L’été, c’est barbeuk d’antennes relais

Mis a jour : le vendredi 25 août 2017 à 19:21

Mot-clefs: Médias actions directes
Lieux: puy-de-dôme

Quand t’arrives en haut de la côte, y a la Grande Ourse pile au dessus de ta tête. Et pis en contrebas tu vois les lumières d’Issoire qui font la guerre aux étoiles du ciel. Et surtout, surtout, à côté de toi, y a l’antenne qui te rappelle que t’es pas venu.e pour déclamer des poèmes. Tu boutes le feu…

Au petit matin de ce 22 août, on a mis le feu là-haut sur la colline. À Moidias, deux antennes relais assurant les réseaux téléphoniques d’Issoire à Brioude ainsi que la diffusion de plusieurs fréquences radios ont brûlé. À défaut d’éteindre les lumières de la ville, on a au moins débranché les smartphones.

Parce que ce monde est trop étroit, parce qu’il vise à la normalisation, au contrôle, à l’aseptisation et à la numérisation de chaque individualité. Parce qu’on avait envie de s’offrir une respiration, de se sentir vivant.e plutôt que d’étouffer. Parce qu’on kiffe pas la contestation pacifiée. C’est vrai que ce désir de destruction aurait pu s’assouvir par l’attaque d’un local de la Croix Rouge, d’une ferme d’élevage ou d’un CRA. Nous attaquons pour ne plus être un.e architecte de plus des structures du pouvoir. Attaquer pour le plaisir immédiat et pas pour d’hypothétiques lendemains qui chantent.

Comme l’ont déjà soulevé d’autres communiqués, la technologie – qui nous tient en laisse et colonise nos imaginaires – est un des piliers de cette civilisation. Si on partage ce constat, on ne se satisfait pas d’un simple partage d’idées. On a alors cherché des points sensibles sur lesquels agir. En brûlant des antennes relais, on ne vise pas seulement à infliger le maximum de dégâts aux promoteurs des prothèses technologiques. C’est bien une manière de communiquer, d’interagir, de [se] civiliser qu’on vise à saboter. Pour dérégler le train-train des honnêtes citoyen.ne.s, travailleureuses, consommateur.trice.s, toutes ces personnes qui – riches ou pauvres, jeunes ou vieilles, archi-connectées ou techno-septiques – contribuent à l’essor de cette civilisation du flux tendu où on bouffe de l’info en continu, où on se clash sur la toile et où on baise par texto. Pour plonger les accros des écrans et de l’oreillette dans l’angoissant silence de la déconnexion, elleux qui, en construisant et perpétuant ce type de rapport au monde, sont la garantie qu’il ne coure aucun danger.

Mais cette attaque vient aussi d’une envie de mettre en cause le rapport qu’on entretient avec la médiation technologique du vivant (humain ou non-humain) et la numérisation de l’existant. Elle nous permet de questionner en acte la construction de toutes ces normes (sexistes, racistes, homophobes, spécistes…) véhiculées par les flux incessants d’images et d’informations et qui ont bien failli écraser nos individualités.

Si l’on rajoute à cela le fait que de nombreux.ses compagnon.ne.s se retrouvent visé.e.s par des affaires répressives dans lesquelles ces moyens de communication deviennent, grâce à la collaboration des opérateurs téléphoniques, des outils pour faire tomber celleux qui se révoltent, ça fait un gros paquet de raisons pour faire un barbecue d’antennes. Un gros paquet dans lequel ne figure pas la perspective d’ouvrir une brèche dans la normalité pour qu’advienne la révolution sociale. Si cet espoir nous a un jour étreint, il est désormais mort dans nos cœurs.

On voulait que cette attaque entre en résonance avec la série d’autres barbecues (d’antennes relais, de véhicules ou de locaux d’Énedis…) dont l’été 2017 a fait les frais et dont on partage une bonne partie des critiques et des propositions. À ce propos, on se demande comment ne pas entrer dans des dynamiques compétitives. Comment se laisser inspirer par les actes d’autrui au point d’avoir envie de les reproduire sans que ça tourne au battle de qui a la plus grosse (antenne) ?

