O Satan prends pitié de ma longue misère

Ch. Baudelaire.

I

Gloire et merci, Satan, salut !

Oh ! Toi qui le premier n’a pas courbé la tête,

Toi qui le premier a refusé de plier les genoux,

Toi qui le premier n’a pas voulu chanter les louanges de Dieu.

Oh ! Satan merci, salut et gloire à Toi !

II

Oh ! mon père, merci, de l’exemple que tu m’as donné.

Tu pouvais être le premier parmi les serviteurs de Dieu

Et tu savais, avant de commencer ta rébellion sacrée,

Que Dieu te destinait un Enfer effroyable

Et, quand même, tu n’as pas hésité !

Tu savais que ton geste, formerait des légions ;

Et ton geste a fait naître l’esprit de liberté !

III

Oh ! mon, père, merci, j’adore votre geste.

Le premier, il a rythmé l’esprit du monde.

J’adore votre esprit superbe,

J’adore Celui qui m’a montré la voie…

J’adore la pensée qui vous a suscité votre révolte sainte,

Symbole d’éternité !

J’adore en vous mon père, j’adore en vous mon maître,

Mais selon votre esprit et sans courber la tête,

Sans plier devant vous mes genoux,

Malgré que vous soyez plus grand que moi !

IV

Encore, merci. Dans nos heures de danger ; aux heures où nous doutons,

C’est ton esprit qui vient réconforter les nôtres.

Et si malgré les défections, et le supplice de nos martyrs,

Nous triomphons quand même des découragements et de la peur,

C’est qu’à l’instant ton acte surhumain reparaît à nos yeux,

Et tu nous apparais superbe, dans une lueur de flamme,

Marchant loin devant nous, pour conquérir la vérité.

C’est Toi qui donne la force de continuer la lutte,

C’est toi qui nous éclaire et qui nous illumine,

Et nous formons autour de ton esprit géant,

Une couronne sacrée d’esprits !

V

Gloire, oh ! Satan, gloire à ton acte,

Toi qui n’a pas craint les menaces de Dieu.

Qui sut grouper autour de toi une avant-garde magnifique

D’anges en révolte.

Mais déjà tu es vainqueur, Satan, et tu peux goûter maintenant

Les joies pures du triomphe absolu… Toi, tu n’as pas voulu conquérir le monde,

Mais former une élite sans peurs et sans craintes.

Et vers toi tu entends monter, lorsque le jour se lève,

Un cri d’admiration et de reconnaissance,

De tous ceux qui, pour te suivre, ne craignent pas l’Enfer !

Tu n’entends pas le cri de rage des serviteurs de Dieu.

Tu continues ta marche en avant.

Merveilleux, à la tête de ta légion. Et Dieu n’existe plus

Que pour ceux qui l’adorent. Tu l’as détruit pour nous !

Gloire et merci, Satan, salut !…

 

Marius Aimot.

par delà la mêlée N°26 – 3e Série Pâques 1917