Le mouvement révolutionnaire et la condition syndicale...

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"Du point de vue des travailleurs, il n’est absolument pas évident qu’on doive accepter en silence des conditions de travail et de vie plus dures ; les travailleurs veulent se battre. Alors apparaît une contradiction. Les permanents (syndicaux) semblent avoir le bon sens pour eux. Ils savent que les syndicats sont en position de faiblesse et que la lutte se terminera par une défaite. Mais les travailleurs sentent instinctivement que de grandes forces restent cachées dans les masses ; si seulement ils savaient comment les mettre en branle et s’en servir ! Ils comprennent très bien qu’en cédant, encore et toujours, ils verront leur situation empirer et que cette dégradation ne peut être évitée que par la lutte. Des conflits ne peuvent alors qu’apparaître, dans les syndicats, entre permanents et adhérents. Les syndiqués protestent contre les nouveaux taux de salaire toujours favorables aux patrons : les délégués défendent les accords auxquels ils sont parvenus après de longues et difficiles négociations et essayent de les faire ratifier. Aussi doivent-ils souvent agir comme porte-parole des intérêts du Capital contre ceux des ouvriers. Et, parce qu’ils sont les dirigeants influents des syndicats et qu’ils mettent tout le poids de leur puissance et de leur autorité d’un côté bien déterminé de la balance, on peut dire qu’entre leurs mains, les syndicats se transforment en organes du Capital. "

ANTON PANNEKOEK (Les Conseils ouvriers Tome I, Ed. Spartacus)
"Le mouvement révolutionnaire et la question syndicale après la défaite des années 20z"

Les courants prolétariens qui ont échappé à la dégénérescence de l'Internationale Communiste (IC ) se sont retrouvés face à l’énorme tâche de résister à l'offensive contre-révolutionnaire sur tous les plans, politique, théorique et organisationnel. Cette résistance s'est accomplie dans une situation de déboussolement généralisé dont une des raisons majeures tenait dans les erreurs de l'IC elle-même, notamment sur les questions parlementaire et syndicale. Le recul de l'activité révolutionnaire de la classe ouvrière n'avait pas permis que les débats sur ces questions se déroulent de façon positive. Les critiques des gauches communistes (italienne, allemande et hollandaise) à l'égard de la politique de l'IC n'avaient pu être réellement approfondies. A la fin des années 20, au moment du stalinisme triomphant, c'est donc dans des conditions encore plus difficiles et plus complexes que ce débat va se continuer. Ainsi, sur la question syndicale, l'évolution des différentes branches de l'opposition communiste internationaliste (gauche italienne, communistes de conseils, opposition de gauche animée par Trotsky, etc.) va être tâtonnante. En fait, le courant révolutionnaire se trouvait devant une double situation en ce qui concernait l'évolution des syndicats. D'une part, il s'agissait de reposer la question du syndicalisme dans la période de décadence, et d'autre part de comprendre les effets de la contre-révolution sur ce plan. Il s'agissait de saisir toutes les implications politiques du passage des syndicats dans le camp bourgeois et en même temps de passer au crible la tactique de l'IC d'entrisme dans les syndicats "réformistes" afin d'y provoquer des scissions qui devaient permettre l'émergence de syndicats de classe dirigés et contrôlés par les révolutionnaires.

"Les orientations au sein de l’internationale communiste"

Dès la formation de la 3ème Internationale, la question syndicale fut au centre de toute une série de discussions et de polémiques. C'est au sein du mouvement révolutionnaire allemand que ce problème fut posé de la façon la plus cruciale et que se dessina la compréhension la plus nette de la nécessité de la rupture avec les syndicats, mais aussi avec le "syndicalisme".

