A propos d’un dispositif de surveillance trouvé, documenté et détruit à Paris

Mis a jour : le mercredi 7 octobre 2015 à 21:58

Mot-clefs: Répression
Lieux:

Fin septembre nous avons mis fin à des doutes sur la présence d’un dispositif de surveillance visant la bibliothèque anarchiste La Discordia dans le Nord-Est de Paris. Un dispositif qui se trouvait dans l’école Montessori « Plaisir d’enfance » située juste en face de la bibliothèque au premier étage dans un cagibi, donnant sur la fenêtre (le dispositif avait la forme d’un « dossier en carton »). Le mardi 6 octobre, nous avons décidé de rentrer dans l’école pour prendre contact avec la direction. Nous finissons avec insistance par obtenir un rendez-vous avec la directrice administrative et financière de l’école. Celle ci, dans un premier temps nie, mais acculée, elle finit par reconnaître (à demi-mot) l’existence du dispositif dans son école (et donc l’autorisation/collaboration de la direction). Après de longues « négociations » avec elle et son supérieur, et de lourds efforts de leur part de temporisation (pour pouvoir « appeler son contact »), nous finissons, après la sortie des classes, par obtenir l’accès au cagibi. Prenant nos responsabilités, nous décidons rapidement de nous emparer du dispositif par la force. Nous nous rendons alors compte que tout le monde est au courant de sa présence dans l’école. Nous réussissons à sortir rapidement malgré quelques « résistances ». Le kéké de l’école est sorti pour regarder où nous allions afin de faciliter encore plus (et une fois encore), le travail des flics. Nous apprenons par ailleurs que le dispositif était en place depuis au moins la deuxième semaine de juillet 2015.

Fin septembre nous avons mis fin à des doutes sur la présence d’un dispositif de surveillance visant la bibliothèque anarchiste La Discordia dans le Nord-Est de Paris. Un dispositif qui se trouvait dans l’école Montessori « Plaisir d’enfance » située juste en face de la bibliothèque au premier étage dans un cagibi, donnant sur la fenêtre (le dispositif avait la forme d’un « dossier en carton »). Le mardi 6 octobre, nous avons décidé de rentrer dans l’école pour prendre contact avec la direction. Nous finissons avec insistance par obtenir un rendez-vous avec la directrice administrative et financière de l’école. Celle ci, dans un premier temps nie, mais acculée, elle finit par reconnaître (à demi-mot) l’existence du dispositif dans son école (et donc l’autorisation/collaboration de la direction). Après de longues « négociations » avec elle et son supérieur, et de lourds efforts de leur part de temporisation (pour pouvoir « appeler son contact »), nous finissons, après la sortie des classes, par obtenir l’accès au cagibi. Prenant nos responsabilités, nous décidons rapidement de nous emparer du dispositif par la force. Nous nous rendons alors compte que tout le monde est au courant de sa présence dans l’école. Nous réussissons à sortir rapidement malgré quelques « résistances ». Le kéké de l’école est sorti pour regarder où nous allions afin de faciliter encore plus (et une fois encore), le travail des flics. Nous apprenons par ailleurs que le dispositif était en place depuis au moins la deuxième semaine de juillet 2015.

Considérations techniques

Le dispositif était sous la forme d’un boîtier rectangulaire, bruyant (ventilateurs) d’environ 40 x25x25 cm en plastique dur, branché sur secteur (sans batteries). Le boîtier présente un trou d’environ 4 cm de diamètre pour la caméra, trois câbles en sortaient au bout desquels se trouvaient deux antennes à pointe (probablement des capteurs sonores) et un troisième capteur petit et carré. A l’ouverture du boîtier, nous découvrons du matériel technologique de pointe :
– Un routeur wifi avec deux cartes SIM (Bouygues), un GPS, trois entrées cellulaires, une entrée stéréo.
– Un processeur.
– Un dispositif téléphonique avec une carte SIM Orange (ce qui signifie que les données n’étaient pas stockées mais transmises en direct).
– Une camera avec deux niveaux de zoom, commandable à distance. Et d’autres types de matériels que nous ne sommes pas parvenus à identifier ( mais que vous trouverez sur les photos ci-après).

   

Nous mettons à disposition une certaine quantité de photos en invitant les personnes capables, à partager leurs connaissances techniques sur le sujet : 1 et 2.

