Le procès du livre de caroline fourest et fiammetta venner devient celui de « marine le pen »
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Le grand déballage
Le livre incriminé — sobrement intitulé « Marine Le Pen » — n’a pas plu à la présidente du Front national, qui a juré de le faire condamner et s’est servi du procès en cours pour éviter d’avoir à croiser le fer avec Caroline Fourest sur certains plateaux de télévision pendant la campagne électorale.
C’est d’ailleurs le premier reproche que fera l’auteure au tribunal. « Il me tardait de venir défendre ce travail » a clamé Caroline Fourest à la barre à l’intention des juges. Le procès devait avoir lieu en décembre, pendant la campagne. Mais il a été repoussé à juillet à la demande de Maître Wallerand de St Just, avocat du Front national mais aussi élu FN, qui a judicieusement argué d’un vote du budget au conseil régional de Picardie pour repousser l’échéance… Sachant qu’il est facile de voter le budget par un simple pouvoir et que Maître Wallerand de St Just n’est d’ordinaire pas si assidu (trop occupé qu’il est à plaider les dizaines de plaintes que dépose le Front chaque mois), les prévenues y voient le signe d’une volonté d’éviter le grand déballage qu’entraînerait nécessairement la poursuite de ce livre avant l’échéance électorale…
Les deux jours d’audience leur ont donné raison, tant ce procès a démontré à la fois l’implacable démonstration des auteures, leur bonne foi et le sérieux de leur enquête, mais surtout le visage particulièrement cynique du FN.
Manipulation de l’histoire, emplois fictifs, menaces de mort, propos racistes, stratégie d’intimidation judiciaire… Tout a été déballé, avec luxe de détails qui ont rendu l’avocat du Front, bien seul dans le box des plaignants, cramoisi de rage.
Equipe de choc
Aucun des plaignants — ni Marine Le Pen, ni Jean-Marie Le Pen, ni Louis Aliot ni le premier mari de la présidente du FN— n’ont fait le déplacement. MaîtreWallerand de St Just a dû ferrailler seul face aux prévenus: Caroline Fourest et Fiammetta Venner, les auteures du livre poursuivi, mais aussi leurs éditeurs Olivier Nora et Christophe Bataille de chez Grasset, ainsi que Jean-Claude Martinez, ancien vice-président du FN, poursuivi pour les propos cités dans l’ouvrage, et Fernand Le Rachinel, l’ancien imprimeur du Front. Tous étaient venus avec leurs témoins et avocats.
Les auteures n’étant pas les moins bien pourvues puisque s’est reconstitué l’équipe de choc qui avait défendu Charlie Hebdo pendant l’affaire des caricatures, MaîtreRichard Malka et son mentor Maître Georges Kiejman, tous deux brillants, drôles et très efficaces à la barre. Une « dream team » complétée par l’avocat de Grasset, MaîtreDominique de Leusse, qui avait relu l’ouvrage avant publication. Mais c’est surtout le défilé à la barre des témoins convergents qui racontaient avec luxe détails, souvent minimisés ou amoindris dans le livre poursuivi, qui saura sans doute convaincre les juges du bien fondé de ce livre et de sa véracité
Un grand-père mort « accidentellement » pour la France
