St Nazaire - CR du comité de lecture féministe #3

Mis a jour : le mercredi 5 juin 2019 à 12:23

Mot-clefs: -ismes en tout genres (anarch-fémin…)
Lieux: Saint-Nazaire

Nous étions 21 personnes pour ce comité, autour du livre Sorcières de Mona CHOLLET, paru aux éditions ZONES.

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1. Nous avons d’abord fait un point sur l’association : dans ses actions récentes, F’lutte a apporté son soutien aux américaines pour le droit à l’avortement, ainsi qu’au collectif d’élues "Ils ne nous feront par taire" suite à une plainte en diffamation visant une élue nazairienne qui a voulu rappeler des faits supposés de violences sexuelles au sein de la mairie (communiqué "Porter plainte, dites-vous... ?").

2. Nous avons ensuite découvert une figure historique du féminisme en France, Marie Le Jars de Gournay (1565 - 1645), éditrice/autrice autodidacte qui était fort mal vue pour oser exprimer ses idées d’égalité entre femmes et hommes, qui vivait seule, réfléchissait et créait (quelle sorcière !). On notera par ailleurs que, je cite : "Richelieu pensionnait sa chatte", l’homme affectionnant les félins... Voilà.

Vous trouverez plus d’informations sur cette féministe de la première heure sur Internet et dans le Dictionnaire des féministes ; France XVIIe - XXie siècle de Christine BARD et Sylvie CHAPERON (éditions PUF).

3. Le livre : Sorcières de Mona Chollet (éditions ZONES) :

nous n’en étions pas toutes au même avancement de lecture, mais pour celles qui avaient commencé/fini/presque fini, la même constatation a été faite : l’écriture de Mona Chollet est accessible, foisonnante en termes de références (qu’elles soient très théoriques, ou populaires et actuelles), c’est un livre facile à lire, quoi que très riche en informations, dans lequel l’autrice arrive souvent à utiliser l’humour et, bien que l’on saisisse l’étendue de ses connaissances (notamment à travers les références multiples à d’autres autrices, d’autres ouvrages, à des faits historiques, etc.), Mona Chollet se garde de toute parole moralisatrice : elle se qualifie elle-même de féministe "poule mouillée", ce qui a parlé à plusieurs lectrices !

Plusieurs thèmes abordés dans Sorcières ont également fait écho aux lectrices, notamment les passages sur la maternité (injonction à avoir des enfants / refus d’en avoir / aimer ses enfants mais détester être mère) ou sur le vieillissement (invisibilisation, rejet du corps, signes de l’âge qu’on devrait cacher : cheveux blancs, rides, etc.) : dans tous les cas, le corps des femmes est contrôlé, jugé, jaugé. Il a été placé, par les hommes, du côté de la Nature, avec cette mission suprême (et unique) de porter et donner la vie, tandis que les hommes se sont placés du côté de la Culture, du savoir et du pouvoir.

Au même titre, le génocide misogyne des "sorcières" à partir du XVIe siècle (siècle de savoir, de Culture, de recherche, et non pendant la période obscurantiste du Moyen-Âge, contrairement à ce que l’on a tendance à croire !) visait particulièrement des femmes célibataires et/ou veuves, sans enfants, plutôt âgées... même si les femmes ne sont plus jetées au bûcher, ne pas correspondre aux injonctions représente encore actuellement un risque de subir des mises au pilori psychologiques, verbales, sociales, virtuelles.

Pas étonnant, donc, que la figure de la sorcière ait un regain de popularité, amorcé déjà dans les années 70-80 aux États-Unis, pour en faire une figure contestataire du capitalisme. Hélas, comme souvent, le capitalisme retourne des outils de contestation en filon commercial, et nous assistons aujourd’hui à l’avènement des sorcières 2.0 avec des boutiques en lignes, des photos instagramables de grimoires et de bougies pailletées : la sorcière devient un produit consommable, dans un système dans lequel elle devait représenter au contraire un grain de sable, en bâton dans les rouages... !

Le terme "éco-féminisme" a plusieurs fois été évoqué dans notre discussion : comme toute ramification du féminisme, l’éco-féminisme contient lui-même d’autres ramifications, dont certaines relèvent de l’essentialisme. Se revendiquer "sorcière" peut impliquer de revendiquer à nouveau ce lien entre féminité & Nature, à sacraliser le féminin et, donc, à revenir à l’équation femme = utérus = faire des enfants. On trouve des ramifications ésotériques dans l’éco-féminisme, qui posent question et méritent de creuser le sujet (une prochaine discussion chez F’lutte ? ;) ).

Enfin, plusieurs lectrices ont partagé un regret de ne pas voir plus de parallèles faits par l’autrice, entre les meurtres massifs des "sorcières" au XVIe siècle et la place des femmes dans les sociétés actuelles.

4. NOS PROCHAINES DATES :

-* MARDI 4 JUIN | 19H | LOCAL SOLIDAIRES : discussion sur le harcèlement avec l’association F’lutte ;
-* SAMEDI 6 JUILLET | 11H | COMITÉ DE LECTURE #4 : Renversante de Florence Hinckel (littérature jeunesse) ;
-* LUNDI 9 SEPTEMBRE | 17H30 | COMITÉ DE LECTURE #5 : Un féminisme décolonial de Françoise Vergès (essai).

Si vous souhaitez emprunter les ouvrages, dites-le moi camille@librairielembarcadere.com">par mail !

Merci encore pour votre venue et à bientôt !

PS : un article intéressant + une webserie à naître sur les sorcières : http://www.barbieturix.com/2019/05/30/les-sorcieres-la-web-serie/

Link_go flutte.saint-nazaire.cc/?Comite-de-lecture-feministe-3-3-6-2019

Commentaire(s)

> Caliban et la sorcière

Silvia Federici revisite ce moment particulier de l’histoire qu’est la transition entre le féodalisme et le capitalisme, en y introduisant la perspective particulière de l’histoire des femmes.

Elle nous invite à réfléchir aux rapports d’exploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à l’issue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et l’esclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis à la machine sociale dans un formidable mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Le capitalisme contemporain présente des similitudes avec son passé le plus violent. Ce qu’on a décrit comme barbarie et dont aurait su triompher le siècle de la raison est constitutif de ce mode de production : l’esclavage et l’anéantissement des femmes n’étaient pas des processus fortuits, mais des nécessités de l’accumulation de richesse. L’auteur nous invite à partager son regard d’historienne et de féministe sur la situation actuelle et sur ses mécanismes.

traduction de l’anglais (États-Unis) par le collectif Senonevero, revue et complétée par Julien Guazzini

http://senonevero.communisation.net/1/article/caliban-et-la-sorciere