Attention chutes d’images

Mis a jour : le mardi 12 avril 2016 à 01:04

Mot-clefs: Médias Répression Resistances contrôle social luttes étudiantes/lycéennes salariales -ismes en tout genres (anarch-fémin…)
Lieux:

Faire des photos et des vidéos de la lutte en cours, les diffuser sur les réseaux sociaux ou les publier sur un blog personnel ou encore un site militant, sont devenus des pratiques courantes.
 
Si c’est une bonne chose de ne pas laisser la production de l’information aux seuls “spécialistes”, c’est aussi une pratique à risque qu’il convient de maitriser. Il appartient en effet à chacun et chacune d’entre nous de ne pas se transformer involontairement en auxiliaire de police.

122127600_cfb4eb301f_o-medium
Photo Gilles Klein (CC by-sa)

Il va sans dire que la problématique est assez similaire en ce qui concerne les journalistes professionnels, photographes ou caméramans, qui sont nombreux autour du cortège et particulièrement lorsque cela “chauffe” un peu.
 
Rappelons à toutes et à tous que la police, en plus de filmer et photographier directement les manifestations et actions de protestation, procède à une collecte systématique de ce qui circule sur le web, voire dans les rédactions des agences de presse ou des médias… Et n’hésite pas parfois à faire des perquisition et saisir des ordinateurs et des disques durs pour récupérer des éléments à charge.
 
Pour la police cela permet en particulier :

    D’identifier les “meneurs”, celles et ceux qui sont particulièrement actifs et impliqués dans le mouvement, qui seront en suite ciblés de façon sélective sur des manifs ou des actions.

    De faire pression sur des militants pour leur interdire de participer à des actions directes sous peine de poursuites judiciaires.

    D’inculper des gens après interpellation pour participation réelle ou supposée à des débordements.

En ces temps de lutte généralisée contre la “loi Travail”, un usage raisonné et réfléchi des images est donc plus que vivement recommandé. En particulier :

    Ne pas mettre en circulation sur les réseaux sociaux ou sur le web d’images de tension ou d’affrontements avec la police où des personnes peuvent être identifiées.

    Si nécessaire (et à minima même), flouter les visages des personnes qui ont oublié de se masquer le visage alors qu’elles participent aux festivités. Ne pas être timides dans le floutage, la police dispose de logiciels performant pour faire apparaître les détails et les visage sur une image (remember NCIS).

    Ne pas hésiter à supprimer purement et simplement après coup des images trop problématiques. Vous raterez peut-être le prochain prix WorldPressPhoto, mais le mouvement et les camarades vous en seront éternellement reconnaissants.

    Pour les journalistes reporters d’images et reporters photographes, merci faire un éditing particulièrement serré de ce que vous soumettez aux agences ou aux rédactions. Le fait de “faire son travail” n’a en effet jamais été une excuse pour faire n’importe quoi.

    Si vous avez réalisé des images d’événements sensibles que vous souhaitez archiver, ne pas les garder accessibles sur un disque dur… Il y a sur Mac, Windows ou GNU/Linux des solutions accessibles d’images disques cryptés.

    Attention aussi aux services de diffusion vidéo en direct comme Periscope. Même si c’est du streaming, les images peuvent en être récupérées par la police.

La lutte n’est ni un diner de gala, ni un défilé de mode.

samizdat.net (nextstep crew) – 8 avril 2016

Link_go source: samizdat.net

Commentaire(s)

> attention aux métas données

Flouter des visages est loin de suffire à "protéger" l'identités des personnes. Si on n'enlève pas les méta données, l'image d'origine reste accessible en miniature pour qui sait la récupérer avec les visages visibles.
En vrai même en floutant les visages, vous donnez plein de moyens de recouper des infos (par les fringues notamment) : même sans savoir qui sait, les flics peuvent savoir que la personne qui est en train de jeter un truc à tel moment est la même personne que celle qui pète la vitrine et puis il y a toujours le moment où une personne va baisser son foulard pour respirer 3 secondes, s'il y a 50 personnes qui mitraillent en permanence, ben...
Alors arrêtez de prendre des images sérieux ! Et vous plaignez pas si des personnes sont vénères contre vous...

Ci-dessous la page du guide d'auto défense numérique sur les méta-données.
https://guide.boum.org/tomes/1_hors_connexions/1_comprendre/2_traces_a_tous_les_etages/6_meta_donnees/

Les méta-données

En plus des informations contenues dans un fichier, il existe des informations accompagnant celui-ci, qui ne sont pas forcément visibles de prime abord : date de création, nom du logiciel, de l'ordinateur, etc. Ces « données sur les données » s’appellent communément des « méta-données ».

Une partie des méta-données est enregistrée par le système de fichiers : le nom du fichier, la date et l’heure de création et de modification, et souvent bien d’autres choses. Ces traces sont laissées sur l'ordinateur (ce qui peut déjà être un problème en soi), mais celles-ci ne sont la plupart du temps pas inscrites dans le fichier.

En revanche, de nombreux formats de fichiers conservent également des méta-données à l’intérieur du fichier. Elles seront donc diffusées lors d'une éventuelle copie sur une clé USB, ou lors de l'envoi d'un email ou d'une publication en ligne. Ces informations pourront être connues de quiconque aura accès au fichier.

Les méta-données enregistrées dépendent des formats et des logiciels utilisés. La plupart des fichiers audio permettent d’y enregistrer le titre du morceau et l’interprète. Les traitements de texte ou les PDFs enregistreront un nom d’auteur, la date et l’heure de création, et parfois même l’historique complet des dernières modifications1, et donc, potentiellement, des informations que l'on pensait avoir supprimé…

La palme revient probablement aux formats d’images comme TIFF ou JPEG : ces fichiers de photos créés par un appareil numérique ou un téléphone portable contiennent des méta-données au format EXIF. Ce dernier peut contenir la marque, le modèle et le numéro de série de l’appareil utilisé, mais aussi la date, l’heure et parfois les coordonnées géographiques de la prise de vue, sans oublier une version miniature de l’image. Ce sont d'ailleurs ces méta-données qui mettront fin à la cavale John McAfee, fondateur et ancien patron de la société de sécurité informatique du même nom2. Et toutes ces informations ont tendance à rester après être passées par un logiciel de retouche photo. Le cas de la miniature est particulièrement intéressant : de nombreuses photos disponibles sur Internet contiennent encore l’intégralité d’une photo recadrée… et des visages ayant été « floutés ».3

Pour la plupart des formats de fichiers ouverts, il existe toutefois des logiciels pour examiner et éventuellement supprimer les méta-données.

> Merci méta données !

Merci pour la piqûre de rappel. Tiens, par exemple, la photo de cet article a été prise le 29 mars 2006 à 19h23 et 49 secondes, Place de la République à Paris avec un appareil BenQ DC C520. Précises les données EXIF, pas vrai ?

Toujours grâce aux outils de récupération des photos (genre Tineye, Google images, Fotoforensics…), on apprend que sa première publication fut faite sur FlickR : https://www.flickr.com/photos/41455403@N00/122127600

Et voilà ! C'est génial les méta données, pas vrai ?
Maintenant t'as compris ? Tu arrêtes les photos pendant les manifs, OK ?

Bonne lutte !