L’un des points reprochés aux auteures par Marine Le Pen concerne l’évocation, en deux lignes, de la mort « accidentelle » de son grand-père, Jean Le Pen. Jean-Marie Le Pen rappelle souvent qu’il est « pupille de la Nation » et que son père est « mort pour la France » pour se disculper de tout esprit collaborationniste… Les auteures se contentent de noter combien il joue de l’ambiguïté du concept « mort pour la France », qui peut faire croire que fait d’être mort en combattant sur le front, alors que Jean Le Pen est sorti en mer pour pêcher et ravitailler un restaurant, visiblement occupé par les Allemands, et qu’il a « sauté accidentellement sur une mine » qui devait être soit anglaise soit française. Non seulement cette anecdote est évoquée de façon sibylline dans le livre, mais surtout elle repose sur le témoignage d’un rescapé du naufrage et d’une enquête très détaillée, menée à la fois par “Les dossiers du Canard Enchaîné en 1992”, puis par Bresson et Lionet dans leur livre « Le Pen », non poursuivi à l’époque. Qui plus est, cette précision ne porte en rien atteinte à la « mémoire d’un mort » comme voudrait le faire croire les Le Pen, mais vise plutôt à démontrer les libertés qu’ils peuvent prendre avec l’histoire quand il s’agit de servir leur propagande politique… Avec un certain succès, il faut bien l’avouer. Caroline Fourest a rappelé, à la barre, combien le fait de dire qu’elle portait plainte sur ce point a servi Marine Le Pen pendant la campagne : « Sur TF1, lors d’une des émissions les plus regardées pendant la campagne, Marine Le Pen était interpellée par un Français d’origine maghrébine, qui avait entendu Marine Le Pen dire du livre qu’il injuriait son grand-père « mort pour la France ». Il a cru que le grand-père de Marine Le Pen était mort en combattant les allemands et a répété, à trois reprises, « votre grand-père qui est mort comme moi en combattant pour la France »… Sans que Marine Le Pen ne le reprenne jamais. Mais, et c’est plus grave, sans qu’aucun journaliste présent n’ose rectifier; Sans doute par peur du procès en cours… Voilà l’impact, très concret de cette intimidation judiciaire et du fait que le procès ait été repoussé à une date postérieure à la campagne présidentielle!
Martinez très en verve
Jean-Claude Martinez -le plus en verve, au point de faire hurler de rire la 17e chambre- aura été d’une ironie cinglante et parfois limite à propos de Marine Le Pen, qu’il appelle « la gamine ». Il se plaint d’abord d’avoir à venir de Kinshasa (8000 Kms) pour venir répondre à une plainte de plus, de la part d’une « gamine » et de son équipe qui bénéficie de « 8 millions d’euros de subventions publiques » pour mener sa barque et tous ces procès… « On nationalise les moyens mais on privatise les gains ». Jean-Claude Martinez laissant entendre que cette pluie de procès avait pour motivation, aussi bien intimider que “rapporter”. Mais le plus violent sera sa description d’une leader dont il réfute la qualité d’ « animal politique » — prêté un peu plus tôt à Marine Le Pen par Caroline Fourest — « j’entend que c’est un animal politique ! Un teckel aussi c’est un animal politique ! » lance-t-il. Agacé d’entendre les auteures vanter ses qualités d’avocate, qui expliquent peut-être son obsession procédurière, Jean-Claude Martinez s’emporte : « Maintenant, c’est un ténor du barreau, c’est Cicéron ! » Lui se souvient surtout d’une « gamine » dont Jean-Marie Le Pen ne savait que faire, et à qui il a fallu donner quelques coups de pouce pour qu’elle obtienne de bonnes notes à Assas (où Jean-Claude Martinez est professeur) puis créer une permanence juridique taillée sur mesure pour qu’elle puisse gagner sa vie…. Elle gagnait alors 30 000 f par mois pour un “deux tiers-temps”, pendant que trois avocats du Front complétaient le travail. « Elle est paresseuse, fainéante, incapable ». C’est pour cette phrase que Jean-Claude Martinez est poursuivi et d’autres, qu’il réitère à la barre, en y ajoutant une louche à faire pleurer de rire le tribunal: « c’est sûr, elle ne risque pas l’hémorragie cérébrale ! ».