Pour conclure

Ces dispositifs qui ont d’abord pour but de surveiller, ont aussi comme objectif secondaire celui de nous faire peur et de nous apprendre à nous limiter nous-mêmes. Mais cela ne marche pas. Ce ne sont ni la peur ni la répression qui déterminent nos pratiques, mais seulement nos idées. Quoi qu’il en soit, il est logique de soupçonner que ce type d’« attention » (somme toute, assez banale) touchera encore La Discordia comme tout autres lieux considérés comme subversifs par l’État.

Nous savons, par exemple, que d’autres dispositifs de surveillance ont été découverts ces dernières années dans différents endroits en France (Montreuil, Cévennes, Lille, etc.). Mais nous ne le savons que par « copinage » alors qu’il nous paraît très important de rendre ces informations publiques afin qu’elles puissent profiter à tous, plutôt que de s’enfermer dans des réflexes imbéciles et contre-productifs de panique.

Pour la DGSI et leurs amis : si vous cherchez votre matériel, vous le retrouverez, en pièces détachées, à quelques mètres de profondeur, dans le canal de l’Ourcq, au niveau de la rue de Nantes. Bonne pêche ! (on a toujours rêvé de voir des porcs flotter)

Des livres, pas des flics !

Quelques participant/es à La Discordia.

ladiscordia@riseup.net
http://ladiscordia.noblogs.org

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Commentaire(s)

> Technique

Que les commentaires pour une fois servent à quelque chose : que les gens qui ont des connaissances techniques expliquent à quoi correspondent les différentes pièces sur les photos (avec certitude)

> Idée

Pas de certitude, désolé, mais le boitier noir ne pourrait il pas être un disque de stockage (un peu "high-high-tech")?

> technique

Le boîtier noir semble plutôt être un mini processeur sans mémoire, dans ce genre : http://french.htpcminipc.com/sale-4335087-mini-nano-itx-industrial-mini-pc-cloud-terminal-station-intel-celeron-1037u-processor.html
Effectivement, avec le routeur et le téléphone y a pas besoin de stocker les vidéos ou le son.

> tech

Sur les photos, l'un des appareils est un mini-PC. Fabriqué par fit-PC :
http://www.fit-pc.com/

C'était au catalogue d'Amazon a un moment :
http://www.amazon.com/fit-PC2i-fit-PC2i-D2G-C2000-W/dp/B004KV2IB4

Dedans on peut mettre un disque dur (ou un SSD) SATA. J'espère que les
gens l'ont gardé avant de le balancer dans l'eau, parce que ce serait
le plus intéressant pour savoir comment le système fonctionne, quelles
données ont pu être archivés, etc.

Ensuite, l'appareil a coque blanche est un dispostif de contrôle
électrique à distance par GSM :
http://www.jablotron.com/en/product-catalogue-1/automation/gsm-control/central-units-for-thermosta/gd-04k.aspx
Le manuel :
http://www.jablotron.com/DownloadHandler.aspx?method=GetFileDownload&fileID=1928864085&DontParse=true

On voit une carte SIM Orange. Cela permet de contrôler, via des SMS ou
des coups de fil, d'éteindre ou d'allumer deux arrivées électriques
(marquée X et Y) à distance. Ce n'est pas possible de savoir quels sont
les équipements qui peuvent être éteints en regardant les photos.

La caméra est une caméro piloté par réseau. C'est le modèle
Q1604 de la marque Axis :
http://www.axis.com/global/en/products/axis-q1604

Le manuel est disponible en ligne :
http://www.axis.com/files/manuals/um_q1604_1463739_en_1505.pdf

Elle est vendu comme particulièrement performante en situation de faible
lumière. Bien qu'elle dispose d'un circuit audio, ce dernier n'est pas
connecté sur les photos.

Le routeur semble être un HD2 de Peplink :
http://www.peplink.com/products/max-cellular-router/multi-cellular/
http://download.peplink.com/resources/pepwave_max_hd2_datasheet.pdf

Ça sait en faire des choses cette bestiole. Ça aurait été intéressant
d'avoir le détail du cablage.

