Mouvement du 17 novembre - Que faire?

Mis a jour : le mercredi 7 novembre 2018 à 15:15

Mot-clefs: Resistances luttes salariales / -ismes en tout genres (anarch-fémin…) précarité lutte étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement exclusion chômage
Lieux: france partout

Début octobre, une jeune femme, Priscilla, lance une pétition contre l'augmentation du prix de l'essence, partant d'un constat simple : «toutes les personnes qui vivent en banlieue ou dans des zones rurales et qui prennent leur voiture tous les jours n’en peuvent plus de ces augmentations». La pétition se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, et recueille des centaines de milliers de signatures. Elle devient le moteur d'une journée d'action le 17 novembre. De nombreux internautes appellent alors à faire de cette date un moment de blocage des voies. Parmi les plus influents, deux routiers dont les vidéos sont vues des millions de fois. Et dans un second temps, des récupérateurs d'extrême droite apparaissent, notamment un certain Franck B., militant proche du Front National, qui publie des vidéos relayant l'appel. Les notables d'extrême droite, Le Pen et Dupont Aignan, lui emboîtent le pas. Entre temps, la mobilisation sur facebook pour le 17 novembre a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes. Des groupes s'organisent dans chaque ville, avec l'intention de ralentir ou d'arrêter la circulation. Leur slogan ? « Bloquons tout ». Un sondage vient de paraître : « 78% des français soutiennent le mouvement ». Le gouvernement tente déjà d'y répondre dans les médias. Quel que soit l'impact réel de cette journée, elle aura déjà beaucoup plus fait parler d'elle que les jours de grève inutiles, sans perspective ni énergie, décidés par les centrales syndicales depuis deux ans. Tentative d'analyse de cette mobilisation inclassable.

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Quelles revendications ?

La revendication première paraît très limitée : la lutte contre l'augmentation du prix du carburant, qui atteint effectivement des sommets ces dernières semaines, à cause de l'augmentation des taxes. Au delà de l'hypocrisie d'un gouvernement qui prétend taxer l'essence pour raisons «écologiques » tout en faisant des cadeaux faramineux aux plus riches et au multinationales qui détruisent la planète, cette revendication pose une question bien réelle. Celle des formes de vies contemporaines. Celle des existences gâchées à passer des heures chaque jour au volant pour aller subir des jobs précaires et inutiles, toujours plus éloignés de nos lieux de vie. Les métropoles s'étendent, le béton dévore le paysage, et de plus en plus de personnes sont contraintes de se loger toujours plus loin, dans des zones péri-urbaines sans âmes, pour des raisons économiques. Les mêmes doivent rouler toujours plus longtemps pour aller rejoindre leurs lieux de travail. Cette France périphérique, éloignée des centre-villes, est celle des perdants de la mondialisation, des perdants de la métropole, des exclus de la gentrification. Celle qui ne peut pas aller au travail en vélo, en transports en commun, voire en taxi. Balayer cette réalité en traitant simplement les organisateurs du 17 novembre de « fachos » est un non-sens et une erreur politique.

Oui, l'appel au 17 novembre est insatisfaisant, mais il part du réel. Il part des conditions objectives d’existence déplorables subies par des millions de personnes. De la même manière, le mouvement contre la loi travail en 2016 était parti du réel, avec des recueils de témoignages en ligne contre la précarité, les humiliations des petits-chefs, les salaires de misère ...

Une initiative d'extrême droite ?

En regardant les groupes facebook d'appel au 17 novembre, on ne peut que constater une grande confusion. Des appels à chanter la Marseillaise côtoient des appels à « refaire Mai 68 ». On y débat pour savoir s'il faut avoir le soutien des policiers, ou au contraire les attaquer. D'autres veulent « élargir les revendications » plutôt que se concentrer sur le prix de l'essence. Ces groupes ne sont pas d'extrême droite, mais il est incontestable que des militants d'extrême droite tentent de faire de l'entrisme sur ces réseaux. On y trouve aussi des syndicalistes, des militants de gauche, voire d'extrême-gauche. Mais pour l'immense majorité, il s'agit d'une France périphérique sans références précises, qui se revendique « apolitique ». A l'image de la situation du pays : instable et atomisé, mais en colère.

Sur le fond, les protestations contre les taxes rappellent effectivement des mouvements réactionnaires, comme celui de Pierre Poujade dans les années 1950, ou plus récemment le mouvement confus des Bonnets Rouges en Bretagne. D'autant plus qu'on trouve aussi bien des travailleurs précaires que des patrons d'entreprise dans ces différents appels : autant de mondes qui n'ont aucun intérêt commun, et qui se retrouvent ligués ensemble contre le prix de l'essence.

