5 Janvier à Nantes et St Nazaire : toujours plus nombreux, toujours plus déter'

Mis a jour : le lundi 7 janvier 2019 à 20:24

Mot-clefs: gilets_jaunes
Lieux: Nantes nazaire saint

- Au moins 5000 manifestants en Loire-Atlantique -

Tout a été fait pour anéantir la révolte des Gilets Jaunes. Les calomnies médiatiques. La violence policière d'une ampleur inédite. Les discours répétant en boucle que le mouvement s’essouffle. Le chantage à l'antiterrorisme. Les menaces proférées le soir même du Réveillon par le président en personne. Tout. Mais rien n'y fait, c'est une lame de fond qui continue de monter.

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En Loire-Atlantique, deux manifestations étaient organisées simultanément. Dans la grande métropole, Nantes, et le bastion portuaire et ouvrier, à l'embouchure de la Loire, Saint-Nazaire. Deux fronts de lutte, à 60 kilomètres l'un de l'autre, qui se sont répondus du matin jusqu'à la nuit.

A Saint-Nazaire, dès 10H, l'immense pont qui surplombe l'estuaire est bloqué. D'avantage par les gendarmes mobiles que par les quelques centaines de manifestants présents, qui comptaient y déjeuner. Plusieurs banderoles témoignent de la colère partagée contre les violences policières : deux jeunes nazairiens ont été très gravement blessés ces dernières semaines lors des manifestations à Nantes. Notamment Adrien, qui a frôlé la mort, après avoir reçu un tir en pleine tête la semaine passée, et se trouve toujours à l’hôpital. Après un long face à face et des grenades lacrymogènes jusque dans le champ adjacent au pont, un énorme pneu de tracteur est amené jusqu'à la route pour faire un feu. Face aux charges, des barricades sont improvisées avec des glissières de sécurité et des panneaux de signalisation. Mais il est déjà l'heure de rejoindre la manifestation en ville.

De grosses volutes de fumée noire s'élèvent dans le ciel. Elle viennent de la sous-préfecture. Quelques anonymes ont allumé un départ d'incendie aux niveau des entrées du bâtiment, prenant tout le monde de court. Alors que les pompiers éteignent la façade noircie, les forces de l'ordre arrivent trop tard, et très énervées. Une grosse barricade est enflammée devant un rond point couvert de palmiers. Puis le cortège se met en mouvement. Plus de 1000 personnes vont arpenter les rues géométriques de la ville dans tous les sens, en allumant un très grand nombre de barricades. Devant le Palais de Justice, on pose des images de blessés par la police. Plus loin, des banques sont prises pour cibles. L'une d'elle est saccagée en fin d'après-midi. Peu avant, c'est le commissariat de la ville qui avait les vitres brisées et la façade taguée par une foule en délire. Les véhicules de la BAC sont systématiquement mis en fuite. Sur le port, en fin de journée, les charges policières deviendront plus intenses, et plusieurs personnes seront arrêtées.

A Nantes, une première action est organisée peu après midi devant le siège de France 3, « contre la désinformation ». Mais les Gilets Jaunes sont gazés avant même de pouvoir approcher le bâtiment. Retour au cœur de la ville, avec un autre rassemblement où un street medic est arrêté avant même le départ de la manifestation. Les policiers sont pris à partie par une foule excédée par leurs agressions. Ils paniquent, et relâchent la personne interpellée.

L'image forte de l'après-midi reste le cortège de femmes en première ligne, bras dessus bras dessous, guidant la manifestation. Derrière elles, il y a foule : autour de 4000 personnes, peut être d'avantage. Bien plus que pour les précédents Actes. Avec plus de 5000 manifestants dans le département, c'est la plus grosse journée depuis le 17 novembre. Mais la police ne fait aucun détail : le cortège de tête féminin est gazé, matraqué. C'est le début d'une grande confusion dans toute la ville, avec plusieurs cortèges qui partent en différentes directions, puis se rejoignent. Un camion passe à hauteur de défilé et décharge des boucliers et des outils divers pour que les manifestants se protègent. Des feux d'artifice sont utilisés à de nombreuses reprises pour tenir la répression à distance. Le stock de sapins de Noël de la Place Foch est incendié, provoquant des flammes de plusieurs mètres de haut. La patinoire où s'amusent des enfants reçoit des gaz lacrymogènes. Deux véhicules de police ont leurs vitrines brisées. Des camions de gendarmes chargent directement dans la foule. Parfois, ils sont chargés à leur tour. Des quarantenaires dépavent massivement.

Devant le commissariat du Cours Olivier de Clisson, alors que les Gilets Jaunes tentent d'avancer, plusieurs grenades GLI F4, explosives, contenant du TNT, sont lancées. Ce sont les munitions qui arrachent des mains. Ou des vies. D'autres explosifs seront envoyés par la police devant le Château des Ducs. Le fait qu'un manifestant ait failli mourir quelques jours avant à Nantes n'a pas visiblement calmé les autorités. Malgré tout, les cortèges paraissent infatigables, et des grappes se manifestants continuent de se rassembler à la croisée des trams jusqu'à la tombée de la nuit, d'autres repartent vers la préfecture en criant « La rue est à nous ! ».

Vers 18H, de nouveaux tirs de feux d'artifice sont interrompus par une attaque d'une grande violence des forces de l'ordre, avec des grenades explosives et lacrymogènes. L'air est irrespirable, saturé de gaz. Une trentaine de personnes en panique se réfugient dans un restaurant. Des palets de lacrymogène rentrent dans l'établissement, des gens suffoquent. Une porte de secours est ouverte pour trouver de l'air frais, les gens se réfugient dans une arrière cour. Les policiers entrent dans le restaurant et matraquent à tout va les manifestants pris au piège. Tout le monde doit s'allonger par terre, main sur la tête pour certains. La BAC fait des blagues sur Zyed et Bouna, juste à côté d'un transformateur situé dans la cour. Pendant de longues minutes, les manifestants sortiront au compte goutte, humiliés, fouillés et pris en photo un par un. Une personne est interpellée. Une autre s'est cassé les deux jambes en sautant d'une fenêtre pour s'enfuir. Logique de terreur.

Autour de 21H, un feu sera aperçu devant la porte de la préfecture de Nantes. Visiblement, des inconnus ont fait durer la manifestation.

C'est peu dire que la journée fut mouvementée dans le département. Et ailleurs ? L’hôtel particulier abritant l’infâme porte parole de Macron a été défoncé avec un engin de chantier à Paris. Un boxeur contre des gendarmes casqués. Bordeaux et Caen en état d'insurrection. Rouen et Dijon déchainées. Et ce n'est qu'un début !

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Crédits photos : Suvann, Maka, F. Gérard, L'indé Nantais, presse ...