À défaut, mon impression est que les deux petites antennes noires sont
en fait des antennes pour GSM. Une pour chacune des cartes SIM du
routeur. Elles ressemblent à ça :
http://uk.rs-online.com/web/p/gsm-gprs-antennas/6673070/

Pour résumer, on a :

* Un dispositif qui permet d'allumer et d'éteindre des
équipements à distance via SMS.
* Un réseau interne avec un ordinateur, une caméra et un
routeur permettant de se connecter au réseau GSM.
* Un routeur disposant d'une connexion haut débit à Internet via deux
canaux 3G ou 4G.
* Une caméra vidéo capable de transmettre des images sur un réseau.
* Une ordinateur.

L'utilisation du modem a double circuit 3G/4G laisse à penser que le
dispositif est capable de transmettre des images en continue via
Internet. Par contre, aucun équipement ne laisse à penser qu'il y a une
captation sonore. Au vu des photos, il est difficile de savoir, mais il
ne me semble pas non plus qu'il fasse de la captation d'ondes radios
(genre signals Wi-Fi).

Le système est capable de faire pas mal de choses par rapport à la
vidéo, ça aurait vraiment été intéressant de pouvoir disséquer le
système qui pilote l'ordinateur et de savoir qu'elles sont les données
enregistrées sur son support de stockage.

> site de la discordia

Es ce normal que le site de la discordia semble down ? Les photos ne sont pas accessibles non plus...

> .

Si on fait une estimation du matos, il y en a pour entre 5000 et 15 000 euros de matériel perdu par la DGSI : Ça fait toujours plaisir.

On peut déjà prévoir le silence et une absence de solidarité de tout le milieu anarcho-orga-intellos... Mais j’espère que les autres lieux militants de Paris et d'ailleurs s'exprimeront sur la question : CICP, Remouleur, Condensateurs, Parole Errante, Rémouleur, Insoumise, Rétive, Publico, Quilombo, etc etc

Force, courage et détermination aux compagnons de La Discordia, vous n’êtes pas seuls face aux porcs flottants !

F.M.

> audio

pas de captation audio non plus d'après moi, vu les équipements photographiés

- ce qui va suivre n'est que déductions basées sur mes connaissances en sonorisation -

la captation audio à travers deux vitres me parait difficile voire impossible car la vitre joue le rôle de diffuseur:

si on pointe avec précision à une distance de plusieurs dizaines de mètres un microphone très directionnel sur la vitre d'un local depuis la rue, moyennant un bon préampli et un chouïa de traitement audio (filtrage etc.) on entendra parfaitement ce qui se raconte derrière la vitre

par contre si on le pointe à travers deux vitres (genre le micro dans le cagibi de l'école) on entendra tout ce que transmet la première vitre, c'est à dire le bruit ambiant de la rue, plus le bruit ambiant du cagibi, la directivité du micro sera perdue au premier obstacle!

en résumé:

- si il y a des micros pointés sur vos carreaux, il faut les chercher directement dans la rue

ou alors il faut les chercher dans le couloir, dans la cave, la cage d'escalier, etc. sans aucun obstacle entre le micro et la surface qui va transmettre les vibrations (vitre, cloison, plancher, plafond, porte...) ou alors tout simplement collé à une de ces surfaces

bravo! pour la noyade dans l'ourcq du matos des archers

Solidarité, Courage, Vivacité et Sabotage

> Procès

Bonjour,
Peut-être jugerez-vous ce commentaire inapproprié.
N'est-il pas envisageable d'engager des poursuites judicaires?
Sans être un fin spécialiste, une surveillance illégale est selon moi, une voie de fait.

Je peux me renseigner pour voir.

> Inapproprié en effet

Évidemment que c'est hors sujet. Engager des poursuites judiciaires en tant qu'anarchiste est aussi approprié que de manger un steak de cheval en tant que vegan.

En plus, engager des poursuites judiciaires auprès du système répressif, celui-là même qui a posé cet équipement... T'es de gauche ou quoi ?

> Pragmatisme

Je salue ton pragmatisme.

Cependant, il n'en demeure pas moins que certains mécanismes juridiques peuvent être exploités au profit de n'importe quelle cause.
N'est-il pas vrai que lorsqu'un frère perd un oeil à cause d'un Flash Ball dû à des violences policières, nous réclamons justice?

