Nantes, 16 novembre : répression policière et assemblée populaire

Mis a jour : le samedi 18 novembre 2017 à 01:59

Mot-clefs: luttes salariales / lutte loi loitravail travail loi_travail étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement
Lieux: Nantes

« Pic de pollution et mauvaise qualité de l'air sur Nantes le 16 novembre » annonçait la météo cette semaine. C'est effectivement dans une atmosphère irrespirable que la journée de mobilisation s'est déroulée. Dès le matin, les lycéens de Jules Verne, dans le centre-ville, bloquaient leur établissement. Blocus, comme d'habitude, immédiatement mise en échec par une police omniprésente dans la ville. Avant même que la foule ne se rassemble, plusieurs interpellations avaient déjà été effectuées, et des violences policières étaient signalées contre les lycéens qui se rendaient à la manifestation en tramway.

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Quand la foule s'élance, autour de 10H30, nous sommes près de 5000 personnes dans la rue, par un froid mordant. En tête, un cortège où se mêlent silhouettes noires et drapeaux syndicaux, on aperçoit derrière les banderoles une forêt d'étendards qui donnent à l'avant de la manifestation une allure inédite et stylée. Au bout de quelques mètres seulement, le parcours prévu et annoncé, qui devait passer par la Place Bretagne, se heurte à une ligne de policiers qui empêchent physiquement le défilé de se poursuivre. La préfecture a décidé de jouer la carte de la tension. Gaz, grenades, mise en joue par les armes de la BAC. Le défilé reflue dans un épais nuage urticant, la rage au ventre, pour retourner sur la seule artère qui semble désormais autorisée à Nantes : le cours des 50 Otages.

Rompant avec le calme relatif des précédentes manifestations, des bruits de verre brisé accompagnent l'avancée du cortège : toute les publicités du parcours son consciencieusement mises hors service. Nouveau coup de chaud devant la préfecture, abondamment repeinte en rose dans la bonne humeur. Les CRS, qui menacent, comme à chaque fois, les manifestants, depuis les jardin du préfet, avec leur canon à eau sont pris pour cible. Une dédicace au policier arroseur est inscrite sur dix mètres de long, alors que passe en fond sonore la musique de Benny Hill : « Bébert ». Un peu plus loin, les percussionnistes en rose qui accompagnent le cortège de tête donnent de l'entrain aux artistes.

Le défilé se poursuit jusqu'au miroir d'eau sous la menace irritante des armes policières, en continuant de déployer une abondance de tags sur les murs. Après un moment de flottement devant le Château des Ducs, un deuxième tour démarre. L'objectif est annoncé par les syndicats : aller occuper la Place Royale, qui nous est interdite depuis le printemps 2016 par des dispositifs policiers de plus en plus délirants. La Place Royale est un espace symbolique des luttes nantaise. Occupée en 1968 par les ouvriers et paysans, qui l'avaient rebaptisée Place du Peuple, elle fut aussi l'endroit ou s'organisaient les différentes assemblées populaires et départs de manifestations ces dernières décennies. Petit à petit, la police dépossède les nantais de leur propre ville et militarise l'espace public. La suite de la manifestation, toujours hétérogène, a donc pour objectif de libérer la place pour y tenir assemblée. Mais encore une fois, la préfecture a décidé de briser physiquement le mouvement. Une ligne de policiers se place en travers du parcours, face aux manifestants. Sans se démonter, bras dessus bras dessous, chasubles rouges et kways noirs s'avancent jusqu'au forces de l'ordre en criant « laissez nous passer ». Déluges de grenades, explosions en rafale, gazage massif. Les grenades de désencerclement sont jetées à hauteur de tête, risquant de mutiler, voire de tuer. Tout le monde recule, désorienté. Les plus téméraire ripostent par une salve de projectiles sur les agresseurs. Aussitôt, une nouvelle chaîne se forme pour tenter à nouveau de continuer à la manifestation vers la Place : « tous ensemble ». Cette fois ci, la police canarde les premiers rangs à distance, créant à nouveau une grande confusion et de nombreux blessés. Un étau policier commence à enserrer le reste des manifestants restés à l'arrière.

Décision est donc prise de construire des gradins initialement prévus pour la Place Royale sur la Place du Bouffay. D'immenses banderoles sont ployées sur les bâtiments. Une Assemblée de rue commence après avoir partagé un repas collectif. Chacun peut-y prendre la parole, et se mêlent les interventions de syndicalistes, d'occupants de la ZAD et d' jeunes manifestants. La date du 14 décembre, jour de procès de manifestants interpellés en septembre, est évoquée comme un prochain moment de convergence.

Même si certains affirment que cette journée n'était pas un « baroud d'honneur », il apparaît évident qu'il n'y aura pas d'autre grande date de mobilisation d'ici plusieurs semaines. Nous pouvons donc tirer quelques enseignements de la séquence qui se ferme.

Pour l'instant, Macron réussit son pari. Après avoir arraché sa victoire électorale sur les cendres d'une classe politique en voie de désintégration et la peur suscitée par le FN, le nouveau gouvernement mène à présent la plus grande offensive néo-libérale et sécuritaire depuis la Libération. A marche forcée, et avec une arrogance inouïe, Macron est en train d'anéantir l'ensemble du pacte social de l'après-guerre, sans susciter de réelle réactions. Pourtant, ce pouvoir est déjà massivement impopulaire et ses attaques globalement désapprouvées. C'est le rapport à l'action, à la rue, à la lutte qui est en crise. Il faudra donc inventer de nouvelles façons d'agir pour construire le rapport de force. Il faudra surtout des perspectives plus consistantes qu'une série de journées de grèves isolées. Si la possibilité de mettre en échec du gouvernement se profile à l'horizon, le basculement est possible.

C'est toujours la police qui détermine le degré de violence. En d'autres termes, il doit être évident pour tout le monde que l'éternel discours sur la nécessité de rester pacifique en toutes circonstances pour ne pas susciter la répression est un vaste mensonge. Depuis début septembre, nous manifestons à Nantes sans autre objectif que de construire des édifices, de tenir assemblée, d'occuper des places. Et la police déploie sa violence avec une férocité identique, sinon plus forte encore, que lors des manifestations émeutières du printemps 2016. Maintenant que nous avons pris acte de cette situation, il s'agit de réfléchir au moyen de s'en protéger.

A Nantes, malgré l'atonie généralisée, la rentrée a vu émerger une force nouvelle et nouveau mode d'intervention dans la rue. Avec la nouvelle composition du cortège de tête, qui mêle les différentes forces vives des luttes locales, des actions spectaculaires et symboliques ont eu lieu à chaque manifestations : mur de la résistance, maison du peuple, fresque sur la préfecture, gradins. Cette expérience, évidemment perfectible, sera-t-elle le ferment d'une véritable force locale à la hauteur des enjeux lorsque les conditions d'une grande révolte seront réunies ?

A suivre.

Commentaire(s)

> commentaire masqué

un commentaire sans aucun fond politique et pour le plaisir de clasher ou troller a été retiré.
à un moment ça serait chouette de réviser les leçons de l'Histoire sur la notion de critique et celle de monopole idéologique.

> de plus

Il faut aussi compléter ce tableau par la solidarité concrète en direction des mouvements de grève dans les entreprises: je pense notamment à la zbeulinette et aux petits dejs servis devant la poste de St Herblain, en octobre, en soutien aux grévistes qui ont fait une vingtaine de jours de grève. C'est important pour décrire ce changement de conditions de déroulement de la lutte sur Nantes..