Le patron de la police quitte Nantes sous la pression d'agents radicalisés

Mis a jour : le vendredi 1 janvier 2021 à 14:21

Mot-clefs: Répression police
Lieux: Nantes

Le premier flic de la ville s'appelle Benoit Desferet. Il est « Directeur Départemental de la Sécurité Publique » en langage officiel, et il quitte Nantes. Ce patron éphémère de la police était arrivé juste après la mort par noyade de Steve, le soir de la fête de la musique, et il repart sous la pression des unités les plus dures des forces de l'ordre de Nantes. Retour sur un an et demi de gestion sécuritaire :

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Viré par sa « base ». Le sort Benoît Desferet était scellé début décembre. Sur fond de contestation de la « loi de sécurité globale », la répression est extrêmement dure : nasses, gaz systématique grenades … Dans ce contexte, trois agents sont blessés, la presse se focalise sur l'évènement. Et des manifestations sauvages de policiers armés, en voitures de fonction, éclatent pendant une semaine dans toute la ville. Le « DDSP » est viré peu après. Les factions les plus radicalisées de la police nantaise, notamment les Brigades Anti Criminalité et les Compagnies Départementales d'Intervention accusent le chef d’appliquer «des doctrines pas adaptées», de retirer « des moyens de riposte » comme « la “grenade à main de désencerclement" remplacée par une grenade réputée moins dangereuse» et même de « retarder de plus en plus l’engagement des moyens de riposte ». « Il ne s’est même pas déplacé au chevet du policier » se lamente un fonctionnaire de police. « On s’est senti lâchés par la hiérarchie. On a demandé des comptes ! ». Benoît Desferet est même convoqué dans la cours de son propre commissariat par les forces de l'ordre ! L'affaire est vite pliée, les policiers obtiennent la tête du chef. C’est bien la seule entreprise dans laquelle il suffit de quelques jours de mobilisation pour virer le patron et obtenir toutes les concessions imaginables. Ailleurs, ce sont les salariés qui sont virés et réprimés lorsqu’ils se rebellent contre leur direction. En tout cas, c'est la démonstration d'une hiérarchie terrorisée par les policiers les plus violents. Ce ne sont même plus les directeurs - pourtant répressifs - nommés par le pouvoir qui font la loi dans les commissariats, mais les unités les plus dures, celles qui font le plus de dégâts dans la population

Affaire parapluies et homard. Septembre 2019, une grande manifestation de Gilets Jaunes est annoncée à Nantes. Des opérations rocambolesque sont alors lancées par la police avant la manifestation. À la mi-journée, la BAC réalise une descente digne d'une intervention anti-terroriste pour arrêter un camion contenant un homard en papier mâché et interpeller 3 personnes à proximité. Trois heures auparavant, à 9h, deux autres personnes sont enlevées près de leur voiture par 4 policiers en civil cagoulés, car elles transportaient des parapluies et de la peinture. L'affaire délirante est en fait une procédure pour « association de malfaiteurs » contre ces 5 personnes. Les personnes arrêtées passent plus de 2 jours en cellule. Une belle opération dirigée par M. Desferet. L'affaire est tellement ridicule que le directeur départemental de sécurité publique bafouille dans la presse que «le homard n’est évidemment pas le problème. […] Une procédure de fond, dans le cadre d’une enquête menée par la Sûreté départementale pour "association de malfaiteurs" est en cours». En attendant, un an et demi après, les deux personnes arrêtées avec des parapluies sont toujours sous contrôle judiciaire !

Accueil de Marine Le Pen. Janvier 2020, la politicienne d'extrême droite Marine Le Pen débarque à Nantes pour un énième laïus sur « l'insécurité » sur fond de campagne municipale. Elle est reçue en grande pompe au commissariat central de Nantes. Elle est accueillie à Waldeck Rousseau pour soutenir la police, guidée par le directeur départemental de la sécurité publique en personne, avec tous les membres de l'état major policier local. Une visite interdite aux journalistes.

Une « cellule ultra-gauche ». C'est l'obsession du pouvoir, créer une « menace d'ultra-gauche » pour criminaliser toute opposition sérieuse, pendant que l'extrême droite s'arme en toute impunité. Et c'est l'une des satisfactions de Benoist desferet dans la presse : « une cellule du traitement de l’ultra-gauche a été mise en place pour répondre à la problématique éclatante à Nantes des exactions et agressions commises lors des manifestations ». Des policiers « chargés d’exploiter les vidéos pour identifier et interpeller les auteurs ». Résultat de cette obsession : des manifs interdites, des dispositifs délirants ... Et une stratégie de la tension qui ne sert qu'à terroriser.

