La fange radicale du journalisme réactionnaire

Mis a jour : le dimanche 7 janvier 2018 à 21:58

Mot-clefs: Ecologie Médias Répression contrôle social aéroport notre-dame-des-landes
Lieux: Bure france Notre-Dame-des-Landes ZAD

Christophe Cornevin, le journaliste réactionnaire a encore frappé dans un article du figaro aussi médiocre qu’approximatif intitulé « 50 projets d’aménagement dans le collimateur des zadistes ».

Nominé aux Big Brother Awards de 2013, dans la catégorie « exécuteur des basses oeuvres » après un article déjà mensonger et sensationnaliste sur Notre-Dame-des-Landes, notre ami a une plume bilieuse et bien pendue lorsqu’il s’agit de servir un discours sécuritaire. Migrants, zadistes, islamistes en font régulièrement les frais. Quand monsieur Cornevin ne joue pas les voisins vigilants en louant chaque nouveau joujou législatif ou nouveau dispositif policier qui transforme chaque jour davantage nos rues en casernes à ciel ouvert, il traque l’ennemi intérieur derrière son écran.

Pas besoin de bouger ses fesses, le journalisme d‘aujourd’hui se contente de débiter des âneries à longueur de colonnes, bien calé dans des bureaux parisiens. Encore un qui jouit (intensément) de ce privilège si spécial d’un cartel de scribouillards bombardés « chroniqueurs police », autorisés à se prendre régulièrement un petit café avec Bob du renseignement, à la cafette de Levallois-Perret ou du 36 rue du Bastion, nouveau lieu d’élection de la PJ.

Comme d’habitude, monsieur Cornevin ne s’encombre pas de sources, il jette vite fait en vrac un méli-mélo d’informations glanées dans un moteur de recherche et passées au filtre d’une analyse grossière, subjective et indigne d’un travail journalistique de qualité. On pond en pleine page une énième cartographie de 50 lieux en lutte réduite à quatre exemples caricaturaux parmi lesquels la lutte anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes, celle contre l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure, contre le transformateur électrique de St Victor ou le grand contournement ouest de Strasbourg. On y ajoute un brin de dramaturgie avec 75 analystes de la SDAO qui compilent la « masse d’informations » collectée par « 130000 militaires en bleu qui quadrillent le pays ». On saupoudre par-dessus tout ça quelques qualificatifs sensationnalistes du type « frange radicale », « tribus zadistes », « insurgés professionnels », « vétérans de notre-dame-des-landes », « vrais casseurs », « gentils écolos », etc. Il n’en faut pas plus pour agiter le spectre de l’ennemi intérieur zadiste qui projetterait son ombre sur l’ensemble du territoire en vue de le « coloniser », dixit un « fonctionnaire de haut-rang ».

Le plus délirant restera ce plan de bataille zadiste complètement caricatural de colonisation du territoire qui serait mis en œuvre dans les différentes zones en lutte selon un schéma récurent. En « phase 1 » une communauté de lutte s’agglomère sur une colère locale nimby (« je n’ai rien contre ce genre de projet dans l’absolu, mais pas chez moi ». Jusque là c’est plutôt vrai en général mais pas toujours : les réalités locales changent considérablement d’un endroit à l’autre, et les réactions diffèrent parfois beaucoup selon si des associations pré-existantes ou des individus déjà mobilisés sur un terrain politique initient un premier cercle d’opposition ou si des riverains en colère se mobilisent. Les moyens d’actions eux-mêmes varient beaucoup selon les couleurs de la lutte qui émerge.

