11 janvier à Nantes : révolte multicolore

Mis a jour : le mardi 14 janvier 2020 à 12:28

Mot-clefs: gilets_jaunes réforme_retraites_2019
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Le samedi 11 janvier est un jour d'actions simultanées. Une manifestation régionale à l'appel des Gilets Jaunes est fixée de longue date. Une nouvelle échéance syndicale contre la casse des retraites est aussi programmée. Le tout sur fond de colère sourde, durable, profonde, contre le pouvoir en place.

A partir de 11H, environ 5000 personnes s'élancent derrière les bannières et les camions des syndicats. La manifestation est très encadrée, mais elle se déroule dans une ambiance calme et plutôt joyeuse. Chose rare, on aperçoit même des poussettes et des enfants qui jouent. Ambiance très familiale avec beaucoup de nouvelles têtes, une fanfare, et les premières chasubles fluorescentes qui s'agrègent au cortège. Une partie des manifestants tente de rejoindre la Maison du Peuple, qui subit un siège policier depuis le matin, avec l'impossibilité de sortir ou d'entrer dans le bâtiment sans être fouillé voire arrêté. Fin du premier acte.

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A l'heure du déjeuner, sous le soleil, les terrasses du centre ville sont remplies. On entend des chants de lutte sur les terrasses, et les hymnes incontournables du mouvement Gilet Jaune. Chaude ambiance. Les gendarmes, innombrables, sont hués à chaque déplacement. A 14H précise, tout le monde finit son verre, et un gros cortège s'élance à toute vitesse depuis le miroir d'eau, dans un impressionnant nuage multicolore de fumigènes. Ce départ en trombe, quasiment en avance, montre l'impatience des personnes présentes. Mais il empêche les très nombreux retardataires de retrouver la manifestation. Il y a des milliers de personnes sur le Cours Saint Pierre. 15 minutes à peine après le départ, l'avant du défilé est déjà sous les gaz lacrymogène. La préfecture déploie un dispositif toujours plus délirant et violent à chaque date régionale. Trois canons à eau, probablement plus de mille forces de l'ordre, un hélicoptère qui frôle le toit des immeubles, et beaucoup de flics en civil qui tentent de s'infiltrer dans la foule.

Progressivement, la manifestation agrège près de 8 000 personnes, dont beaucoup ont fait l'effort de venir de loin, et pour certains découvrent Nantes. Après un temps d'hésitation, un imposant cortège de tête entièrement en noir se forme peu avant la préfecture. Le défilé avance, fonce vers un énorme guet-apens. Comme à chaque manifestation, le même folklore se répète : quelques échanges de projectiles et de lacrymogènes sous les jardins du préfet. Un rituel presque immuable. Sauf que cette fois, un dispositif a été organisé pour casser la manifestation. Au premier projectile, des grenades explosives sont massivement tirées dans la foule. Leur effet de souffle désoriente, blesse, et terrorise. Des lacrymogènes pleuvent de partout, parfois envoyés depuis l'autre rive de l'Erdre. La BAC s'apprête à charger, quand un canon à eau coupe la route et scinde définitivement la manifestation en deux, avec une avancée spectaculaire de CRS. Le défilé se désagrège. Le piège a fonctionné. Le gros des manifestants reflue vers le point de départ. Il faudra être plus inventif la prochaine fois.

A l'angle de la rue de Strasbourg, après un long moment de flottement, nouveau pic de tension face à un canon à eau. La voie de tram est dépavée. La manifestation repart, hésite à rentrer dans Bouffay, stagne. L'absence de décision laisse le temps aux gendarmes de lancer de grandes charges. Une barricade est allumée. Le rouleau compresseur répressif avance à toute vitesse, sous des salves de gaz et les détonations. Des lacrymogènes sont à nouveau tirés devant la maternité. Le cortège assailli de toutes parts, traverse la Loire ou se disloque le long des routes. Les unités de police partent faire la chasse aux manifestants sur l'ile de Nantes. Ça sent la fin.

