Récit du week end de Pont-de-Buis, un an après la mort de Rémi Fraisse

Mis a jour : le mardi 27 octobre 2015 à 10:08

Mot-clefs: Resistances actions directes police arme
Lieux: finistère pont-de-buis

23-24-25 octobre : grande réussite du week end d'actions contre l'armement de la police !

C'est au fin fond du Finistère, dans un vallon verdoyant et humide qu'est implantée l'usine qui fabrique les armes de la police : Nobel Sport, producteur de grenades lacrymogènes, de balles en caoutchouc tirées par la police, et de balles de chasse.

Un an après la mort de Rémi Fraisse à Sivens, au cœur de l'automne, ce ne sont pas moins de 300 à 500 personnes chaque jour, venues de toute la France et de l'étranger, qui se sont retrouvées sur un campement situé à la sortie du bourg de Pont-de-Buis.

- Vendredi, 14H : les premiers manifestants se regroupent sur la place de la gare, déserte et survolée par un hélicoptère de la gendarmerie. La préfecture et les médias ont annoncé un déploiement policier massif : toute une partie du village est bouclée. Malgré les barrages, près de 500 personnes se retrouvent et démarrent en cortège en direction d'une des entrées de la poudrerie classée « SEVESO haut ». Une radio pirate, « radio poudrière », émet sur la zone pour diffuser des informations le déroulé du week end en temps réel.

Quelques taggs sont tracés en chemin : « Nobel Sport, marchand de mort », « De Paris à Tunis, désarmons la police ! », « SEVESOcialisme mortifère » alors que des slogans, des chants, et de la musique résonnent. Tous les ponts du bourg sont bloqués par des barricades policières et des canons à eau : le premier barrage croisé par la manifestation est repeint, peu après une prise de parole et une conférence de presse de l'Assemblée des blessés par la police. La manifestation repart, et s'oriente vers une petite passerelle vulnérable, indiquée par un habitant de Pont-de-Buis solidaire. Sur le ponton, un cordon de gendarmes doit reculer sur plus de 20 mètres après avoir été repeint en bleu, sous la pression de la tête de cortège et de quelques feux d'artifices, avant de faire pleuvoir des grenades lacrymogènes. La manifestation repart vers un champ qui servira de campement tout le week end. Le site est beau et le climat plutôt clément. Là bas, cantines autogérées, débats, fest-noz et buvette permettent à chacun-e de se réchauffer. Et toujours le bruit de l'hélicoptère, jusqu'à la nuit.

- Samedi, la journée est consacrée à des échanges. Le premier débat se concentre sur les armes de la police. Ce sont des blessés et des habitants de Pont-de-Buis qui introduisent les discussions. Parmi la grosse centaine de personnes qui débattent, on se traduit à voix basse les interventions dans plusieurs langues : espagnol, allemand, anglais. Une série de questions sont abordées. Comment, depuis 20 ans, le maintien de l'ordre se militarise ? En quoi l'industrie des armes policières et militaires est un marché florissant dont la France est l'une des championnes ? On y apprendra que l'usine Nobel Sport a déjà semé la mort dans le village de Pont-de-Buis, lors d'une explosion en 1975 ou à l'occasion d'accident réguliers qui touchent les gens qui y travaillent. On y entendra que 90% de la production est destinée à l'exportation, pour réprimer celles et ceux qui se révoltent partout autour du globe. On découvre la notion « d’armement rhéostatique » : pour chaque arme, les institutions peuvent décider du degré de létalité. Allant de la blessure à la mort.

Plus tard, des habitant-e-s du Finistère viennent raconter les luttes de territoire qui se multiplient : contre une centrale à gaz, contre des projets de mines, contre l'extension d'une base militaire, contre l'extraction de sable … La Bretagne est une terre de lutte, et à Pont-de-Buis même, nombreux seront les habitants qui, malgré la situation angoissante crée par la gendarmerie, témoigneront de leur sympathie pour les actions menées. Il y aura aussi, plus tard, des échanges sur la COP 21, et l'industrie de la violence en Israël.

