Traverser la place, dégonfler ballon et rentrer à la maison

Mis a jour : le vendredi 4 décembre 2020 à 12:07

Mot-clefs: Répression
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Point de vue sur l'après-midi d'un 28 novembre à Paris.

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Samedi 28 novembre à Paris, on manifestait. Pour un monde sans keufs ? Ou bien : Pour un monde où c’est légal de filmer les keufs ? C’est-à-dire : pour un monde où les mauvais keufs sont désignés comme mauvais — donc pour un monde où en faisant la part du bon et du mauvais, on sauve la survie de ce monde avec une police dedans ? Perso, on était là pour chasser du monde tous les keufs, ce qui est la moindre des choses, la vengeance étant action minimale quand on veut vivre un monde désinfecté de toutes les milices qui prétendent agir pour nous protéger des maux qu’elles ont choisi de définir comme tels, au nom d’un bien qu’elles prétendent garantir. Bref.

On ne manifestait pas tous en vue des mêmes choses et c’était quand même plaisir d’être en nombre, ne serait-ce que pour se détester et n’être pas d’accord. On ne voit pas pourquoi, être dans la rue en grand nombre, ce serait pour y vouloir la même chose. Ce samedi 28 novembre, donc, on a répété de bien vieilles divisions. Par exemple, à la station de métro Chemin Vert, lorsqu’on s’est arrêté pour faire du feu, rue du Pasteur Wagner, un avocat pathétique dans sa veste doublée de mouton croyait pouvoir ordonner au cortège de poursuivre sa route en contournant les flammes et en laissant les supposés scouts égarés y danser, abandonnés à leur sort. Mais non, tu ne passes pas, lui a-t-on gentillement dit, un bras posé bienveillamment sur l’épaule, et on ne l’a plus revu.

Plus tard, c’était encore mieux. Le camion à l’avant-garde de la défense de la liberté d’expression (« si c’est un mauvais flic, j’ai le droit de le filmer et donc, j’ai le droit de montrer qu’il a mal fait, et donc de demander que l’institution juridique dise que oui, c’est vrai, c’est mal ce qu’il a fait ») était conduit, si on bien compris, par des fantassins badgés cgt, portant sangles sur l’épaule pour frayer passage au camion gris, lequel tirait remorque en guise de tribune qui roule, où moult bonnes consciences discouraient, micro hurlant, mais s’adressant à qui ? À elles-mêmes sans aucun doute, mais également aussi, il faut bien le dire, à quelques autres qui, manifestement, disaient que ce qu’elles voulaient, c’était filmer des keufs, ce que, perso, on trouve franchement dégoûtant. Et donc, ce camion gris trainant remorque arrivé à hauteur d’un concessionnaire bmw (des voitures chères, qui surtout ont l’air d’être chères et donc que la bourgeoise éclairée méprise), la vitrine étant méticuleusement cassée par des individus au goût sûr, qu’a-t-on entendu des voix venues dudit camion ? Des réprimandes : « Tennagers ! (En prononçant bien le s final, «  Bouffons ! » Et ce moralisme : « il y a ici des familles de victimes, des réfugiés, vous pourriez au moins respecter ça » ou encore : « vous n’avez pas le droit de décider pour? les autres ! » ( = « vous n’avez pas le droit de prendre une décision différente de la notre ! »). Ce camion filait donc vers la victoire — aller à Bastille — et s’en réjouissait parce que le préfet s’y était d’abord opposé.

Justement, on arrivait à Bastille, et manifestement, personne n’était tellement pressé de quitter la place. C’était plus ou moins 18h. Le camion gris s’était garé où la préfecture avait ménagé une voie à cet effet, et là des voix continuaient de discourir au sujet de la liberté, de l’autre côté de la place où la foule gonflait. Les autres chars du défilé, eux non plus, ne voulaient pas stationner sur la place. Toutes les camionnettes voulaient traverser la place, dégonfler ballon et rentrer à la maison. Le tabassage de M. par les keufs était bien insupportable et c’était quand même l’heure de laisser la rue à ceux à qui elle appartient, donc aux keufs.

On a bien senti, c’est pas tous les jours comme ça, qu’il y avait beaucoup de monde pas si pressé que ça de rentrer à la maison et on a vu, c’est pas tous les jours comme ça non plus, que la place n’était pas cadenassée. Alors on s’est dit que ça pourrait être intéressant, non pas que les camionnettes décident de s’arrêter sur la place pour y rester — on est un peu dégrisés quand même — mais qu’on pourrait essayer de les y bloquer. Alors on a tenté avec une camionnette (« solidaires », — z’ont des accointances avec la radicalité, il paraît — mais ça aurait pu être « sud » ou autres), on s’est mis en travers d’eux et on s’est fait traiter et on a échoué. Et donc, on a vu toute la caravane de camionnettes grises finir de traverser la place pour nous y laisser avec les keufs, qu’elles ne veulent pas chasser de la rue, et à qui nous l’avons rendue.

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Commentaire(s)

> foto

erreur de photo : elle est de 2019

> explique ?

Déso, j'ai pas compris : c'est qui l'avocat en peau de mouton ?...

> .

Arie Alimi

> -

D'abord la revendication de bloquer le cortège pour cramer des trucs sans grande importance, ce qui, en plus de donner du grains à moudre aux journalistes qui sont attirés par les flammes, fait partir une partie des manifestant?es.

Peter des trucs oui, cramer des trucs : faut voir quoi et où.

Ensuite sur la tentative de bloquer une camionnette syndicale (Solidaires en l’occurrence), l'auteur semble bien savoir que c'était impossible qu'elle reste.

Donc c'est cette personne qui est venu essayer de nous bloquer en agressant des militant?es, en se gargarisant d'un "ça fait deux ans qu'on manifeste". Vu les personnes à qui il disait ça c'était cocasse.

Chacun?e manifeste comme il veux, certain?es restent à côté des camionnettes syndicales car c'est rassurant, car c'est encore rare de s'y prendre de la lacrymo.

Je n'arrive pas à voir l’intérêt de bloquer des personnes pas motivées pour rester pour des raisons qui les regardes.

> lateteàtoto

Les keufs vous chassent de la rue comme ils veulent et aprés avoir cramé tris poubelles,une bagnole et pété une vitrine (ça fait des belles tofs pour les journalistes) vous vous changez et partez en baissant la tête genre scred. Les keufs arrivent et chopent quelques imbéciles restés.Pathétique. aprés on écrit des trucs pseudo debordiens poue étudiants neu neu.

> @ -

La prochaine fois, si vous voulez lâcher la rue, laissez-nous au moins les camionettes ! On saura comment s'en servir ! Merci.

p.-s. : Parler d'agression, c'est un peu fort (aucun coup porté de notre part, ni insultes). En revanche, on a quand même du demander à l'une d'entre vous si elle connaissait bien la mère d'un copain à nous pour le traiter de "fils de pute !")

p.-s. 2 : Il y a bien des personnes qui ont commencé à manifester il y a deux ans qui ne sont pas résolues à co-gérer l'ordre, c'est vrai.

> commentaire caché

On a caché un commentaire qui a plus sa place dans ceux du figaro.

> Pas d accord

Je n ai toujours pas compris l intérêt de faire chier d autres manifestantes et manifestants en les empêchant de passer. Beaucoup de commentaires sont censurés et d autres qualifiés de figaro. Donc en gros vous êtes les seuls légitimes et tous les autres vont se faire foutre ? Comme cet avocat, comme ces camionnettes ? Une meuf qui manifeste depuis 33 ans et qui constate qu avec ce genre de propos l unité est loin