Le messie sera-t-il racisé.e ? Un Segré bien gardé...

Mis a jour : le samedi 1 juillet 2017 à 21:53

Mot-clefs: Education Médias Racisme -ismes en tout genres (anarch-fémin…) antifascisme
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Critique du « Compte-rendu du livre de Houria Bo***ldja [*** = censure Indymedia] par Ivan Segré » intitulé « Une indigène au visage pâle » et publié sur le site de propagande appelliste (autre nom du Parti Imaginaire) Lundi Matin. S'inscrivant dans le cadre de la campagne marketing de promotion du brûlot antisémite, ce texte distribue bons et mauvais points et tend à préserver l'alliance appellistes-indigènes, sauvant dans ce but l'essentiel du livre, tout en cherchant à protéger, à l'aide de ce contre-feu, ce que l'outrance antisémite pourrait poser comme problème à l'écurie entière. A ce titre, Segré fait assurément office de talmudiste « philosémite » de service.

« Tout ce qui est fuligineux n'est pas Imaginaire mais tout ce qui est Imaginaire est fuligineux »

Critique du « Compte-rendu du livre de Houria Bo***ldja [*** = censure Indymedia] par Ivan Segré » intitulé « Une indigène au visage pâle » et publié sur le site de propagande appelliste (autre nom du Parti Imaginaire) Lundi Matin. S'inscrivant dans le cadre de la campagne marketing de promotion du brûlot antisémite, ce texte distribue bons et mauvais points et tend à préserver l'alliance appellistes-indigènes, sauvant dans ce but l'essentiel du livre, tout en cherchant à protéger, à l'aide de ce contre-feu, ce que l'outrance antisémite pourrait poser comme problème à l'écurie entière. A ce titre, Segré fait assurément office de talmudiste « philosémite » de service.

À lire le compte-rendu critique tortueux (et torturé) du pamphlet d'Houria Bo***ldja, on comprend que l'alliance[1] de haute portée stratégique que défend avec enthousiasme Eric Hazan (paix à son cerveau) est encore vue avec circonspection par ses amis les plus « messianiques ». Segré se retrouve élu pour assumer le rôle ingrat de signifier que le mariage pourrait n'être pas si fécond tout en le bénissant d'assez mauvaise grâce pour ménager ceux qui auraient malgré tout la dent dure à propos de l'antisémitisme.

Examinons brièvement l'ordre des raisons de cette critique qui commence - mal - par quelques belles couleuvres avalées tout rond. Par exemple il faut commencer par admettre gentiment qu'il s'agit d'un « écrit singulier, écrit par une femme singulière », alors que pour quiconque a fait l'effort de lire d'autres pi(t)reries le pamphlet est parfaitement dans la ligne du PIR - sauf à considérer sans aucune raison que l'adjonction de quelques bribes « personnelles » empêcherait un pamphlet d'être dans la ligne d'un parti, et même d'un courant idéologique, qui s'est laborieusement constitué mais prend de plus en plus visiblement forme. Et quelle forme ! Et voilà que vient immédiatement après, la couleuvre la plus « hénaurme ». Celle que tous les amateurs de « race » doivent absolument avaler, même avec beaucoup de grimaces. Est admis en quelques lignes que « race sociale » est l'expression qui décrit bien une terrible réalité, structurant ce qu'il appelle « impérialisme "blanc" » (guillemets d'Ivan Segré), et ce, depuis 1492, apprend-on. Segré se refuse à y voir, par exemple, un concept mal construit[2], employé d'une façon inflationniste, et qui à mesure qu'apparaît son impuissance explicative la compense par l'admonestation culpabilisatrice, le chantage au racisme, l'appel à la conversion (à l'islam, of course, religion des opprimés et des familles princières du Golfe). Dans sa critique élogieuse, Segré fait suivre ce panégyrique d'une petite remarque (misogyne ?) sur le fait que ces questions - « en effet essentielles » seraient « mieux traitées dans le livre de Sadri Khiari La contre-révolution coloniale en France (La Fabrique, 2009) ». Ce dernier se trouvant justement être le théoricien officiel du PIR, comme quoi, on aime bien la singularité, mais la ligne du parti est parfois quand même plus claire. N'ayant pas encore eu le plaisir de lire ce chef-d'oeuvre, on réserve son jugement - que par ailleurs nombre d'entretiens dudit Khiari, très programmatiques, ennuyeux mais clairs dans leur genre inclineraient à exprimer de façon également cinglante. Cette couleuvre ayant fait son chemin dans les entrailles du triste Segré, l'usage de la « race » par Houria Bo***ldja est donc décrété « non seulement irréprochable, mais salutaire. » Eh bien, voilà, Houria Bo***ldja doit être très à la hauteur des grandes attentes d'Ivan Segré.

