Cinquante-huit incidents ont été enregistrés pour juin seulement, dont des jets de pierres visant des fermiers et des éleveurs, des bris de vitre, incendies, dégâts sur des tuyaux et les citernes d’irrigation, arbres fruitiers déracinés – et un lieu de culte endommagé. Les attaquants sont parfois masqués, parfois pas ; parfois ils attaquent furtivement, d’autres fois en plein jour.

Il y a eu deux attaques violentes par jour, en deux lieux différents, les 13, 14 et 15 juillet. Les mots « mort » et « vengeance » ont été griffonnés à plusieurs endroits ; un message plus original promet que « Et puis nous massacrerons ».

Ce n’est pas par hasard que les chercheurs diligents sur l’antisémitisme ont mis ces données à l’écart. C’est parce qu’ils ne les considèrent pas comme pertinentes, car les Sémites qui ont été attaqués vivent dans des villages avec des noms comme Jalud, Mughayer At-Tuwani, Yanoun et Beitilu. La dose quotidienne de terrorisation (aussi appelé terrorisme) infligée sur ces Sémites-là n’est pas rassemblée dans un beau rapport statistique, ni n’est remarquée par la majorité de la population juive d’Israël et du monde – même si les incidents ressemblent aux histoires racontées par nos grands-parents.

Le jour que craignaient nos grands-parents étaient dimanche, le sabbat chrétien ; les Sémites, qui n’intéressent pas les chercheurs qui surveillent l’antisémitisme, ont peur de samedi, le sabbat juif. Nos grands-parents savaient que les autorités faisant régner l’ordre n’interviendraient pas pour aider une famille juive attaquée ; nous savons que les Forces de Défense Israéliennes, la police israélienne, l’administration ‘civile’, la police des frontières et les tribunaux se tiennent tous à l’écart, fermant les yeux, amortissant les enquêtes, ignorant les preuves, minimisant la gravité des actes, protégeant les attaquants, et stimulant les pogromistes. Les bras derrière ces attaques sont ceux de juifs israéliens qui violent le droit international en résidant en Cisjordanie. Mais les intentions et les buts derrière ces attaques sont la chair et le sang de la « non-occupation » israélienne. Cette violence systémique fait partie de l’ordre existant. Elle complémente et facilite la violence du régime et ce que font les représentants -les commandants de brigade, de bataillon, les généraux et les officiers de l’administration civile – en « portant le fardeau » du service militaire.

Ils s’emparent d’autant de terres que possible, avec des prétextes et des manoeuvres rendues cachères par la Haute Cour de Justice, ils confinent les habitants indigènes dans des réserves très peuplées. C’est l’essence de l’énorme succès qu’on appelle Zone C : dans environ 62 % de la Cisjordanie, une réduction délibérée de la population palestinienne, en préparation d’une annexion formelle.

Jour après jour, des dizaines de milliers de gens vivent à l’ombre de la terreur. Il aura-t-il une attaque aujourd’hui sur les maisons au pourtour du village ? Pourrons-nous aller au puits, au verger, au champ de blé ? Nos enfants diront-ils bien à l’école, ou chez leurs cousins sains et saufs ? Combien d’oliviers seront-ils endommagés cette nuit ?

Exceptionnellement, par chance, une caméra vidéo opérée par des volontaires de B’Tselem montre un incident et perce l’armure d’ignorance empruntée par les citoyens de la seule démocratie du Moyen-Orient. Quand il n’y a pas de caméra, la question est sans importance parce qu’après tout, on ne peut pas croire les Palestiniens. Mais cette routine de violence montante est très réelle, même si elle est peu couverte.

Pour l’organisation des droits humains Al-Haq, l’escalade rappelle ce qui s’est produit en 1993-1994, quand ils ont averti que la violence croissante, combinée avec la défection des autorités, conduirait à des morts massives. Et puis le docteur Baruch Goldstein de Kiryat Arba arriva et abattit 29 fidèles musulmans dans la mosquée Ibrahim. Le massacre planta le décor pour une politique israélienne soutenue de vidage de la Vieille Ville d’Hébron de ses habitants Palestiniens, avec l’aide des pogromistes israéliens juifs. Y a-t-il quelqu’un qui espère un deuxième round parmi les décideurs et exécutants du pays ?

Traduction : JPB-CCIPPP

Source : Electronic Intifada : http://electronicintifada.net/blogs

La source originelle de Ha’aretz en anglais : http://www.haaretz.com/opinion/the-… renvoie maintenant à une autre page sans rapport avec ce sujet, ce qui suggère fortement que Ha’aretz a censuré sa journaliste.

Amira Hass : The anti-Semitism that goes unreported

http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11924