Intermitents d'un triste spectacle complètement nantes

Mis a jour : le vendredi 15 juin 2018 à 10:49

Mot-clefs: / nantes_nécropole gentrification culture art
Lieux: Nantes

Les intermitents du spectacle sont illes les meilleurs facilitateurs de la gentrification des quartiers (entre autre) ? L'art se doit il d'être apolitique ? Être "artiste" veut il dire que l'on doit/peut renier et tourner le dos à toute culture politique et qu'il est donc logique de manger à tous les rateliers ?

L'événement "complètement nantes" bat sont plein avec des dizaines de concerts et autres spectacles vivant et « complètement gratuits » (dans tous les sens du terme?)!

Son véritable but n'est pas d'apporter de la culture aux actuelLEs habitantEs du quartier, mais juste de l’amusement pour ne pas penser au fond des choses: en dehors de créer une énième attraction touristique, le véritable objectif de nantes métropole est de faire passer la pilule de la gentrification du "Bas Chantenay", ce quartier populaire si proche du centre ville, qui, selon nantes métropole, vole la Loire aux habitants de Haut Chantenay... (et oui, c'est bien une des inepties entendue pour justifier le remodelage complet du quartier. Ce n'est bien entendu pas le seul argument utilisé, mais c'est celui qui m'a le plus interpellé pour son indécence...).

Le but de la gentrification (sur fond d’énormes dépenses publiques et donc d’endettement des habitants), est ici comme ailleurs de faire un appel d'air aux capitaux. Il faut virer les pauvres pour leur substituer une population de cadres dynamiques bien insérés, dans le but d’une croissance favorable au développement du capitalisme métropolitain.

Le foncier et les impôts, comme les stationnements et les commerces des quartiers gentrifiés, deviennent après coups inabordables pour les classes sociales les moins argentées - précaires, même si elles ne le perçoivent pas forcément de leur point de vue, pensant appartenir à la classe moyenne - qui se retrouvent dans l'impossibilité de rester vivre là!

Grâce aux énormes chantiers que cela demande, et grâce à la monté en flèche du prix de l’immobilier, le secteur du privé est celui qui s’en met le plus dans les poches. C’est aussi lui qui corrompt les éluEs (sans trop de difficultés, ça fait parti du jeu) et qui fera tout pour les maintenir au pouvoir...

Comment se fait il que nos braves intermitentEs, ces personnes dites (ap)porteuses de culture, participent avec un tel entrain à l'acceptabilité de ces projets iniques?

Leur situation de précaires (accros au chômage dans leur statu d’intermittents) a dernièrement évoluées : il est sortie de la ligne de mire du médef qui a enfin compris que s’il ne les attaquait pas trop, ces intermittents étaient prêts à se vendre pour faire accepter les projets les plus difficiles à faire passer! Dit en passant, la somme d'argent publique dépensée pour payer les cachets des groupes et compagnies doit être impressionnante!

Encore une fois, la sécurité de l'emploi, et donc le salaire de la peur, est bien la carotte qui fait collaborer nos amiEs les intermitentEs avec notre ennemi commun qui est le capitalisme, l’ennemi de tous les précaires (et de la vie même…).

Cette cascade de spectacles comme on en voit guère noie la (faible) contestation à la gentrification sous les applaudissements et l'amusement des foules ébahies et bienheureuses... Grande spécialité nantaise issue de l’antiquité, la culture (et ses spectacles, réduits à des amusements fadasses qui finissent par perdre tout caractère original sous le nombre, alors transformés en simples produits de consommation très vite digérés, même s’ils sont gigantesques...) n'est qu'un faire-valoir pour développer la métropole et sa croissance! N'en déplaise aux supporters et autres accros aux compétitions sportives capitalistes (...), elle ne vaut pas mieux que le sport et devient juste débilitante lorsqu'elle se rabaisse a n'être plus que cet « opium du peuple » dans une débauche de moyens!