En soirée, une marche aux flambeaux s'élance à nouveau dans le village, après une veillée aux lampions et des chants de lutte. Devant l'un des barrages, les policiers voient, médusés, une foule de plus de 300 manifestants s'asseoir pour écouter des lectures sur les luttes de Notre-Dame-des-Landes et du Val de Susa. Puis, quand le cortège repart, subitement, le dispositif reçoit une grêle de projectiles puis prend feu après avoir reçu feux d'artifices et coktails molotovs, et répond par une généreuse salve de gaz. Plus haut, de larges portions du grillage de l'usine tombent alors qu'un portail est en partie démonté. Les policiers présents dans l'enceinte de l'usine ripostent à l'aveugle par des grenades assourdissantes et lacrymogènes. Le cortège rentre au camp, sans qu'il n'y ait de blessés ni d'interpellés, après avoir démontré la vulnérabilité du site. Contrairement à ce qu'écrivent la presse et la préfecture, la poudrière n'est pas « inatteignable ».

- Dimanche 25 octobre, cela fait un an précisément que Rémi Fraisse a été tué. Une longue marche à travers champs, forêts et ruisseaux permet à plusieurs centaines de personnes de déjouer tous les dispositifs policiers pour atteindre l'entrée principale de l'usine d'armement. Devant le grand portail, une importante rangée d'armures, de canons à eaux, de véhicules tactiques. Les forces de l'ordre s'attendent à l'affrontement final en pleine prairie. Après un quart d'heure d'hésitations, une fausse charge est lancée par les manifestants hilares, sur une dizaine de mètres. Les gendarmes, visiblement impressionnés, bombardent le champ de gaz au bout de quelques secondes. A l'évidence, la peur a changé de camp. Le cortège décide de repartir sans chercher une confrontation perdue d'avance devant les grilles, et repart vers le camp non sans taquiner les différents dispositifs rencontrés en route, qui répondent par des jets massifs de gaz lacrymogène.

- Dimanche soir, dernière victoire du week end. Alors que la préfecture avait annoncé sa ferme intention de fouiller et contrôler tous les véhicules, et de procéder à des interpellations, un immense convois de voitures s'élance du camp vers la voie rapide. Les clients d'un kebab et d'un PMU saluent le convoi qui klaxonne en signe d'au revoir dans les rues de Pont-de-Buis. Un check point avec des unités anti-émeutes, survolé par un hélicoptère, est déployé à la sortie du bourg. Face à la détermination du convoi, - une immense colonne de véhicules en rangs serrés, entourée de manifestants prêts à se défendre - le chef des gendarmes est obligé de rappeler ses hommes, solidement armés et hors d'eux, pour éviter l'embrasement. Il n'y aura aucun contrôle ce soir.

Tout au long du week end d'action, les plans de la police ont été déjoués, sa violence évitée, son contrôle esquivé. C'est le plus bel hommage qui pouvait être rendu à toutes celles et ceux qui ont subi la violence d'État.

- Une vidéo de Taranis News sur la journée du vendredi : https://www.youtube.com/watch?v=5zESODqqb2s

- Un bon récit de Reporterre : http://www.reporterre.net/Dans-le-Finistere-une-manifestation-calme-pour-denoncer-l-usine-a-grenades

- Article dans CQFD à propos de l'usine d'armement de Pont-de-Buis :
http://cqfd-journal.org/Pont-de-Buis%E2%80%89-la-poudriere

Commentaire(s)

> récit du week end

Ce week-end à eu lieu le camp contre NobelSport, l’usine d’armement de la police situé à Pont-de-Buis (Finistère).

Voici le récit de l’intérieur raconté par un des participants à qui l’on a demandé de résumer ce qu’il s’est passé :

" Alors, ces trois jours d’actions et de discussions sont pour moi une grande réussite. Ce qui a été particulièrement notable c’est une bonne cohésion et une capacité d’action commune à tous les moments.

Par trois fois nous avons tenté d’atteindre l’usine et par trois fois les flics nous attendaient avec grilles anti-émeutes, camion à eau, lacrymos et tout le folkore. Mais à chaque fois nous avons réagi de façon différente.

Le vendredi lors de la grosse manif, une conférence de presse de l’Assemblée de Bléssés a eu lieu devant leurs grilles qui bloquaient le pont d’entrée de l’usine, puis nous avons fait demi-tour et guidé par un môme de 12 ans nous avons essayé de passer par une petite passerelle où moins gendarmes étaient présents. Ils ont bien reculé mais nous n’avons pas réussi à passer. Les flics se sont quand même faits repeindre à coup d’extincteur et ont pris quelques pierres quand ils nous ont envoyé les gaz.

Toute la journée du samedi a été animée par des discussions sur les armes de la police, sur Nobelsport etc. Elles étaient retransmises sur une radio pirate. C’était Radio Poudrière 98.6 FM qui émettait jusqu’à 20 Km à la ronde.

