Récit de mon interpellation arbitraire et gratuite jeudi à Rennes lors de la manifestation

Mis a jour : le samedi 21 mai 2016 à 14:49

Mot-clefs: Exclusion/précarité/chômage Répression luttes étudiantes/lycéennes salariales
Lieux: Rennes

Il est 16h ce jeudi 19 mai, la manifestation contre la loi travail qui s'est déroulée dans le calme touche à sa fin, je traverse la rue en bas de la place des Lices pour rejoindre des amis en terrasse, un camion s'arrête devant moi deux policiers sortent, m'empoignent et m’embarquent pour "signalement".

13227426_1622895117931244_5368078956560955273_o-medium

- "Signalement de quoi?"

- "Vous avez été signalée, vous vous expliquerez au poste auprès de nos collègues"

Le fourgon tourne un moment autour des personnes venant de quitter la manifestation, après quelques tours ils embarquent 3 autres types, eux menottés, dont un jeune que je reconnais, il fait du théâtre dans l’asso ou je bosse, il finira en garde à vue.

Une fois au poste je suis fouillée, on prend mon identité et un jeune officier me reçoit :

- “Vous pouvez me dire pourquoi je suis là”

- “Vous inquiétez pas Madame, ça m’embête autant que vous tout ça, j’ai autre chose à faire, je vais juste vérifier votre identité, prendre vos empreintes et faire quelques photos”

- “Mais vous n’avez pas le droit, je n’ai rien à me reprocher ”

- “A priori, vous étiez avec des lunettes et un foulard à proximité d’une manifestation non autorisée”

- “C’est une blague? Vous parlez de mes lunettes de soleil et de mon châle? Et la manifestation était autorisée, je n’ai rien à faire là”

- “Ah non madame, la manifestation n’a pas été autorisée, nous sommes en état d’urgence vous n’aviez pas l’autorisation d’être là”

- “Vous vous moquez de moi, les syndicats ont annoncé qu’ils avaient eu l’accord de la préfecture, c’était une manifestation nationale!”

- “Mais qu’est-ce que vous croyez, les syndicats vous mentent.”

- “Mais c’est complètement absurde, c’est quoi le but m’empêcher de manifester?”

- “Je suis désolée, ce sont les ordres, avec les débordements notre hiérarchie est tendue”

Il s’arrêtera là dans ses explications....

Je n’ai pas bataillé, je me suis laissée ficher. Il prendra une photo de mes affaires (c’est à dire mon sac, mon appareil photo, ma clope électronique, mon téléphone et mon porte-feuille), une autre de mon profil puis une de mon visage en me demandant de mettre mes lunettes de soleil et mon châle. Enfin, j’aurais le droit à la prise d’empreintes.

Aucun témoignage ne sera recueilli, aucune question ne me sera posée, je ne signerais aucun document, seul mon appareil photo sera vérifié et chacune de mes photos regardées. Un autre policier leur demandera d’ailleurs : “vous avez vu son matériel, vous êtes surs que ce n’est pas une journaliste” 

L’officier qui m’a reçu conclura avant de me raccompagner vers la sortie : “nous avons votre signalement maintenant, n’allez plus aux manifestations ou vous aurez des ennuis, restez chez vous ou au travail lors des rassemblements et évitez le centre ville”.

En rentrant le soir j’entends à la radio : Rennes, encore de la violence en marge de la manifestation, 5 personnes interpellées dont 3 gardes à vues....

Le jour même sur le chemin du cortège je prenais la photo publiée en introduction de ce récit....

Commentaire(s)

> Surtout

Faites attention à ne pas vous laisser prendre en photo avec des lunettes, une écharpe, un masque, etc...ça a déjà été utilisé pour ensuite simuler des preuves.
"Vous voulez bien remettre votre cagoule pour la photo ?". Si vous pouvez, si vous le sentez, refusez.