Meurtre au Conflans et cirque médiatico-politique

Mis a jour : le jeudi 29 octobre 2020 à 16:48

Mot-clefs: Médias Racisme Répression Resistances contrôle social antifascisme
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La semaine dernière, encore, un minable a décidé que sa colère trouverait comme seule issue la mort. Endoctriné dans un système idéologique mortifère, un pion frappe et c’est le grand cirque médiatique qui démarre. Le scénario se répète. Une portion non négligeable de la population française s’est transformée en poulets sans tête qui courent en vociférant des saillies réactionnaires pendant que les autres, hagards, attendent que l’orage passe.

Naïf que je suis, ça ne manque jamais, je m’étonne de la surprise qui a l’air de saisir les autorités chaque fois qu’on en revient là. Comment eux aussi peuvent-ils immanquablement, à chaque fois, faire partie des poulets sans tête ? Il faut croire que pris d’une ivresse du contrôle, ils n’arrivent pas à comprendre que malgré leurs polices, ils n’arriveront pas à empêcher toutes les attaques. Ainsi ils oublieraient de préparer leur plan pour la prochaine fois. Pourtant à force qu’ils aient l’air surpris, on finirait par croire que c’est justement ça le plan, appuyer la sidération du moment en jouant la sidération du pouvoir.

En tout cas le résultat est là, ça ne manque jamais. Pendant que la bouche en cœur on parle de sauvegarder les valeurs de la république, on piétine l’État de droit. C’est que quand il s’agit de montrer les muscles, la bourgeoisie s’en fout un peu du droit bourgeois. Alors ça perquisitionne à tours de bras pour « faire passer un message ». On utilise toutes les mesures administratives possibles pour faire chier des gens et montrer qu’on agit. Peu importe les vies des familles dont on défonce la porte au hasard des fiches de renseignement [1]. Peu importe les gamins de 10 ans questionnés par les flics parce que les parents ne sont pas là [2]. Peu importe que ça ne serve à rien. Au gouvernement c’est le temps de « ça ne peut plus durer », et donc voilà qu’on envoie le ministre de l’intérieur faire la retape et taper du poing sur la table.

Cette fois, c’est le mec qui ne voit pas de problème à demander des rapports sexuels contre des faveurs politiques qui s’en charge. Comme à chaque fois l’idée c’est de faire oublier que si quelque chose a pu arriver c’est aussi parce que tes services se sont planté et ont raté un truc. Cette fois le truc, c’est que le mec a été signalé à plusieurs reprises par des gens pour son comportement en ligne. Je dois bien dire que c’est plus facile de voir les signes une fois que les événements se sont passés. Mais que le service qui s’occupe des plaintes pour les délits en ligne soit pas foutu de traiter les signalements pour terrorisme quand toutes tes préfectures communiquent sur internet pour des saisies de 4gr qui ont mobilisé 50 policiers et t’aura l’air con. C’est sûr que de toute façon t’y pouvait rien, y aura jamais de sécurité absolue, mais comme tu vas toi aussi jouer la partition sécuritaire, tu peux rien dire. Il faut foncer avant que quelqu’un pense à te poser des questions. 
Et c’est comme ça que le mec qui ne voit pas de problème à demander des rapports sexuels contre des faveurs politiques, se retrouve face à tous les micros du pays pour se lancer dans une croisade pour la république et contre les rayons de supermarché. Comme d’habitude avec celui-là, il s’agit d’être le plus scandaleux possible pour faire oublier le scandale précédent, ne lui accordons pas plus d’attention.

Car il n’est évidemment pas le seul qui va jouer cette partition sécuritaire, derrière les micros c’est le défié des gueules enfarinées qui viennent proférer les pires absurdité. Chaque fois les mêmes réapparaissent pour venir se joindre aux habitués des plateaux. L’unanimité de leurs discours haineux proférés jusqu’à la nausée amplifie l’effet de sidération. Chacun est invité à penser comme un chef de clan belliqueux cherchant vengeance après quelque querelle. Ils finiraient par nous faire croire l’État français si fragile qu’il tremblerait vraiment face à trois péquins armés d’un couteau ou d’une kalachnikov. Ainsi le cadre du débat est discrètement fixée, on accepte, l’air de rien, la logique que veulent imposer ces ennemis qui nous attaqueraient. Ça ne manque jamais, au bout de quelques jours de vagissement tous les poulets sans tête finissent par proposer de lutter contre ceux qui attaquent « nos idées » en rognant sur l’état de droit. Parce que bien sûr quand ils disent « nos idées », c’est surtout celles des progressistes. Par ce qu’eux rognent pas du tout sur leurs idées. À ce jeu l’extrême droite, qu’elle soit bleue blanc rouge ou verte/noir, joue à domicile. C’est le grand moment de triomphe pour leur idéologie macabre, la guerre qu’ils s’évertuent à vendre à longueur d’antenne trouve enfin son expression concrète la plus barbare.