Puis le soir, après un hommage à Rémi Fraisse, nous sommes repartis devant les grilles. Les flics nous bloquaient à nouveau et là l’action s’est passée en trois temps : d’abord nous nous sommes posés et nous avons lu des récits du Val de Suse et de la ZAD, c’était du jamais vu ! 300 personnes, certains en famille et d’autres masquées avec des boucliers pour se défendre, qui décident de prendre un temps pour...lire devant eux. Bon j’avoue si ça n’avait été que ça, ça aurait été ridicule. Mais une fois la lecture finie les plus fringants sont allés leur signifier ce qu’on mérite quand on fait un travail de chien de garde : des salves de pierres et des feux d’artifice en tir tendu ! Cela n’a duré que 5 minutes car ça n’avait pas vraiment de sens de s’acharner. Au contraire nous avons préféré remonter pour atteindre les grilles de l’enceinte del’usine, sortir magiquement tenailles, pinces et même meuleuse sur batterie pour les découper, faire tomber les poteaux etc. Tout le monde pouvait s’en donner à coeur joie. Il y avait bien d’autres condés derrière ces grilles là, mais tellement en contre-bas qu’ils se noyaient dans le nuage de lacrymos qu’ils n’arrivaient pas à nous envoyer. "Nobelsport sera inateignable et les manifestants ne pourront pas atteindre les grilles" à dit le préfet : looser !

Pour finir le dernier jour on a voulu prendre des chemins de traverses et arriver à une autre entrée. Malheureusement on s’est retrouvé dans un champ à découvert avec beacoup trops de gendarmes en face de nous. On a donc décidé ensemble de faire demi-tour.

Ça c’est pour les faits.

Je dis que c’est une réussite parce que je crois qu’on a pas mal appris lors de ces trois jours. Il y avait là tout un tas de gens disparates, des personnes du coin comme des gens venus de loin et habitués aux situations chaudes avec les flics. Pourtant on n’a pas vu les stéréotypes qu’il peut y avoir parfois entre "pacifistes" et "radicaux". Au contraire, il y avait une grande attention et les différents modes d’actions s’articulaient plutôt bien. Au final, c’est vraiment important d’avoir pu être là, montrer que l’industrie de l’armement français n’est pas quelque chose d’abstrait mais à des points de productions bien réels qu’il est possible de bloquer. Ça pourra être utile lors des expulsions à la ZAD ou dans de prochains mouvements sociaux."

https://maisondelagreve.boum.org/Lettre-d-info-du-lundi-26

> On y va ensemble, on rentre ensemble

Voilà deux semaines que nous annoncions la tenue d’un festival contre les armes de la police à Pont-de-Buis, petite bourgade du Finistère. Voilà plusieurs années que la police blesse ou mutile régulièrement des manifestants ou de simples badauds lors d’opérations de sécurisation de l’espace public. Qui ne connait pas un cousin éborgné par un tir de flashball « maladroit » ? En France, c’est (entre autres) l’entreprise Nobelsport qui élabore et vend ces armes. « Bon vivant rimant avec prévoyant », ce week-end d’octobre, des manifestant ont pris les devants. Des lecteurs de lundimatin nous racontent.

Les douze voitures bardées de caravanes, barnums et cantines s’enfoncent dans la nuit. Il s’agit d’atteindre un champ qui surplombe le Colisée de la Douffine, sur les hauteurs de Pont-de-Buis. 15 km et 3 pannes plus loin le cortège s’arrête, la nuit est calme, il faut maintenant monter le camp.

Nous sommes le 22 au soir, au fond du Finistère, aux abords de NobelSport, principale usine d’armement de la région. Demain on marche sur l’usine pour bloquer sa production. Le défi est posé et la préfecture le relève, elle décide de nous empêcher d’approcher du site. Au même moment à 800 km de là, la famille de Rémi Fraisse, tué par les gendarmes un an plus tôt sur la zad du Testet, essuie une série d’offenses publiques et d’interdictions préfectorales. Impossible pour elle de rendre hommage à Rémi sans être accompagnée par ceux-là même qui lui ont pris la vie. Le cadre est posé, cette date anniversaire doit passer inaperçue : la police tue, le calme règne.