L'art ne peut aujourd'hui, en plein boum d'un libéralisme agressif et mortifère, sans doute la dernière ligne droite avant la fin, se réfugier derrière l'argument d'un esthétisme apolitique. Il n'est plus temps de ne pas se sentir concerné sous un aspect buccolico-intellectuello-innocent. Car l'art, même rabaissé à un simple amusement, modifie inévitablement la société: lorsqu'il perd sa subversion et lorsqu'il collabore, il exprime et porte d’emblée l'acceptation, la collaboration!!!

L'acceptation des artistes à collaborer avec nantes métropole sur l'événement "complètement nantes" et tout ce qu'il porte est un acte volontaire et posé! Que les intermittentEs ne s'attendent donc plus à aucun soutien de ma part (illes s'en contrefiche j'imagine...). Leur complicité et la facilité qu'illes ont pour justifier cette complicité sous prétexte de faire leur job me fait juste gerber.

J'ai bien conscience que très peu des intermittentEs (et autres artistes) ne lisent et ne liront jamais ce genre d'article (la politique ce n’est pas leur domaine bien sûr… illes sont bien au dessus de ça et de toute façon « faut bien faire bouillir la marmite » est l’argument suprême...) et ne me fait pas d'illusion sur le peut d’impact qu’il aura… Mais lorsqu'on se divertie en profitant de spectacles ici ou là, n'oublions jamais que la culture sans la subversion (et grâce aux subventions) fait partie des pièges qui nous sont tendus par celles et ceux qui nous l’offrent sur un plateau. Dit autrement, ils nous offrent comme un jouet une mini-pelleteuse qui nous servira, sans efforts et même avec un certain amusement, à creuser notre propre tombe dans la terre meuble qu’est notre abêttissement.

Commentaire(s)

> Mépris de classe

Et puis aussi, beurk les intérimaires qui bossent chez Amazon, illes se rendent pas compte qu'illes sont en train de tuer les petites librairies et bossent pour l'une des plus grandes fortunes mondiales.
Et la serveuse qui bosse dans un bar brasserie pendant ses vacances d'été pour payer ses dettes, quelle connasse à supporter l'étalage de croque monsieurs industriels et tous les plateaux de fromage et de saucissons (et de fait à supporter activement le spécisme si j'utilise la même rhétorique que toi) qui vont bien avec les pintes de ces jeunes cadres de boutiques bobos venant se bourrer la gueule à 17h.
Et le prolo à la sortie du métro, qui distribuent les 20 minutes et autres quotidiens sans fond mais toujours aux mains des grands distributeurs de presse, il pourrait faire un autre boulot comme je sais pas moi, quelque chose de bien politiquement. Il a... Il a... Et ben il a qu'à se bouger le cul et à trouver un travail qui correspond à ce qu'il aime faire et veut faire évoluer dans le monde, quelque chose qui correspond à sa passsssion !

Ouais, mais tu sais, la vie, c'est pas si simple. En tout cas, pas aussi simple que de balancer un texte sur Indymedia Nantes. Et toc !

(Hormis ta critique dégueulasse, elle repose sur un biais. Pour tou-te-s celleux qui acceptent de bosser pour des projets audiovisuels merdiques comme du montage sur les programmes de téléréalité ou les merdes d'animations d'été organisées par les villes, il y a aussi une bonne partie d'intermittent-e-s qui refusent ça et bossent sur des trucs qui leur correspondent politiquement. Mais elleux, on ne les voit pas.)

> Corps social résonnant

L'intermittence permanente te permet aussi d'arpenter d'autres chemins que tu ouvres sur d'autres à côtés et de te confronter à ce mainstream de Perme à Nantes... C'est vrai tu le paies de ne pas jouer dans le bocal mais tu y gagnes en liberté et pertinence.... L'intermittent si connait en Com alors pour une fois allez voir Nomades sous la Lune (toucher un bout de ciel avec un bout de terre ) à l'atelier .1 rue de chateaubriand jusquà dimanche prochain.
Oui c'est vrai c'est dans la programmation officielle biscuit
mais c'est 25 ans de travail dans les quartiers de Nantes par le Collectif La LUNA avec de vrais gens investi(es) en Actions Collectives cela contredit le showbiz et cela fait du bien.
Mon intermittence, elle sert à cela aussi au bien commun à enregistrer et mettre en musique notre société et faire entendre ceux et celles que l'on n'entend guère.
parole donnée, parole prise : un micro ouvert à tous.

tendre une perche : enregistre aussi les mille voix de la ZAD....également...