Parce qu’il n’y a pas que le ministre de l’intérieur qui a des choses à faire oublier dans ce grand cirque. Il y a ceux qui ont armé les idéologues. Ainsi ce bon vieux Bruckner, grand défenseur de la guerre en Irak, ressort du formol plus insultant que jamais. Il s’agirait pas que nous nous souvenions que toute cette histoire de daesh ça a commencé par la dissolution de la bourgeoisie militaire irakienne après la guerre. Faudrait pas non plus que nous nous souvenions que l’idéologique qui serait aujourd’hui notre ennemie a d’abord été financée par les puissances occidentales dans la lutte anticommuniste dont il est un des idéologues français. 
Et puis il y a ceux, trop nombreux pour les citer, qui arment au quotidien les pions. Ceux qui au quotidien entretiennent chez certain⋅e d’entre nous le sentiment de ne pas vraiment être ici chez eux, d’être irrémédiablement assigné à une place de corps étrangers. Ceux-là s’en donnent à cœur joie et redoublent d’ignominie dans leur sinistre besogne. Chaque jour ils se montrent la sinistre face d’un pays, intolérant, raciste, misogyne réactionnaire et bourgeois. Chaque jour ils arment intellectuellement la guerre aux pauvres et le racisme d’état. Chaque jour ils renforcent la domination des femmes qu’ils prétendent libérer. Et pourtant les voilà encore à nous faire la leçon depuis leur piédestal médiatique. Ils nous disent avec une bonne figure : « Tu vois, on avait raison d’attaquer ton voisin, si c’est pas lui qui a frappé aujourd’hui c’est donc son frère… La guerre c’est la paix, Orwell l’a dit !!! »

Les situationnistes voyaient la concurrence entre bloc de l’est et bloc de l’ouest comme la mise en scène d’une fausse dualité. Deux versions de la société spectaculaire qui font mine d’être irréconciliable. Pour chacun des deux blocs il s’agissait d’avoir un concurrent qui agisse comme un repoussoir en direction de leurs opposants politiques internes. Alors que la lutte de classe se fait plus violente et que les travailleurs commencent à répondre de plus en plus vigoureusement, il faut croire que le bloc bourgeois s’est trouvé un nouvel ennemi bien pratique. En nous jouant la partition de la guerre entre islamisme et république c’est une version modernisée, adaptée à la guerre asymétrique, du même vieux spectacle qui nous est joué. Horreur de la modernité l’ennemi est cette fois en nous même.

https://rebellyon.info/Meutre-au-Conflans-et-cirque-mediatico-22653

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[1Brèves de l’état d’urgence

[2https://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/meaux-le-domicile-de-l-imam-de-la-mosquee-al-badr-perquisitionne-22-10-2020-8404516.php

Commentaire(s)

> Réflexions sur l’antiterrorisme et la liberté d’expression

[…] Si cet assassinat possède donc une dimension politique, nous devons cependant garder à l’esprit, au milieu de la panique et des amalgames, que ce fait divers reste un acte singulier. Si rappeler cela semble une évidence, cela contredit l’attitude des éditorialistes, des gouvernants ou de ce ceux qui souhaiteraient être à leur place. Depuis ce crime, les discours prononcés dans ce que nous nommons l’espace public visent à propager la peur (rejoignant en cela le souhait de l’assassin), afn d’insister sur le fait que notre « arsenal juridique » ne conviendrait pas à la guerre à mener. Les chaînes d’information en continu ont ainsi pu organiser des débats pour savoir s’il était préférable de déchoir « les islamistes » de leur nationalité ou d’enfermer tous les fichés S dans des camps.

Pourtant, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, l’antiterrorisme n’est pas le contraire du terrorisme, ni même la lutte contre un danger terroriste, mais un certain usage de la peur et la généralisation de la suspicion à des fins de contrôle. D’ailleurs, Gérald Darmanin a lui-même assumé que nombre des perquisitions menées chez des musulmans n’ont rien à voir avec le crime, mais qu’elles ont pour but de « faire passer un message », ce qui est proprement inquiétant quant au régime dans lequel nous sommes en train de basculer.

