Argentine : l'Eglise contre l'avortement

Mot-clefs: Archives
Lieux:

En février 2005, une polémique au sujet de l'avortement a été ouverte suite au propos du ministre de la Santé favorable à sa dépénalisation. Un secteur de l'Eglise catholique a alors menacé de mort le ministre en utilisant une phrase de l'Evangile. Le gouvernement intervient au niveau du Vatican.
En Argentine, en raison du poids de l'Eglise catholique (il n'y a pas séparation de l'Eglise et de l'Etat), l'avortement est illégal. On estime qu'il se pratique en Argentine entre 350 000 et 450 000 avortements par an, qui, en raison de leur clandestinité et de leur absence de conditions sanitaires tuent deux femmes par jour (1). Cela représente la seconde cause de mortalité maternelle.

Le 14 février dernier, le ministre de la Santé, Gines Gonzales Garcia, a affirmé au quotidien Pagina12 qu'il était en faveur de la dépénalisation de l'avortement ainsi que de la distribution de préservatifs pour les jeunes contre le SIDA et d'anticonceptifs pour éviter les grossesses des adolescentes.

Des députés favorables à la dépénalisation ont alors espéré que cette position ouvre le débat. Divers secteurs sociaux ont exprimé leur soutien au ministre de la Santé. L'Eglise quant à elle a choisi le silence "pour ne pas pas donner plus de publicité" au ministre. Tandis que la fondation catholique Pro-Vie a considéré que avec cette posture, le ministre "défend que l'Etat garantise la mort des argentins" et que la dépénalisation de l'avortement est équivalent à "dépénaliser la pédophilie".

Le 18 février, un évêque argentin, Antonio Baseotto, a accusé Gonzales Garcia de commettre une "apologie au délit d'homicide pour propicier la
multiplication des avortements." Il l'a également averti que l'Evangile dit que "ceux qui scandalisent les petits (en distribuant des préservatifs) mériteraient qu'on leur pende une pierre autour du cou et qu'ils soient jetés à la mer".

Cette déclaration a suscité de fortes indignations dont celle des Mères de la Place de
Mai, car cette formule n'est pas sans rappeler les "vols de la mort" de la dernière dictature militaire où des personnes étaient jetées dans le Rio de La Plata depuis un avion. Elles ont accusé Baseotto d'être "complice du génocide qui exige que soient jetés à la mer avec une pierre autour du cou ceux qui pensent différement". Surtout que cet évêque officie au sein des... Forces Armées. Mais Baseotto a recu le soutien du cardinal Renato Martino, président du Conseil Pontifical Justice et Paix (la Pastorale sociale du Vatican), qui lui a envoyé une lettre dans laquelle il exprime
son admiration pour ceux qui ne se "taisent pas" leur opposition à l'avortement et à la distribution de préservatifs avec des paroles "vaillantes et contondantes" et les encourage à suivre cette voie. En raison de son poste, Baseoto a alors été convoqué par le ministre de la Défense, José Pampuro, qui lui a signifié qu'il trouvait ses paroles "malheureuses" au regard du passé quand ces menaces furent mises en
exécution. L'évêque a confirmé ses propos tout en mettant l'accent sur le soutien recu du Vatican.

Néanmoins, l'Eglise argentine ayant pris ses distances avec les déclarations de Baseoto en préférant les mettre sur le compte "d'un problème entre un évêque et un
ministre", se retrouve dans une situation difficile en raison du soutien du Vatican.

Le 24 février, le gouvernement a finalement décidé de demander au Vatican le relèvement de Baseotto de son poste, l'évêque est en effet nommé par le Vatican (2) et a le rang de sous-secrétaire d'Etat et touche un salaire mensuel de 5 000 pesos (1300 euros alors que le salaire minimum est de 120 euros) prélevés sur les fonds publics (3).

Il est clair que l'opposition irrationelle et criminelle de l'Eglise catholique s'exprime dans un contexte où l'impasse sur le débat sur la dépénalisation de l'avortement ne peut plus tenir très longtemps tant la situation est catastrophique. Pour témoigner également de leur soutien au ministre national de la Santé, les ministres de la Santé des provinces argentines de Santa Fe et de Cordoba se sont à leur tour prononcés en faveur de l'ouverture du débat, l'un d'entre eux estimant qu'il y a "une position de l'Eglise catholique" mais que toute la population ne la partage pas.


(1) voir l'article "Argentine : lutte pour le droit à l'avortement"
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=32927

(2) De perfil conservateur, lobbyste des secteurs les plus durs des Forces Armées, et ayant eu d'excellentes relations avec l'ex-gouvernement de Menem, Baseotto
a été désigné à son poste en novembre 2002 par le Pape, son chef direct. En 2003, il est apparu à la une des journaux en raison de ses pressions auprès de la Cour Suprême pour que ne soient pas déclarées anticonstitutionnelles les lois du Point Final et de l'Obéissance Dûe (lois d'impunité qui empêchent de juger les militaires de la dictature responsables de tortures et d'assassinats). Le poste qu'occupe Baseotto a été crée en 1957 par un décret du président militaire de l'époque avec pour but de s'occuper de l'attention religieuse des membres des Forces Armées.

(3) Baseotto n'est pas l'unique évêque à recevoir un salaire payé par le budget national, les autres prelats ont des assignations budgétaires pour les charges de leurs diocèses.

Voir aussi :
Argentine : offensive réac de l'eglise,
http://lille.indymedia.org/article.php3?id_article=543

Argentine : lutte pour le droit à l'avortement,
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=32927

Fab (santelmo@no-log.org)