Rennes: d’Athènes à la Bretagne, le printemps des expulsions

Mis a jour : le samedi 14 mars 2020 à 02:55

Mot-clefs: squat
Lieux: Rennes

Le retour des beaux jours n’est pas pour demain mais celui des flics sûrement si !
En fait de contrer l’extrême-droite la plupart des gouvernements européens lui ouvrent un boulevard vers le pouvoir. Au plan local, les municipalités et les préfectures appliquent la même logique. Le tribunal pour celleux qui défendent les exilé.e.s et les sans-abris. De belles promesses sans lendemain pour celleux qui braveraient le terrible croconavirus et iraient voter.
Voici quelques lignes pour faire un point sur la situation rennaise :

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Les Veyettes regardent venir le printemps avec les yeux de celleux qui savent que le fascisme se lève à l’Est et prospère à l’Ouest. Les échos de la frontière greco-turque nous confirment, entre autres, que nous ne pouvons compter que sur nos forces contre les milices d’extrême-droite . Ainsi du quartier anarchiste d’Exarcheia à Athènes qui abrite aussi des exilé.e.s, aux Veyettes à Rennes se construit un réseau autonome et offensif, solidaire et antifasciste.

Ce vendredi 13 mars a lieu une nouvelle audience au tribunal, pour des membres du Collectif Action Logement dans le but d’obtenir l’expulsion du squat. Apparemment il importe peu au service juridique de l’aimable propriétaire de respecter les procédures, cela pourrait laisser un peu de temps aux deux cents et quelques résident.e.s du lieu, si le tribunal lui-même entend faire respecter la loi et les procédures. Nous espérons pouvoir ainsi vérifier qu’il existe effectivement une indépendance de la Justice vis-à-vis du pouvoir exécutif. Le délibéré nous donnera une réponse sous une ou deux semaines, quant à l’irrecevabilité de la procédure, ou pour une expulsion soit à 2 jours, soit à deux mois. L’équation est encoure ouverte, mais les délais réduisent.

L’ouverture du squat du Manoir a permis un relatif désengorgement des Veyettes. Cependant, l’absence d’électricité sur place et le flou sur les délais de son éventuelle installation (malgré les promesses municipales) ont mené une partie des exilé.e.s à hésiter entre les deux sites. Entre déménagement, réemménagement et double localisation cela a parfois aussi accru une forme de confusion. La publicité Ouest France a pu laisser croire à une dolce vita au château de la Mairie pour les exilé.e.s. Il semble que malheureusement ce soit encore loin d’être le cas.

Les élections municipales sont à portée de bulletin. Aucune liste n’a pris clairement position au cours de la campagne sur la question des exilé.e.s et des sans-abris à Rennes et en Bretagne ; encore moins proposé de solutions concrètes et chiffrées…En dehors du Rassemblement National. En effet le candidat local, Salmon, a exprimé sa haine et son incompétence dans les médias.

Si la majorité PS de Rennes se vante d’avoir mis à l’abri entre 700 et 1000 exilé.e.s à l’heure actuelle, elle a moins de raisons de se vanter des conditions et du coût. Des millions d’euros pour entasser des familles dans des gymnases et dans des hôtels insalubres. Pour avoir régulièrement discuté avec les ex-futurs-résidents des Veyettes et de l’hébergement municipal, nous savons qu’avec des moyens autrement considérables que les nôtres, la mairie assure des conditions généralement comparables à celles des Veyettes. Dans les gymnases où Appéré entassent les familles, toile de tente contre toile de tente, sanitaires insuffisants, des parents deviennent littéralement fous parmi les cris des enfants, sans intimité, souvent sans perspective.

En l’absence d’une politique courageuse de réquisition et de construction, au plan local, l’indignité de l’accueil, de l’hébergement d’urgence, ne pourra qu’empirer.

Sur ces plans les écologistes sont d’une absence quasi totale. Passage furtif d’une élue à l’ouverture « à titre personnel » don de 150 euros d’un autre élu « à titre personnel » en octobre… Depuis silence radio. Les étranger.e.s d’accord, mais de loin. Question d’empreinte carbone des migrations ?… Mieux vaut ricaner.

Pour les Insoumis s’il faut reconnaitre un engagement constant de leurs élu.e.s locaux pour les luttes des exilé.e.s, tant dans l’action municipale que sur le plan personnel, les propos de campagne semblent pourtant déléguer d’office la question des exilé.e.s et de l’accueil aux associations. Cela nous est apparu comme un désengagement. En tout cas bien en deçà de leurs prises de positions habituelles.