Pour le fond de commerce de la ville aux veaux d'or et déjà obsolètes cela montre l'état avancé de notre vitrine ...un arbre aux pigeons qui cache la forêt.
forêt qui disparaît petit à petit suite aux coupes sans fin
pour les petits projets ...vitaux.
Mais on n'a pas dit notre dernier mot.
Intermittents multi fonction comme les imprimantes.
jetables au bout de 5 ans....

s'ouvrir un possible

> arthérapique

je fais du pain ,je suis boulanger,demain si je mets de la crotte dans ma farine,je suis plus rien qu'un crétin je ne vends plus,je fais une toile de soleil couchant je suis un artiste,demain je mets ma crotte en boite,je suis toujours un artiste.je vends encore plus
merde pour merde l'artiste se fait toujours payé et encensé par les bobos.

> Re Généralité

En général quand on est dans ce domaine d'activité, la culture, le spectacle, et autre domaine où la sensibilité, les émotions et la créations s'expriment, c'est parce que, je pense, on porte une charge émotionelle non négigeable, qui parfois nous transporte, nous blesse, nous interroge, nous bouscule, nous fait fondre en larme, nous révolte aussi.
Par les temps qui courent, par les difficultés que nous traversons tous, on essaye tous et chacun de se préserver comme on peut, certe par moment de façon individuelle parce que ce n'est pas facile de montrer ses sentiments, par pudeur, par peur, par l'histoire que l'on porte, parce que ce n'est pas parce que l'on peut être devant les projecteurs, face aux autres, ou pas, que l'on arrive à s'inscrire dans des mouvenemts sociaux, des manifs, et exprimer ses colères, alors que l'on doit chaque jour penser à donner des émotions aux autres sans perdre la sienne.

Je comprends les colères, les interrogations que ça peut succiter, et je ne les comprends pas non plus.

Si on reste dans la colère tout le temps, quand prend on le temps d'aimer et d'en donner, de l'amour ?

Signé : Observateur

> tout n'est pas noir, mais tout n'est pas rose

Le texte est peut être assez mal tourné et stigmatise trop les intermitent-es. Dont certaines de mes connaissances qui pourraient le prendre pour elles.

Cependant, la culture subventionné, pose le problème de la culture tout court. Perso il me semble qu'il y a une différence entre s'engager dans un festival qui reçoit une part de subvention publique, au milieu de quantité de source de financement (et certain-es artistes le refuse aussi). Et participer à un événement ''full subventionné''.
Déjà, un financement complet, assèche en général les budgets et les "petites créations" ou "les créations marginales" ne rentrant pas dans le cadre, ne peuvent plus recevoir aucune aide. Une manière comme une autre de dire "rentre dans le cadre". Mais aussi ce système, appauvrit justement la "ressource culturelle" (je parle de ressource artistique pas financière/économique), en empêchant l'aboutissement de certains projets.

Enfin, on ne peut nier, que ces budgets distribués, le sont d'une manière ou d'une autre à des fins politique. Les intermitent-es, ne sont pas obligé-es de connaître toutes les politiques de la ville, mais sont souvent considérés comme des héro-ines quand illes refusent de jouer dans une municipalité d’extrême droite.
Bon, pour finir, même si je peux comprendre d'un certain point de vue, les motivations du texte, peut être qu'au niveau propagande politique, un tract et affichage destiné aux artistes et public, pour expliquer l'environnement des manifestations ''gratuites'', aurait été plus efficace et moins clivant.

> Commentaires cachés

On a caché quelques commentaires qui avaient pas grand chose à voire avec l'article.

