Iran : qui se souvient du 8 mars 1979 ?

Mis a jour : le mardi 5 mars 2019 à 12:44

Mot-clefs: Resistances antifascisme
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Interview de Fariba par Shirin Shalkooi, mars 2019 à Bruxelles.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Fariba, je suis communiste et membre de l’Organisation des femmes du 8 mars (Iran-Afghanistan)(1). Il s’agit d’une organisation indépendante et démocratique avec une approche révolutionnaire. Par “démocratique”, nous entendons que les femmes issues d’idéologies et d’horizons différents peuvent devenir membres de notre organisation. “Indépendant” veut dire que nous nous organisons indépendamment des hommes et de toute institution ou parti politique. Les femmes afghanes sont les femmes les plus opprimées d’Iran. Elles ne sont pas considérées comme citoyennes à part entière et ne se présentent donc pas comme iraniennes.

Les chiffres concernant les violences envers les femmes augmentent. En 2014 à Ispahan, il y a eu une série d’attaques à l’acide perpétrées par des hommes qui jugeaient que ces femmes ne portaient pas leur hijab correctement. À ce moment-là, nous avons compris qu’il fallait construire une coalition avec d’autres femmes afin d’agir sur le long terme et pas seulement au cas par cas. Il y a deux ans, nous avons commencé à travailler sur une campagne appelée Karzar(2) (#kaarzaar) pour combattre les violences d’État, sociales et domestiques envers les femmes en Iran. La campagne a touché les femmes de l’organisation du 8 mars ainsi que d’autres militantes, organisations de femmes et militantes de gauche. Le fait de lier les trois différentes formes de violences – sociales, domestiques et d’État – est essentiel pour nous. Si nous utilisons simplement le terme “violence envers les femmes”, les militant.es de gauche se focalisent souvent uniquement sur les violences d’État et pas sur les violences domestiques. Lorsqu’on parle des violences sociales (dans les espaces publics) et domestiques, certaines féministes ont tendance à mettre les violences d’État de côté. Nous affirmons que les différentes formes de violence fonctionnent ensemble et que nous devons toutes les combattre. Un autre positionnement politique important de Karzar est que nous considérons toutes que la situation des femmes ne pourra pas changer tant que le régime islamique restera au pouvoir en Iran. Il y a d’autres organisations politiques dans l’opposition comme les Mujaheddin du Peuple (Conseil national de la résistance d’Iran), pro-impérialistes, ou encore les monarchistes mais nous nous inscrivons dans une démarche complètement différente. Karzar est une coalition en exil : la plupart de ses membres vivent en Belgique, en Angleterre, au Pays-Bas, au Canada, en Turquie et en Suède. Des femmes nous suivent également en Iran mais nous n’avons pas de contact officiel parce que c’est trop dangereux pour elles.

Peux-tu nous en dire plus sur l’actualité iranienne ?

Après la prise de pouvoir du régime islamique en février 1979, nous avons toujours eu des mouvements résistants. Mais l’année passée, il y a eu un soulèvement populaire majeur, Dey mah(3), qui a bouleversé l’atmosphère politique. Avant cet événement, la principale idéologie politique d’opposition était le réformisme. Si vous vouliez faire quelque chose, tout le monde vous répondait qu’il fallait “plus de temps”, que “les choses changeront avec un autre président”… Certains visages ont changé comme Moussavi, Khatami ou Rohani mais cela n’a rien modifié à la situation politique parce que tous défendent les intérêts de la classe dirigeante. Le soulèvement Dey mah a été vraiment important parce que personne ne pouvait croire l’immense colère des gens qui scandaient qu’ils ne voulaient plus du régime islamique. Des pauvres, des minorités ethniques, des femmes, des hommes, tou.tes ont pris les rues dans des centaines de villes et de villages dont, même en tant qu’activiste, je n’avais jamais entendu les noms. C’était un véritable pied de nez aux réformistes qui affirmaient que la classe ouvrière et les personnes peu instruites soutenaient le régime. Depuis le soulèvement, les réformistes ont perdu de leur pouvoir. C’est donc le moment idéal pour parler de changement et d’alternatives.