Le plus souvent, les mesures mises en place ou proposées suite à un attentat sont sans rapport avec les actes auxquels elles sont censées répondre. C’est ainsi que peut resurgir aujourd’hui la proposition de lever l’anonymat sur les réseaux sociaux alors que les menaces visant Samuel Paty, et la mise en relation de l’assassin avec plusieurs de ses complices se sont effectuées en toute lumière et à visage découvert. Les mosquées seront aussi davantage contrôlées, et des fermetures sont déjà annoncées, alors que nombre de ceux que l’on désigne comme des « radicalisés » ou des « djihadistes » n’en fréquentent pas. Nombreux furent aussi les éditorialistes et politiciens à débattre de la place des produits « communautaires » dans les supermarchés, ou du degré de complicité des étudiants de l’Unef qui ont accepté d’être représentés par une musulmane portant un foulard, sans que celui qui souhaite rester rationnel comprenne très bien le rapport entre le jambon de dinde halal, la tenue de la vice-présidente de l’Unef et la décapitation d’un enseignant.

Parallèlement, au moment où la liberté d’expression est présentée comme le bien commun à défendre, les professeurs sont appelés à devenir des propagandistes, et à signaler tout propos d’élève qui contreviendrait au seul discours autorisé. Lorsqu’elle vient de certains professeurs, la volonté de comprendre un contexte, de nuancer ou de s’éloigner du discours étatique est appelée « islamo-gauchisme » ou culture de l’excuse. Plus largement, comme dans n’importe quel régime autoritaire, quiconque n’adhère pas aux discours étatiques et médiatiques ciblant les musulmans se voit accusé de se situer dans le camp de l’ennemi et d’être un complice des pires crimes.

La suspicion généralisée envers tout discours éloigné de la doxa ne vise pas seulement à censurer, mais aussi à produire des énoncés. Et nous en percevons les effets. Pour se justifier, des sociologues répètent à l’envie qu’ « expliquer ce n’est pas excuser », pour insister sur le fait que leur rôle ne consiste qu’à informer des déviances au sein du corps social, tout en laissant bien sûr les ministres, les policiers et les juges faire leur travail. La France insoumise prend aussi ses distance avec les associations de lutte conte l’islamophobie avec lesquelles elle a manifesté récemment, et annonce son soutien à une partie de la loi sur le « séparatisme » proposée par Macron. Et si Mélenchon continue à affirmer son refus de l’amalgame à propos des musulmans, ce n’est que pour mieux cibler « la communauté tchétchène » et critiquer l’asile dont ont bénéficié ceux qui ont fui Poutine, lequel annonçait pourtant sa volonté de « les poursuivre jusque dans les chiottes […]

Nous sommes aujourd’hui dans une situation similaire en France, où c’est la critique de l’ennemi désigné par le pouvoir qui est appelée liberté d’expression, et où tout autre discours est considéré comme suspect. Certes, montrer une caricature ridiculisant le prophète de l’Islam peut être vécu comme une manière de ne pas céder aux menaces de tel ou tel groupuscule criminel. Pour autant, c’est aussi souvent montrer qu’on n’a pas peur de s’attaquer à une religion minoritaire en France et en position d’infériorité. Dans un contexte où tout outrage à la République risque d’être sanctionné et où l’interdiction de manifester devient peu à peu la norme, relayer le discours de critique de l’Islam est souvent une manière de répondre aux injonctions à défendre l’État contre l’ennemi désigné, tout en se persuadant qu’on défend sa propre liberté.

Au nom même de la liberté d’expression, et alors qu’aucun élément ne le relie de près ou de loin à l’assassinat de Samuel Paty et aux menaces qui ont précédé le crime. le Collectif Contre l’Islamophobie en France se retrouve menacé de dissolution, sa critique des discriminations et du racisme institutionnalisé le classant apparemment parmi les ennemis de la République. Le gouvernement annonce aussi son intention de dissoudre des associations caritatives sous prétexte que plusieurs de ses membres seraient influencés par le « salafisme ». Pourtant, toute défense cohérente de la liberté de conscience ou de la liberté d’expression consisterait à rappeler qu’une pratique rigoriste ou sectaire d’une religion n’équivaut aucunement à un appel à l’action armée, qui reste extrêmement minoritaire, y compris chez les « salafistes ».

Les raisons invoquées pour justifier de la fermeture des mosquées, dont celle de Pantin sur laquelle le gouvernement a insisté, sont tout aussi floues. Dans l’arrêté de la préfecture décidant de la fermeture de la mosquée de Pantin, figurent notamment, au milieu d’autres considérations, la mention de liens avec le « salafisme » (concept que le gouvernement comme la préfecture choisissent bien évidemment de ne pas définir, afin qu’il reste extensible), l’adhésion d’un des imams à un collectif présidé par Tariq Ramadan il y a vingt ans, ou le fait qu’un autre des imams de la mosquée a choisi de scolariser ses enfants en dehors de l’école publique ...