Mais si l'on remonte plus loin, les révoltes anti fiscales font aussi écho aux Jacqueries paysannes de l'Ancien Régime, qui ont mené à des situations insurrectionnelles contre les injustices. On a aussi vu ces dernières années en Espagne des refus collectifs de payer les loyers ou les taxes. Dans un climat où le président s'affiche comme un monarque aux goûts luxueux, et crache ouvertement sur la plèbe, ce refus de payer plus de taxes se comprend largement.

En bref, il est difficile de classer ces revendications sur l'échiquier politique traditionnel, même si, redisons le, elles ne sont pas suffisantes pour en faire un véritable mouvement social. Il s'agit pour l'instant d'un agrégat de colères.

« On bloque tout ». Un moyen d'action efficace ?

C'est là le plus important, et aussi le plus douloureux. Nous avons tous constaté l’inefficacité des seules manifestations. Nous savons tous qu'une victoire sociale passe par le blocage de l'économie. Alors que les mouvements sociaux appellent depuis des années à « tout bloquer » sans jamais y parvenir, ni à organiser sérieusement les blocages, le mouvement du 17 novembre lui, a l'air de vouloir se donner les moyens de paralyser les flux.

Les directions syndicales ont fait preuve de leur totale inefficacité alors que les attaques de Macron sont d'une violence sans précédent : tout au plus quelques manifestations minables, isolées, sans volonté d'engager le rapport de force. Les «cortèges de tête» non plus, ne sont pas parvenu à aller au delà des actions spectaculaires et des slogans radicaux. Pendant tout le printemps 2016, nous avons crié «on bloque tout» sans effet. Au printemps 2018, nous n'avons pas été capables de dépasser le calendrier syndical qui nous a mené à l'échec, malgré une multitude de luttes.

En s'organisant sur facebook, le mouvement du 17 novembre a imposé sa propre date, son propre calendrier, avec l'objectif affiché de tout bloquer. Ce mouvement que beaucoup insultent, ou traitent avec mépris, serait-il en passe de réussir ce que les révolutionnaires n'ont pas réussi à mettre en œuvre ? Nous aurons la réponse dans une dizaine de jour.

Que faire ?

Si notre seule réaction face aux dizaines de milliers de personnes qui s'organisent pour bloquer effectivement l'économie, se cantonne à les traiter de fascistes, alors nous avons déjà perdu. Rejoindre sans regard critique cet agrégat de colères n'est pas non plus la solution. Si ces colères confuses n'émergent ni dans les manif classiques, ni dans les cortèges de tête, posons nous les bonnes questions. Les centrales syndicales font échouer toutes les luttes depuis 10 ans, les mouvements radicaux se font isoler par la répression, la propagande, et les logiques d'entre-soi puristes. Comment dépasser ces contradictions ? En organisant des blocages parallèles ? En ciblant des multinationales comme Total ? En allant soutenir ces blocage tout en affichant des revendications anticapitalistes ? La question reste ouverte.

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Commentaire(s)

> On en est là ?

Non mais vous êtes sérieux là ?
L'organisation apolitique facebookiene contre le complo judeo bolchevique de Macron ?
On participe à des trucs comme ça histoire d'avoir des trucs à bloquer.
Alors dites, les gens, quand les actions de Nantes Révolté passeront aux info avec un apolitique du FN qui va bien vous utilisez pour démontrer que enfin vous voyez bien que c'est apolitique, même les jeunes d'extrême gauche -il faut bien que jeunesse se passe- ont répondu à notre appel.
Car oui au fait, les gens, les appels à l'origine c'est pas tout à fait le "vrai apolitique" comme vous semblez croire, la meuf qui a fait la vidéo elle en est pas à son coup d'essai, et la dernière fois, c'était pour gueuler après les chemtrails...

Alors bon, je veux bien que 80% ça fait bander, enfin, jusqu'à l'instant où on analyse le fait que c'est 80% derrière des revendications hyper réac et suite à des appels carrément fasciste.
Alors oui, nous aussi on a lu le bouquin (mais pas que celui là), l'insurrection qui vient, faudrait quand même penser à voir ce qu'elle ramène avec elle...

> moins de verve que d'hab

Texte écrit à plusieurs mains ?

> un commentaire a été caché

alors on va rester sur le sujet initial, sinon passage des commentaires en modération à priori.

> Et les keufs ?

Un syndicat de flic qui se joint à la grogne et appelle à ne mettre aucun pv le 17nov?

Le 17nov est un rassemblement réactionnaire comme il y en a eu tant d'autres..

> Encore et toujours

C'est un mouvement hyper individualiste, politique à l'insu du plein gré des individu-es.
Quoi faire ? Éventuellement appeler à l'augmentation du diesel, APRÈS avoir développé un réseau de transport en commun, gratuit. Bref proposer une alternative collective non commerciale.
Beaucoup des ''gilets jaunes'' se déclarent otage à chaque manif'

> +

Mouvement de revolte populaire contre le capitalisme et l état.

J en suis.

> Pas confondre

Y'a peut-être confusion entre "populaire" (dont le sens et l'intérêt restent à expliquer) et "populiste", qui collerait mieux à cette "lutte", ou disons plutôt revendication.