Cette année 2019 marque le 40ème anniversaire de la prise de contrôle de la Révolution par le régime islamique. À l’époque, les fondamentalistes religieux ont pris le pouvoir mais la révolution n’a pas été faite par eux. Elle a commencé grâce à des organisations de gauche, communistes et laïques. La gauche a commis l’énorme erreur de penser qu’elle pouvait s’allier aux islamistes contre le Shah(4) et les forces impérialistes. Comme la plupart des iranien.nes sont religieux.ses, la gauche a pensé qu’elle pouvait utiliser Khomeiny(5) comme leader idéologique islamique pour la révolution et changer la société par après. Mais Khomeiny avait son propre agenda et voulait établir un État islamique et créer le parti Hezbollah(6). Après deux ans de liberté politique, le régime a commencé à interdire tous les autres partis politiques. Pendant 7 ans, des milliers de militant.es et d’opposant.es politiques ont été arrêté.es et tué.es. Non seulement nous les avons perdu.es physiquement mais nous avons aussi perdu leur expérience. C’est une grande perte pour les jeunes générations qui ont grandi sous l’hégémonie du régime islamique. Le reste de la “génération de la révolution” est soit parti en exil soit devenu inactif politiquement. Dans les années 90, le régime a commencé à donner plus de liberté afin de permettre à des partis réformistes de voir le jour. Cependant, ces partis, organisations et syndicats n’ont pas été construits par le peuple mais par la part réformiste du gouvernement. Ce sont des partis construits par en haut et contrôlés par le régime. Ils ont créé de faux “syndicats” et “organisations” afin de contrôler et de profiler les militants.

Il y a 10 ans, avant le “mouvement vert” de 2009, nous avons eu un mouvement d’étudiant.es, de travailleur.ses, de professeur.es et de femmes. Après le soulèvement de décembre 2017, tous ces mouvements et particulièrement les écologistes, les femmes, les conducteurs, les infirmières et les professeur.es se sont radicalisés. Par exemple, de nouveaux syndicats non-officiels ont fait leur apparition et tentent de rester indépendants de l’État comme les travailleur.ses de la raffinerie de sucre de Haft-Tapeh. Ce radicalisme ne vient pas de nulle part. Ces dix dernières années, le régime s’est rapproché des pays capitalistes occidentaux avancés. Il se dit anti-impérialiste mais ce n’est qu’une façade. Il avait surtout l’illusion que ces relations aideraient à résoudre les effets de la crise capitaliste mondiale. Rohani a signé un accord sur le nucléaire en 2015 avec le G5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France et Allemagne), ce qui a apporté plus de capital et a permis de signer des contrats officiels avec les cartels. Mais dans tous les pays, les politiques néolibérales creusent le fossé entre les riches et les pauvres. En mai 2018, Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord et a rétabli de lourdes sanctions économiques. En une nuit, le coût de la vie a triplé. Peut-on imaginer ça ? On ne trouve plus de produits importés d’occident comme les Pampers ou les produits hygiéniques féminins. Certains travailleur.ses n’ont pas été payé.es depuis un an (un ou deux mois sur l’année tout au plus). Cela concerne à la fois les entreprises publiques et privées, même s’il est très difficile de les différencier en Iran. Par exemple, de nombreux gardes de la Sepah-e Pasdaran, l’armée paramilitaire du régime, sont propriétaires de ces soi-disant entreprises “privées”. Beaucoup de petites entreprises ont dû fermer et de nombreuses personnes ont perdu leur emploi pour des années. Nous voyons des situations que nous n’avions jamais vues auparavant. Certaines personnes dorment dans les tombes vides des cimetières parce qu’elles n’ont tout simplement nulle part d’autre où aller.

Les questions climatiques et écologiques sont aussi importantes. Les scientifiques disent que certaines régions d’Iran seront bientôt inhabitables. Dans les campagnes, la situation est souvent plus grave parce que certaines personnes n’ont pas accès à l’eau. La guerre de l’eau a commencé en Iran. À Ispahan la semaine dernière, on pouvait voir que l’eau coulait à nouveau dans la rivière Zayendeh mais ça sert surtout le tourisme. Les décideurs vont chercher cette eau dans d’autres villes et villages, principalement dans les zones résidentielles arabes d’Iran. La question environnementale se superpose à la question nationale parce que l’eau est prélevée dans des régions pauvre où les minorités n’ont aucun droit. Ispahan est un bon exemple parce qu’il y a de nombreuses industries métallurgiques qui ont besoin de beaucoup d’eau alors que la ville se situe en plein désert. Pouvez-vous imaginer ? C’est vraiment incroyable. Le Shah voulait développer l’industrie pour le prestige de la ville et pour apporter de l’électricité dans le centre. Aujourd’hui, si on veut préserver les industries (par exemple à Haft-Tapeh ), on doit utiliser toute l’eau. D’un autre côté, si on les ferme, 5 000 ouvrier.ères perdent leur emploi. Ce ne sont que quelques exemples du conflit entre le bien-être de la population et l’agenda néolibéral du régime islamique.