> travailleur artistique

Intermittent.e.s = un régime d'assurance chômage et non pas un métier, ça veut dire chômeur pas plus.
Attaquer tout un groupe de personne sans y faire des distinctions de classe par exemple, que ce soit culturel ou financier, réduit à peu votre propos pourtant intéressant. Au contraire je trouve que ça mériterait de trouver une place aux abords de ces manifestations divertissantes. Ca pourrait permettre une prise de conscience car parfois on agit en méconnaissant. De plus dire que les artistes ne font plus de politique c'est aussi dommageable que de dire que les artistes doivent en faire, sont là pour ça. Non c'est juste que l'artiste à la légitimité d'un point de vue social pour s'exprimer, après ce qu'il en fait revient à ce qu'il peut être en tant qu'individu. De plus méfions nous du terme Bobos rapporté par l'extrème droite en France, c'est fait pour diviser une même classe économique. Voir ici http://www.editions-dehors.fr
Je suis metteur en scène je partage une partie de votre point de vue. Merci

> Tentative de réponse aux commentaires

Effectivement, ce texte n’est pas parfait et le lien entre la lutte existante (investissement des personnes luttant contre ce phénomène de dépossession de leurs lieux de vie inhérent à la gentrification imposée par la métropole), et la collaboration des artistes qui viennent en masse, non pas soutenir cette lutte de précaires, mais soutenir la métropole, n’est sans doute pas assez mis en avant.
Les forces en présences sont dés le départ complètement en défaveurs des premiers, et la collaboration des artistes enfonce bien le clou.

Bien entendu, dés lors qu’on les loue ou qu’on les vend, nos forces créatives et nos corps servent inévitablement à nourrir le capitalisme. Je suis d’accord, cette « prostitution » nous est imposée et est quasi inévitable dans cette société !
Cependant – hormis le fait qu’il peut penser se situer en dehors de toute politisation (chose impossible à mon avis, se laisser instrumentaliser contre de l’argent étant une démarche politique quoi qu’on en dise…) et donc accepter de jouer pour X ou Y sans y regarder de près ni de loin - l’artiste reste libre de choisir de participer ou non à la destruction des luttes en cours… De la même façon qu’ille peut aussi décider ou non d’aller les soutenir (par exemple en allant jouer ou aider sur la Zad - et alors de lutter contre la métropole…).

Peut être lui manque t’il quelques cachets et se sent il obligé de participer à cette infamie qu’est la trahison de la lutte et de ses emblables (plutôt que d’acheter ces cachets manquants). Peut être aussi qu’il n’est pas au courant (et alors il ferait bien de se renseigner avant de se vendre). Ou peut être qu’il n’est plus à ça près et que le fric, le prestige ou que sais-je est son premier sinon seul et dernier but.

Quoi qu’il arrive, ce texte (écrit impulsivement sur un coup de colère) a au moins le mérite de mettre en avant un questionnement qui n’est hélas que trop rarement posé ! Il demande certainement des réponses de la part des artistes participant à la casse de cette lutte (et du quartier). Il serait à mon avis grand temps que ces dernierEs remettent en question leur participation par la collaboration aux attaques de la métropole envers les précaires de tous bords.

L’artiste qui soit-disant apporte de la culture ferait bien d’en acquérir politiquement s’il veut garder un tant soit peu son libre arbitre et aussi éviter de trahir des luttes… Personnellement, je ne crois pas à son innocence, mais bien à un manque voulu et bien pratique d’engagement politique… ! Je ne pense pas qu’au final on en sorte grandi, ni plus heureux.

> Post scriptum

Je tiens à préciser que j'ai bien conscience qu'on peut toutes et tous se tromper dans nos choix. Il faut cependant en tenir compte et si possible éviter le déni et la rechutte... Et on peut aussi tenter d'apporter réparation, par exemple en se mobilisant, ou en se positionnant publiquement... Dans ces luttes, tous les coups de main sont les bienvenus.

Un article indymèdia du collectif "La commune de Chantenay": https://www.nantes.indymedia.org/articles/39971
Leur site (face beurk... dommage mais bon!!!): https://www.facebook.com/lacommunedechantenay/

> Mépris de classe, vraiment ?

De la servitude moderne:
https://youtu.be/e5LcXFXgqw0