Quand à y voire une lutte contre le capitalisme et l'état, j'attend toujours qu'on me montre un texte de ces évènements facebook qui porte ces positions. Autrement ça reste surtout une revendication reformiste.

> Marcel Campion, Booba avec nous!

L'argument: "sortir de l'entre-soi" peut être utilisé pour justifier tous les confusionnismes. Pas étonnant de la part de celles et ceux qui font un triomphe à Marcel Campion et Booba!

> Plus que nous...

À noter que le pouvoir prend les choses au sérieux au vu des contre mesures. Même un péteux opportuniste comme de Rugy à été obligé de sortir du bois et concéder mine de rien quelque centimes de rabais... À propos du bilan décevant des efforts des révolutionnaires pour déclencher un mouvement fort et décisif vers un antagonisme ouvert, c'est malheureusement une nouvelle illustration de l'imprevisibilité des dynamiques sociales... Mais rien de neuf depuis 89, 71, 36, 68....Seuls des signes avant coureurs d'une onde de fond. Et des signes il y en a mais difficile à interpréter.

> Ne pas répéter les Bonnets rouges

Ce mouvement concerne tous les habitants et habitantes de la périphérie des métropoles qui ont besoin de se déplacer pour leur vie. Je ne parle pas de qui se déplace à pied, stop, vélo... Et désolé pour tous les puristes antifa qui decelent la trace de l'extrême droite (c'est pas faux) mais un mouvement n'est jamais chimiquement pur. Le vrai risque vient de la gauche institutionnelle - syndicats partis ongs "progressistes" etc. Comme pour les salariées de l'agro-alimentaire du Finistère traités d'esclaves par Melenchon qui ont ete abandonnés par la gauche sous les directives de Hollande et qui ont été assimilées aux anti taxe bien réacs et autres legumiers du Léon sous l'appellation à contre emploi de Bonnets rouges. Le risque du 17 est qu'une revendication de pauvres soit connoté politiquement de droite via les médias et politicards comme Grivaux qui parle de ceux qui fument des cigarettes et roulent au diesel. Deux traits impardonnables pour qui se pique de modernité....

> Blocages inutile

bloquer des routes des ponts ..etc ne servira à rien surtout un samedi , moi j'aurai plutôt vue une masse de personne autour du centre national des traitement de rennes
là ou tous les PV automatisés (souvent injustes) sont traités . bâtiment symbole de la repression routière pompe à fric qui sévit depuis 15 ans , mettre hors d'état tous ces radars et ces nouveaux panneau 80 km/h .

> Une idée

Peut-être de pointer pour attaquer quiconque tient un discours faf. Mais ça risque de faire pas mal de monde...
À peu près 80% des 80% ...

> Ne pleurez pas

C'est assez pathétique de voir Nantes Révoltée, qui pendant le printemps 2016 nous vendait contre tout bon sens chaque jour comme une veille de révolution, tentée de s'accrocher à la roue des petits-bourgeois réactionnaires pour voir enfin venir l'insurrection.
Mais rassurez-vous, les petits-bourgeois réactionnaires ne font pas la révolution, vous ne raterez rien le 17 novembre. « On bloque tout », ce n'est qu'une tentative de fascistes qui veulent eux aussi (avec plus de cohérence idéologique tout de même) se raccrocher à ce moment de colère massive. Ils ne bloqueront rien, ça va faire plof comme tant d'autres appels du même genre dans le passé.
L'âme de ce mouvement, c'est cette France périphérique et mécontente qui a besoin de gasoil pour aller bosser parce qu'elle adhère à mort à l'idéologie de la valeur travail et qui prétend être étouffée par les taxes parce qu'elle a besoin de sa bonne oseille pour s'acheter ses smartphones, ses écrans plats et ses canapés en cuir. Donc le 17 elle va montrer les dents, le 19 elle va retourner au boulot et le 24 elle va se ruer dans les supermarchés combler son manque après deux semaines sans consommation.
Et puis c'est bientôt Noël, alors youpi, vraiment pas de quoi pleurer !

> Nantes apo

Incroyable ce texte. A force de dénoncer le "ghetto radical" (ici les "logiques d'entre-soi puristes") comme ses potes apellos (l'usage du mot plèbe dans ce texte est pas anodin), NR tombe dans le populisme le plus crasse. Faire le grand écart et dépolitiser pour plaire au plus grand nombre, ben ça donne ça, une analyse misérable, et finalement aucune réponse un tant soit peu tangible à la question.

Je préfère nettement ce texte dont l'analyse est bien plus pertinente : https://nantes.indymedia.org/articles/43587

Et à propos de cette prétendue "france périphérique" (concept utilisé de Wauquiez à Le Pen) : https://www.liberation.fr/debats/2018/10/14/inegalites-territoriales-parlons-en_1685261