Déni. Lors des « rencontres de la sécurité », une exposition des forces de l'ordre, dans le centre-ville, avec des armes, pour « aller au contact de la population », Desferet se promène avec le préfet. Deux reporters de Nantes Révoltée tentent de lui remettre un tract sur les violences policières. Dédaigneux et hautain, Bensoit Desferet assène comme ses chefs que les « violences policières n'existent pas », et tient une attitude de mâle dominant contre les manifestants et les jeunes de quartiers » et ajoute « il y a besoin de policiers contre les vrais criminels ».

Par qui sera remplacé le fonctionnaire ? Le futur Directeur de la sécurité publique vient du Pas-de-Calais. Nicolas Jolibois prendra ses fonctions à Nantes le 4 janvier prochain. Dans le Nord, il aurait été « remarqué » – selon la presse – pour sa « gestion » des Gilets Jaunes. Dans un département où la chasse aux réfugiés est particulièrement inhumaine, il y a aussi de quoi s'inquiéter pour le droit des étrangers à Nantes. C'est également lui qui a coordonné, en août dernier, un important dispositif de sécurité à Tourcoing pour le mariage de Gérald Darmanin. Bienvenue !

Link_go https://www.nantes-revoltee.com/

Commentaire(s)

> NANTES EST « UN TERRITOIRE PAS COMME LES AUTRES » POUR LE NOUVEAU CHEF DE LA POLICE

Il y a quelques jours, nous vous parlions de la mutation forcée du patron de la police de Loire-Atlantique sous la pression des éléments les plus radicaux des agents de Nantes. En gros, les policiers reprochaient à leur chef de n'être pas assez répressif et de ne pas les soutenir assez inconditionnellement. En 48 heures de manifestations armées et nocturnes, ils obtenaient la tête de leur chef.

Le nouveau boss s'appelle Nicolas Jolibois, et il débarque du Pas-de-Calais, où il a supervisé le harcèlement des réfugiés. Dans une interview, il explique : « Nantes est un territoire pas comme les autres, beaucoup plus agité que celui que j'ai connu précédemment [...] Le commissariat de Nantes a subi beaucoup d'épreuves avec une tradition de manifestations lourdes, un maintien de l'ordre complexe. » Des mots aussi flatteurs qu'inquiétants, car il annonce d'entrée de jeu sa volonté de mater les contestations sociales, et en fait une priorité.

Si notre département « est un territoire pas comme les autres » c'est aussi par ses inégalités grandissantes. Des poches d'extrême richesse sur la côte, à La Baule, par exemple, non loin de zones de grande précarité. Une bourgeoisie séparatiste qui privatise ses espaces à Nantes comme dans la campagne, en particulier le long de l'Erdre.
Des agressions d'extrême droite très violentes et quasiment jamais punies. Tout cela, Nicolas Jolibois n'en parle pas.

Il a aussi déclaré « Il y a de grosses préoccupations d'ordre public puisqu'il y a des manifestations qui se répètent, beaucoup sont violentes, avec des conséquences pour les personnes, les policiers surtout. » On notera la pudeur avec laquelle sont évoquées les « conséquences » du maintien de l'ordre pour la population. C'est à dire un jeune mort noyé, des centaines de blessés, des dizaines de mutilés, des vies détruites. Pour Jolibois, les conséquences concernent « surtout » pour les policiers légèrement blessés. De même, il parle d'un « maintien de l'ordre complexe » pour désigner, en réalité, le déploiement systématique de centaines d'hommes armés dans notre ville pour empêcher les défilés.

Quand s'arrêtera l'escalade ? Quand les gouvernants écouteront-ils les revendications légitimes de la population plutôt que d'y répondre uniquement par la violence ? Pas en 2021 visiblement.
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L'interview du nouveau directeur de la police : https://www.francebleu.fr/infos/societe/nantes-un-territoire-tres-agite-pour-le-nouveau-patron-de-la-police-de-loire-atlantique-1610130259

L'histoire rocambolesque de la mutation de son prédécesseur : https://www.nantes-revoltee.com/le-patron-de-la-police-quitte-nantes-sous-la-pression-dagents-radicalises/