau politique et militaire, où les Etats Nations profitent de la globalisation. En conséquence, les Etats Nations ne sont pas vraiment des freins à la mondialisation, mais sous son influence, ils changent leur apparence en devenant de moins en moins social.

Revenons à l’aspect de l’identité. Le procès de l’identification se réalise seulement en définissant un certain espace qui se démarque clairement de l’espace non défini. Comme la culture, l’identité ne peut pas exister en soi mais seulement en rapport avec d’autres. La globalisation élargit la perception de l’espace non défini et inconnu, ce qui augmente la conscience chez l’être humain sur sa propre identité. Il remarque tout ce qu’il n’est pas, et cette constatation suscite l’intérêt d’entrer en contact avec les autres pour se redéfinir. En effet, une délimitation crée un sens et une signification de l’identité. S’il n’y a plus rien pour se délimiter, l’être humain entre en crise identitaire. C’est exactement ce qui s’est passé avec la fin de la guerre froide : les pays de l’Ouest, qui ont toujours considéré l’Est comme une menace et un ennemi duquel il faut se distancé, ont tout d’un coup perdu leur objet de délimitation, et cela a remis en question leur propre identité. Comment justifier le capitalisme, s’il n’y a plus un système communiste qu’on peut dénoncer? Le monde est entré dans une phase d’insécurité, car la plupart des pays, qui étaient en faveur d’un de deux blocs, l’est ou l’ouest, se trouvaient subitement devant un déficit identitaire. Cela a entraîné des grands changements structuraux, car cette recherche à l’identité commence par l’aspect économique et s’étend sur les autres domaines de la vie, surtout sur les rapports sociaux. Pourtant, la lutte identitaire n’est pas nécessairement culturelle, elle peut aussi s’effectuer à d’autres niveaux.

Quel est maintenant le rôle de la communication dans tout cet ensemble? Les liens entre identité, culture et communication sont très étroits, c’est un « triangle explosif » (5)comme le décrit Dominique Wolton dans son œuvre L’autre mondialisation. Tous les aspects qu’on a déjà traités dans cet essai sont traversés par la communication, parce qu’elle est le levier de la globalisation. Aucun acteur ne peut agir, s’il ne connaît pas qu’est-ce qu’ils font les autres. La communication est à la base de la société globale, elle véhicule les informations, et ses nouvelles technologies, comme l’Internet et les médias de masse, font de notre planète le fameux village global, dans lequel tout le monde connaît tous. Pourtant, les nouvelles technologies posent aussi problème. Bien qu’elles englobent théoriquement toute la planète, et peuvent même arriver au dernier coin dans le désert, en réalité, elles ne sont pas accessibles partout et par tout le monde. Un grand nombre de gens pauvres, analphabètes, âgés ou simplement trop éloignés de grands centres, n’ont pas la possibilité de profiter de l’Internet ou des médias, faute d’accès technique ou de capacité personnelle. En plus, la communication permet sans doute une grande accessibilité à l’information, par contre elle comporte aussi le risque de l’abus, de désinformation, de l’influence pour des intérêts politiques et économiques et le danger de contrôle par des acteurs à la base des industries culturelles. Ces derniers utilisent les médias, leur premier produit, pour exercer un grand pouvoir à l’échelle mondiale. Par ailleurs, le pouvoir des nouvelles technologies de l’information et de communication est dans quelques domaines surestimé, car elles ne représentent pas des solutions à la fois politiques et techniques.

On constate qu’à notre époque on ne peut se soustraire à la globalisation et ses effets de modernité. Il faut se décider, pour ou contre la globalisation, pour ou contre la modernité. Afin d’élucider les rapports complexes de la globalisation discutés dans cet essai, donnons maintenant un exemple concret qui nous montre d’une manière plus claire qu’est-ce que tous cela signifie dans la réalité.

