Il n’y a pas d’espace safe !

Mis a jour : le dimanche 12 juin 2016 à 16:35

Mot-clefs: Genre/sexualités
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Ces derniers mois il m’est arrivé deux histoires d’agressions sexuelles, et comme je suis une connasse de féministe et que je suis persuadée que le silence est notre pire ennemi, je me motive à écrire pour les raconter, pour qu’on puisse en parler, ou pas, pour savoir, pour ne pas culpabiliser, pour que ça se reproduise plus. Ce texte a été écrit en deux temps, une première fois deux mois après la deuxième histoire, juste à destination de quelques personnes, et dans un second temps six mois après, à destination plus « publique ».

 

Anarchiste et violeur ? C’est pas censé être antinommique ?

Ce soir je suis contente, je vais à un concert chouette dans un bar, y’aura des potes, on va bien s’amuser. Le concert se passe, les potes vont et viennent, je discute avec un mec que j’ai déjà croisé plusieurs fois. On est pas mal alcoolisé.e.s. Je lui propose de venir à la maison parce que j’ai envie de continuer avec lui et que la soirée se termine, et j’ajoute : « c’est pas un plan cul hein ». C’était pas une blague, mais les meufs bourrées ne sont pas crédibles quand elles parlent sérieusement, la suite nous le prouvera. Je ramène donc ce gars, on discute de plein de choses, c’est plutôt chouette comme conversation, et puis comme je suis claquée, je lui dis que je vais me coucher. Je lui dis qu’il peut dormir avec moi, et je précise que je vais vraiment dormir. Il pose une exclamation quand j’enlève mes lentilles de contact, et explique que ça le dégoûte (sympa...). J’ai déjà formulé plusieurs fois ma fatigue, rien à faire, il essaie quand même de me toucher, je répète que je vais dormir (« je suis claquée » numéro 10 ?), rien à faire, il réitère, et puis au bout de deux trois fois que j’ai formulé encore très clairement mon épuisement (donc ma non-disposition sexuelle), il me baise, contre mon consentement, en mode performance, assez bourrin. Il me viole, quoi. Je suis recroquevillée dans un coin du lit, je m’endors comme une pierre pour ne pas penser. Le lendemain le mec est toujours là, il prend l’air penaud et dit qu’il a fait de la merde (sans blagues ?!). Il se casse, et une semaine plus tard, il me laisse un mot dans ma boîte aux lettres, en m’expliquant que si je veux on peut parler, et il me laisse son numéro. Je suis choquée, j’ai envie de l’exploser, le mec, il a pas honte ! Le plus relou c’est que c’est encore un de ces mecs du "milieu », et que je le croise à divers évènements... Apparemment il a aussi fait de la merde avec d’autres meufs, étonnant, non ? Si tu es de Toulouse (ou d’ailleurs, les connards voyagent) et que ça t’intéresse, je peux te filer son nom.

J’en parle à quelques potes, qui font l’autruche (qui captent pas, parce qu’ils veulent ou peuvent pas), ou m’envoient carrément chier (« c’est pas le moment »). Pas de soutien, ou très peu, je me retrouve toute seule avec ma rage, mon dégoût, ma haine et mon impuissance.

Féminisme et consentement ? C’est pas censé être redondant ?

