Kaminski : de l’anti-Céline au pro-flic ; De la police anarchiste
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Le quai international est déjà situé en Espagne, mais en
débarquant on n’aperçoit rien de particulier. Des porteurs, le contrôle des bagages et des passeports : tout se
passe comme à l’ordinaire.
Avant d’obtenir la permission d’entrée définitive, il faut
cependant se présenter au bureau de police, et brusquement le monde change d’aspect.
Le chef de la police porte la combinaison des miliciens,
le foulard rouge et noir, le béret rouge et noir. C’est un
anarchiste italien connu par un attentat. Des révolutionnaires de tous les pays assurent le service avec des Espagnols ; il y a un Français, un Allemand, un Américain.
Chaque voyageur est ainsi interrogé dans sa langue.
– Avez-vous un passeport ? me demande-t-on.
Les passeports ne valent pas grand-chose à cette frontière. Les voyageurs qui veulent pénétrer dans le pays de la
lutte antifasciste et de la Révolution ont besoin de bien
d’autres légitimations. Quelques personnes seulement ont
quitté le train avec moi, apparemment pour la plupart des
intellectuels en liaison avec quelque groupe antifasciste.
Chacun avec le papier que lui a délivré son organisation
espère entrer enfin dans cette nouvelle terre promise. Voici
un Américain, voici deux Tchèques qui vont à Madrid
comme experts militaires. L’un après l’autre nous montrons nos autorisations. Un nouveau cachet : maintenant
seulement nous sommes en Espagne.
Les hommes portent presque tous l’uniforme des miliciens, la blouse de mécanicien de couleur bleue, grise ou
kaki. C’est une des créations originales de la Révolution
espagnole, une invention géniale et anonyme. On rencontre aussi les uniformes de l’ancienne armée, ceux des
carabineros. L’Espagne fut toujours le pays des uniformes :
en dehors de l’armée il y avait une demi-douzaine de gen
darmeries, et chaque corps avait sa tenue particulière.
Seule manque à ce tableau la soutane noire des prêtres ;
ils ont disparu.
(…)
Les anarchistes avaient combattu côte à côte avec la police, les gens de la Esquerra
avec les communistes. Les partis catalans sont tous aussi
des partis paysans, et les paysans eux-mêmes s’empressèrent d’adhérer au pacte d’unité que les ouvriers et les
petits-bourgeois avaient signé de leur sang.
(…)
La lutte antifasciste
avait évolué en Révolution sociale, l’ancien ordre n’existait
plus, tout le pouvoir était aux mains des révolutionnaires.
Le peuple lui-même avait agi. Le gouvernement, la police,
la Esquerra, le parti des rabassaires (métayers), tous
avaient, comme à leur insu, lutté pour la Révolution et
étaient devenus, soudain, des révolutionnaires.
La nouvelle milice était en réalité le seul pouvoir exécutif
du pays. Le comité de la milice auquel s’ajoutaient bientôt
un comité des vivres et un conseil économique antifasciste,
représentait le véritable gouvernement. L’ancien gouvernement avec les forces sur lesquelles il s’appuyait ne pouvait
que reconnaître le fait accompli. Il faut dire qu’il le faisait
sans résistance aucune et même de bon cœur.
(…)
KAMINSKI – Ceux de Barcelone
http://myreader.toile-libre.org/uploads/My_632e04596fac4.pdf
« De la police anarchiste
Plus encore que la justice, la police, dans l’idéal, ne devrait plus être nécessaire. Mais le communisme est « le simple qui est difficile à faire » [10]. L’idéal d’Utopie ne sera probablement jamais atteint ; en attendant, il faut vivre en s’en rapprochant. Même durant le bref été de l’anarchie, en Catalogne, la police ne disparut pas [11].
(…) Dans ses ouvrages [de François Godicheau], on sera étonné de l’efficacité des anarchistes à reconstituer une police dans toutes ses missions y compris le renseignement. »
Pierre Bance
Maintien de l’ordre en anarchie
http://www.autrefutur.net/Maintien-de-l-ordre-en-anarchie
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