Maintenant

Lycéens et émeutiers de novembre ont ouvert une brèche pour la colère et la révolte de la jeunesse. Tournant le dos aux litanies revendicatives qui depuis plus de vingt ans expriment

l’impuissance de tous les mouvements sociaux

, ils ont permis que se formulent enfin des aspirations nouvelles. Sans discours politique, n’exigeant rien de particulier, ils ont à leur façon prononcé un jugement global sur cette société. Emportés dans la lutte par ce souffle nouveau, les étudiants marquent à leur tour le rejet du mépris que leur adresse constamment cette société vieillie et réactionnaire.

Ce mouvement, comme les précédents, fait apparaître dans l’ordre établi un immense désordre. Il dissipe la mystification d’une société où n’existerait plus de conflit radical mais seulement quelques problèmes marginaux n’attendant que leurs réformes appropriées. Pourtant, deux poids morts ne cessent de peser sur lui, étouffant une parole politique et des formes de luttes nouvelles en voie d’élaboration.

Bien qu’elle soit consciente que les formes de précarisation n’iront qu’en s’aggravant, une majorité d’étudiants se réfugie illusoirement dans une demande purement revendicative. Se rejoue alors la triste parade des anciens mouvements sociaux, le défilé d’une corporation qui en appelle toujours

passivement à l’État tutélaire

dans l’espoir d’être mieux traitée. Sa position défensive, fièrement revendiquée en tant que telle, est l’aveu que, pour elle, seules les forces de la domination sont à même de définir un projet de société. C’est là évidemment que l’encadrement syndical et bureaucratique tient parfaitement son rôle de garant de l’ordre établi.

Une ligne politique offensive s’affirme et tend à faire éclater cette résistance couleur rose morale. Elle se trouve cependant plombée par un

radicalisme abstrait

alimenté par toutes les tendances décomposées du gauchisme et de l’anarchisme qui, sous prétexte de dépassement immédiat du conflit, ne cesse de jouer avec les symboles de l’ordre dans une agitation spectaculaire et stérile. Le mythe de 68 hante ici tous les esprits : le spontanéisme et l’eschatologie révolutionnaire conduisent à des quitte ou double spasmodiques qui sont loin d’être exemplaires et ne font que se consumer eux-mêmes.

Il appartient maintenant à tous ceux qui ne veulent plus se limiter à la lutte contre le CPE et le CNE, ni se livrer à une répétition parodique de 68, de faire apparaître une parole collective et d’inventer des formes politiques adaptées à une situation nouvelle. Nous ne dépasserons pas l’organisation bureaucratique par le refus de toute organisation, ni la rigidité des plates-formes revendicatives par le refus de toute définition des objectifs et des moyens. Dans son amplification et sa radicalisation, le mouvement contient désormais des forces qui non seulement remettent en cause l’organisation même de cette vie, mais ne veulent pas être les gardiens des cendres froides des révolutions passées.

Ces forces présentes et hétérogènes doivent maintenant se faire entendre, se définir et se structurer collectivement sur les principes d’une véritable démocratie directe

. La signification profonde de ce pour quoi nous luttons dépend de la possibilité de faire de ce qui se passe autre chose qu’une explosion momentanée.

Quelle que soit l’issue des évènements, comme pour les luttes des lycéens et des banlieues, répondre à un désir de politisation

qui ne peut plus rester désarmée

est la tâche la plus urgente des temps à venir.

Laissons les morts enterrer les morts et les pleurer.
Il n y a pas de vieux monde à regretter et l’exil est impossible.

La Guerre de la liberté

Revue de salut public

www.laguerredelaliberte.org

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