[Nantes] 11/05 - Bilan medic évolutif de l'acte 26

Mis a jour : le dimanche 12 mai 2019 à 16:04

Mot-clefs: Répression Santé gilets_jaunes
Lieux: Nantes

Publié par le groupe: GroupStreet Medic Nantes

Compte-rendu provisoire et évolutif de l'appel national du 11/05 à Nantes.
Ne pas hésiter à nous contacter si vous avez plus d'infos pour le compléter.

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Photo : Estelle Ruiz

[ACTE 26 - APPEL NATIONAL À NANTES - 11/05]

Pour cet appel national, la préfecture avait annoncé la couleur, en annonçant un dispositif de répression « inédit » depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes. Nous avons en effet pu constater la présence en nombre d'effectifs de la Gendarmerie Mobile, de la CRS, de la Compagnie Départementale d'Intervention, ainsi que d'une quantité impressionnante de membres de la BAC (ou de la BRAV, difficile de les distinguer). Deux canons à eau étaient également de sortie.

Le point de rendez-vous de cet appel était fixé à 13h à Bretagne, soit dans le périmètre interdit par l'arrêté préfectoral. Malgré une militarisation impressionnante du centre ville dès le vendredi après-midi, c'est tout de même un petit groupe de personne qui parvient à s'y rassembler, très vite repoussé par les CRS. Retour donc au point de départ habituel, la croisée des trams. Assez vite, c'est plusieurs milliers de personnes qui s'élancent en direction de 50 otages, encadrés par la Gendarmerie Mobile. Arrivé au niveau de la préfecture, face au canon à eau qui bloque l'accès à la rue de Strasbourg, l'ambiance se tend progressivement, et la BAC commence à se faire menaçante. Après un moment de flottement, le cortège se décide à dépasser la préfecture, et force le passage sur le cours Saint André, situé en limite du périmètre interdit. La tension monte encore d'un cran, lorsqu'une colonne de GM se retrouve coincée en bas du cours Saint Pierre, et que les premiers gazs sont tirés. Plusieurs personnes sont alors prises en charge au Maalox/Serum Phy.
Arrivé au niveau du château, face à un impressionnant dispositif policier, le cortège n'a d'autres choix que de reprendre à droite, en direction de la croisée des trams. La fin de ce premier tour se déroulera dans une tension permanente, mais sans incident particulier.

Une fois de retour au point de départ, la tête de cortège s'élance pour un second tour. Très vite, de nouveaux gazages ont lieu, accompagnés d'une charge des GM. La BAC traverse la rue, et en profite pour tirer plusieurs fois au LBD. Un journaliste est touché au niveau de sa ceinture abdominale (sans gravité, car le choc fût amorti), un homme au thorax, et un autre au pied. Un malaise ainsi que plusieurs détresses respiratoires sont également à signaler. Plusieurs personnes vomissent à cause de la saturation de l'air en lacrymogène. La foule reflue vers le McDo, toujours noyée sous les gazs. Une nouvelle charge a lieu, pendant laquelle c'est cette fois une salve de grenades de désencerclement qui s'abat sur le cortège, dont plusieurs explosent à hauteur de tête. Les plots blessent au moins une personne à la cuisse, une autre au bras, et une au mollet. Une medic verra également un plot rebondir sur son masque de ski, tandis qu'une autre sera blessée aux deux cuisses après qu'une grenade lui ait explosé entre les jambes. Au moins une personne sera également touchée dans le dos par un LBD, au niveau du rein gauche.
Le cortège se retrouve au niveau du CHU. Deux personnes blessées à la cuisse par un LBD sont prises en charge, une autre pour une blessure au même endroit causée par une désencerclante, tandis qu'un manifestant reçoit un palet de lacrymogène sur le crâne, causant une plaie nécessitant probablement un point de suture.
Toujours guidée par un dispositif policier difficilement débordable, la foule arrive au niveau de la petite hollande. De nouveaux, les gazs et les tirs de LBD la contraignent à avancer. On recense ici au moins cinq personnes touchées par des LBD : Une au pied, une à l'épaule, une à la clavicule, une à la cuisse et une à la cheville.
La manifestation continue sur le quai de la fosse, suivie de plus ou moins près par les camions de GM, la CDI et la BAC (pendant qu'une partie des personnes déjà dispersées commence dors et déjà à se regrouper à la croisée des trams). Une tentative de prendre la direction de Graslin avorte, la gazeuse à main est utilisée à plusieurs reprises. Une voiture pile devant les gendarmes, deux d'entre eux dégainent alors leurs armes de service et menacent le conducteur. Une manifestante s'interpose devant eux, les deux nerveux finiront par rengainer et faire demi-tour. Tout au long de la traversée du quai de la fosse, le gazage est continu, et beaucoup de grenades de désencerclement sont lancées. On compte au moins deux personnes blessées par des plots (une à la main et une à la cuisse), ainsi qu'une personne présentant un hématome sur chaque bras, et plusieurs autres ayant le crâne en sang après avoir reçu des palets de lacrymogènes. Un bus de touristes est gazé, ainsi qu'un bébé de deux ans au niveau du mémorial de l'esclavage. Plusieurs crises d'angoisse sont également à déplorer, dont au moins une femme d'une cinquantaine d'année en détresse respiratoire, nécessitant une évacuation hors de la manifestation. La course-poursuite continue au pas de course jusqu'à dépasser Égalité, faisant de nouveau au moins un blessé au mollet droit par un palet de lacrymo, ainsi qu'un autre à la cuisse gauche par un plot de désencerclante. Plusieurs manifestant-e-s termineront nassé-e-s.