Que l’on ait des affinités avec les associations musulmanes aujourd’hui ciblées ou qu’on ne partage absolument rien avec elles, nous ne pouvons que constater une volonté, de la part du gouvernement, de faire rentrer dans le rang ceux qui auraient souhaité défendre leur indépendance politique à partir des principes qui sont les leurs..

C’est ici l’état d’exception et l’arbitraire qui s’imposent, et l’on reprochera bientôt, lors des hommages à Samuel Paty qui auront lieu dans les écoles, à tel ou tel élève, de s’être senti visé en tant que musulman par un discours basé, effectivement, sur une volonté de mater une partie de la population ...

https://paris-luttes.info/reflexions-sur-l-antiterrorisme-et-14426

> Questionnements/effarements

Hello,

Je lis bcp sur l'aprés SAmuel et j'en deviens folle : J'ai l'impression d'une presse, d'une politique, de sociologie et d'un peuple (celui qui écris des commentaires de médiapart à frcetv) coupés en deux...
C'est insupportable chacun étant sur de détenir la
vérité:
"il ne se passe rien dans les cités, Barakacity c'est laic, Muhamad Marwan est féministe et l'indigénisme c'est super!" et remettre ça en question c'est ^tre d'extr^me droite
L'autre version (qui me fait moins peur car pas détenu par des intellectuels et tellement caricaturale)" la France est infestée par le pouvoir salafiste : fermons les rayons halal et renvoyons les "pas contents" dans le pays de leurs grands parents et continuons de coooooooosomer et de proofiter tout ira pour le mieux et remettre ça en question c'est être d'extrême gauche..

Il n'y aucun discours où il n'y ai de la nuance, c'est flippant...Impression d'^tre dans Vol au dessus d'un nid de coucou "Ah tu dis que c'est merdique dans les quartier? l'ambiance?, que, ouais, il ya un certaine pression d'un islam rigoriste et qu'il se colle à un esprit de revanche pas franchement libérateur (et bien oppressant) quand tu y as grandi!?" "Mais tu fais parti de l'extrême droite ou quoi!?"
Tout ce qu'on peut émettre auprès de cette gauche insoumise comme idée/impression est démontée avec des arguments ras les pâquerettes (ou parfois avec un discours chiadé que j'ai du mal à suivre).Vraiment j'en suis sorti comme quelqu'un d'hospitalisé en psy qui dirait "Mais je ne suis pas folle les gars!" "Ah vous voyez vous niez c'est bien que vous l'êtes!"

Parfois j'ai l'impression que cet ordre mondial créer une telle dysmétrie qu'il ya a création de ghetto (ceux qui ne sont m^me pas bons à être esclavager pour leur force de travail) et dans les ghetto il y a le vide (pas que c'est sure..on vit l'époque du vide), aucun discours qui vient se pencher sur la haine qu'il ya a dans ces quartiers (ni d'ailleurs sur celle qu'il ya chez les facho ordinaire)
La doxa de gauche c'est :il n'y a pas de haine c'est l'extrème droite et la doxa de droite c'est il ya de la haine c'est la faute à l'extreme gouche et à quelque asso qui surfent sur cette haine (baraka city mon frère wahoo à la dose)..Personne ne se penche réellement sur cette haine et ce désir de revanche (ça me fait penser à Tupac et son THUG LIFE 'the hate u give little infant fuck everybody)

La gauche exécre les fachos. Mais il sont humains aussi et ils représentent une bonne partie de la population, on en fera quoi de "ces gens là" comment peut-on arrêter d'^tre fachos/haineux/bête quelle discours aiderait?

La droite exècre la population des quartiers qu'elle réduit à la racaille(j'en fus de la racaille et à mon époque elle avais la haine et était pas bien plus cultivée et avide de l'autre que les fachos des lignes du dessus)et à un islam rigoriste et politique. Mais ils sont des humains et ils représentent un petite partie de la population. On en fera quoi de "ces gens là" comment peut-on arrêter d'^tre racaille/haineux/bête quelle discours aiderait?

Bref bien brouillon toutes ses pensées...veuillez m'en excuser.. J'en viens à me dire que tant qu'on pense en EUX et NOUS (quelque soit les identités qu'on y mette) on est plus dans L'AUTRE et MOI : on shunte sa responsabilité individuelle (c'est bien pratique parfois sur le plan de l'économie psychique) et on shunte la véritable altérité (la rencontre particulière et unique d'un autre, quel qu'il soit).Je crois que je ne suis pas faite pour le combat idéologique.....