Vendredi 23 octobre 2015

À Pont-de-Buis, le vendredi matin, l’infoline circule. Objectif : atteindre le point de rassemblement au milieu du village. La gendarmerie a barré tous les accès à l’exception de l’entrée sud. Pendant deux heures, les manifestants contournent le dispositif pour arriver sur la place. Il est 16h, nous sommes près de 500 et, en contrebas, les canons à eau précédés par des grilles bloquent les deux ponts d’accès à l’usine.

Le piège est tendu comme un an avant dans les rues de Nantes, une grille antiémeute comme seul réceptacle à la détermination des manifestants, un écran blanc pour réduire la colère en spectacle. Dès cet instant la foule masquée et partiellement équipée pour le combat est mise face à ses propres contradictions. Subir ou choisir le lieu et le moment de l’affrontement. Tenir un point de cristallisation ou foncer la tête baissée dans un mur. Autant de questions irrésolues dans nos stratégies de lutte. Il existe des surgissements assez conséquents pour percer des dispositifs de la sorte, rien ne justifie pourtant de s’y acharner lorsqu’on est sûrs de perdre.

Une prise de parole publique de l’assemblée des blessés par la police permettra d’éviter le flottement indésiré et de charger de sens notre présence. La manif repart pour tenter sa chance ailleurs, après que le camion des bleus a été maculé d’un orange éclatant. Quelques conseils bien placés d’habitants du village nous conduisent ensuite devant une passerelle gardée par un dispositif beaucoup moins lourd. Une charge plus loin, les manifestants prennent possession de la passerelle avant de faire demi-tour. Un extincteur rempli de peinture pour inonder les visières des gendarmes, quelques pierres pour accompagner leur retraite et nous étions presque de l’autre coté de la rivière. Mais l’enjeu au fond n’était pas là. Notre but n’était pas de nous introduire dans l’usine, il nous reste à découvrir les gestes qui permettraient d’y faire autre chose que précipiter la catastrophe. Notre objectif était de la rendre visible et de bloquer sa production, ce qui était le cas ce vendredi.

A la veille de deux jours de discussions et d’action il fallait éprouver une certaine intelligence collective. Le slogan no tav « si parte, si torna, insieme » (on y va ensemble, on rentre ensemble) gagne progressivement l’ambiance du week-end. Après cette démonstration, nous remontons vers le camp et le temps d’une nuit de fête nous célébrons cette première journée.

Samedi 24 octobre 2015

Au matin du samedi, l’air est humide, les silhouettes émergent doucement des tentes dressées la veille dans le champ. La colline qui nous fait face abrite le bruit sourd de l’hélicoptère, et les 110 hectares de forêts qui recouvrent les bâtiments de l’usine. Les 4 km de grillage d’enceinte représentent la moitié de la superficie du village. C’est, croirait-on, le bois communal, mais que les habitants n’ont jamais pu visiter, la petite forêt arrachée par l’industrie de l’armement. La rivière, elle-même ravie aux habitants par l’usine, dessine une frontière matérielle entre le village et NobelSport, entre le camp et sa cible.

On se retrouve sous le barnum central, la cantine s’active, la radio pirate du camp (radio poudrière) diffuse les premiers entretiens de la veille. Au programme une présentation des armes de la police, d’une ambulance partisane comme outil pour faire face à d’éventuels blessés et pour poser plus généralement la question du soin dans nos luttes. Quelques habitants du coin nous racontent l’histoire de l’usine, avec ses explosions, ses risques industriels et ses accidents du travail. Ils nous parlent de son emprise dans la vie du village. L’occasion de délivrer quelques informations sur son fonctionnement, ses protocoles de sécurité, ses points de faiblesse. L’occasion de mettre à jour l’opacité de ce type d’industrie, de susciter l’envie d’enquêter sérieusement sur ces infrastructures pour pouvoir les atteindre au cœur dans des moments plus déterminants. L’occasion enfin de remplir les carnets de contacts, de faire grandir la confiance gagnée la veille, et d’imaginer dès à présent des nouveaux moments de blocage.

Plus tard, des discussions sur les dynamiques de lutte en Bretagne et la manifestation de Landivisiau le 14 novembre prochain, sur les convois pour la COP 21, nous amèneront jusqu’au soir, où une marche aux flambeaux doit rendre hommage aux tués et blessés par la police. Nous savons que nous allons trouver face à nous le même dispositif que la veille. Cette marche devient alors l’occasion de conjurer pour de bon son attraction.