Système d’emplois fictifs
Mais là n’est pas l’essentiel. Martinez est surtout poursuivi pour avoir raconté quelques secrets. Comme le fait d’avoir dû embaucher Huguette Fatna comme assistante parlementaire, alors qu’elle gardait essentiellement les enfants de Marine Le Pen à Saint-Cloud. « Par-delà l’anecdote, c’est un système d’emplois fictifs généralisé que nous avons découvert », raconte Caroline Fourest, qui se plaint d’avoir dû le minimiser dans le livre par peur de « l’enclume de la 17e chambre correctionnelle ». L’avantage, c’est que dans un tribunal, la parole est libre et ne peur être poursuivie. Alors les anciens du FN déballent. Martinez, le principal concerné, vient démontrer ce qu’il avance. « Le point 4 du contrat de travail d’Huguette Fatna prévoyait qu’elle travaillerait à… Saint-Cloud. Le Parlement Européen, poursuit-il, elle ne savait même pas où ça se trouve ». Visiblement, il n’y avait pas que le cas de cette assistante parlementaire. « On devait fournir des contrats en blanc et la famille Le Pen remplissait, poursuit Martinez. J’ai résisté quand ils ont voulu que j’embauche aussi le chauffeur… ». Carl Lang, qui a milité plus de vingt ans au FN et Lorrain de Saint Afrique, ancien conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen, vont tous les deux confirmer : « c’est comme ça au Front national ». À les en croire, chaque fois que la famille Le Pen a besoin d’employés (un chauffeur, un garde du corps ou une nounou), ce sont les contribuables qui mettent la main à la poche, via un poste d’attachée parlementaire ou un mandat qu’ils effectueront peu. Marine Le Pen montrant l’exemple puisqu’elle est la moins assidue au Parlement européen.
Propos racistes
L’autre passage pour lequel Jean-Claude Martinez et les auteures sont poursuivis concerne Louis Aliot et révèle un tic de langage loin des apparitions policées de ce numéro deux du FN… « Un jour, il a piqué une colère terrible parce qu’on voyait Jacques Bompard au milieu des « melons » . Il ne sait pas dire une phrase sans « melons » . C’est rupestre chez lui. Pariétal ! ».
Caroline Fourest précise « c’est un passage où nous voulions montrer l’animosité qui peut déchirer le FN entre ceux qui sont en priorité obsédés par la question juive et ceux qui sont obsédés en priorité par la question arabe ». Jean-Claude Martinez s’agace : « Caroline, par cliché, n’a voulu retenir que l’expression “melon” mais moi, ce qui me choque, c’est que Louis Aliot envoie des photographes pour faire suivre Jacques Bompard et le photographier au milieu des « melons » comme il dit ! — et le dénonce en bureau exécutif… Vous l’imaginez ministre de l’intérieur ! ».
L’avocat des deux auteures, MaîtreMalka, en profite tout de même pour enfoncer le clou : « mes clientes n’ont donc pas trahi vos propos. Vous avez bien dit qu’il ne savait pas dire une phrase sans « melons » … « Mais bien sûr ! peste Jean-Claude Martinez qui précise qu’il n’est pas guidé par l’« amertume », comme l’écrivent les auteures, mais « qu’il est indigné » par l’équipe actuelle du FN. Une amertume indignation qui ne l’empêche pas de rapporter des faits dignes d’intérêt… Son récit est d’ailleurs confirmé par une lettre de Martine Le Hideux, ancien cadre historique du Front, qui atteste de la scène et du fait que Louis Aliot emploie régulièrement l’expression « melon ».
Tout au long de l’audience, il devient évident que les auteurs, loin d’exagérer, ont plutôt pris des précautions pour minimiser et contextualiser les confidences dont les anciens du Front les ont abreuvés.