Or étrangement l'ensemble de sa lecture se pare d'une posture critique voire tout en retenue polémique, hormis une ou deux remarques élogieuses relatives à des passages pour le moins problématiques. Etre un subtil Agent Imaginaire en service commandé semble bien difficile. Passons sur le cas de Sartre, déjà traité dans l'ouvrage que vous avez entre les mains. Pour ce qui est du traitement bouteldjien du terme « Blancs », Ivan Segré ne trouve guère à y redire. Rien par exemple sur les « propriétaires de la France »[3], classes moyennes, ouvriers, prolétaires, bourgeois confondus. La propriété n'est visiblement pas une préoccupation Imaginaire centrale. Après l'énumération fastidieuse de ses points d'accord et d'admiration, le pauvre Ivan Segré ne trouve rien de mieux à faire que d'offrir sur un plateau à Houria Bo***ldja l'idée que sa conception de la « race » trouverait son origine dans la Torah, plus précisément dans l'épisode de la sortie d'Egypte. Il s'emmêle dans la « race » dont il refuse de voir que même en talmudiste gauchiste on ne peut rien en faire d'émancipateur. Dommage pour Segré, les néo-antisémites-eux mêmes, s'ils sont un minimum conséquents, ne pourront que refuser avec horreur sa proposition qui sent tellement l'« universel blanc ».

Laissons en suspens, comme Segré, le point 3 de son texte correspondant au 3ème chapitre du pamphlet de Bo***ldja « Vous, les Juifs », le seul qu'il développera par la suite, puisque c'est visiblement le point qui peine et fâche, à juste titre. Mais il y a tant d'autres « hénaurmités » dans le pamphlet si court mais démentiellement « ambitieux » d'Houria Bo***ldja qui ne sont pas relevées ou qui sont même applaudies, que c'est une performance en soi pour un lecteur cultivé, pas imbécile, capable d'écrire sur Spinoza, de se refuser à en rendre compte. Mais foin de gentillesse (c'est sans doute Spinoza qui nous attendrit). Elles sont bien misérables les contorsions auxquelles se livre Ivan Segré pour essayer de se dépêtrer d'une mortelle contradiction : si l'usage du terme « race » par Bo***ldja est « irréprochable et salutaire », alors, quel est ce malaise qui le saisit quand il doit en évoquer un usage biologisant « périlleux » (et c'est bien ce qu'est ce concept si foireux, y compris quand Houria Bo***ldja l'utilise) ? Il croit se rattraper, maladroitement, en évoquant un « autre versant [...] d'une rare intelligence politique [...] d'une puissante beauté » de cette laborieuse dissertation[4] calamiteuse, laide et profondément débile. Même si elle est très représentative d'une « pensée » qu'on pourrait dire plus diffuse - « à l'eau de Cologne », ici on a affaire à un alcool de contrebande, un « samagon », l'alcool de brute qui tue.

Alors qu'il s'abstient de relever l'antisémitisme pourtant décliné et rationalisé tout au long du pamphlet, Ivan Segré laisse jaillir à propos du passage où la haine du juif s'exprime de la manière la plus irrationnelle (le passage du regard sur l'enfant à la kippa[5]), une colère qui sourd tout au long de sa critique et en devient pour le coup véritablement « édentée ».

A contrario, « Nous, les Indigènes » est traité assez longuement, par exemple. Comment Houria Bo***ldja conçoit-elle « l'émancipation du monde blanc [...] la philosophie [...] l'esthétique [...] l'art [...] quelle est sa version de l'Histoire ? », avec sa grande hache ? Au vu des développement dérisoires qu'elle construit sur ces sujets, on peut subodorer le dédain de Segré (chaque terme, de « monde blanc » à « art » est entre guillemets). Alors pourquoi n'en fait-il pas état ? Car la conclusion « Allahou Akbar ! » tient ses promesses, et décroche le pompon en termes de débilité catastrophique et de politique ubuesque historico-mondiale.

