Manifestation du 2 juin à Nantes : lacrymo et statu quo

Mis a jour : le samedi 4 juin 2016 à 01:52

Mot-clefs: Répression Resistances luttes salariales / lutte loi loitravail travail loi_travail étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement
Lieux: Nantes

Contrairement aux deux précédentes manifestations, le défilé du 2 juin contre la loi travail et son monde n'était pas interdit par la préfecture. Pour la première fois depuis longtemps, pas d'hélicoptère, pas de siège policier du centre ville, pas d'interpellations préventives. Mieux, l'appel à manifester émanait de l'intersyndicale et de l'assemblée de lutte « on bloque tout ». Le parcours, ambitieux, devait jalonner les rues du centre ville, autour de plusieurs lieux symboliques : la préfecture, le MEDEF, le commissariat central, et la gare.

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A 10H30, les prises de paroles se succèdent devant la préfecture. La foule semble moins dense que la semaine précédente, lors de la manifestation interdite. L'approche des épreuves de fin d'année, la répression intense des dernières semaines ou l'heure matinale du rendez-vous ont-elles refroidi certaines ardeurs? Toujours est-il que ce ne sont pas moins de 6000 manifestants qui partent le long de l'Erdre. D'entrée de jeu, chasubles rouges de la CGT et Kways noirs défilent côte à côte. De nombreuses affiches sont collées, alors que des taggs constellent les murs. Des banderoles géantes surgissent au dessus de l'Erdre, sur les ponts : « Même pas peur », « L’État au banc des accusés ».

Au bout de quelques centaines de mètres, les locaux du MEDEF reçoivent leur ration de taggs, de peinture, d'autocollants et de fumigènes, sous les applaudissement unanimes. A peine reparti, le cortège se heurte à un barrage policier. Le parcours prévu vers le commissariat est bloqué par un mur de plexiglas et de boucliers qui empêchent la traversée passage du pont. Première montée en tension. Le dispositif policier reçoit quelques litres de peinture rouge et des fumigènes, dans une ambiance plutôt sereine.

Le parcours est dévié. Le défilé continue, dans des petites rues résidentielles. Des banques et des agences immobilières sont détruites. Sur le boulevard Bellamy, l'ambiance s'échauffe. Jusqu'alors à l'avant, la banderole jaune fluo de l'intersyndicale laisse place à un cortège de tête, déterminé de plusieurs centaines de personnes. Une sono avec du gros son rythme l'avant de la manif. La permanence du député François de Rugy, proche de Manuel Valls, ardent défenseur de l'état d'urgence et de la loi travail est massivement repeinte à plusieurs mains par des syndicalistes et des autonomes. Le portrait de l'élu est maculé d'une mention : «à séquestrer ». Rue de Strasbourg, la baie vitrée de la mairie est salement étoilée pour la dixième fois depuis le début du mouvement. Friction devant un cordon de police. Une méchante salve de gaz lacrymogène sature la rue, pour couper la manifestation en deux. La BAC s'apprête à charger le cortège de tête, mais, après un moment de flottement, les drapeaux syndicaux émergent des gaz. « Tous ensemble ! ». La manifestation aura su faire bloc tout au long du défilé. C'est une réussite de la journée.

Arrivé devant le château, les cheminots lutte sont déjà là, autour d'un barbecue. Le parcours prévoyait pourtant d'aller jusqu'à la gare puis de bloquer le boulevard Stalingrad durant l'après-midi. On apprend que la police a empêché le projet, et refoulé de grévistes du rail sur cette esplanade aseptisée. Après un moment de flottement, nouveau départ du cortège de tête vers l'hyper-centre, suivi par plusieurs centaines de syndicalistes. « On continue ! » Mais la police ne l'entend pas de cette oreille, cette fois ci, le centre est cadenassé. La manifestation est repoussée du quartier Bouffay, puis noyée sous les lacrymogènes à la croisée des tram. Les gaz semblent de plus en plus toxiques au fil des manifestations, serions nous les cobayes du nouvel arsenal policier ? Le nombre de manifestants chute. Charge de la BAC à Médiathèque. Arrivé sur Gloriette, le petit cortège est pris en tenaille entre une rangée de gendarmes qui gazent en courant et une trentaine de BAC surexcités qui attaquent comme des chiens enragés. Visiblement, ils veulent blesser, terroriser, faire mal. Un grand nombre de grenades de désencerlement sont lancées à hauteur de tête. Un manifestant reçoit des éclats dans le haut du dos. Un autre plus gravement, au niveau de l'arcade. Le sang gicle. Il aurait pu perdre un œil. Une semaine après la très grave blessure causée par une de ces grenades à Paris, le drame est évité de peu.

C'est la panique. La foule se comprime contre les barrières au bord de la Loire. Certains se précipitent sur les rives, dans la vase. D'autres parviennent à fuir. Finalement, malgré une tentative de nasse, il n'y aura que deux interpellations. C'est l'accalmie. Un hélicoptère survole la ville toute l'après-midi. Les forces de l'ordre restent présentent en nombre pour verrouiller les places.

18H : une centaine de personnes se retrouvent devant la préfecture. Rendez-vous sur la Place Graslin. Dans le théâtre, une soirée est organisée par « des jeunes décideurs » pour célébrer l'esprit d'entreprise. Des manifestants de tous bord viennent envahir le hall avec des intermittents du spectacles. Joyeux bordel. Quelques costards reçoivent du jus de cerise. Des sacs de victuailles sont communisés. La soirée des patrons est annulée. Dans la foulée, Alain Mustière, président du lobby patronal pro-aéroport « Des Ailes Pour l'Ouest » est ratatouillé : il reçoit une assiette de légumes en plein visage alors qu'il fuyait. Joli épilogue de la journée, qui s'achèvera sur la place du Bouffay, avec de la musique, des boissons, et la projection d'un film sur les ouvriers de la Navale à Nantes.

Ce jour de lutte n'a pas été le plus massif, mais il a démontré que la détermination ne s’essoufflait pas à Nantes. La principale lacune a été de ne pas parvenir a tenir la rue aussi longtemps que d'autres fois. Mais l'unité et la solidarité de l'ensemble de cortège ont permis – au moins en première partie de manifestation – de désamorcer la spirale répressive enclenchée depuis des semaines par le préfet.

Solidarité avec les blessés et les inculpés ! La lutte continue !

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