La lutte n'est pas exclusivement réservée à la clandestinité. Le pouvoir coercitif dispose d'un éventail répressif tellement fort qu'il devient difficile de s'organiser à grande échelle. Une solution serait de combattre en parallèle sur le terrain juridique. Une victoire résultant d'une condamnation de la pratique illégale de l'administration résonnerait d'autant plus auprès des gens.

Le seul obstacle que je vois à cela, n'est nullement théorique mais pratique. C'est l'argent. Et je le conçois, n'est pas des moindres.

Pour te répondre, je ne sais pas du tout où j'en suis politiquement parlant. Je suis juste un humaniste qui en a marre du libéralisme économique.

Bien à toi.

> Point par point

"Je salue ton pragmatisme."

Moi je salue ton facteur

"Cependant, il n'en demeure pas moins que certains mécanismes juridiques peuvent être exploités au profit de n'importe quelle cause."

Selon moi, utiliser ce qu'on rejette pour nos propres causes est une gymnastique éthiquement risquée

"N'est-il pas vrai que lorsqu'un frère perd un oeil à cause d'un Flash Ball dû à des violences policières, nous réclamons justice?"

Toi peut-être, moi (et je sais que que d'autres aussi) je réclame vengeance, et pas via la justice bourgeoise (qui, si elle peut se retrouver à être "forcée" d'être du côté des opprimés, est la majorité du temps du côté de la bourgeoisie)

"La lutte n'est pas exclusivement réservée à la clandestinité."

En effet, mais des actes significatifs peuvent être mis en œuvre sans toutefois entrer en clandestinité. Mais sans forcément être légalistes non plus

"Le pouvoir coercitif dispose d'un éventail répressif tellement fort qu'il devient difficile de s'organiser à grande échelle."

Ça selon moi c'est une erreur, et dangereux en plus de ça. Ça voudrait dire qu'il faudrait laisser tomber toute lutte, sous prétexte qu'en face l'ennemi nous donne l'impression d'être partout ? Restons optimistes et continuons à nous battre. Du reste, il n'y a pas besoin de s'organiser à grande échelle pour ça. Des "outils" existent, notamment le principe des petits groupes affinitaires

"Une solution serait de combattre en parallèle sur le terrain juridique."

Voir plus haut

"Une victoire résultant d'une condamnation de la pratique illégale de l'administration résonnerait d'autant plus auprès des gens."

"Les gens" ? Tu parles des résignés, des esclaves qui ont pris acte de leur état d'esclaves et qui finalement se trouvent bien au chaud dans leurs geôles dorées (de moins en moins) ? Ceux-là ne méritent au mieux que l'indifférence, au pire le même mépris réservé à nos ennemis (ce n'est que mon avis)

"Pour te répondre, je ne sais pas du tout où j'en suis politiquement parlant. Je suis juste un humaniste qui en a marre du libéralisme économique."

Ouais, t'es de gauche quoi. le "libéralisme économique" n'est pas moins un problème que si l'économie n'était pas libéralisée. Le problème c'est justement l'économie. Et c'est pas le seul. Toute situation de domination est à combattre (et pas uniquement celle exercée sur les animaux humains)

"Bien à toi."

Pareil. Je pense que ce genre de conversations devrait ressortir plus longtemps, histoire de savoir un peu où on en est

> .

Plus d'info sur le matoss là dessus : https://twitter.com/viclaroche

> Ne détruisez pas ce genre de trucs !

Si jamais vous trouvez ce genre d'engin, ne les détruisez pas !

Trouvez le hacker de confiance le plus proche de chez vous, et confiez lui la bête pour analyse. C'est vraiment super important pour apprendre *exactement* les outils utilisés par les forces de répression de l'état.

Les photos, c'est bien gentil, mais dans ce genre de machine, ce qui compte, c'est leur mémoire, avec qui elles communiquaient, comment, et tout ça on peut le retrouver avec un peu de travail. La machine en elle même c'est pas une perte financière importante pour ce-ux/lles qui l'on posée. Je soupçonne même un certain soulagement de savoir l'objet détruit, ce qui évite les fuites d'infos...

bref, si ça se reproduit, ne détruisez rien, laissez tout comme c'est et apportez le à quelqu'un-e qui saura l'analyser, c'est important !

Machine à laver