La crise apportée par le capitalisme en Iran n’est pas seulement économique mais aussi politique. Des contradictions existent au sein du régime iranien mais aussi entre le régime iranien et les pays occidentaux et entre le régime iranien et les autres puissances du Moyen-Orient. À l’intérieur même du régime, le gouvernement ne sait pas comment résoudre la crise et il n’y a plus d’unité comme il y en avait il y a 30 ans. Historiquement, il y a deux grandes tendances politiques. D’une part, il y a ceux qui pensent que nous avons besoin de renforcer le vernis idéologique du régime islamique et de garder nos alliés comme la Russie et la Chine contre “l’impérialisme” parce que l’opposition aux États-Unis est chère à ceux qui soutiennent le régime et à ses sympathisants. D’autre part, il y a les “partisans de Rohani” qui estiment que nous devrions développer nos relations avec l’occident pour remplir l’agenda néolibéral du régime : s’insérer dans le marché mondial en fournissant de la main d’œuvre bon marché et des consommateur.ices. Depuis la dernière manœuvre de Trump, ces deux tendances sont en crise. On a peur d’une guerre avec les États-Unis mais elle n’est pas facile à prévoir. Selon moi, nous sommes déjà en guerre. Pas en Iran mais en Syrie, en Afghanistan, au Yémen, en Irak, en Palestine et au Liban. Partout où le régime iranien fait la guerre pour renforcer son front contre les États-Unis et ses alliés comme Israël, l’Arabie Saoudite et la Turquie. Il y a un fort courant nationaliste en Iran et beaucoup d’iraniens sont racistes envers les arabes, les afghan.es et les minorités ethniques. Toutefois, le régime ne reconnaît pas cette situation complexe parce que pour le régime iranien, soit vous êtes avec lui, soit avec les États-Unis. Cette dynamique est très importante pour les régimes iranien et américain parce qu’elle empêche les gens d’entrevoir des alternatives.

Sur la question anti-impérialiste, l’une des plus grandes erreurs des communistes fut de ne pas comprendre que l’essence même de l’impérialisme est intimement liée aux relations de production. Certains communistes pensent que l’impérialisme est représenté uniquement par les États-Unis parce qu’ils constituent la plus grande puissance militaire du monde et qu’ils sont présents dans de nombreux conflits. Mais l’impérialisme est basé sur le productivisme et le régime iranien n’a jamais été anti-impérialiste. Dès le début, ce régime adopta une politique économique internationale dont les intérêts rejoignaient précisément ceux de l’impérialisme. Des partis comme le PTB(7) et d’autres courants similaires continuent de faire cette erreur parce qu’ils n’ont pas vécu notre révolution. Le régime iranien entretient une relation économique impérialiste avec ses voisins, notamment la Syrie. Il ne peut donc pas se qualifier d'”anti-impérialiste”. Pour cela, il devrait être socialiste, ce qui n’a jamais été le cas en Iran. Soutenir ce régime et le considérer comme anti-impérialiste est une grosse erreur que font certains mouvements de gauche occidentaux qui se basent uniquement sur une fausse image. Une autre façon trompeuse d’aborder un régime comme l’Iran est d’adopter un certain relativisme culturel et de soutenir l’idée que “les iranien.nes ne sont pas prêt.es pour le socialisme, l’anticapitalisme ou la libération des femmes”. Mais c’est faux !

Peux-tu nous parler de la situation des femmes en Iran et pourquoi le mois de mars est important pour le mouvement des femmes iraniennes ?

Les femmes sont les principales victimes du fossé économique qui divise les classes. Elles sont les premières à subir une pression économique et à être victime de la pauvreté, comme partout. La pauvreté et le prolétariat sont essentiellement féminins. C’est la même chose en Iran.

