L’Association d’entraide de la Noblesse Française ou le retour du racialisme aristocratique

Mis a jour : le mercredi 9 octobre 2019 à 00:06

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L’Association d’entraide de la Noblesse Française (ANF pour les intimes) a été fondée en 1932 dans « le but de venir en aide aux familles nobles ». Pour accomplir cette tâche de première importance et d’une absolue actualité, elle veille scrupuleusement sur ses registres généalogiques. Eux-seuls permettent d’établir « scientifiquement » qui peut légitimement ou non se réclamer de la noblesse.

 

Oust, manants et roturiers ! Une « Commission des preuves » se charge d’appliquer l’article 3 des statuts de l’association et de vous tenir à l’écart : « tout candidat doit être de noblesse française, majeur ou émancipé, et justifier sa filiation naturelle et légitime jusqu’à celui de ses auteurs en ligne directe et masculine pour lequel il produira un acte officiel récognitif de noblesse régulière française, acquise et transmissible. »[1]. Imaginez qu’un « faux » noble, au sang-bleu douteux, s’immisce parmi eux…

 

  • Sauver les châteaux et les bijoux de famille

Noël Chamboduc de Saint-Pulgent (1948-), un inspecteur des finances doublé d’un polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et diplômé de l’IEP de Paris, préside aux destinées de l’association. Cet ancien membre du Club de l’Horloge fut également un temps chargé de mission auprès du directeur du Budget (1978-1981) avant de partir pantoufler dans les assurances (notamment au sein du groupe financier Victoire). Inspecteur général des finances, Saint-Pulgent prône fermeté et rigueur en matière de réforme de l’Etat. De quoi faire soupirer d’aise les radicaux de l’IFRAP. Son épouse, Maryvonne de Saint-Pulgent, a également fréquenté Sciences-Po mais c’est aussi une énarque et une conseillère d’Etat (recrutée, certes, au tour extérieur). Dans le bulletin du Club de l’Horloge, Maryvonne a écrit des papiers très piquants sur l’avilissement de la culture française à l’ère Jack Lang. Elle a cependant pris ses distances dans les années 1980 reprochant à ces messieurs Henri de Lesquen (pourtant à particule), Le Gallou et consorts leur machisme et leur mainmise sur l’association.

Musicienne, Maryvonne s’épanouit dans les salons feutrés du secteur culturel. Nommée sous Balladur Directrice du Patrimoine, elle décroche le jackpot au moment de la création de la Fondation du Patrimoine. Une machine à intégrer au patrimoine historique les belles demeures de nos amis nobles pour mieux les faire restaurer aux frais des contribuables (comme on l’a déjà évoqué sur Terrains de Luttes). Peu étonnant qu’avec des dirigeants aussi avertis, l’ANF se pique de donner des conseils juridiques à ses chers adhérents –plusieurs milliers- afin de maintenir leur rang. Dans un ouvrage à usage interne, elle leur recommande par exemple de se constituer en une « association de famille ». Car chers et nobles membres méfiez vous !

« En droit français, la famille n’existe pas en tant qu’institution juridique: c’est une surprise que beaucoup de nos membres font, à l’occasion d’une difficulté, car ils sont naturellement persuadés de la valeur supra individuelle des traditions familiales. Élevés dans cette croyance, ils font en fait une erreur : la famille n’a pas d’existence en droit positif. »[2]

Or l’anomie menace les lignées nobles dans le monde moderne :

« En ce début du XXIème siècle, le foisonnement des activités des membres d’une même famille, la dispersion géographique, l’évolution divergente des moyens financiers conduisent les porteurs d’un même nom à se perdre de vue. (…) Cellule de base de toute société humaine, la Famille, pour se maintenir, doit resserrer les liens familiaux autour de ce que ses membres ont en commun : le patrimoine moral (nom, honneur et tradition familiales et religieuses, entraide confraternelle, appartenance au Second Ordre) et le Patrimoine matériel : archives familiales, généalogies, objet mobilier se rattachant à l’histoire familiale, éventuellement patrimoine immobilier et sépultures »[3].

Alors, n’hésitez pas, créez une association de famille ! Sans doute le seul «moyen de renforcer cet esprit de famille, ciment de la Société ». Surtout la création d’une telle association permettra de faire émerger une personnalité juridique qui gèrera vos biens et allègera considérablement certaines contraintes successorales. L’ANF conseille aussi à ses membres de protéger leurs bijoux de famille et leur donne pour ce faire accès à toute la jurisprudence disponible. Ne rigolez pas ! « La question à une très grande importance pratique car dans les familles membres de l’ANF, il peut s’agir de joyaux anciens ayant une valeur historique et patrimoniale considérable »[4]. En cas de mésalliance, si par exemple la demi-princesse qui a épousé votre fils veut se barrer avec la bague de mamie, n’oubliez pas de faire jouer l’arrêt du 19 février 1957 confirmé par la Cour de Cassation le 20 juin 1961 (ça sert d’avoir des conseillers d’Etat dans son association).