C’est avec la « phase 2 » qu’on rentre dans la caricature la plus grossière : lorsque les premiers engins de chantier arriveraient, une médiatisation émergeraient et les locaux en lutte appelleraient à la rescousse des « zadistes » pour occuper le terrain, en leur offrant « gîte et couvert ». S’il s’agit réellement d’une analyse en provenance de la Direction générale de la gendarmerie nationale, on ne s’étonne plus d’opérations aussi incohérentes et dramatiques que celle qui a vu la mort de Rémi Fraisse sur le lieu de l’opposition au projet de barrage à Sivens. Si c’est certain que l’arrivée fréquente d’engins de chantier en violation totale des lois sur l’environnement et en dépit de tous les recours juridiques en cours initiés par les opposants, provoque une émotion vive et une mobilisation massive pour entraver des travaux, les phénomènes d’occupation ne sont pas nouveaux comme on voudrait nous laisser le croire : le Larzac est un exemple célèbre mais bien d’autres sites ont connu des résistances acharnées et souvent violentes et des occupations depuis les années 70. La lutte contre l’aéroport de NDDL date des années 70 et les mouvements de contestation anti-nucléaires étaient vifs à l’époque. Bure n’était pas seul site choisi pour un centre d’enfouissement dans les années 90, trois autres sites ont été abandonnés devant une opposition très virulente et parfois même physique. Les luttes contre les lignes THT ont également vu des actions de contestation et de sabotage avoir lieu dans les années 70 et 80.

Le terme zadiste ne fait lui-même pas l’unanimité malgré des mimétismes de pratiques dans les mouvements de contestation. Les opposant-e-s à Bure avaient notamment publié un texte intitulé « Bure, la ZAD que ne cache pas la forêt » qui souligne la singularité de la ZAD, zone à défendre en opposition à la zone d’aménagement différée de Notre-Dame-des-Landes. Chaque territoire a sa singularité, chaque lutte ses enjeux et on ne saurait les réduire au terme très galvaudé de « zadiste » trop largement utilisé comme épouvantail par ses détracteurs pour avoir encore du sens.

De même que monsieur Cornevin qui réduit une manifestation de 700 personnes à Bure à 300 black-bloc agitant des drapeaux antifascistes allemands (pour qui a vécu les événements, la description donnée ici est sinon malhonnête dans tous les cas mensongère, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la quasi-absence de drapeaux) ou qui brosse le tableau d’une ZAD armée jusqu’aux dents en prévision d’une opération d‘évacuation, on assiste depuis quelques semaines à un raz-de-marée d’articles et reportages alarmistes sur le « danger zadiste » dans la presse réactionnaire. L’opération médiatique est digne des campagnes de diffamation des étrangers avant régime vichyiste, en 1938-40. La commodité de notre époque très inter-connectée, c’est qu’on peut troquer une étoile jaune trop fâcheuse contre une fiche S (comme Sûreté) dédiée aux milliers de zadistes de la « frange radicale ». Après tout, l’état d‘urgence a permis de s’exercer sur les musulmans soupçonnés de radicalisme islamiste, en les assignant par centaines, il ne faut qu’un pas pour qu’à la satisfaction d’un Monsieur Wauquiez ou d’un Monsieur Ciotti toujours en pointe lorsqu’il s’agit de réduire les libertés publiques, on assigne à résidence tous les fichiers S, dont le casting demeure toujours aussi mystérieux et sujet à caution. C’est à se demander si le qualificatif zadiste ne bénéficie pas à lui seul d’une des 16 catégories de fiche S tant il devient obsessionnel chez les gendarmes de terrain aussi bien qu’en « haut-lieu ».

En tout état de cause, les 75 analystes de la SDAO ont sans doute bien d’autres chats à fouetter que d’être concentrés 24/24h sur les zones en lutte, et la petite phrase d’un haut-fonctionnaire glanée dans l’un ou l’autre buffet offert Place Beauvau ainsi qu’un mystérieux plan de colonisation déroulé par des « zadistes » « vétérans » constituent de bien maigres sources pour un article qui brasse surtout de l’air réchauffé et vicié.

Encore un petit effort, M. Cornevin , vous êtes en bonne voie pour vous dégotter une légion d’honneur dans les latrines du ministère de l’intérieur; il faut viser très bas pour s’élever parfois au plus haut.

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