Cette sélectivité de la critique tiendrait-elle au fait que, d'après cet étrange admirateur, aux accents de professeur qui distribue les bons points, Houria Bo***ldja « a manifestement étudié l'arabe et le Coran » ? Il faut aller le dire au poète syrien Adonis[6], ça le fera beaucoup rire. « Enfin, disons qu'elle a en poche une ou deux citations », se contredit-il aussitôt, dispensant aussi quelques mauvais points pour faire bonne mesure (et rester crédible). Eh bien non, cela reste un brouet infâme digne des plus allumé(e)s sectaires postmodernes : un islam écologiste radical « anticartésien ». Sans qu'en l'occurrence l'absence de contenu religieux soit un gage de qualité, et sans entrer dans des considérations sur l'orthodoxie théologique qui ne sont pas notre affaire, rien de cela ne correspond à quoi que ce soit de « musulman », ni au niveau du dogme ni sur un plan historique[7].

Et que penser du moment où Segré fait soudain rentrer Heidegger par la fenêtre... Que vient-il faire là, alors même qu'Houria Bo***ldja ne le cite pas ? Est-ce bien prudent de s'en prendre ainsi à ce mystagogue fuligineux[8] (oui, voilà l'adjectif du sous-titre de l'intersection), dont on peut rappeler aux ignorants qu'il est un fanal de la Pensée Imaginaire. Il cherche ici sans doute à justifier la double allégeance de Bo***ldja, à la « communauté arabo-musulmane d'une part [... et à] une certaine pensée écologique d'autre part », tout en nous assurant, par une tournure interronégative que l'auteure n'a pris le meilleur ni de l'une ni de l'autre. L'adhésion Imaginaire est bien exigeante, l'alliance tient-elle toujours, ou alors la politique éditoriale de La Fabrique est-elle insignifiante, neutre ?

Le troisième point (« Vous, les Juifs ») qu'Ivan Segré traite à la fin de son texte, le seul où sa critique prend quelque ampleur, porte le malaise du lecteur à un point de rupture. Il n y a pas à dérouler les arguments et remarques d'Ivan Segré. Ils sont plutôt justes quant au démontage du « sionisme » selon Houria Bo***ldja, de ses effets dans le monde arabe, de sa genèse, etc. La polémique se déchaîne enfin, avec l'ironie et la colère de rigueur qui font ressortir l'abjection dudit pamphlet. Et pourtant... comme effrayé par lui-même après cette furieuse charge, Ivan Segré nous fait retomber dans l'eau tiède des « deux versants » sur l'un desquels le livre ne serait pas « d'une amie » alors qu'il inclurait tout de même des pages « puissamment politiques, et poétiques ». Or les bons passages devraient se résumer à très peu de paragraphes, si on fait le compte du peu de points précis dont Segré fait l'éloge.

C'est donc avec le fameux passage du regard sur l'enfant à la kippa, trop explicitement inacceptable sans doute, que la polémique reprend pour s'arrêter un temps sur une critique de la légèreté (mais est-ce vraiment de la légèreté ?) du duo Hazan-Badiou quant à un épisode historique à propos du texte Antisémitisme partout (Eric Hazan et Alain Badiou, La Fabrique, 2011), un autre opuscule tout à fait prémonitoire quant à l'argumentaire et aux bonnes habitudes d'Hazan. Et là encore Segré semble ne pas vouloir relever un problème véritable chez nos deux vieux mandarins. Des auteurs que l'on croirait bien peu recommandables si Segré, dans tout son texte, ne faisait pas sa critique d'un point de vue sioniste et pro-israélien. En effet, celui-ci réussit à démonter avec un certain sérieux l'argumentaire conspirationniste à propos des services secrets israéliens qui, selon Badiou[9] et Hazan, auraient organisé des attentats contre des synagogues pour favoriser l'antisémitisme au Maroc et en Irak, et ainsi légitimer l'existence de l'Etat sioniste, sa prospérité, et régler ses « problèmes démographiques » en incitant à l'émigration. Les auteurs russes du Protocole des Sages de Sion n'auraient pas dit le contraire. Norman G. Finkelstein dans son ouvrage au titre (et pas seulement le titre) « particulier », pour rester poli, L'Industrie de l'holocauste (La Fabrique, 2001), non plus (bien que celui-ci ne soit en rien comparable avec l'antisémitisme du précédent). Cela dit, nous ne donnerons pas de leçons à Segré sur son sionisme, car ce n'est pas notre problème.

