[Anti-étatisme] Qu'ils soient de gauche ou de droite,...

Mis a jour : le lundi 11 novembre 2019 à 14:51

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Qu’ils soient de gauche ou de droite, républicains ou royalistes, libéraux ou marxistes, partisans de la dictature ou de la démocratie, les politiciens partagent tous la même passion : un amour immodéré pour l’état ; tous vantent ses vertus et le considèrent comme le garant de la paix civile, de l’ordre et de la prospérité des sociétés modernes ; en bref l’état est aujourd’hui absolument nécessaire et à l’époque actuelle, une société sans état est utopique.

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abolition de l'état, des états, de l'étatisme

  • Les anarchistes sont pratiquement les seuls qui considèrent l’état comme un ennemi mortel de la liberté, le garant de la division de la société en classes antagonistes, le protecteur d’un ordre social qui fait de l’inégalité et de l’injustice sa loi et en conséquence prônent sa disparition. Ce point de vue iconoclaste ne suscite le plus souvent qu’incompréhension et moqueries de la part des citoyens ordinaires.

* Depuis que l’état existe, c’est à dire plus de cinq mille ans, les propagandes étatistes et religieuses se sont ingéniées à répandre l’image d’un état protecteur des faibles, défenseur des libertés et des droits des plus pauvres. Rien d’étonnant donc si dans les milieux populaires, des remarques aussi naïves et simplistes que « si l’état n’existe plus, nous allons nous entre-tuer » ou « si l’état n’existe plus, qui va me protéger ? » ou « sans état, qui va payer ma retraite ? » sont monnaie courante. L’immense majorité des populations pense aujourd’hui qu’une société apaisée est impossible sans état, que hors l’état, il n’y a que chaos , violence et barbarie.

* Pour les historien-ne-s classiques, l’apparition de l’état est un moment clef dans l’histoire de l’humanité ; la naissance des premiers états au moyen-orient marque le début de la civilisation. L’histoire de l’humanité telle qu’ils nous la racontent est celle d’une longue marche en avant, une progression ininterrompue allant toujours dans le même sens , avec parfois des transformations radicales, des inventions révolutionnaires qui ont modifié radicalement les modes de vie des populations. À les croire, au début de l’humanité (paléolithique) des tribus misérables survivaient difficilement de chasse et de cueillette puis au néolithique les inventions de la sédentarité, de l’agriculture, des cités sont quelques uns de ces moments clefs, de ces franchissements de seuils précédant l’apparition de l’état qui ont permis à l’humanité d’échapper à sa misérable condition. Et depuis cette course au progrès continue. Dans la conception marxiste de l’histoire, cette marche en avant de l’humanité, vers un avenir de plus en plus radieux, conséquence de forces qui lui échappent ne peut pas être arrêtée, aucun retour en arrière n’est possible.

* Or, nombre de travaux d’archéologues ou d’anthropologues contestent cette vision quasi messianique de l’histoire. Ainsi, en 1972 l’anthropologue américain Marshall Sahlins révolutionnait complètement la vision dominante de l’économie dans les peuplades primitives. Dans son livre Âge de pierre, âge d’abondance, il montre preuves à l’appui que les sociétés de ces peuples sans état sont des sociétés d’abondance, que leur économie n’est pas une économie de misère qui parviendrait au mieux à assurer difficilement la survie des populations. Non seulement les besoins de ces populations sont largement couverts par leur activité économique mais le temps qu’elles y consacrent n’est que de 3 à 4 h par jour. Le reste du temps, soit plus de vingt heures par jour, est consacré au repos, aux loisirs, à la discussion etc, en bref à des activités non économiques. Et c’est consciemment que ces primitifs refusent de travailler plus, refusant de sacrifier la liberté de jouir à leur guise de leurs journées à l’accumulation de biens matériels, cela au grand désespoir des colonisateurs.
     Dans la même période, Pierre Clastres étudiait les sociétés primitives d’Amérique du Sud et montrait que ces sociétés fonctionnaient sans état, sans chef, sans hiérarchie, que le prestige attaché à certaines fonctions, chef de guerre, guérisseur, chaman etc ne se traduisait pas par une domination sur les autres membres de la société parce que ces sociétés avaient mis en place des systèmes de défense efficaces pour éviter les prises de pouvoir. Pendant des dizaines de milliers d’années, (depuis l’apparition de l’homme moderne il y a 200 000 ans jusqu’à aujourd’hui puisque dans quelques endroits certaines tribus primitives subsistent encore) ces populations ont maintenu des formes d’organisation sociales égalitaires et non hiérarchisées associées à un mode de vie respectueux de l’environnement (démographie maîtrisée, respect des milieux etc). Extraordinaire durée des sociétés sans état qu’il faut comparer nous dit James C. Scott dans son livre Homo Domesticus avec les cinq ou six millénaires d’histoire des états et encore les quelques premiers états étaient comme des îlots perdus dans l’océan des sociétés de chasseurs cueilleurs.

