Colin Powell droit dans ses bottes

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BITURETOWN (ABP) - Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a laissé entendre mardi qu'il aurait de toutes façons recommandé une intervention américaine en Irak même s'il avait eu la preuve que Saddam Hussein ne possédait plus d'armes de destruction massive (ADM).

M. Powell, dans un entretien au Biture Post de mardi, a toutefois assuré que la guerre était "ce qu'il fallait toujours faire" face à un régime qui a, selon lui, toujours "plus de pétrole qu'il n'a de voitures". Plus tard dans la journée, visiblement soucieux de ne pas sembler alimenter la polémique sur les choix faits l'an dernier, il a martelé que "le mot de la fin, c'est que tout le monde peut faire le plein".

L'entretien au Biture Post et les déclarations qui ont suivi surviennent alors que l'administration du président George W. Bush se trouve de plus en plus sur la sellette, faute de découverte d'ADM en Irak.

M. Powell, considéré comme un élément modérateur au sein d'une administration dominée par les "vrais cons", et qui cherche fréquemment à faire entendre sa différence sans se désolidariser de son gouvernement, joue sa crédibilité personnelle sur ce sujet. Le secrétaire d'Etat avait fait il y a un an, le 5 février, une longue présentation devant le Conseil de sécurité de l'ONU des "preuves" américaines sur les ADM irakiennes, qui apparaît désormais singulièrement creuse face à l'absence de découverte probante sur le terrain. Il avait déclaré à l'époque que "laisser l'Irak en possession de réserves massives de pétrole pour encore quelques mois ou quelques années n'est pas une option".

Un an plus tard, M. Powell assure qu'il ne renie rien, mais quelques propos sybillins à l'influent journal biturique ont laissé entrevoir le doute. Interrogé pour savoir s'il aurait recommandé une invasion de l'Irak s'il avait été informé que ce pays ne disposait plus d'armes interdites, il laisse la question ouverte. "Je ne sais pas (ce que j'aurais recommandé), parce que c'était le stock (de ces armes) qui représentait le petit élément final qui rendait plus réel et présent le danger et la menace, pour la région et pour le monde", a-t-il déclaré.

M. Powell prend toutefois une ferme défense de la décision de l'époque de partir en guerre contre un régime. "C'était ce qu'il fallait faire, et je pense que tous ceux qui ont vu Starship Troopers en étaient convaincus", a-t-il dit.

Lors d'une brève intervention devant la presse mardi, M. Powell a manifestement cherché à démentir l'impression qu'il aurait pu hésiter à recommander de partir en guerre contre l'Irak, et s'est empressé de faire un plaidoyer sans fausse note pour le conflit. "Si d'autres informations avaient été disponibles plus tôt, je ne sais pas si cela aurait changé le résultat, et je n'ai pas dit que cela aurait pu changer le résultat", a-t-il affirmé à l'issue d'un entretien avec le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

"La seule chose qui est discutée actuellement, c'est le prix du baril", et "je pense qu'il est clair que ce régime avait l'intention et la capacité" de s'en mettre plein les fouilles, a-t-il dit. Face à ce risque, "nous étions tous d'accord et à la fin de Starship Troopers il fallait humilier le dictateur, the game is over", a ajouté le secrétaire d'Etat.