En Allemagne, en septembre 2003, la Cour constitutionnelle fédérale a rendu un jugement controversé sur le droit des enseignantes de porter le voile islamique dans les écoles publiques. La sentence déclare que les provinces, qui sont responsables du secteur d’éducation en Allemagne, n’ont pas le droit d’interdire le voile islamique dans les écoles tant qu’ils n’ont pas ancré une telle interdiction dans leur législation. Cette décision a déclenché une grande discussion dans le pays, et chez les défenseurs et chez les adversaires du voile. Maintenant plusieurs provinces discutent les possibilités de voter une loi contre le voile islamique des enseignantes dans les écoles publiques. Si nous analysons cette situation selon les aspects qu’on a mentionné dans l’essai, nous découvrons rapidement, qu’il s’agit d’une problématique complexe.
Tout d’abord, la quête d’une enseignante de porter une voile à l’école est relativement nouvelle. À partir des années 50, un grand nombre des étrangers est arrivé en Allemagne, surtout comme travailleurs immigrés. Les raisons d’immigrations étaient d’ordre économique, d’un côté il y avait la population allemande, ratatinée par la guerre, qui avait besoin de main d’œuvre, et de l’autre la population turque, en majeure partie musulmane, qui attendait du travail en Allemagne une amélioration de la qualité de vie. Au cours des années, la plupart des Turques se sont installés définitivement en Allemagne, ils ne sont plus retournés dans leur pays natal et leurs enfants ont grandi dans le pays d’accueil. Ce grand nombre d’étrangers (presque 2 millions) a provoqué une interaction entre les immigrés et les gens du pays. Mais pourquoi la question du voile dans l’école publique n’était pas discutée dans les années 70 et 80, bien qu’il y ait eu déjà beaucoup de Musulmanes en Allemagne? Évidemment, l’économie n’est pas le seul facteur qui joue un rôle dans notre exemple. La plupart des femmes turques immigrées dans les années 50 à 70 étaient des analphabètes, qui ne travaillaient pas et qui s’occupaient juste de la maison. Elles ne se posaient donc pas la question concernant le voile au travail. Entre-temps, c’est la troisième génération des Turques qui vit en Allemagne, et qui suit ses études comme les Allemands. Les Turques, nés en Allemagne, parlent, contrairement à leurs parents, couramment allemand, connaissent le contexte culturel et n’ont pas de problème d’intégration dans le système. L’éducation joue alors un rôle essentiel. Au cours du mouvement de globalisation, d’autres facteurs entrent en jeu. L’émergence des nouvelles techniques d’information et de communication, a mené à une plus grande diffusion des images et des informations (vrais ou faux) sur la religion islamique et la vie des Musulmans. De nos jours, des préjugés sont véhiculés par les médias de masse ainsi que par l’Internet, et en conséquence, le voile islamique entre en débat sur la scène médiatique, car elle dérange. Le public commence à changer l’interprétation de la signification du voile islamique, il n’est plus un signe de différence mais surtout un signe de délimitation. Ce n’est plus seulement un habit religieux, non, le voile est désormais désigné comme symbole religieux même politique ou idéologique. Il est alors entré dans le discours de l’identité. Les femmes musulmanes, voulant porter un voile à l’école, s’identifient avec le foulard comme partie de leur personnalité individuelle. Elles font valoir leur droit de liberté de religion et de liberté de la personne. Pour défendre ces droits, une femme musulmane a donc porté plainte contre une école publique, qui lui a refusé l’enseignement avec le voile. Après un parcours à travers toutes les instances juridiques et la sentence finale de la Cour constitutionnelle fédérale, la politique est entrée en jeu. Quelques gouvernements provinciaux envisagent maintenant de changer leurs lois afin d’interdire le port du voile dans l’école publique et même dans toutes les institutions politiques. On pourrait considérer ces propositions comme des lieux de résistance. Par ailleurs, toute cette discussion ne se passe pas seulement en Allemagne. La plupart des autres pays occidentaux sont confrontés à la même problématique. Grâce aux médias et à l’Internet, les débats se font aussi à l’échelle internationale, et les pays comparent leurs propres règlements avec ceux des autres. L’élargissement de l’Union européenne vers l’Est fait naître une peur chez les Allemands et chez d’autres peuples de l’UE, d’invasion par les étrangers et ensuite des problèmes similaires à celui du voile.
Cet exemple nous montre l’importance d’analyser la complexité d’une problématique qui nous semble être, au premier coup d’oeil, un malentendu culturel. Il y a beaucoup de facteurs qui influencent le débat sur le port du voile en Allemagne et dans d’autres pays, on ne peut pas classer ce problème dans le contexte culturel sans prendre en compte les autres circonstances. En plus, la discussion sur le port du voile est devenue possible et importante au cours du mouvement de globalisation.

Conclusion
En conclusion, nous constatons que la globalisation et ses effets sont difficiles à expliquer. Pour mieux comprendre ces rapports, nous avons analysé l’imaginaire qu’on a appelé dans cet essai « société globale », qui symbolise le mouvement de globalisation et toutes ses dimensions. En effet, on ne peut pas séparer les facteurs et les acteurs qui jouent un rôle dans l’ensemble de la globalisation, parce qu’ils s’enlacent et s’influencent mutuellement. Cependant, il faut souligner l’importance de la culture et la communication, qui traversent toutes les dimensions. La globalisation est alors un phénomène qui caractérise notre époque. Bien qu’elle soit dans toutes les bouches, elle est difficile à saisir. Cet essai doit nous aider à comprendre l’actualité pour mieux se préparer à l’avenir du mouvement de globalisation, qui sera intéressant à observer.

Bibliographie
(1)MATTELART Armand (1996), « Généalogie des nouveaux scénarios de la communication. » Travail présenté au colloque 25 images/secondes, Valence, http://www.monde-diplomatique.fr/livre/crac/2.html.
(2)Ibid.

(3)CUCHE Denys (1996) La notion de culture dans les sciences sociales, Coll. « Repères », La Découverte, Paris.

(4)WALLERSTEIN Immanuel (1990) « Culture as the ideological battleground of the modern world-system », Roger de la Garde, Recueil de textes : Communication, Culture et globalisation, Québec, 2003, p 140 – 153.

(5)WOLTON Dominique (2003) « Identité, culture, communication, le triangle explosif du XXIe siècle » dans Roger de la Garde, Recueil de textes : Communication, Culture et globalisation, Québec, 2003, p 94.

° BARTL, Angelika (2001) « Turn identity inside out, entretien avec Stuart Hall » sur le site de l’organisation IG Kultur Österreich, Autriche, http://igkultur.at/igkultur/ kulturrisse/ 1003907770/ 1003908129.

° DUCLOS, Denis (2001) « La globalisation va-t-elle unifier le monde? » dans Le Monde Diplomatique, Août 2001, p.14 – 15, http://www.monde-diplomatique.fr/ 2001/08/DUCLOS/15541.

° HIPPLER Jochen (2001) « Wissen, Kultur und Identitäten: Trends und Interdependenzen » dans Ingomar Hauchler, Dirk Messner, Franz Nuscheler Globale Trends 2002 – Fakten, Analysen, Prognosen, Frankfurt, p. 135-155.

° MATTELART Armand, NEVEU Éric (2003) « Introduction aux Cultural Studies. » dans Coll. Repères La Découverte, Paris.

* Chercheuse en communication interculturelle, Canada.