Nourrir la grève, processus pour une grève durable

Mis a jour : le lundi 6 juin 2016 à 15:34

Mot-clefs: luttes salariales bouffe / mal lutte loi loitravail travail loi_travail étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement
Lieux: Rennes

Après de nombreuses journées de grève ponctuelles appelées par les syndicats, et devant la perspective d’une grève générale illimitée qui se fait chaque jour plus réaliste, il nous appartient de voir par quels moyens renforcer ce mouvement et le rendre crédible.

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La grève générale, associée aux actions de blocage, a pour but de paralyser l’activité économique du pays, pour peser sur le gouvernement et l’obliger à retirer son projet de loi Travail. Ce temps et ces espaces arrachés à l’économie sont des points depuis lesquels lancer une contre-offensive sociale, et bâtir ensemble un monde débarrassé de l’emprise du capitalisme.

L’occupation de la Maison du Peuple avait permis à de nombreuses personnes en lutte de se retrouver pour donner corps au mouvement de grève, en travaillant à la jonction entre des syndicalistes et celles et ceux qui ne peuvent soutenir la grève depuis leur lieu de travail, précaires, chômeur-euse-s, salarié-e-s isolé-e-s, étudiant-e-s, etc. Elle s’est immédiatement posé la question de comment nourrir cette foule, et des cantines se sont montées en conséquence.

Alors même que les piquets de grève et les actions de blocage se multiplient, nous faisons le pari d’ouvrir un nouveau front dans l’organisation de la grève. Nous avons bien conscience de la pression économique qui pèse sur les salarié-e-s, et du fait qu’une journée de grève, c’est une journée de salaire en moins.
En ces temps de crise, où nombreux-ses sont celleux qui finissent le mois à 50 euros près, se mettre en grève constitue un sacrifice.
Nous proposons d’agir directement pour exprimer notre solidarité avec celleux qui sautent le pas, et encourager tout-e-s celleux qui ne l’ont pas encore fait à les rejoindre. En nous organisant pour nourrir la grève, nous souhaitons rendre plus concrète la perspective d’une grève qui dure.

Nous avons à ce jour identifié 3 axes majeurs.

Le premier tient à l’approvisionnement. Nous souhaitons appeler celleux qui le peuvent à donner des produits non-transformés, féculents, légumineuses, légumes et à nous les amener. Pour des raisons tant éthiques que sanitaires, nous ne pourrons accepter les dons de viande, poisson, ou autre produit carné. De même, nous voulons nous organiser avec des paysans, pour mettre en place des systèmes de dons, ou d’échange de services contre nourriture : beaucoup de grévistes, c’est beaucoup de bouches à nourrir, mais aussi beaucoup de bras qui pourraient aider sur des chantiers agricoles !

Nous voulons ensuite utiliser ces produits pour les cuisiner, et les redistribuer sur les piquets de grève et les actions de blocage.
Pour pouvoir tenir, il faut bien se nourrir ! Apporter de quoi manger, c’est soulager la logistique de l’action, et permettre des économies d’échelle en évitant à chacun la triste dépense d’une boîte de pâté Hénaff et d’un sachet de pain de mie. Mais c’est aussi la joie d’un repas partagé ensemble, sur la barricade, comme de vrai-e-s camarades !

Enfin, nous souhaitons réutiliser les dons que nous aurions pu récupérer pour proposer aux grévistes qui le souhaitent des paniers hebdomadaires, afin de les soulager d’une partie d’un de leurs principaux postes de dépense.

En bref, nous voulons faire du temps de grève un moment où l’on mange mieux, et moins cher. Il s’agit à la fois de rendre possible une grève longue et généralisée, seule à même de gagner, et de réenchanter ce geste primordial qu’est celui de se nourrir. Nous convoquons ainsi simultanément les imaginaires de la popotte de guerre, et ceux des grands banquets populaires, pour donner à l’acte de cuisiner et de manger ensemble un sens nouveau et révolutionnaire.

Nous ne sommes pas des prestataires de service, mais des personnes en lutte ; il est donc important pour tout-e-s celleux qui pensent se processus comme pertinent de se concevoir comme relais potentiel. De même, nous n’avons pas la prétention de pouvoir être en mesure de nourrir toute la future Commune de Rennes, aussi, nous appelons à la multiplication d’initiatives autonomes et spontanées du même genre.