Cet arrêt a déjà bien dépanné la famille La Rochefoucault quand une ex-épouse a voulu garder la rivière de diamants des ancêtres après avoir divorcé. Rappelez bien au juge que « les «bijoux de famille» constituent, pour la jurisprudence, quand l’existence d’une tradition familiale est établie, une catégorie juridique spéciale soumise à une transmission particulière ». Mais bien sûr, il serait réducteur de faire de l’ANF un simple cercle de généalogistes ou un cabinet de conseil juridique en cas de difficultés matrimoniales. La fonction du club est bien sûr d’abord de venir directement en aide aux membres déchus, à ceux que le Seigneur a choisi d’éprouver en les détournant provisoirement de la fortune.

  • Un manteau (de fourrure) pour l’hiver

Ainsi, si vous avez un vague ancêtre respectable, sachez que les locaux de l’association proposent des vêtements de qualité qui vous permettront de sauver les apparences pour quelques temps (n’oubliez pas de les ramener une fois que la roue a tourné). De même, vous pourrez bénéficier pour vos affaires du soutien des entrepreneurs également membres de l’association. Ils vous proposeront d’intervenir et de présenter votre projet d’entreprise comme l’ont fait bien des membres à particules provisoirement désœuvrés qui ont pu suivre les modules de formation interne de l’ANF. Certains ont parfois des idées très créatives pour se relancer. A l’instar de Jean de Bony, un camarade particulé très ingénieux qui a trouvé le moyen de distinguer les dominants des losers à partir de leurs seules empreintes digitales (si, si c’est scientifique et ça peut aider un DRH à repérer les futurs employés du mois).

Ça s’appelle la BIOTYPOLOGIE®©TM. Qu’importe que ce nom évoque les travaux eugénistes de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains du Régime de Vichy, la célèbre Fondation Carrel[5]. Pour une somme modique, Jean de Bony vous démontrera « le poids important de l’inné sur notre personnalité ». Etes-vous plutôt « organisateur » ou « adolescent » dans votre tempérament ? Chanel et d’autres boîtes ont déjà adopté sa méthode et si pour le Noël qui vient vous ne savez pas quoi offrir à vos aïeux vous pourrez toujours leur offrir le coffret finger tree qui leur fera revisiter le classique arbre généalogique aristocratique sous des jours un peu plus modernes. (On l’a essayé à Terrains de luttes mais on a tous des doigts de losers apparemment).

  • Sorties entre amis

Enfin l’association est aussi un lieu de sociabilité très riche du simple fait de toutes les manifestations que ses membres organisent. Si vous attestez de vos quartiers de noblesse, vous aurez peut être le plaisir radieux d’assister à un merveilleux rallye ou à un spectacle de marionnettes sur la vie de Jésus à l’occasion de la Saint Nicolas. A moins que vous ne préfèreriez visiter des vignobles et participer à des lâchers de rapaces aux côtés des jeunes de l’ANF d’Aquitaine. Si l’Ecole royale militaire de Belgique vous tente, vous pourrez également avec Henri Vivier rendre hommage au frère Xavier de Tarragon, ancien aumônier de l’association des amis de Jeanne d’Arc. Certes, il arrive parfois que les choses soient un peu olé olé, comme cette fois où plusieurs membres ont voulu aller voir la Comtesse Nicolas de Monts de Savasse jouer dans une pièce de théâtre. Le pire fut heureusement évité : « le cadre nous a un peu surpris au début (19ème arrondissement dans un entrepôt réhabilité de la Sncf, public peu « anéfiable »). Mais une fois les présentations faites, nous avons été enchantés du spectacle (…). Bref, un beau voyage dans le temps et aussi dans l’espace : dépaysement garanti avec nos enfants souhaitant savoir si « c’est beau la Courneuve ? » »[6]. Rassurez-vous ils ne seront pas forcés d’aller manger un saucisse-frites à la Fête de l’Huma. Dans l’ensemble, les sorties organisées par l’ANF présentent peu de risques (en tout cas peu de risques d’exogamie).

Si officiellement les privilèges ont été abolis, rien n’interdit ainsi de constituer des clubs fermés où l’entrée se fait sur la base de la généalogisation d’une soi-disante supériorité et où l’on apprend à des pseudo-chevalier-e-s à utiliser à leur profit maximal le droit et les ressources publiques. De quoi donner envie de reprendre quelques bastilles.

 

 

 

Notes

[1] Là aussi cité par Wikipedia, dont la fiche concernée est visiblement alimentée directement par l’association.

[2] Brochure de conseils de l’ANF

[3] Brochure de conseils de l’ANF

[4] Brochure de conseils de l’ANF

[5] Alain Drouard, Une Inconnue des sciences sociales, la Fondation Alexis Carrel, 1941-1945, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 1992.

[6] Compte-rendu de l’événement aux membres de l’ANF par Jacques de Nucé

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Commentaire(s)

> pour lutter pour informer

cet article est publié pour prévenir l'implantation de cette "association" dans l'ouest de la fRance (Vannes, Angers, La Roche Sur yon, Cholet etc )