La campagne municipale a d’ailleurs coïncidé avec la disparition d’un certain nombre de militant.e.s et de responsables politiques des Veyettes. Peu de votes à gratter entre des étranger.e.s, des punks, des SDF, etc…

Ce printemps a aussi coïncidé avec l’apparition d’une procédure judiciaire et des services de l’État. Notre république est bien saisonnière…

En ce qui concerne les services sociaux de l’État, le Service d’ Information d’Accueil et d’Orientation (SIAO) qui supervisent le 115, nous sommes en train de tirer le bilan de leur action . La mission d’évaluation sociale en vue d’expertiser les besoins des résident.e.s et de proposer des solutions d’hébergement ou de logement s’est déroulée sur deux semaines en mars. Un van transformé en bureau mobile a été stationné 5 jours par semaine avec deux travailleuses sociales et des interprètes sur un parking de la Croix Rouge au 8 rue des Veyettes, soit à quelques centaines de mètres du squat. Assez pour assurer la discrétion pour les requérant.e.s et pas trop pour permettre l’accès facile à tous et toutes.

Nous avons mené une double mission d’information auprès des habitant.e.s, à la fois sur les possibilité offertes, et sur les risques encourus à trop faire confiance à l’État Français.

Si nous étions méchant.e.s, mais ce n’est pas le cas, nous dirions que la montagne a accouché d’une souris. Comme nous sommes anarchoptimistes, les quelques nuitées d’hôtel, de une à six semaines, les quelques places en foyer, les rares perspectives pour quelques personnes très malades, en tout une douzaine de « solutions » pour 60 cas évalués sur 240 résident.e.s, valaient tout de même nos efforts. Si l’on considère le budget investit par l’État pour cette opération d’évaluation, c’est peut-être discutable. D’ailleurs, le comité de suivi sur six mois, qui faisait partie de nos conditions préalables à cette évaluation, peine a être concrétisé. L’engagement oral de la secrétaire générale adjointe de la Préfecture, à nous transmis par la directrice du SIAO est, jusqu’ à présent, resté lettre morte. Malgré l’appui de la Fondation Abbé Pierre… En effet , l’administration préfectorale craindrait une opération subversive de notre part lors de ces rencontres… Prise d’otage ? Prise de la Préfecture ?

Ces anarchistes sont capables de tout… En attendant que futur.e.s.ex.élu.e.s et fonctionnaires se préoccupent de résoudre les problèmes de vies et de morts des habitant.e.s de leurs territoires, en dehors du COVID 19 ; nous faisons ce que nous pouvons.

Actions de dépistages du VIH et des hépatites et de réduction des risques avec AIDES, plan de prévention de la tuberculose avec le Réseau Louis Guilloux, accompagnement aux soins, orientations vers les services médicaux, tout cela est devenu notre quotidien. Le délai de carence pour l’obtention de l’aide médicale d’État représente une menace grave sur la collectivité. Les maladies ne connaissent pas de frontière. Seul l’accès aux traitements adéquats le plus rapidement possible peut éviter la propagation des maladies infectieuses, limiter le coût pour la société s’il faut utiliser l’argument économique.

Après le « pic » de la fin d’année, où le Hangar de Babel, les Veyettes, a été peuplé de plus de 600 personnes, le relatif dépeuplement permet à l’électricité de moins mal fonctionner, aux sanitaires de moins vite saturer. Grâce à des plombier.e.s solidaires, à des électricien.ne.s de la CNT et de la CGT, à des travailleur.euse.s syndiqué.e.s ou pas , les conditions de vie n’empirent pas.La cagnotte a permis l’achat de matériel électrique, de plomberie, de gaz, de consommables… Mais ces locaux industriels ne constitueront jamais un lieu de vie adapté.

Les efforts des clowns, des musicien.ne.s, des artisan.s, des cuistos, des artistes peintres et de toute sorte, des communautés religieuses, des groupes affinitaires et politiques, des associations etc. n’y changeront rien tant que les lois xénophobes ne seront pas abrogées, tant qu’un capitalisme féroce et colonialiste sera la norme.

Cependant, chaque semaine des familles, des personnes isolées aussi, arrivent aux Veyettes. Et les échos du monde nous disent que cela n’est pas près de cesser. Ce sont des récits épouvantables, des odyssées pour survivre, dont l’une des étapes sont les Veyettes. Actuellement nous sommes le sas, l’étape qui empêche l’explosion du système d’accueil à l’échelle rennaise. Sinon c’est le campement, le bidonville, une indignité pire encore.

Sans le CAL 14 09, que le municipalité rennaise et ses ami.e.s ont méprisé et diffamé, la situation catastrophique de l’accueil des étranger.e.s et de l’hébergement des sans-abris, permettrait au Rassemblement National et aux racistes de tout poil de surfer sur la peur de l’étranger et des marginaux envahissant parcs et rues. Car ces centaines de personnes, depuis des mois seraient à la rue. Dans de nombreuses villes de France la misère progresse simultanément à l’extrême-droite.

Ainsi nous continuerons à mener les actions nécessaires, quelques soient les obstacles, pour obtenir que l’humanité, et les droits fondamentaux de toutes et tous, à l’alimentation, à l’éducation, au logement, à la santé, à la liberté soient reconnus et respectés. Notre autonomie se renforce face au déni des institutions. Nos compétences et notre organisation se renforcent face à leur inaction.

