[Rennes] Retours sur les actions de soutien au 9 de Tarnac

Mot-clefs: Répression
Lieux: Rennes

Compte-rendu (forcément incomplet et subjectif), notes et propositions à propos de la réunion publique du lundi 24 nov. et du rassemblement/manif du samedi 29 nov. à RENNES.
REUNION PUBLIQUE - 24 novembre
(Voir texte et affiche ici : http://nantes.indymedia.org/article/15323)

«Rien de tel qu'un terroriste pour combattre la crise? Discussion ouverte sur la crise, les stratégies et opérations médiatico-policières de l'Etat pour la gérer et les possibilités de lutte"

La discussion qui se déroulait dans un bar, annoncée par des affiches et un texte d'invitation, a rassemblé une centaine de personne, ce qui est déjà en soi très positif. Il y avait au rendez-vous les habitués mais surtout toute sorte de gens (profs, militants, même des cheminots). La stratégie du pouvoir cherchant à créer la figure du terroriste, ici Tarnaco-autonome, forcément isolé, a été rendu inopérante par cette hétérogénéité. D’un côté il est clair qu'il n'y a pas à se réapproprier ces identités purement policières, et de l’autre que l'ennemi intérieur pourrait désormais être tous ceux qui luttent. C'est cette transversalité qu'il faut chercher, afin de briser l'isolement et de faire se rejoindre les gestes de luttes, condition nécessaire pour qu'une position politique s'intensifie.

La distinction illégale/légale n'est même plus ce qui détermine la criminalisation d'un acte : il y a bien dans tout geste de lutte réel une part d'illégalité. C'est le résultat direct des opérations du pouvoir visant à réduire toujours plus le champ de l'action politique tolérée. Restreindre les luttes à l'unique plan du légal, c'est accepter l'impuissance à laquelle on voudrait nous contraindre. Et celui-là même qui voudrait se limiter à la pure légalité pourrait tout autant se voir ficher (fichier Edvige, Baseleve, profs...).

Cette question de l'inefficacité des formes de luttes intégrées au jeu de la contestation démocratique a vite débouché sur celle du sabotage. A aucun moment il n'y a eu de dénonciation des ces actes, plutôt une sympathie pour des gestes qui ont fait l'histoire du mouvement ouvrier. Un cheminot nous disait que ces pratiques allaient se répandre à nouveau face au constat de l'inefficacité des luttes conventionnelles.

Une question importante est celle de la liberté politique. Comme disait l'autre, la situation actuelle est caractérisée par l'inflation de tout types de libertés intégrées (médiatique, économique, personnelle, religieuse...) au prix du renoncement à la liberté politique. Cette dernière veut dire : tenir ensemble des actes et l'énonciation de la pensée de ces actes. Cela veut aussi dire remettre en cause le fait que le capitalisme constitue l'horizon indépassable de toute vie. Cet endroit est celui d'une bataille : c'est ce lien que nous avons à tenir coûte que coûte, et c'est aussi ce lien que l'État tente de détruire sans cesse.
Ce qui se joue dans l’affaire des sabotages de la SNCF repose sur ce schéma : on accuse des personnes de terrorisme en leur faisant porter un montage policier qui lie d’un côté un livre portant des énonciations politiques, traduite en ‘intentions terroristes’, et de l’autre côté des actes de malveillance comme il en existe des milliers chaque année.
L'anti-terrorisme n'est donc pas que le nom d'une brigade spécialisée de la police, mais plutôt un mode de gouvernance des populations, qui se joue désormais à une échelle mondialisée.

Il fonctionne sur la peur, comme un paralysant politique. Mais gouverner par la peur est dangereux. Comme le disait une prof : la peur est un premier réflexe, dont on doit savoir faire quelque chose d'offensif. Ne pas se laisser terroriser, c'est transformer les peurs individuelles en courage commun.

Le contexte de crise implique la mobilisation des citoyens comme acteurs économiques. Certes le capitalisme est en recomposition permanente, mails il vit actuellement un moment de fragilité. Il est clair cependant qu'il ne s'effondrera pas tout seul, et la situation exige d'être à la hauteur quant à l'offensive politique à mener. Pour contrecarrer cela, vieux réflexe du pouvoir : afin de cimenter le consensus nécessaire à cette mobilisation, rien de mieux que la construction d'un ennemi intérieur, aux contours suffisamment flous pour pouvoir y intégrer tout ce qui va contre la marche forcée de l'économie.

L'une des forces de cette discussion était de justement de vouloir ne pas s'en tenir qu'à la parole. Cela a aboutit au rassemblement, suivi d'une manifestation sauvage, du samedi 29 nov.

RASSEMBLEMENT / MANIF en soutien aux 9 de Tarnac. 29 novembre
(Voir affiche et texte ici: http://nantes.indymedia.org/article/15411)

Appelé par un affichage conséquent.
"Libération des 5 incarcérés et arrêt des poursuites. A l'heure où tout geste de révolte peut être désigné comme terroriste, il s'agit de ne pas se laisser gérer par la peur, mais d'organiser la solidarité et la résistance."