Trois mois plus tard, je commence à me remettre, je décide d’aller joyeusement échanger et faire la fête avec d’autres copines révoltées à un festival féministe en aveyron. Le fest se passe très bien, discussions, ateliers, lectures, concerts, chouettes rencontres. Le dernier soir je mixe, on fait le bordel sur le dancefloor. Y’a une meuf avec laquelle j’ai sympathisé durant la journée qui me saute soudain dessus pour me rouler une grosse pelle. Pourquoi pas. Et puis elle revient plusieurs fois, et ses embrassades sont assez agressives, et ne me laissent pas de répit. Je finis par lui signaler et la repousser doucement, ça lui plait pas, elle me mord le bras violemment. Je manifeste ma douleur et mon mécontentement. Elle continue à me coller, je suis fatiguée et bourrée, des potes me ramènent au sleeping, où bizarrement je suis toute seule depuis deux jours. Elle me suit. Je lui dis que je ne veux pas qu’elle dorme avec moi. Et là elle s’énerve, commence à me hurler dessus « TA GUEULE ! TA GUEULE ! SALOPE ! ». Je flippe, j’ai envie d’appeler à l’aide, mais il n’y a personne. Je me blottis dans un coin de mon matelas. Elle s’installe sur le matelas voisin, et commence à râler à voix haute en parlant de moi, je lui dis d’arrêter son cirque, elle recommence à m’insulter. J’essaie de dormir, j’ai peur. Le lendemain elle est toujours à côté de moi, elle a piqué la moitié de ma couette. Elle se lève, ouvre grand la fenêtre du sleeping (l’hiver est doux, mais quand même), s’assoit sur moi à califourchon, me dit « merci, je t’adore », me fait un bisou sur le front et se barre. Je suis estomaquée, j’arrive pas à croire à ce qu’il vient de se passer. Je descend d’un étage, elle est là, elle essaie de me parler comme si de rien n’était, je lui dis que je ne veux pas discuter tant qu’elle n’est pas excusée. Elle me regarde bizarrement et me balance « ..désolée ! » comme un crachat. Je ne sais même pas si elle sait de quoi elle parle. J’ai envie de l’ignorer, elle s’énerve, je lui répond, le ton monte, elle me dit : « me parle pas comme ça ! ». Le monde à l’envers. Je décide de ne plus lui adresser la parole.

Sur cette histoire j’ai eu un peu plus de soutien, de la part de copines avec lesquelles j’ai pu échanger sur ce qu’il s’était passé. J’ai recroisé cette personne le week-end suivant à un autre fest, elle faisait profil bas, ce qui m’a convenu. Je trouve ça super glauque de se faire agresser sur des questions de consentement par une meuf à un fest féministe, et je trouve ça triste d’avoir obtenu à cette occasion plus de soutien que lors d’une agression par un gars.
Ça me fait penser aussi qu’on est à l’abri nulle part, et donc qu’une affiche, un panneau, un écrit du type : « sur les agressions sexuelles, soyons vigilant.e.s., même entre nous », ça serait de trop nulle part. Sick sad world...

J’ai refoulé quelques parties de ce qu’il m’est arrivé, je me rappelle pas de tout, c’est le principe du traumatisme. Je suis très hermétique à la morale type « fallait pas commencer » (commencer à quoi ?) ou « faut porter plainte pour qu’il aille en prison, sinon il va recommencer » (déjà entendu, et puis c’est bien connu, la prison résout complètement les problèmes de viol dans notre société, et tellement d’autres choses...aheum !). Six mois plus tard, notre petit milieu est agité d’histoires du même style et de meufs qui ouvrent leur gueule pour témoigner et s’organiser, et je me sens enfin capable de publier ce témoignage.

J’espère dans l’idéal qu’il y aura de plus en plus de travail en amont pour que ce genre de choses ne se reproduisent pas, et surtout que TOI, mec cis hétéro, tu te remettes en question POUR DE VRAI et que tu travailles comme un grand que tu prétend être à niquer tes privilèges. Comme pour l’instant c’est plutôt mal parti, j’espère que y’aura de plus en plus de meufs qui vont ouvrir leur gueule, et qu’elles seront de moins en moins seules et de plus en plus soutenues. J’espère bien sûr surtout que ce système de merde se casse la gueule, et qu’il n’y ait plus ni viols ni violences sexuelles du tout !

Merci beaucoup aux keupin.e.s qui ont pris le temps de m’écouter raconter ça en vrai, vous êtes peu et précieux-ses.

Je laisse un contact si vous avez envie de réagir, et surtout de partager vos expériences similaires :
witch@riseup.net

MORT AU SYSTEME PATRIARCAL, AUX VIOLENCES SEXUELLES ET A TOUTES LES DOMINATIONS ! FEMINISTE TANT QU’IL LE FAUDRA !