Dans la plupart des pays en développement, un mélange d’esclavage, de féodalité et de capitalisme est encore présent. Par ailleurs, l’état Islamique utilise la religion comme outil idéologique de pouvoir et de domination. Le régime islamique iranien fut le premier à bâtir un état islamique avec Dieu pour dirigeant suprême. Tous ces éléments soutiennent et nourrissent la subordination des femmes à ce que nous appelons le système d’oppression patriarcal. Bien sûr, les imams ont dû modifier les lois religieuses islamiques vieilles de milliers d’années pour les utiliser dans un état capitaliste moderne mais beaucoup des lois de la Sharia sont encore basées sur une idéologie esclavagiste et féodale. Par exemple, un père a le droit de tuer sa fille ou sa femme s’il la suspecte d’avoir des relations sexuelles avec un homme.

Les femmes sont piégées parce que le système capitaliste et néolibéral les encourage à sortir de chez elles pour travailler ou faire des études mais, d’un autre côté, l’idéologie fondamentaliste islamique considère que leur place est à la maison. C’est pourquoi, le régime impose le port du voile, afin que les femmes montrent que lorsqu’elles sortent de la maison de leur mari ou de leur père, elles sont toujours sous leur contrôle, le contrôle de l’état et celui de Dieu. Le hijab fonctionne comme une prison portable pour les femmes. Ce n’est pas facile d’être une femme dans cette contradiction. Certains communistes révolutionnaires ne comprennent pas que les lois puissent avoir un réel impact sur la vie des gens. Or, si les femmes veulent s’insurger et combattre le régime islamique, elles ont avant tout besoin d’un minimum de droits « bourgeois » démocratiques pour être pleinement considérées comme des citoyennes. En Iran, lorsqu’une personne commet un meurtre, elle doit payer une somme d’argent (appelée Diya ce qui signifie prix du sang). Cet somme est divisée par deux lorsque la victime est une femme. Si une femme témoigne au tribunal, sa parole vaut la moitié de celle d’un homme. Ce qui signifie que vous êtes officiellement considérée comme la moitié d’un homme. Vous n’avez pas le droit d’étudier, de travailler ou de voyager sans la permission de votre père ou de votre mari. Bien sûr, beaucoup de femmes le font, surtout les citadines, mais les hommes ont potentiellement le droit de contrôler les femmes et de les priver de ces libertés. Ils ont aussi le droit de battre et de violer les femmes. Si un étranger vous viole, il peut facilement vous dénoncer en disant que vous ne portiez pas votre hijab correctement ou que vous n’aviez pas la permission de sortir. Si une femme est mariée, il n’est pas rare qu’une relation avec un autre homme la condamne à la lapidation à mort.

Deux semaines après l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, la première décision conservatrice a été de forcer les femmes à porter le hidjab dans les lieux publiques. Partout dans le monde, les premières cibles des attaques conservatrices sont les femmes. C’est le cas en Afghanistan avec les Talibans, en Irak avec Daech (ISIS), aux États-Unis avec Trump. En Iran, c’était en mars 1979. Pendant six jours, des milliers de femmes sont sorites dans les rues pour protester contre la Fatwa de l’Ayatollah. En comparaison avec d’autres manifestations pendant la révolution, ce n’était pas la plus grande, mais elle regroupait majoritairement des femmes. Elles furent agressées par les militants islamistes munis d’acide, de lames de rasoir et d’armes à feu. Nous appelons cette manifestation “la naissance du nouveau mouvement des femmes” parce que c’était la première fois dans l’histoire du pays qu’elles sortaient dans les rues pour se battre pour leurs droits. Les femmes avaient envahi les rues pour la révolution, pour des changements économiques et sociaux, contre la guerre mais pas encore pour les droits des femmes. Elles furent très, très courageuses de s’opposer à Khomeiny à l’époque parce que tout le monde l’acceptait comme le dirigeant et presque tous les partis le considéraient comme un anti-impérialiste progressiste. Les femmes furent les premières à comprendre que le régime était conservateur et elles avaient un slogan célèbre : « nous n’avons pas fait la révolution pour reculer mais pour avancer ! ». Cette histoire est méconnue et souvent mal racontée. Nous essayons de la maintenir en vie avec le mouvement des femmes. Il existe des livres, des articles, des entretiens mais aussi un court-métrage “année zéro” réalisé par le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en France. Le rôle politique des femmes n’était pas reconnu à l’époque par les communistes, les socialistes et les laïques. Malheureusement, au même moment, dans certains tracts politiques et même ceux de la gauche, les femmes étaient traitées de “bourgeoises”, “monarchistes”, “sympathisantes de la famille du Shah, d’Ashraf ou Farah”, “salopes”. Après avoir agressé les femmes, le régime commença à attaquer les turkmènes, les kurdes, les arabes, les homosexuel.les et d’autres minorités. Et après, enfin, les partis de gauche. Comme le disait un poète allemand “Ils sont d’abord venus chercher … puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne me défendre”.