Retour à la croisée des trams pour quelques centaines de personnes décidées à tenir la rue. Après un court instant de répit, ces dernières se voient également gazées, grenadées et chargées. Une personne fait un malaise, et une femme d'une cinquantaine d'année est prise en charge pour une détresse respiratoire. Une autre femme du même age reçoit un tir de LBD dans le pied, et des grenades désencerclantes blesseront au moins une personne à la jambe, une autre à la cuisse, et une troisième à la joue. Un homme d'une vingtaine d'années, en situation de handicap, se fait écraser le pied par la rangers d'un CRS, nécessitant une prise en charge pour des douleurs aux orteils. Le canon à eau finit par être utilisé, repoussant une nouvelle fois les manifestant-e-s en direction des chantiers navals. Une chute d'un homme d'environ 18 ans lui causera de se rouvrir une plaie au genou, et de s'en faire deux nouvelles, une également au genou et une à la main. Une manifestante est agressée par la BAC, tirée par les cheveux et rouée de coups. Les gazs lacrymogènes et le canon à eau continueront d'être utilisés jusqu'à la formation d'une nouvelle nasse, au niveau du pont Anne de Bretagne, qui coincera des manifestant-e-s sur le pont, pendant que d'autres seront bloqué-e-s sur le quai.

Nous avons également constaté des blessures que nous n'avons pas pu resituer dans le temps :
- Deux personnes touchées à la cheville par LBD
- Deux personnes touchées au dos par LBD
- Une personne touchée au bras par LBD
- Un homme touché à la nuque par LBD
- Une femme touchée au sternum par LBD
- Une personne touchée au genou par un coup de matraque, partie aux urgences à cause d'une inflammation et de douleurs
- Plusieurs plaies et égratignures suite à des mouvements de foule
- Une personne au moins se plaignant d'acouphènes prolongés

Énormément de personnes extérieures à la manif, parfois très jeunes ou très âgées, auront également été piégées dans les gazs tout au long de l'après-midi, et soulagées au Maalox/Serum Phy/Décontaminant.
Comme d'habitude, beaucoup de confiscations de matériel sont à déplorer. Une mention spéciale tout de même au groupe de medics qui a réussi à faire plier leurs racketteurs, en réclamant avec insistance un PV de saisie.

Ce compte-rendu est basé sur les premiers bilans réalisés avec plusieurs groupes de medics présents, et est encore loin d'être exhaustif, malgré la cinquantaine de blessures qu'il prend déjà en compte. Même avec toute notre bonne volonté, nous n'avons pas pu être partout, et il est donc tout à fait probable qu'il évolue en fonction des informations et témoignages qui nous parviendront prochainement. N'hésitez donc pas si vous souhaitez participer à son amélioration en nous envoyant vos témoignages, informations ou photos.