  • Les états ne sont devenus hégémoniques sur la planète qu’à partir du XVIIe siècle : il y a encore un millénaire la majeure partie de la population s’organisait en dehors de structures étatiques !
  • La transformation de sociétés de chasseurs cueilleurs dans l’immense majorité des cas nomades en sociétés sédentaires étatisés ne s’est pas fait sans difficultés.

Qui dit état dit impôt et qui dit impôt ou tribut, dit des personnels pour le prélever, le compter, les garder puis une classe qui va l’utiliser à son profit. Et les premiers états vont s’organiser en conséquence. Tous les états se sont construits, nous dit Scott, en privilégiant la culture des céréales car les céréales ont des caractéristiques (stockage facile, divisibilité aisée, récolte etc) qui facilitent le travail des fonctionnaires. Il n’existe pas d’état de la courge ou de la lentille constate l’auteur mais ce qui est bon pour l’état ne l’est pas pour les populations. Une alimentation moins diversifiée a des conséquences au niveau sanitaire. Surtout, la prolifération de commensaux (rats, souris, insectes…) liée au stockage des grains ainsi d’ailleurs qu’à la sédentarité et à l’accumulation de déchets (bactéries, microbes etc) entraîne l’apparition de nouvelles maladies (choléra, grippes etc) d’épidémies qui ravagent ces communautés.

  • Ces premiers états n’ont eu pour la plupart qu’une existence éphémère victimes d’épidémies, de conflits guerriers ou de catastrophes écologiques provoquant des famines (épuisement des sols, invasion de parasites etc). 

 Les populations épargnées retournent alors au nomadisme.
Ce retour à la vie libre constitue l’espoir de toutes les populations dominées, obligées de payer l’impôt et de fournir des soldats pour le service des classes dominantes.
Toujours les populations dominées vont chercher à s’échapper et les grandes murailles qui caractérisent les premiers états servaient autant à la défense qu’à empêcher la fuite des populations.

Le problème démographique est donc crucial pour la survie des états.

La puissance d’un état se mesure d’abord à la taille de sa population : plus d’individus, c’est plus de contribuables, de serviteurs, de soldats, et tous les moyens (dont la religion) seront bons pour l’accroître.

L’esclavage existait avant l’apparition des états mais tous les états vont le systématiser et le commerce entre états fournisseur de biens et tribus nomades vendeurs d’esclaves va durer jusqu’au XIXe siècle.

  • L’invention de l’état n’a donc pas été le chemin de roses que nous décrivent ses thuriféraires.

Se libérer de l’emprise de l’état, sortir du statut de dominé a été pendant des millénaires l’idée fixe de tous les humains qui aspiraient à une vie libre. Une fois libres, ils constituaient des communautés dans des territoires difficiles d’accès. Certains de ces territoires, parfois gigantesques existent encore et c’est la vie dans l’un d’entre eux que James C. Scott nous décrit dans le livre « Zomia ».

L’histoire de l’humanité est donc faite d’allers retours incessants, d’avancées et de reculs, ce sont les hommes qui font l’histoire et qui sont en définitive maîtres de leur destin, pour le meilleur ou pour le pire.

Pour en savoir plus :

Commentaire(s)

> Quelques rectifications s'imposent…

Qu’il y ait des choses justes dans ce texte ne justifie pas un certain nombre d’affirmations qu’on va qualifier de… fragiles, pour le moins.

La première est l’idée que les marxistes seraient des défenseurs de l’État. Les Staliniens, ça oui, mais ils ne sont pas marxistes. Quand Marx écrit que « les prolétaires n’ont pas de patrie » et « s’emparer de l’État ne suffit pas, il faut le détruire », quand Engels écrit que « l’État est le capitaliste collectif idéal », quand Lénine écrit que « l’État est une machine spéciale de répression contre les exploités », où défendent-ils l’État ?