En tant que femmes, nous devons résister contre beaucoup de choses et nous battre pour tout : pour ce que nous voulons porter, manger, dire, pour ce que nous voulons être ou faire, pour notre droit à aller à l’école, pour rentrer tard, pour faire du sport,… Dès le réveil, vous commencez “contre votre père, votre frère, votre mari”. Le régime contrôle votre lit, votre vie privée: “qui vous accompagne, pourquoi, combien de temps et pour quel résultat?”. Quand vous résistez contre tout, vous êtes comme un soldat qui est constamment sur ses gardes. Les femmes doivent trouver des façons créatives de lutter pour survivre au quotidien et aller de l’avant, pour changer leur condition. Étape par étape. 60% des étudiant.es à l’université sont des femmes, ce qui montre bien qu’elles veulent être dans l’espace public. Dey mah fut un moment important parce que toute la société s’est levée contre le régime, ce qui donne plus de force, de pouvoir et d’espace pour montrer que vous refusez que l’on contrôle votre corps. Les femmes qui enlèvent leur voile dans les espaces publics ne le font pas uniquement pour prendre une photo mais pour prendre position, pour lutter et transmettre un message. Ces femmes veulent renverser le régime. Pour moi, en tant que femme révolutionnaire dont la préoccupation est l’émancipation des femmes, le droit de s’habiller comme on le souhaite n’est pas un but en soi, mais un droit fondamental que chacun devrait avoir. Notre combat contre le port obligatoire du hijab n’est pas limité au droit de choisir nos vêtements, il a un niveau tout autre, plus profond et c’est le concept du hijab. Le hijab a une fonction particulière, c’est le drapeau du régime islamique sur le corps des femmes. Il est le symbole de la subordination des femmes, traitées comme des marchandises, des objets sexuels. L’oppression patriarcale dans le système d’exploitation capitaliste a besoin de contrôler le corps des femmes comme un moyen de reproduction. Ce n’est pas juste une question de religion et d’idéologie, elle a de réelles bases matérielles. Si nous adoptons un régime laïque, ça ne signifiera pas nécessairement que le contrôle sur le corps des femmes s’arrêtera.

Pourquoi avons-nous besoin d’une lutte internationale selon toi ?

Nous devons apprendre les unes des autres, pas se recopier. Nous ne pouvons pas dicter notre manière de lutter aux autres mais nous devons apprendre de ce que nous avons respectivement accompli. Au sein de Karzar, il est très important pour nous de faire entendre notre voix. Nous ne soutenons ni le régime islamique ni l’interventionnisme impérialiste.

Je ne veux pas que les femmes belges se battent contre le régime iranien. Nous pouvons le faire nous-même. Ce que je veux par contre, c’est qu’elles se battent contre leur régime en Belgique. C’est leur rôle. Si elles se battent bien, ce sera également plus facile pour nous de nous battre. L’impérialisme fonctionne parce que les mouvements anti-impérialistes sont faibles en occident. Si le mouvement des femmes en Belgique est révolutionnaire plutôt que réformiste, nous obtiendrons bien plus de victoires en Iran. C’est ça le sens de l’internationalisme selon moi. Je ne me bats pas seulement pour la liberté du peuple iranien. Si nous destituons le régime iranien grâce à une révolution, nous ouvrons la voie pour les peuples de beaucoup d’autres pays du Moyen-Orient.

Nous avons beaucoup à enseigner aux féministes occidentales. Si elles apprennent les leçons à propos des forces réactionnaires en Iran, elles peuvent comprendre le danger de l’extrême-droite. L’internationalisme ne consiste pas à supplier les féministes occidentales de venir dans nos manifestations et de prendre la parole pour nous. C’est gentil évidemment et cela nous apporte du soutient, mais nous avons besoin de plus. Nous avons besoin d’un mouvement de lutte international et uni contre le système de classe et patriarcal.

Comment soutenir ?

Rejoins le rassemblement à Bruxelles en face de l’ambassade iranienne le 8 mars à 14h30 : facebook.com/events/2150591008330802/

 

https://www.gaucheanticapitaliste.org/iran-qui-se-souvient-du-8-mars-1979/