Amour, Maalox et Serum Phy.

 

Email Email de contact: streetmedicnantes_AT_riseup.net

Commentaire(s)

> Complément d'information

26 personnes interpellées

12 personnes appréhendées en amont de la manifestation, notamement lors de la saisie d'une dizaine de mortiers, de couteaux et matraques

Nassage et contrôle d'environ 200 personnes dans le quartier Zola, dont environ 50 blacks blocs masqués, qui seront convoqués par la justice

Recrudescence des actes de vandalisme gratuits

> @ ACAB

Que veux tu dire par "actes de vandalisme gratuits"??

> @ acab

... 50 BB masqués, vandalisme gratuit, ... T'es de quel côté de la barricade ?

> 11 MAI – RETOUR SUR LA MANIFESTATION NANTAISE

- 8000 manifestants. Cortège pluriel et joyeux. Le préfet dicte son scénario répressif. -

Tout commence il y a un mois. Le 7 avril, la police inonde la fête foraine de gaz lacrymogène. Des enfants suffoquent, des passants sont pris de malaise : un scandale de plus. Le même jour, des Gilets Jaunes sont bloqués dans une impasse, frappés et humiliés par les forces de l'ordre. Quelques jours plus tard, toujours à Nantes, d'autres sont arrêtés et jetés en cellule alors qu'ils peignent une banderole. Des appels émergent pour réagir à ces abus de pouvoir répétés : l'idée d'une grande manifestation à Nantes, le 11 mai, circule.

Acte 26 : Nantes est l'une des capitales de la contestation. La mobilisation n'est pas nationale, il y a des manifestation dans de nombreuses villes. Mais des Gilets Jaunes affluent de tout l'Ouest pour cette date importante. Les jours précédents, les autorités ont tout fait pour terroriser et empêcher l’événement, en inventant des « centaines d'ultras » qui allaient saccager la ville avec des armes. Il est interdit de manifester dans tout le centre-ville. Le préfet annonce un dispositif de répression « jamais vu ». Il sera d'une violence inouïe.

Des contrôles ont lieu partout à Nantes, sur les routes, et dans les gares dès le vendredi. Des centaines de fouilles sont organisées. Le centre-ville est militarisé. Autour de 1000 forces de l'ordre sont mobilisées. Des agents de la BRI, cagoulés, font une descente dans un bar pour fouiller les clients. Plusieurs personnes, visiblement suivies, sont arrêtées avant midi.

Le préfet choisit d'entrée de jeu l'épreuve de force : la Place Bretagne, où était fixé le point de départ, est interdite d'accès par une compagnie de CRS. Une vraie provocation. La tactique de la peur fonctionne, car les premiers manifestants se retrouvent, contraints, à la croisée des trams. Le piège se met en place.

La mobilisation est très importante. Des milliers de personnes sont présentes dès 13H, et le cortège n'arrêtera pas de grossir. Sur le Cours des 50 Otages, la foule est compacte, sur toute la largeur de l'artère. Elle est hétérogène, multicolore, animée. Il y a des déguisements, de la musique, des fumées colorées, de belles banderoles … Au moins 8000 personnes, dans une bonne ambiance.

Mais les autorités décident de faire monter la tension. Plusieurs lignes de gendarmes enserrent le cortège. Un hélicoptère vole à très basse altitude. Alors que la manifestation est calme, quelques grenades lacrymogènes seront tirées sur le Cours Saint-Pierre. Devant le château, sous un grand soleil, c'est la foule des grands jours. Il est à peine 15H, et le défilé est déjà revenu à son point de départ, après avoir fait un tour sur les deux seules artères autorisées. La violence d'Etat se déchaîne. La foule, compressée à la croisée des trams, reçoit un déluge ininterrompu de grenades lacrymogènes. Le Préfet a donné l'ordre de faire exploser la manifestation. Les premières charges ont lieu. Il est impossible pour les manifestants d'avancer, ni de reculer. Il y a de nombreux tirs. Un journaliste de CNews tombe, touché par une balle en caoutchouc aux parties génitales. L'ambiance se tend. On entend résonner « Révolution, Révolution » !