On va juste dire que les affirmations contenues dans ce texte sur le statut de chasseur-cueilleur et l’absence d’État au Paléolithique se heurtent à une considération numérique : c’est bien l’agriculture et la transformation de la société qui a suivi son apparition qui a permis à l’homme de conquérir la planète et même d’aller dans l’espace. C’est aussi ce qui a permis d’imaginer qu’on puisse connaître une société d’abondance sans exploitation. Et toute idée de retour en arrière sur ce point apparaît pour le moins… surréaliste.

Dernier point : l’esclavage est apparu APRÈS l’État, puisque l’esclavagisme nécessite une structure juridique d’appropriation et la garantie que toute révolte des principaux concernés se heurtera à une répression féroce ! C’est la division de la société en classes qui génère l’État, et par conséquent s’il y a des esclaves, c’est qu’il existe depuis longtemps un État, d’autant que l’esclavagisme est déjà une forme d’exploitation sophistiquée qui n’est pas la première division en classes qu’a connue l’humanité.

Plutôt que continuer à répéter les mensonges de l’État justement sur l’équivalence entre marxisme et stalinisme, commencez par lire les marxistes, ça vous donnera une juste idée de la dimension du mensonge qu’on colporte sur eux et dont vous vous faites l'écho !

> -

Les marxistes : les écrits et les faits sont très très différents

> écologie toussa

conquérir la planète, c'est la détruire !

misère du marxisme économiste

> Au pays du mensonge déconcertant

Effectivement Marx écrit qu'il faut se débarrasser de l'Etat mais dans l'Internationale toute sa pratique politique et politicienne consistera à défendre la nécessité de sa conquête, même par le parlementarisme. De son côté Lénine décrit notamment dans l'Etat et la révolution le caractère essentiellement et toujours répressif de l'Etat, maintenant la domination d'une classe sur les autres, mais une nouvelle fois c'est pour mieux défendre la nécessité de sa conquête, la construction transitoire ( une transition qui a duré un bon moment tout de même ) d'un Etat ouvrier.

Ce qui n'est pensé par aucun des deux c'est ce que des lecteurs critiques de la pensée de Marx ou des anarchistes ont saisi chacun-e-s à leur manière : la conquête du pouvoir d'Etat par des socialistes ne peut manquer de constituer une nouvelle classe dominante - la bureaucratie - et un nouvel âge du capitalisme - le capitalisme d'Etat. Et ne parlons même pas de la question du pouvoir, au cœur de la pensée anarchiste. Ce n'est donc pas d'un point de vue idéologique, mais bel et bien d'un point de vue pragmatique que l'analyse marxiste orthodoxe est invalide.

Plus globalement, il faut également saisir ce qu'il y a d'opportuniste - dans une perspectives et des intentions révolutionnaires sans doute sincères - dans la manière stratégique dont Marx comme Lénine portent leur points de vue. On le découvre mieux chez Lénine dans La maladie infantile du communisme où cet opportunisme révolutionnaire est clairement assumé.

C'est en ce sens que l'on pourrait qualifier de mensonge déconcertant - à la manière de Ciliga avant son tournant nationaliste- ces deux praxis révolutionnaires.

> Une courte réponse

J’ai aussi souvenance de bien des anarchistes disant pis que pendre de l’État et des marxistes - qui ont au moins une analyse politique un peu approfondie de la question et savent que tant qu’il existe des classes sociales, il existe un État - et qui sont entrés au gouvernement de la République espagnole en 1936, qu’ils ont défendue et continuent de défendre bec et ongles aux côtés des Staliniens et des Sociaux-patriotes ! On va arrêter là les bêtises : la Révolution russe a échoué et a apporté un certain nombre de leçons, et il est FAUX de dire que Staline n’a fait que reprendre Lénine : ce dernier était parfaitement conscient à la fin de sa vie que l’État était le centre de la contre-révolution, et sa méfiance vis-à-vis de Staline va bien au-delà d’une simple question de personnalité.

Quant à la question électorale, il est également mensonger de raconter que Marx avait la même vision que les opportunistes de la Seconde Internationale sur la question : pour Marx, l’unique utilité des élections était de forger l’unité de la classe ouvrière autour d’un but politique. Mais il savait depuis la Commune que gagner des élections ne suffirait pas.

