Nantes,14 avril : résistance populaire, vengeance policière

Mis a jour : le lundi 18 avril 2016 à 10:31

Mot-clefs: Exclusion/précarité/chômage Répression Resistances luttes étudiantes/lycéennes salariales
Lieux: Nantes

« La loi travail ne sera pas retirée », ce sont les mots de François Hollande jeudi 14 avril au soir, alors que la plus grande lutte sociale de la décennie secoue la France depuis plus d'un mois. Cette dureté s'est illustrée dans la rue, partout en France quelques heures auparavant. A Paris, des centaines de policiers ont enfermé et gazé une manifestation piégée dans une gigantesque nasse. A Montpellier, une pluie de lacrymogène s'est abattue sur des lycéens. A Nantes, la police s'est vengée de plusieurs semaines de résistances acharnées.

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Photo : Shadow News

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Photo : Jurneveles

Dès 14H, tous les transports sont coupés dans la Cité des Ducs. Un hélicoptère de la gendarmerie gronde dans les airs à très basse altitude. Des centaines de policiers sont positionnés partout dans le centre. Pourtant, la manifestation n'est prévue que pour la fin d'après midi. La préfecture a donc choisi de manifester sa force des heures avant la manif, pour faire peur, pour dissuader les gens de se retrouver, mais aussi pour faire détester le mouvement par les nantais. Ce sont les organisations syndicales qui dictent le tempo de cette journée : rendez-vous fixé à 16H30 au miroir d'eau. Curieux point de rassemblement, qui permet à la police de filtrer les arrivées. Avant même le début de la manifestation, 12 personnes sont déjà interpellées. La consigne est claire : faire le maximum d'arrestations pour étouffer le mouvement. Finalement, 1500 personnes démarrent vers 17H derrière une bannière syndicale, pour une manifestation improbable.

Très jeune, toujours aussi rapide, ce défilé nantais reste le moins fourni, et le moins dynamique, depuis le 9 mars. Pire, contrairement aux précédentes dates, il n'y a aucun équipement défensif pour protéger le cortège. La police en profite pour mettre une grosse pression sur les manifestants. Un escadron de la BAC, entièrement cagoulé, s'approche plus près que d'habitude, des grenades pleuvent sur le parcours sans qu'il n'y ait aucune casse ni aucun geste offensif. Le dispositif policier est massif. C'est une véritable vengeance extra judiciaire qui s'exerce contre le mouvement.

En route, une action réjouissante : la façade de la préfecture est copieusement recouverte de peinture sous les applaudissements. Celle du Parti Socialiste subit le même sort. Mais le parcours prévu par les organisateurs paraît bien court : une demie heure après le départ, la foule est déjà de retour au point de rendez-vous. Les syndicats disparaissent, mais une nasse policière encadre immédiatement celles et ceux qui restent.

Une rangée casquée ceinture l'arrêt de tram Duchesse Anne. La rue de Strasbourg est condamnée par des dizaines de gendarmes mobiles, tout comme le Cours de 50 Otages. C'est l'hésitation. Une poubelle est enflammée sur la voie de tram, provoquant un envoi massif de gaz. Nouvelle pluie de lacrymogènes devant le cordon de gendarmes. Puis la BAC lance des charges toutes particulières place du Bouffay : les agents cagoulés, complètement survoltés, tirent des balles en caoutchouc et lancent des grenades de désencerclement qui éclatent dans la foule tout en fonçant sur le cortège. Panique. C'est le début d'une chasse à l'homme qui va durer plus d'une heure. D'autres policiers en profitent pour inonder la croisée de trams de gaz, histoire de rendre la situation encore plus confuse. Les aubettes de l'arrête de tram Commerce paient pour ces agressions policières. En trente seconde, il ne reste plus une seule vitre intacte. Ce sera la seule dégradation de toute la manifestation. Place du Commerce, nouvelle charge de la BAC qui tire encore dans tous les sens. C'est la folie. Les gens en terrasse fuient paniqués, les clients qui attendent devant le cinéma Gaummont également. Des grenades atterrissent juste devant des bars. Un lycéen est blessé et évacué. D'autres sont frappés. Fuite désorganisée malgré les appels à rester solidaires. C'est tendu.

Cette véritable partie de chasse sur une foule vulnérable va durer jusqu'aux Chantiers Navals, ou la police continue à gazer massivement au milieu des voitures qui circulent quai de la Fosse. Des jeunes en capuche sont cognés au hasard. Des journalistes qui filment une interpellation reçoivent aussi une grenade lacrymogène. La police a fait 19 interpellations au total. La maire de Nantes appelle quelques instants plus tard à des « sanctions exemplaires ». Fin de partie.

Le soir, encore beaucoup de monde sur la Place du Bouffay pour une Nuit Debout consacrée aux répressions. Débat de circonstance. Plus tard, aux abords de la place, une militante seule est prise à partie par des fascistes qui lui donnent gratuitement des coups de poings au visage. Ce épilogue navrant illustre encore une fois la convergence entre la police qui matraque et l'extrême droite qui frappe. Un riposte antifasciste sera lancée immédiatement, sans parvenir à retrouver les agresseurs.

Le 14 avril, la police a clairement tenté de siffler la fin de la récréation, profitant d'un cortège peu organisé et d'un climat de plus en plus anxiogène. Alors que la manifestation est restée très calme, la police a augmenté ses attaques d'un cran supplémentaire, preuve que c'est toujours l’État qui fixe le degré de violence.

Les prochaines journées de mobilisation auront lieu les 20 et 28 avril prochain. Restons unis, solidaires et déter' jusqu'à la victoire ! Les violences policières ne nous feront pas taire !