Mais pendant que toute la répression se concentre en bord de Loire, 2000 manifestants ont repris le centre-ville. Toutes les places de l'hyper centre, cadenassées peu avant, sont investies. Un concert s'improvise place Graslin. Des tags apparaissent dans les rues sanctuarisées de la bourgeoisie. L’hôtel de luxe est atteint de la Place Aristide Briand est atteint. Un moment de joie partagée, qui déborde complètement le scénario policier.

Retour à la croisée des trams sous les gaz. Il y a de plus en plus de monde. Des barricades sont érigées sur la voie de tramway, et ralentissent le canon à eau qui est de retour. Une manifestation sauvage par vers la Loire. Ce cortège est plus jeune, plus rapide. Des feux sont allumés le long des voies. Du gaz est tiré tout le long du quai de la Fosse. La BAC attaque. Les derniers manifestants sont repoussés vers l'ouest, au delà de Gare Maritime.

22 personnes ont été arrêtées, dont 9 préventivement, ainsi qu'un medic. La nuit tombe. La résilience des Gilets Jaunes est à toute épreuve : des centaines de personnes sont de retour à la croisée des trams où un feu est allumé. Le trafic reste paralysé. De nouveaux affrontements éclatent. Une arrestation est interrompue par un « ninja » qui éloigne un agent par un saut à pieds joints. Les agents sont à cran. Du gaz rentre dans les bars. Nouvelles charges. Les dernières flammes ne seront éteintes qu'autour de 21H.

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Photo : TheoPrn, Suvann, Jah, James

Link_go http://www.nantes-revoltee.com/9-janvier-a-nantes-revolte-multicolore/

Commentaire(s)

> Témoignage

Samedi 11 janvier, à Nantes, des camarades ont été blessé.es par la police peu après 15h30 en cherchant à quitter la manif. Il n'y avait pas d'issue à ce moment-là, et un mouvement de foule reculant vers le cours Olivier de Clisson.

Témoignage : « Nous n’étions pas loin de la croisée des trams, entre la place du Bouffay et les terrasses du Flesselles. Sur la ligne de tram, une charge policière s'est abattue sur l'ensemble des manifestant.es présent.es à cet endroit. L'explosion a projeté à terre un collègue et mon conjoint, les blessant aux jambes, moi-même et une autre collègue au tympan.
Nous avons été pris en charge par les « médics » qui étaient supers. Nous sommes allés au CHU ensuite pour se faire soigner et constater les blessures. Au CHU, il y avait déjà d'autres personnes blessées, dont une femme avec des éclats de grenades dans les jambes. Des gens blessés sont arrivés tout le temps que nous étions là, il devait y avoir au moins une dizaine de personnes.

Notre collègue a eu des points de suture car une plaie notamment était assez profonde et un traitement antibio pour prévenir une éventuelle infection.

Mon conjoint a une plaie à la cheville, un œdème et il boîte.

J'ai eu le tympan perforé par l'explosion, donc acouphène important et depuis perte d'audition. »

Ce témoignage de notre camarade reflète totalement un pouvoir à la dérive qui n’a plus que la violence pour faire passer ses contre-réformes de destruction massives des droits sociaux dont personnes ne veut.
Le 28 décembre dernier, à l’appel des Gilets Jaunes, un millier de personnes ont manifesté dans l’hypercentre de Nantes dans le calme. Il n’y avait pratiquement aucune force de répression. Cela prouve que c’est bien la politique de répression qui est à l’origine des violences. Nous pensons donc que le préfet porte la responsabilité de toutes ces blessures. Il devrait en tirer les conséquences et démissionner.
L’UCL Nantes appelle l’ensemble de la population à poursuivre la mobilisation jusqu’au retrait de la contre-réforme. Ce recours totalement délirant à la violence est la preuve de la fragilité actuelle du pouvoir politique qui ne cherche même plus à convaincre mais à terroriser ses opposant.es.