Une fresque en hommage à Rémi, des chants et des lectures introduisent le départ. Lentement, 300 personnes descendent vers les grilles. Arrivée à l’entrée du pont la foule s’arrête, certains s’assoient sur la chaussée, d’autres pointent les visières des flics avec des lasers. Les lectures commencent et l’épais grillage de police se dissipe peu à peu. On entend les récits du harcèlement quotidien exercé contre les gendarmes sur la zad de Notre-Dame-des-Landes après l’opération césar, les histoires de résistance dans les montagnes italiennes contre le TGV Lyon-Turin, on insulte ensemble la ligne de gendarmes au rythme du récit. Puis le temps d’organiser le départ, on se déleste des fusées d’artifice, des boulons et des pierres comme pour crever l’écran. On finit même par mettre le feu à la toile.

Sur le retour, tenailles et grappins s’échangent dans le cortège. Nous longeons les grilles de l’enceinte. Certaines sont arrachées pendant que d’autres sont soigneusement découpées dans la hauteur. Une disqueuse à batterie entame une entrée secondaire de l’usine et les lacrymos pleuvent mais heurtent les grilles avant de retomber doucement en contrebas sur les flics désorientés. Les manifestants s’agrègent au croisement de la rue qui remonte au camp et d’un commun élan :
On y va ensemble, on rentre ensemble.

Dimanche 25 octobre 2015

C’est le dernier jour du week-end et la préfecture annonce la couleur. Un arrêté stipule qu’à partir de midi et jusqu’à minuit la gendarmerie procédera au contrôle et à la fouille de tous les véhicules qui sortiront de Pont-de-Buis.

Sur le camp tout est paisible, nous commençons à démonter les barnums et à discuter des suites à donner à cette histoire. Localement une perspective se dessine, celle d’approfondir le travail d’enquête sur NobelSport avec tous les habitants rencontrés pendant le week-end, et celle d’entrevoir le blocage de l’usine en cas d’intervention sur la ZAD. Cette dernière idée résonne avec la proposition de coordonner les actions de blocage prévues dans la région pour disperser les forces de l’ordre. On dit souvent qu’une expulsion de la ZAD mobiliserait assez de flics pour qu’ils n’aient pas les moyens de protéger d’autres sites ailleurs dans la région. NobelSport devient dans cette perspective une cible privilégiée comme le sont, à une autre échelle, les principaux axes routiers de l’ouest.

Une équipe reste sur le camp pour finir de ranger les structures tandis que le gros des campeurs s’emploie à retourner vers l’usine. Cette fois nous laisserons les grilles antiémeute derrière nous.

Le temps de s’engouffrer dans un bois, de longer les rails de la voie de chemin de fer sur un viaduc surplombant la Douffine et nous voilà de l’autre coté de la rivière derrière le dispositif que nous narguions la veille. Une vraie ballade de repérage qui a permis à 300 personnes de découvrir une partie des chemins d’accès au grillage de l’usine. Une fois encore nous rencontrons sur un carrefour et devant l’entrée de l’usine un lourd contingent de gendarmes prêt à en découdre. La longue file indienne de marcheurs forme un cercle pour une assemblée improvisée. Une retraite stratégique s’impose à tous avec l’intime sentiment que nous allons nous retrouver là à nouveau en d’autres circonstances. Le cercle de l’assemblée se disloque alors pour former une ligne qui fond sur la police dans une charge hurlante. Les flics hébétés tirent quelques lacrymos, le cortège s’ébranle de nouveau, hilare, après cette scène. Après un bref affrontement sur le chemin du retour sur un terrain plus propice, la longue marche retourne vers le camp démonté.

La journée aurait pu s’arrêter là, mais les déclarations préfectorales du matin nous encouragent à une retraite plus flamboyante encore. On y va ensemble, on rentre ensemble.

La centaine de véhicules tournée vers l’entrée du camp fait gronder les moteurs, et traverse le village sous les nombreux saluts de habitants : ils ont compris que nous reviendrons, et ils semblent s’en amuser. Plus loin, les gendarmes nous bloquent, les passagers sortent des voitures, enfilent leurs capuches et presque aussitôt les portes s’ouvrent. La 4 voies est à 1km de là et le bruit court déjà que s’il nous bloquent on va la bloquer à notre tour.

Le long serpent de lumière s’arrête une dernière fois à la sortie du village, le temps de s’assurer que tout le monde est bien là, et le camp se dissipe au loin. On y va ensemble, on rentre ensemble.

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