Russie – Affaire « Réseau » : 8 anarchistes antifascistes condamnés à des peines iniques de 6 à 18 ans de prison

Mis a jour : le jeudi 13 février 2020 à 21:04

Mot-clefs: Répression
Lieux: russie

1 affaire montée de toutes pièces.

Lundi 10 février 2020, le tribunal militaire du district de la Volga à Penza a condamné pour terrorisme des accusés de l’affaire « Réseaux », une organisation anarchiste supposée, à de très lourdes peines allant de 6 ans à 18 ans.

Selon leurs avocat-e-s, de faux aveux ont été extorqués sous la torture alors qu’aucun plan d’attentat, aucun élément matériel ou autre n’a été mis à jour depuis. Dossier vide qui est manipulé et monté par les services secrets de Poutine.

Accusés d’avoir organisé des réseaux anarchistes avec l’intention de renverser le pouvoir, Dmitry Pchelintsev, 27 ans, Ilya Shakursky, 23 ans, Andrei Chernov, 26 ans, Maxim Ivankin et Mikhail Kulkov, 24 ans, ont été condamnés respectivement à 18, 16, 14, 13 et 10 années de prison à régime sévère. Vasily Kuksov, 31 ans et Arman Sagynbaev, 26 ans, à 9 et 6 ans de prison à régime général. Un accusé, Alexei Poltavets, vit en exil à Kiev. Il est inculpé par contumace. Ces jeunes fans de paintball vivent dans un pays qui socialise de façon sexiste et fasciste les garçons dans un environnement militarisé ou paramilitaire sont nos compagnons en révolte contre le monde tel qu'il est, tel qu'il va.

« prisonniers politiques »

Ces jeunes militants doivent être considérés comme des « prisonniers politiques » pour l’ONG Memorial.

Pour le FSB, les services secrets russes (ancêtres du KGB), Pchelintsev et Shakursky sont les créateurs de cette organisation anarchiste dite « Réseaux » ou «Le réseau».

« En mai 2015, Pchelintsev aurait décidé d’unir les anarchistes de Penza, Moscou et Saint-Pétersbourg en « groupements tactiques » pour effectuer des attaques contre le gouvernement, les forces de sécurité, les bureaux d’enrôlement militaire et les succursales du parti « Russie unie ». Ils auraient essayé de déstabiliser la situation politique du pays lors des élections présidentielles et de la Coupe du monde pour déclencher une rébellion armée. L’enquête a assuré que les anarchistes de Penza s’entraînaient dans un camp abandonné et dans la forêt, qu’ils s’étaient réparti les rôles de tacticien, d’éclaireur, de sapeur, d’officier de communication et de médecin. »

Le FSB est  soupçonné, même par les plus mous des sociaux-démocrates, d’avoir monté l’affaire de toutes pièces pour manipuler et utiliser devant l’opinion publique (via les médias) un risque sur les pouvoirs et justifier ainsi les répressions sur toute opposition.

Le verdict de cette affaire qui dure depuis trois ans a fait immédiatement réagir, les démocrates, les révolutionnaires, les progressistes, les intellectuel-le-s, l'opposition et toutes les  ONG dénonçant des injustes peines sévères et une justice factice. Les enquêteurs (militaires) ont ainsi fabriqué des preuves, et ont obtenu de fausses confessions sous la torture.

La représentante de Human Rights Watch, Tanya Lokshina, dénonce avec horreur mais impuissance les condamnations prononcées par ce tribunal militaire,  contre sept jeunes militants antifascistes d’extrême gauche :

« C’est un nouvel exemple de l’arbitraire : accusations fabriquées, preuves inventées, aveux forcés sous la violence, lourdes condamnations pour faire peur. Cette affaire doit nous ouvrir les yeux : cela peut arriver à n’importe lequel d’entre nous qui critique le système. C’est la Russie dans laquelle vivent nos jeunes. »

Réactions

Des milliers de personnes, parmi lesquels des opposant-e-s renommés comme les  MoscowAnarkis, Pussy Riot, MoscowDeath s'étaient rassemblées vendredi devant les tribunaux  pour soutenir les prévenus, mais l'énoncé des peines avait été reporté de façon autoritaire. 

Plusieurs centaines de personnes ont été interpellées  pour trouble à l'ordre public lors du rassemblement de soutien devant les tribunaux. Cependant, malgré tous les keufs et l'armée déployée,  des slogans venant de la rue :  "Liberté" , "Poutine facho, Poutine Tyran" ou "la Russie sans Poutine", ont été audibles depuis la salle du tribunal où se déroulait la lecture du jugement de la dictature Poutine.