Mais nous ne serons jamais les auxiliaires dociles, les travailleur.euse.s sociaux.ales bénévoles rêvées par les responsables politiques. Leur irresponsabilité est la cause de leur illégitimité. Nous ne sommes pas là pour servir la soupe dans leurs camps de concentration.

En attendant les résultat de la procédure judiciaire : nous faisons et ferons ce que nos nécessités exigent. Nous sommes la majorité.

Collectif Action Logement 14.09
Squat des Veyettes, 30 Rue des Veyettes, Rennes
cal14 [point] 09 [at] protonmail [point] com
https://squ.at/r/7eip

RDV le 21 mars aux Veyettes pour JAM da Squat ! Boeuf géant concert instruments et restauration sur place.

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Des squats à Rennes https://radar.squat.net/fr/groups/city/rennes/squated/squat
Des groupes à Rennes https://radar.squat.net/fr/groups/city/rennes
Des événements à Rennes https://radar.squat.net/fr/events/city/Rennes

Les sans papiers: https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers

[Publié le 12 mars 2020 sur Expansive.]

Link_go https://fr.squat.net/2020/03/13/rennes-dathenes-a-la-bretagne-le-printemps-des-expulsions/

Commentaire(s)

> Communiqué audience référé expulsion

Dans le cadre du "Printemps des expulsions" manifestation annuelle qui réunit : propriétaires, huissiers, avocats,squatters, exilé.e.s, flics et préfet, un tour de manège judiciaire était offert ce vendredi 13 mars au matin aux militant.e.s du Collectif Action Logement 14 09.Tour de manège éventuellement très cher puisqu’il pourrait coûter quelques dizaines de milliers d’euros...Et le retour à la rue de centaines de personnes.

La police était mobilisée c e matin pour accueillir les membres du CAL 14 09 incriminé.e.s et leurs quelque soutiens. La section d’intervention de la préfecture, talkie-walkie en main et colt à la ceinture veillait au grain à l’entrée. Interdiction a été faite aux soutiens de pénétrer dans le bâtiment de la Cité Judiciaire. Le prétexte oscillait entre le Corona Virus et "des ordres venus d’en haut"... Les deux personnes convoquées ont été suivies et accompagnées d’au moins un flic en permanence. Quelques militant.e.s sont toutefois parvenu.e.s à rejoindre la salle d’audience. Bravo et merci à elleux !
(les autres ont attendu au bar^^)

La société propriétaire du hangar sis au 30 rue des Veyettes poursuivait en justice pour occupation illégale, voie de fait etc deux membres du CAL 14 09. Dans le but d’obtenir l’expulsion des plus de 200 personnes résidant sur place, et le paiement des frais de justice, de factures d’électricité (+de 50 000 euros) , d’eau etc etc .

L’avocat du propriétaire a signalé que son client avait sollicité l’intervention des services de l’Etat et de la Mairie de Rennes pour obtenir des solutions de relogement ou d’hébergement. Comme réponse il lui a été suggéré par la Mairie de "murer son bâtiment"...Alors que 400 personnes résidaient dedans . La préfecture a proposé l’intervention de la force publique pour mettre les familles et tout le monde à la rue (en hiver...)

Il a tenté d’expliquer que même si les volontaires du CAL 14 09 n’habitaient pas sur place , il était possible de les considérer comme occupant les lieux (sic) et donc de les en expulser...Miracle sophistique !

L’avocate du CAL 14 09 a démontré que cela allait être difficile d’expulser des personnes qui n’étaient pas sur place. Nous comptons sur la rationalité du juge pour trancher cette problématique.

Pour ce qui est d e "l’intrusion dans un domicile privé par voie de fait", sachant que ce même hangar avait accueilli des fêtes techno avec des milliers de participant.e.s avant l’arrivée des exilés sur place au printemps 2019 et même antérieurement , cela signifie qu’il était ouvert bien avant le 14 septembre 2019 et qu’on ne peut rendre responsables les exilé.e.s présent.e.s ou des membres du CAL 14 09 de l’ouverture de ce lieu.

Elle a aussi fait valoir le prolongement de la trêve hivernale de 2 mois mis en place par le gouvernement (même si légalement cela ne concerne pas les squats), ainsi que les problématiques de santé publique actuelles,et la situation sanitaire et sociale des résident.e.s dont la grande vulnérabilité fait des proies de choix pour des infections virales graves.

Elle a demandé la nullité pour la procédure , ou au moins un délai de deux mois.

Notre défaite signifierait la possibilité d’une expulsion sous 48H par la force publique à partir de ce 3 avril.

La décision du tribunal a été mise en délibérée jusqu’au 3 avril. Nous appelons d’ores et déjà à un rassemblement ce jour là , car quelque soit la décision de la justice, ce sont les défaillances de l’Etat et des Collectivités Territoriales, donc celles des élu.e.s et des fonctionnaires en charge de ces dossiers qui sont les véritables responsables ET coupables de ces situations inhumaines, des frontières grecques aux zones industrielles rennaises.

Les luttes continuent. Nous ne lâcherons rien !

https://expansive.info/Collectif-Action-Logement-14-09-Communique-audience-refere-expulsion-2121