15h, place Hoche, 200 personnes environ (250 au max, 3000 avec les passants) se retrouvent alors que la populace de rennes se presse pour célébrer son pouvoir d'achat au marché de noël. Lecture de la lettre des parents des inculpés, de textes sur l'anti-terrorisme.

Puis on part en déambulation animée avec fumigènes (du plus bel effet dans les rues commerçantes bondées), flambeaux, pétards, banderoles ("Ne nous laissons pas terroriser - Organisons la riposte"). L'espace était laissé aux prises d'initiatives. Malgré le fait que beaucoup de manifestants ne se connaissaient pas ou peu, un climat de confiance diffus était présent.

Pas mal de slogans gueulés au mégaphone («Bloquons tout – Tout ce qui bouge ! », « Sarkozy nique ta mère – MAM nique ton père », « La France tu l’aimes ou tu la baise », « C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge »), des chansons, des blocages de carrefours, et surtout une traversée excitée de la gare au cri de "Libérer nos camarades" (on décide de ne pas bloquer, opération trop facile pour nous, les flics s'en chargent en dressant un cordon aux entrées pendant une vingtaine de minutes après notre sortie). Pour finir, parloir sauvage et feux d'artifices à la prison des femmes.

Pas d'interpellations, peu de flics, sauf les présences habituelle et à la bourre.

La création d’un collectif de soutien au 9 de Tarnac a été largement évoquée lors de la discussion publique et du rassemblement. Pendant la manif, la F.A. de Rennes a diffusé un tract appelant à une réunion publique pour la création d’un tel comité, donnant rendez-vous jeudi 4 dec. à 20h30 à leur local, rue de Châteaudun. Cela peut être le bon moment pour toute personne souhaitant organiser cette solidarité et discuter plus largement de la situation.

Vraiment des moments qui nous ont renforcés et donnés la certitude qu’on ne lâchera pas l'affaire!

De vilains chenapans.

Commentaire(s)

> Sans oublier

https://infokiosques.net/mauvaises_intentions

> C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

C’est nous les Khmers Rouges, avec nous au moins ça bouge

> khmers rouges

Les Khmers rouges (en khmer : Khmaey Krahom), dont le nom officiel fut successivement Parti communiste du Cambodge et Parti du Kampuchéa démocratique (autres noms : Parti communiste du Kampuchéa, PCK, Parti communiste khmer, Armée nationale du Kampuchéa démocratique, PDK), étaient les membres d'une organisation communiste qui fut au pouvoir au Cambodge de 1975 à 1979.

Le nom de « Khmers rouges » leur fut attribué par le roi Norodom Sihanouk dans les années 1950 et est utilisé couramment en français à travers le monde. Les révolutionnaires eux-mêmes n'utilisaient pas ce terme et préféraient « kampuchéen » à « khmer », qui rappelait trop l'« ordre ancien ».

L'organisation khmère rouge se caractérisa par des méthodes autoritaires d'une brutalité extrême, – au point qu'on a pu y voir une forme d'« autogénocide ». Les Khmers rouges sont devenus tristement célèbres pour leurs exactions qui sont à l'origine de la mort d'environ 1 700 000 cambodgiens, soit plus de 20% de la population d'avant 1975 (source: Ben Kiernan, p.577, voir bibliographie). Ces personnes sont mortes de faim, d'épuisement ou exécutées. Ce bilan fait du régime de Pol Pot l'un des plus meurtriers du XXe siècle.

Le 19 septembre 2007, Nuon Chea, un des principaux dirigeants du régime de Pol Pot a été arreté. Connu sous le titre de "Frère numéro deux", Nuon Chea (de son vrai nom Long Bunruot) a été le principal lieutenant de Pol Pot, leader du régime des Khmers rouges décédé en 1998. Considéré comme l'idéologue de l'ancien pouvoir, Nuon Chea serait derrière la plupart des purges qui ont ensanglanté le Parti communiste cambodgien.

Vous pouvez lire la suite sur Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Khmers_rouges

> Raccourcis historiques

...Quel enflure ce popol (cf post de néant), et tout le monde le sait bien, à commencer par ceux qui se réclament ironiquement de ce sanglant chéchef: ce slogan ("en avant les khmers rouges...") est une référence à la diffamation dont le présidendent de la fac de rennes 2 a accablé les autonomes et autres actifs dans le mouvement anti-LRU ou loi Pécresse de reformatage des universités. Les accusant à tort d'avoir tenté d'empêcher la tenue de leur élection anti-grève pseudo-démocratique (pas de pro-blocage dans les assesseurs car pas autorisés), il avait employé le terme de khmers rouges pour qualifier ceux qui s'exposaient aux coups de schlass des anti-blocage (fait avéré). Nos activistes qui ne manquent pas d'humour (et d'auto-dérision un peu téméraire !) ont alors repris à leur compte ce qualificatif tout droit sorti de l'esprit manipulateur de l'idiot utile Marc Gontard , en montrant bien tout le ridicule et le pathétique (sans parler de l'indécence) qu'il y a à faire un tel parallèle historique entre des activistes se battant en minorité pour une cause de justice et un chef dictateur détenant le pouvoir oppressant son peuple pour son propre pouvoir. Il est encore plus pathétique de voir qu'on accuse ceux qui rapprochent notre régime actuel de celui de Vichy de faire un raccourci trop facile et en même temps d'entendre des "élites" se permettre de bafouer la mémoire des victimes de génocides, comme cela a été fait en bien d'autres occasions...