Voilà un peu ce qui nous a amené à étudier, planifier et réaliser cette attaque. Ça nous a pris des jours de préparation pour définir les aspects pratiques du plan (comment foutre le feu sans se foutre le feu par exemple) mais aussi pour partager les enjeux, les spécificités, les envies et les limites de chaque individu.e.s prenant part à celui-ci. On s’est mis.es en jeu et on s’est donné les moyens de nos envies, même si c’était dur physiquement et émotionnellement. La beauté de ce processus où nous avons tenté de conjuguer violence de l’intention et bienveillance de l’attention apporte autant de plaisir que la satisfaction d’avoir réussi à détruire ces antennes. On est pas des soldat.e.s, c’est dans ces moments que se concrétisent, se rencontrent, se confrontent nos individualités. Que nous faisons notre synthèse entre théorie et pratique par nos propres moyens. Que nous nous organisons pour détruire les rapports de pouvoirs, pour attaquer les dominations qui nous façonnent et que l’on reproduit autant qu’elles structurent ce monde.

On a détruit ces antennes relais en forçant les portes ou les grillages qui les protégeaient et en plaçant dans les rails de câbles, à divers emplacements, des dispositifs incendiaires. Ceux-ci étaient simplement composés d’une bouteille en plastique d’un litre et demi remplie d’essence sur lequel était accroché à l’aide de fil de fer un bon bloc d’allume-feu.

On voudrait pas terminer ce communiqué sans avoir exprimé notre solidarité avec Krem et Kara ainsi qu’avec toutes celleux qui attaquent ce monde sans oublier qu’ielles peuvent en être les rouages.

B.A.R.J.O

Barbecue d’Antennes Relais Joliment Osé

Commentaire(s)

> +

À propos de Krem et Kara:

- Recueil de textes "Solidaires dans les luttes, solidaires face à la repression"
https://infokiosques.net/spip.php?article1436

- Procès à venir pour l'incendie de la voiture de flics quai de Valmy
https://nantes.indymedia.org/articles/38368

> Et aussi...

De la solidarité en actes, hors de l'espace virtuel qu'est internet: https://grenoble.indymedia.org/2017-08-22-A-chaque-bagnole-de-flics-souffle
Et une belle liste d'attaques se référant aux deux compagnons toujours en taule. D'ailleurs, une petite mise à jour de cette brochure serait la bienvenue...

> A bas les brèches dans nos coeurs

Ce serait cool de lire un guide pratique pour savoir comment s'opposer concrètement au monde qui vise à la normalisation en n'ouvrant surtout pas de brèche dans la normalité. Et puis de développer vraiment à fond cette idée qu'il ne faut surtout pas qu'advienne une révolution sociale.
Quelque chose avance... mais vers où ?

> .

J'essaye régulièrement de ne pas faire de brèches dans la normalité et d’éviter toute forme de révolution. Un conseil ?

Aussi, je fais un bisou à mon père et à Krem.

> pouequoi

Pourquoi les modos d'Indy laissent des commentaires débiles, visiblement postés seulement pour faire de la polémique inutile ?
Il y en a qui font des actions, d'autres tapent sur un ordi, tout est pareil pour vous ?
Marre qu'Indy soit le PMU du milieu, nique les trolls !

> pas vraiment de raisons à part

On les a laissé 1) parce que nous aussi ça nous gave, 2) parce qu'on a autre chose à faire, 3) parce que comme tu dis ces commentaires sont tellement débiles que le.la. auteur.e se ridiculise et tt le monde peut s'en rendre compte, 4) tou.te.s les modos ont pas compris les non-dits cachés dans ces commentaires.

On est nous aussi bien attristé.e.s du niveau que peut atteindre les "discussions" dans nos milieux...

> .

Joli ! Vive les barbeuks végans de l'été ! Parions que ça continue tout l'hiver !