Au final, à quel tour de passe-passe avons-nous affaire avec ce texte ? Ivan Segré semble outré d'être en service commandé et laisse, on l'a dit, transparaître son dégoût. Pourquoi s'obstine-t-il alors à voir quoi que ce soit dans cette merde qui serait autre chose que de la merde ? Est-il pleinement représentatif de la confusion globale du « parti » duquel il se fait le diplomate devant cet étrange objet, un racisme antiraciste, ou un antiracisme raciste ? Doit-on plutôt considérer le tout comme une leçon faite à des « révoltés racisés » afin de leur permettre de rejoindre de « vrais révolutionnaires » ? Car Ivan Segré évoque bien un nous qui « sommes issus de toutes les "races" ». Pourquoi « races » prend-il ici des guillemets ? Et donc, quel intérêt ont-ils à prétendre trouver quoi que ce soit de juste chez de tels escrocs (et pas seulement de l'histoire) ?

Triste et difficile position que celle d'Ivan Segré, sale politique de petites, moyennes et grosses compromissions et commissions que celle du Parti Imaginaire.

Les amis de Juliette et du printemps
La race comme si vous y étiez !
Une Soirée de printemps chez les racialistes
Intersection 5
http://colorblindisbeautiful.now.im/

NOTES

1 - Cf. intersection n°4 « Appellistes et racialistes : mariage blanc, mariage de raison ou mariage d'amour ? »

2 - Dans les laboratoires mainstream et underground du postmoderne éta-sunien puis européen.

3 - Expression de Bou***dja, cf. « Parcours de lecture » p. 143.

4 - Alors qu'il n'y a dans ce texte que ressentiment réactionnaire et symptomatique, Ivan Segré ne veut pas voir la volonté rageuse d '« empowerment » de certaines fractions de la petite et moyenne bourgeoisie. Grand bien leur fasse s'ils y arrivent, voilà ce qu'on nous vend à 9 euros pour de l'amour révolutionnaire.

5 - Cf. « Parcours de lecture », p. 164.

6 - Contemporain qui ne cache pas sa mécréance, mais excellent connaisseur du Coran et de la langue arabe.

7 - Les oeillades de Bou***dja à l'intégrisme musulman de manière générale - vaste programme ! - et au djihadisme sunnite en particulier, sont bien présentes. Et même quelques roucoulements en faveur de l'Iran champion des chiites. La quasi-guerre entre musulmans de différentes obédiences étant un « complot blanc », Bou***dja devrait vite pouvoir oeuvrer à une réconciliation. Ivan Segré ne relève même pas cet aspect, c'est sur le point 3 qu'il fait exploser la polémique. Ce qui lui vaudra d'être traité de « Camus » israélien par des officiers du PIR. Et au fait Jean Sénac, le poète chrétien socialiste et libertaire algérien, a-t-il été assassiné par le Mossad ?

8 - « Fusillons Descartes et célébrons Heidegger » nous dit Segré. Il commente Bou***dja, qui veut effectivement fusiller Descartes mais ne cite pas Heidegger. C'est lui qui le fait, et de façon critique.

9 - Badiou, dont on ne dira pas qu'il est seulement un crétin et un piètre penseur pourtant absolument minable dans son fréquent usage du concept d'« Occident », sa dénonciation mielleuse et démagogique de la « chasse aux jeunes filles voilées ». Avec ces fines allusions au fait qu'on leur prescrirait peu ou prou le port obligatoire du string ou autres déshabillages « impudiques ». Divagations dignes de n'importe quel prêcheur wahhabite même pas énervé.

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