Au Congrès de constitution du Parti Communiste d'Allemagne (KPD) fin décembre 1918, c'est-à-dire dans une période pré-révolutionnaire, une tendance majoritaire se prononçait pour la sortie des syndicats. Ainsi Paul Frölich disait: "Nous posons en principe que la séparation des ouvriers entre organisations politiques et organisations syndicales, nécessaire jadis doit maintenant prendre fin. Pour nous, il ne peut y avoir qu'un mot d'ordre : 'Hors des syndicats ! "'.
Rosa Luxemburg refusait ce mot d'ordre, mais d'un point de vue tactique :
"(les syndicats) ne sont plus des organisations ouvrières, mais les protecteurs les plus solides de l'Etat et de la société bourgeoise. Par conséquent, il va de soi que la lutte pour la socialisation ne peut pas être menée en avant sans entraîner celle pour la liquidation des syndicats. Nous sommes tous d'accord sur ce point. Mais mes opinions diffèrent en ce qui concerne la voie à suivre. J'estime erronée la proposition des camarades de Hambourg tendant à former des organisations uniques économico-politiques (einheitsorganisation), car à mon avis, les tâches des syndicats doivent être reprises par les Conseils d'ouvriers, de soldats et d'usines." (Congrès de la Ligue Spartacus, Ed.Spartacus n°83B).

Malheureusement, la même clairvoyance n'animait pas la direction de l'IC, bien au contraire. Si l'IC dénonçait les syndicats dominés par la Social-démocratie, elle n'en conservait pas moins l'illusion de pouvoir arracher à celle-ci la direction des syndicats. Malgré les critiques de la gauche, surtout la gauche allemande qui scissionnera du KPD pour former le Parti Communiste Ouvrier d'Allemagne (KAPD), l'IC développait une analyse erronée. En mars 1920, dans une "Adresse aux syndicats de tous les pays", après une analyse sommaire de la dégénérescence des "vieux" syndicats réformistes, l’IC expliquait :
"Les syndicats reprendront-ils à nouveau la vieille voie éculée, réformiste, c'est-à-dire effectivement bourgeoise ? Telle est la question décisive qui se pose à présent précisément au mouvement ouvrier international. Nous sommes fermement convaincus que cela ne se produira pas. Un courant d'air frais a pénétré dans les bâtiments étouffants de vieux syndicats. La décantation a déjà commencé dans les syndicats. Dans un ou deux ans, les vieux syndicats seront méconnaissables. Les vieux bureaucrates du mouvement syndicat deviennent des généraux sans armée. La nouvelle époque produira une nouvelle génération de dirigeants prolétariens dans les syndicats renouvelés". ("Du 1er au 2ème Congrès de l'IC",Ed. EDI).

Dans la même "Adresse" dirigée en fait contre les thèses du KAPD qui prônait la sortie des syndicats et la mise sur pied d'organismes unitaires d'usines, Zinoviev allait même jusqu'à travestir la réalité des syndicats en Europe :
"Dans toute une série de pays s’opère une forte décantation dans les syndicats. Le bon grain se sépare de l'ivraie. En Allemagne, sous la direction de Legien et de Noske, qui fut le soutien principal du mouvement syndical jaune bourgeois, un grand nombre de syndicats tournent le dos aux social-démocrates jaunes et passent au côté de la révolution prolétarienne. Les syndicats d'Italie se tiennent presque sans exception sur le terrain du pouvoir soviétique.

Dans les syndicats de Scandinavie, le courant révolutionnaire prolétarien grandit de jour en jour. En France, en Angleterre, en Amérique, en Hollande et en Espagne, la masse des membres des syndicats se défait de la vieille bourgeoisie et exige de nouvelles méthodes révolutionnaires".

Bien loin d'aider les Partis Communistes à rompre avec la Social-démocratie, cette orientation fondée sur l'illusion d'un véritable syndicalisme de classe prônait au contraire la même pratique -quoique concurrentielle- que la contre-révolution sur le plan du "contrôle des masses".

Cette orientation entrava fortement la possibilité d'un approfondissement de la question syndicale au sein des différentes organisations qui composaient l'IC. Qui plus est, l'analyse de la nature des syndicats et du syndicalisme restait souvent confuse et contradictoire, compte-tenu de l'influence de plusieurs courants qui subissaient la tradition du syndicalisme révolutionnaire, ce qui rendait le problème encore plus complexe.

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Courant Communiste International – www.internationalism.org

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