Rendez-vous tous les jours à 17h à la Maison de la grève (37, rue Legraverend) pour cuisiner pour le lendemain et nourrir l’occupation de Sainte-Anne, et lors des réunions de la commission cuisine pour continuer à penser comment nourrir la grève. Les dons seront pour l’instant centralisés à la Maison de la grève. Si vous avez besoin de nourriture pour une action le lendemain ou un piquet de grève, ou si vous voulez nous aider par quelque moyen que ce soit, merci de nous contacter au numéro suivant : 07 53 32 57 93 ou sur l’adresse mail : nourrirlagreve(at)riseup.net

Email Email de contact: nourrirlagreve_AT_riseup.net

Commentaire(s)

> Changement d'horaire

Les rendez-vous ont changé, le mieux c'est de regarder sur http://rennes.demosphere.eu ou de nous contacter directement.

A bientot!

> Une grève longue ne peut que mener à la défaite !

«La grève générale, associée aux actions de blocage, a pour but de paralyser l’activité économique du pays, pour peser sur le gouvernement et l’obliger à retirer son projet de loi Travail. Ce temps et ces espaces arrachés à l’économie sont des points depuis lesquels lancer une contre-offensive sociale, et bâtir ensemble un monde débarrassé de l’emprise du capitalisme. »

C’est TOTALEMENT FAUX. La perspective d’une grève n’est pas de « bloquer l’économie » - d’où sort cette ânerie ? - mais d’agréger le plus grand nombre possible de salariés pour imposer une UNITÉ des salariés contre l’État et la bourgeoisie, autour de revendications communes, d’une affirmation de l’unité du mouvement, d’une autonomie du mouvement vis-à-vis des chiens de garde sociaux que sont les syndicats et les partis de Gauche. En prend-on le chemin aujourd’hui ? Certainement pas !

D’où sort l’idée qu’une grève longue peut l’emporter ? C’est une idée purement SYNDICALISTE et par conséquent un mensonge éhonté ! Une grève n’est puissante que tant qu’elle s’élargit, qu’elle agrège majoritairement d’autres secteurs autour de revendications communes, qu’elle s’auto-organise, qu’elle s’ouvre par des AG ouvertes où l’on discute des perspectives du mouvement et où l’on prend des décisions communes dans le sens de l'élargissement de la lutte. AUCUNE GRÈVE LONGUE NE L’A JAMAIS EMPORTÉ, ou alors il va falloir trouver des exemples historiques ! La grève des mineurs d’Angleterre a duré un an en 1983/84, elle aussi avait comme perspective de « paralyser l’économie de la Grande-Bretagne » en la privant de charbon, et elle a échoué, complètement, totalement !

Tant qu’on ne sort pas des pattes des syndicats, tant que ces saboteurs étatiques sont aux commandes de la grève, elle n’aboutira qu’à une défaite ! Et ça, c’est une leçon de l’histoire !

> Ne pas faire grève c'est avoir perdu

Super le commentaire sur les syndicats.
Tant que tu y es, tape aussi sur les zadistes, les antifas, les street-médics, les lycéens, les étudiants, les autonomes, les nuit debout, les...
Comme ça à la fin tu seras tout seul dans la rue, et tu te feras plein d'émotions en pensant bien que tu es le seul à avoir vraiment compris la vie et que les autres sont des cons ou des pourris.

Quant à la grève, c'est peut-être inutile mais figure-toi que les gens qui bossent, ils doivent bien se mettre en grève pour pouvoir agir... Tu vis d'amour et d'eau fraîche ?

> Un argument, éventuellement ?

Je tape effectivement sur tout ce qui est manœuvré par les syndicats et les partis de Gauche : Nuit Debout notamment. Mais là n’est pas la question.

La vraie question, c’est comment on fait pour gagner ; et là, on voit que le « vilain syndicaliste » n’a pas grand-chose à raconter. Aucune lutte syndicale ne l’a emporté depuis… ma mémoire flanche ! Et pour cause : les syndicats sont des parties de l’État, financés par lui, crédibilisés, mis en avant, médiatisés par lui, ils sont les cogestionnaires du système social à travers le paritarisme. Les méthodes de lutte des syndicats ont depuis longtemps montré leur inefficacité, voire leur nocivité, et ça fait longtemps que je subis les manœuvres syndicales à mon boulot et ailleurs !