> Polpot et les étudiants

Mouais, c'est bien pour ça que c'est confusionniste comme slogan parce que tout le monde n'a pas tes références estudiantines. A moins que tu n'envisages la lutte que comme étant estudianto-étudiante. D'ailleurs rompre avec la fac et l'école de la domination, sortir de cette hiérarchie là, être autodidacte et organiser l'échange de savoir de manière autonome, c'était une radicalité qui ne s'exprime plus guère de nos jours, dommage...

> t'as tout faux

Loupé, j'ai pris part au mouvement alors que j'étais plus étudiant, et de toute façon ce ne sont pas les étudiants qui sont les mieux informés de ce qui se passe dans leur fac chérie quand çà commence à bouger. Il n'est pas interdit de se pointer aux ag si t'es salarié, chômeur, glandeur, tueur en série ignare, si tu t'isoles c'est de ta faute, si t'es pas capable de comprendre le second degré, personne ne peut rien pour toi (ya pas besoin de la référence au mouvement anti-LRU pour comprendre qu'ils déconnent).. Cela dit c'est vrai qu'il y a un côté agaçant à voir un microcosme se former à chaque grève de rennes2, mais le mouvement dit "anti-cpe" avait commencé à dépasser ce clivage entre diants-diants et le reste du monde...Des ponts pas des barrières!!! A bientôt dans la rue

> Histoire de slogan et autres considérations

Tu m'excuseras de ne pas être dans les petits et grands secrets militants des luttes anti-LRU, mais étant en recherche et action sur d'autres manières d'envisager le savoir, de le partager et de le passer (auto-évaluation, anti-agisme...), j'ai du mal à m'identifier à cette lutte contre une réforme.

Ceci dit connaitre désormais l'anecdote de ce slogan, ne me permet pas de ne pas penser qu'il est confusionniste. Je suis bien la preuve qu'il peut être mal interprété, ou qu'en tout cas, le second degré n'est une évidence que pour ceux au courant, comme toi.

Par contre, une évidence pour moi était de ne pas vouloir passer cinq ans et plus de ma vie, à participer et à se soumettre à l'entreprise de contrôle et de spécialisation hiérachisée qu'est l'université de l'Education Nationale. Ne prends pas ça pour une attaque, toi qui semble être sur le qui-vive militant, mais tu comprendras qu'ayant opéré d'autres choix (politiques) que celui de suivre des études, je suis plus distant de ces préoccupations de réformes universitaires.

A ce propos il peut être bon de lire et de relire cette brochure dont la critique est encore très actuelle sur bien des points:

"De la misère en milieu étudiant"

http://infokiosques.net/spip.php?article14

D'ailleurs si tu connais des expériences d'autonomisation et d'autogestion des savoirs menés par des étudiants, profs et autres dans les facs, n'hésite pas à en partager la connaissance !

Sur ce, bon courage !

> Certes

De toutes mes années de fac il ne m'est resté que le mépris de ce "savoir savant" enseigné par une corporation incapable de mettre en pratique ses belles idées de gauche dès qu'il s'agit de défendre des intérêts autres que les siens. D'expérience autonome je n'ai pas eu vent, si ce n'est celle que j'ai moi-même appliquée: lire des bouquins qui m'intéressaient et porter un regard critique sur ce qu'on voulait me faire penser, parce que je n'ai jamais eu besoin de profs pour être curieux, et quand je squattait encore la fac pour les bourses, cela faisait déjà bien longtemps que je ne me sentais plus faire partie de cette troupe de futurs braves citoyens républicains à l'esprit embué d'électoralisme...bref tous les trucs dont parle justement très bien "de la misère en milieu étudiant", texte si lucide qu'il laisse très peu d'espoir d'une révolte de la part de ces petits consommateurs bovins accros à leurs portables (même s'il est écrit pendant la période pré-mai 68, les travers qu'il décrit sont d'actualité), prompts à bêler aux mots d'ordres lancés avec suffisamment de bagout mais reculant dès la première charge de CRS...L'université est à détruire pour en faire autre chose qui n'ait rien à voir, pas besoin de murs austères et pourrissants pour s'instruire du monde, et tant qu'à faire, allez voler les livres de la bu, s'ils vous aident plus à la mise en pratique des idées qu'à cette bande de prolos embourgeoisés.

Bonne idée pour le rappel, Ad vitam Néant, bonne lecture à tous...

http://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=14