Menaces de mort
La démonstration est montée d’un cran lorsque Fernand Le Rachinel est venu à la barre raconter comment Jean-Marie Le Pen l’a « menacé de mort ». Après la débâcle des législatives de 2007, l’imprimeur, qui avait emprunté sur ses biens personnels et professionnels les fonds de la campagne pour les avancer — à taux zéro — au FN, a compris que Marine Le Pen ne souhaitait pas qu’il soit remboursé… Elle a même entrepris, avec l’aide de Philippe Peninque (ancien du GUD) de l’étrangler judiciairement pour le pousser à accepter une transaction. Afin que, pris à la gorge, il accepte une remise de 3 millions d’euros. Fernand Le Rachinel s’en est ouvert à Jean-Marie Le Pen, lors d’une discussion houleuse, où ce dernier l’aurait menacé : « Il m’a dit, je te ferai exécuter ». MaîtreSt Just mis en cause un peu plus tôt pour avoir participé à cette stratégie judicaire d’étranglement qualifiée par un expert de « tentative d’extorsion de fonds » tente de déstabiliser l’imprimeur, sans succès. Mais la rage entre ces anciens compagnons de route est palpable, surtout quand MaîtreSaint Just tente d’humilier Le Rachinel en s’adressant à son avocat : « Laissez répondre votre client. Je sais qu’il n’est pas très capable mais quand même… » Une phrase qui blesse l’ancien compagnon de route : « Je ne suis peut-être pas très capable mais moi je suis ancien meilleur ouvrier de France ». Il poursuit. L’intimidation cette fois-ci, n’a pas pris.
Les militants FN ont peur du travail de Fourest
La première journée d’audience continue par les témoignages de Georges-Marc Benamou, venu raconter dans quel contexte il a publié ce que racontait Pierrette Le Pen juste après son divorce dans Globe. A propos de son antisémitisme primaire, dans lequel ont grandi les filles Le Pen, et des fraudes fiscales. Notamment la part de l’héritage Lambert resté en Suisse et que le leader du FN — parti champion de la morale publique — n’a jamais déclaré…
Les auteures étant poursuivies pour les avoir rapporté ces phrases et d’autres reprises du magazine Rolling Stones, alors qu’elles constituent, selon elle, « un morceau d’histoire politique qu’on ne peut effacer ». Surtout lorsque Marine Le Pen fait de ce divorce et du déballage médiatique qui s’en est suivi sa « plus grande épreuve », celle qui rend si émouvante son autobiographie.
C’est d’ailleurs le sens du livre qu’elles ont écrit. « Nous avons voulu mettre les sous-titre » raconte Fiammetta Venner, politologue et auteure d’une thèse de Sciences politiques — recensant plus de 20 0000 mobilisations — sur l’extrême droite française. « Nous voulions montrer toutes les coulisses que l’autobiographie de Marine Le Pen laisse de côté pour que le lecteur-citoyen puisse juger avec tous les éléments en main, et non à partir du traitement « people » dans lequel ont versé parfois certains confrères. »
Heureusement, certains font leur travail. C’est au tour de la journaliste Claire Checcaglini, qui a infiltré le FN pour un livre intitulé « Bienvenue au Front », de venir à la barre. Elle explique à quel point le livre poursuivi est la bête noire des cadres du Front : « ils ont très peur que les militants lisent ce livre ou voient leur film ». La journaliste raconte avoir surpris et enregistré les propos d’un cadre du FN, Philippe Chevrier, à l’issue d’une réunion politique : « Quand est-ce qu’on l’emmène la Fourest ? On la met à poil, on l’attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va avec la Fourest en forêt de Rambouillet et on la laisse. Au sourire qu’il affiche, ajoute l’auteur du livre, le responsable des Yvelines semble content de ses idées de balades en pleine nature”.
Flottement dans la salle. Caroline Fourest fixe l’avocat du Front, qui se contente de regarder ailleurs et de sourire. Pour son travail, journalistique, Claire Checcaglini est poursuivie pour « escroquerie » par le Front… Encore une façon d’intimider.