Ajoutons que l’intégration du Parti Bolchevik à l’État soviétique, si elle a été une énorme illusion - illusion sur laquelle les Staliniens surfent encore aujourd’hui - n’a aucunement abouti à créer une nouvelle classe dominante : c’est bel et bien la bourgeoisie qui a repris le pouvoir, en éliminant un à un tous les révolutionnaires qui entendaient le rester. Ciliga parle de ça à travers l’exemple de Vychinski, qui était déjà procureur du Tsar avant de devenir celui de Staline…

Le capitalisme d’État soviétique n’est pas une forme de capitalisme différente des autres : le capitalisme d’État stalinien est certes caricatural et inefficace, mais c’est partout que ses méthodes existent. Et la classe sociale qui vit de l’exploitation, c’est la bourgeoisie et rien d’autre. C’est la définition. Elle n’a pu s’installer au pouvoir que du fait de l’échec de la Révolution mondiale, et pas à cause des erreurs des Bolcheviks, qui dans une autre dynamique révolutionnaire auraient pu être corrigées. Les révolutions font toujours des erreurs, qui quand elles perdent deviennent mortelles. Et l’échec de la Révolution à l’échelle mondiale n’est aucunement imputable aux Bolcheviks : la preuve, il a fallu les exterminer - avec d’autres courants, c’est vrai, comme les Anarchistes internationalistes - pour installer la contre-révolution.

> .../...

Nous sommes d'accord sur l'anarchisme d'Etat et sur l'exemple espagnol. Mais tu reconnaîtras que la critique de l'Etat par les anarchistes est au moins plus claire et moins ambiguë. Ce qui n'empêche pas les dérives mais offre un appareil critique d'analyse qui me semble plus pertinent.

Par contre dire que les bolcheviks sont les principales victimes de la répression et de la contre-révolution, c'est un peu fort. ce serait aussi fort que de dire que la CNT a été la victime de la débâcle espagnole là où une bonne part de l'appareil de direction qui s'était imposé dès les premiers jours de 36 contre les barricadiers et les miliciens a été au moins complice parfois acteur de cette débâcle. Faut-il rappeler comment les ministres anarchistes espagnols ont désarmé les barricadiers de 36, soutenus la militarisation des milices, défait les collectivités d'Aragon, etc. Les travaux des Giménolgues, de Myrtille, de Vernon Richards, de Miguel Amoros ou de François Godicheau sont assez éclairants sur cette histoire… Tout cela s'est d'ailleurs poursuivi dans l'exil.

Une nouvelle illustration en acte que la prise ou la participation à un appareil d'Etat ne produit rien de bon. Et comme contrairement aux Bordiguistes, je ne crois pas à l'invariance du rôle du Parti, je n'éprouve pas le besoin de sauver la Sainte Organisation.

Enfin, je crois que les spécificités du régime soviétique ne permettent pas de le renvoyer à un simple retour à l'ordre bourgeois. Il y a là, tant en terme de mode de production qu'en terme d'imaginaire ou d'idéologie des ferments bien différents.

Mais tout cela a déjà été maintes fois discuté… Nous pouvons reprendre cette discussion mille fois reprises entre anarchistes et marxistes orthodoxes, nous en reviendrons je pense au même point.

> c 'est vrai

""Par contre dire que les bolcheviks sont les principales victimes de la répression et de la contre-révolution, c'est un peu fort.""
Hélas c 'est vrai,une partie immense de bolchéviks a été massacré par la contre révolution stalinienne! il ne reste qu'un infime minorité des dirigeants de 17 ,20 ans plus tard. ce qui ne diminue en rien leurs résponsabilté dans la répréssion de Kronstadt.
mais oui c 'est un fait historique,Staline fut bien l'assassin de milliers de bolcheviks

> .../...

C'est le mot principales qui est gênant. Comme tu le soulignes, il y a eu d'abord les marins de Cronstadt, les anarchistes, les SR et des milliers d'anonymes… Puis vient effectivement l'opposition ouvrière (une partie des bolcheviks) dont une bonne partie a soutenue les premiers massacres et emprisonnements, des anciens anarchistes comme Victor Serge compris… et d'autres bolcheviks.

Par contre, plus tard, le régime soviétique crée une nouvelle classe qui finit par se dévorer elle-même. Toute la critique anti-totalitaire (je ne parle pas des nouveaux philosophes…) est d'ailleurs assez pertinente sur cet aspect des choses.