Le mot "réseau" apparait comme tag sur de nombreuses surfaces et sur les réseaux sociaux depuis ce jugement et fédère divers opposant-e-s.

 

Commentaire(s)

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«?… Avec du scotch, ils m’ont attaché les mains derrière moi et les pieds au pied du banc. Ils m’ont fourré un morceau de gaze dans la bouche. L’un d’eux portait des gants médicaux en caoutchouc blanc. Il a pris la dynamo et l’a posée sur la table. Avec un couteau de bureau, il a dénudé deux fils et les a fixés à mes gros orteils.

Puis l’homme ganté a commencé à tourner la manivelle de la dynamo. Le courant est passé dans mes genoux. Les muscles de mes mollets ont commencé à se contracter. Une douleur paralytique m’a saisi. J’ai commencé à crier, et à frapper ma tête contre le mur. Ils ont mis une veste entre mon corps nu et le mur de pierre… L’un d’eux a commencé à parler avec moi.

Il a dit textuellement : “Tu dois oublier les mots ‘non”, “je ne sais pas”, “je ne me souviens pas”, “As-tu compris??” J’ai répondu : “Oui”. Il a dit : “Très bien répondu, Dimochka” (diminutif de Dmitry). Puis de la gaze a été remise dans ma bouche et à quatre reprises pendant trois secondes j’ai été à nouveau torturé avec le courant électrique.

Ensuite, on m’a jeté au sol. Je suis tombé, car mes pieds étaient liés au pied du banc. Mes genoux ont heurté le sol violemment et ils se sont mis à saigner abondamment. Ils ont commencé à me retirer le slip. J’étais couché à plat ventre. Ils ont essayé d’attacher les fils à mes organes génitaux. J’ai commencé à crier et à demander d’arrêter de me tourmenter. Ils ont commencé à me répéter : “Tu es le chef”. Pour mettre fin à la torture, j’ai répondu : “Oui, je suis le chef”. “Vous alliez organiser des actes terroristes.” Je lui ai répondu : “Oui, nous voulions organiser des actes terroristes” […]

L’un des tortionnaires a proféré une menace : “Tu vas mourir à l’âge de 28 ans en prison par la rupture du rectum. Tu ne résisteras pas à l’enfermement à perpétuité”. Il a proféré cette menace deux fois. La deuxième fois, il a dit cela sans masque dans une cellule de détention provisoire du bâtiment du FSB à la rue Moskovskaya. Je peux donc identifier cet homme […] Quand j’ai été torturé avec des décharges électriques, ma bouche était pleine de “dents en miettes”, tant que je contractais les mâchoires à cause de la douleur énorme. Le frenulum de la langue s’est déchiré. Toute la bouche était pleine de sang. Un des tortionnaires a mis dans ma bouche ma chaussette. Les coups avaient fracassé ma tête.?»

Le jour suivant, Dmitry a essayé de se suicider. Il a cassé la cuvette des toilettes et s’est tailladé les mains et le cou avec des éclats de faïence. Le 8 novembre, la torture a recommencé.

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ILS TORTURENT TOUT LE MONDE. Y COMPRIS LES TÉMOINS.

En plus de Dmitry Pchelintsev, dans la prison de Penza, dans la même affaire, il y a des personnes qui ont été arrêtées à Saint-Pétersbourg. Parmi elles, Ilya Shakursky, Il y a Kapustin, Victor Filinkov et Igor Shishkin.

PROPOS RECUEILLIS PAR L’AVOCAT D’ALYA SHAKURSKY

«?… Ils m’ont dit de m’asseoir sur le banc sans me faire lever les yeux. Ils m’ont bandé les yeux, les mains. Une de mes chaussettes a été fourrée dans ma bouche. Ils ont relié des fils électriques à mes gros orteils. J’ai ressenti des décharges électriques. Je ne pouvais pas me retenir de crier et de trembler. Ils ont répété cela jusqu’à ce que je m’engage à répéter ce qu’ils me diraient. J’ai dû oublier le mot “non” et j’ai dit tout ce que les agents me disaient.?»

Les mêmes traces de torture ont été relevées sur le corps d’autres accusés : Victor Filinkov et Igor Shishkin. Le 17 janvier 2019, un tribunal militaire a condamné Igor Shishkin à trois ans et demi de prison. D’après Alexandre Krylenkov, membre du Conseil des droits de l’homme de Saint-Pétersbourg. «?Si les policiers utilisent la torture dans cette affaire, cela signifie qu’ils n’ont aucune preuve?».

(Au premier plan, dans l'assistance de cette vidéo, Lev Ponomarev dont l'organisation "Pour les Droits de l'Homme" a été interdite. Lev Ponomarev avait défendu les accusés de "Réseaux"