Alors la grève pour la grève, c’est débile ; dans un rapport de force, quand on perd, on est démoralisé, et là c’est ce qu’il va se passer de façon inéluctable. Ça fait cent fois que les syndicats nous font le coup de la « lutte longue qui va paralyser le pays », alors personnellement j’en ai un peu marre de tous ceux qui ne tirent pas de leçons de ce qui s’est passé avant eux.

Quand on a perdu, le mieux à faire est de s’en sortir avec le minimum de casse. C’est ce à quoi il serait bon de réfléchir maintenant, sinon il y a des secteurs qui vont mettre quinze ans à repartir en grève. Si c'est ça que le « vilain syndicaliste » veut, qu'il le dise clairement !

> Réponse au commentaire précédent

En réponse au commentaire précédent « Alors la grève pour la grève, c’est débile ». Le texte parle justement de "Ce temps et ces espaces arrachés à l’économie sont des points depuis lesquels lancer [...]" La grêve comme point de départ donc, comme rupture permettant rencontre et organisation hors des corpos et syndicats

« Ça fait cent fois que les syndicats nous font le coup de la « lutte longue qui va paralyser le pays » Là dessus on est d'accord, les statégies désastreuses de ces dernières années (à commencer par les manif un seule fois par mois..) ont clairement fait perdre toute perspective de victoire par la grêve. C'est à nous de déborder les centrales syndicales, et de s'organiser directement entre nous. Les Assemblées interpro à Rennes sont une de ces tentatives

> L'AG interpro est une vision syndicaliste de la lutte

C’est bien parce que je ne suis pas d’accord sur l’idée des « temps et espaces arrachés à l’économie » - que signifie ce charabia exactement ? On arrache quoi au monde de la marchandise ? - que je parle de « grève pour la grève »; la grève est un moyen, pas un but, et elle n’est un moyen de la lutte que dans certaines conditions ; ici, elle ne sert qu’à enfoncer un peu plus la défaite dans la tête de ceux qui y participent, parce qu’elle n’aboutit strictement à rien qu'à enfermer les grévistes sur leur petit site ! La stratégie du « blocage de l'économie » est une stratégie de blocage de la lutte ! Blum disait déjà que les occupations d'usines occupent aussi les ouvriers…

D’autre part, c’est beau de parler de « déborder les syndicats », mais pas en utilisant les moyens de lutte syndicaux, et l’« AG interpro » en est un, indubitablement ! La dernière à laquelle j’ai participé, en 2003 si je me souviens bien, était menée par les syndicats en sous-main, Solidaires en l’occurrence ! L’idée même d’« AG interpro » veut dire que l’on part des méthodes de lutte syndicales, professionnelles, corporatistes pour être clair, et qu’on va faire « converger les luttes » locales, corporatistes, enfermées sur la boîte, le lieu, etc. Non seulement c'est un non-sens, mais ça n’a jamais marché.

C’est tout le contraire qu’il faut faire : il faut que ceux qui sont en lutte le matérialisent en envoyant des délégations aux autres luttes, en participant à des AG communes, en ouvrant les AG à tous ceux qui sont pour la lutte, y compris ne faisant pas partie du secteur ; c’est en démarrant dans une perspective IMMÉDIATEMENT unitaire que la lutte prend de vitesse les syndicats et leurs conceptions locales, corporatistes, d’entreprise, de branche, de secteur, et les empêchent d’enfermer les grévistes sur leur propre grève et une totale absence de perspective, à part « tenir » le plus longtemps possible.

Les syndicats ne mènent pas une « stratégie désastreuse », ils n’existent que pour saboter les luttes, les détruire de l’intérieur, les mener dans des impasses et, de concert avec le gouvernement, faire passer les attaques, qu’elles soient économiques ou idéologiques. Partout dans le monde les syndicats n’ont plus que ce but, ils ne se trompent pas et ne font pas d’erreur : ils jouent simplement leur rôle. C'est le syndicalisme qui est mort pour la lutte, et depuis longtemps : depuis que la lutte ne peut plus se contenter d'être économique et qu'elle doit être politique pour l'emporter, car elle s'affronte directement à l'État.