C'est le mauvais scénario écrit par la préfecture. Un scénario qui s'est répété trop souvent depuis 6 mois : un défilé verrouillé sur deux grands axes déserts, suivi d'une grande nasse noyée dans les gaz après une marche trop courte. Les médias passent déjà en boucle les images des « incidents » à Nantes.

Des milliers de Gilets Jaunes sont alors repoussés, comme prévu par le préfet, vers la Loire. Sur la Place Gloriette, quelques affrontements ont lieu. Petit à petit, le gros du cortège est repoussé vers l'ouest. Sur le Quai de la Fosse, des centaines de gendarmes pourchassent les manifestants en tirant des grenades. Des agences d'intérim sont brisées au passage. C'est dans cette confusion, alors que des lacrymogènes tombent au milieu de véhicules en mouvement, qu'un automobiliste s'énerve. Sa femme et son enfant ont du sortir de la voiture à cause des gaz. Il avance vers les gendarmes, puis s'arrête. Trois militaires braquent leurs armes à feu vers le véhicule et les manifestants, qui sont alors juste à côté. Un gendarme jette une grenade. Heureusement, la tension retombe, et les armes sont rangées.

La chasse à l'homme continue après Gare Maritime, loin du centre-ville. Des dizaines de vitres de la Chambre de Commerce et d'Industrie, siège du patronat nantais, et de l'école privée de management Audencia sont défoncées. Mais aussi des voitures de luxe, et des agences immobilières. Le gros des dégâts a lieu lors de cette manifestation sauvage, qui continuera jusque dans le quartier Mellinet, en course poursuite dans les petites rues.

Pendant ce temps, des centaines de Gilets Jaunes tentent de tenir la rue dans le centre. Un départ en manifestation sauvage à Bouffay est empêché. Un sitting est chargé, avec un canon à eau et du gaz. Le scénario se reproduit : la foule qui se réunit à peine est à nouveau repoussée vers le fleuve. Des nasses ont lieu aux abords du mémorial de l'esclavage. Des manifestants sont gazés sur le pont Anne de Bretagne, ce qui est particulièrement dangereux. Autour de 19H, la police quadrille toutes les rues, la manifestation est terminée. 26 personnes sont en Garde à Vue.

Ce 11 mai aura été la plus forte mobilisation des Gilets Jaunes à Nantes. Cette belle manifestation, plurielle et joyeuse a été anéantie par la répression. Les Gilets Jaunes n'ont su déjouer les pièges tendus par les autorités qu'en fin de journée. Avec au moins 8000 personnes à Nantes, presque autant à Lyon, et des milliers de personnes à Toulouse, Lille ou Montpellier, le mouvement fait preuve d'une ténacité hors norme. Mais les médias s'empressent de l'occulter, et relaient les dernières fake news gouvernementale. Visiblement, tant que les quartiers riches de la capitale ne sont pas dévastés, l'élite ne craint rien.

A suivre !

> Ouaf!

Avec NR, on est toujours bien servi! Choucroute royale! 8000 personnes, c'est trop d'honneur! T'aurais du arrondir à 10 000, façon Xénophon. Au fait le journaliste, ça lui en a fait une troisième... boule... En fait il a été touché à l'abdomen, dans sa ceinture.... d'après les medics!
A quoi ça te sert de romancer une manif? On finit par plus te croire du tout, le jour où tu romanceras pas, on te croira pas: il délire, il brode, il a fumé la moquette...

Pour le 16 mars c'était pire, en te lisant on se croyait à la place Tharir.... Avec un million de personnes dans les rues, en train de renverser la dictature de Moubarak, tu sais celle dont les flics torturaient et torturent toujours systématiquement les personnes arrêtées, jusqu'à la mort parfois comme le journaliste italien retrouvé dans un fossé... Il paraît que seule la vérité est révolutionnaire. Ben franchement, j'y étais, et en te lisant ça donne pas envie de te suivre!... À part pour se désoler, ou se marrer. Parait que l'humour, c'est la politesse du désespoir.

PS: à moins que tu cherches à épater les têtes molles et les jeunots qui se disent:"Il est trop cool, NR; quand je serais grand, je ferais comme lui!". Si c'est ça, t'es grave.