Lorrain de Saint Affrique clôt les débats de la première journée en décrivant, de façon très chirurgicale et convaincante, la stratégie du FN en matière d’intimidation judiciaire :
– « Un jour où le Front commençait à perdre des procès, Jean-Marie m’a dit : « cela marchera jusqu’à ce que les magistrats comprennent… »
– « Comprennent quoi ? demande, visiblement piquée, la présidente du tribunal.
– « Que nous instrumentalisons les magistrats… »
Sourire amusé du procureur. La phrase n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.
Maitre Saint Just a la parole…
La seconde journée sera entièrement consacrée aux plaidoiries. MaîtreSaint Just — dont Kiejman dira avec ironie qu’il porte un nom trop grand pour ses épaules — sera régulièrement moqué par les parties adverses pour sa « double casquette » d’avocat et de vice-président du Front. Il tente de retrouver le fil… Mais livre une plaidoirie terne et poussive, qui tente essentiellement de caricaturer les auteures en s’appuyant sur le pamphlet de Pascal Boniface contre Caroline Fourest, ou la qualifiant de militante d’ « extrême gauche » ayant la « haine du FN ». Ce que Caroline Fourest dément calmement : « Je ne sais pas ce qui fait dire à MaîtreSaint Just que je suis d’extrême gauche, peut-être le fait de me regarder depuis très très à droite… Mais je le rassure. Je n’ai aucune animosité personnelle envers Marine Le Pen. Ni envers aucun sujet sur lequel je travaille. Je suis engagée mais ce qui m’amine, ce que j’aime dans ce métier, c’est avant tout la passion de la vérité et de la démonstration. »
Relaxe pour un livre d’intérêt général
Ayant pris la parole entre l’avocat des plaignant et des prévenus, le procureur général a livré un exposé, efficace et précis, en faveur de la relaxe sur la totalité des points soulevés par Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, le FN et Louis Aliot, au titre de la bonne foi, du sérieux de l’enquête, de précaution dans l’emploi de conditionnel et de guillemets de la part des auteures, mais aussi de problèmes de qualification venant des plaignants, et surtout d’un « sujet d’intérêt général ». Il a rappelé que, selon la jurisprudence, les femmes et les hommes politiques s’exposent davantage que leurs concitoyens à la critique. Il n’a retenu qu’une réserve, concernant l’évocation moins utile du premier mari de Marine Le Pen, non-cité mais identifiable, et dont les auteures rapportent qu’il est connu au FN pour son tempérament sanguin et qu’il lui arrive de tirer sur les toits au revolver pour s’amuser après une soirée bien arrosée. « La montagne accouche d’une souris et même d’une fourmi » commente MaîtreMalka, qui ne voit décidément pas en quoi l’évocation de cette anecdote peut être jugée diffamatoire.
Maître Kiejman ira jusqu’à regretter le temps où l’on faisait de vrais procès pour savoir si Jean-Marie Le Pen était nazi ou avait torturé en Algérie… L’ouvrage incriminé est si pondéré et sérieux que la partie lui semble trop facile. Mais il la défend avec le brio habituel et termine à bout de souffle. Le relais passe à Dominique de Leusse, l’avocat de Grasset, qui démontre combien le rappel des propos de Pierrette Le Pen était non seulement fondé, étayé, mais cité de façon équilibrée et judicieuse. Maître Malka termine la boucle dans un souffle, en s’amusant de voir l’avocat du Front furieux de certains témoignages : « c’est votre DRH qu’il faut mettre en accusation. Ces témoins viennent du FN, ce sont les vôtres, pas les nôtres ! » Il s’amuse notamment à citer une phrase de Maître Collard, aujourd’hui député du FN, et qui n’a jamais été poursuivi pour avoir dit — jadis — que le FN utilisait un vocabulaire « microbien » : « Et on le fait député ! Mais par contre on poursuit mes clientes… » L’avocat trouve également savoureux de voir Pascal Boniface, l’allié des islamistes, cité par le FN. Il termine en insistant sur la stratégie judiciaire décrite par Lorrain de Saint Affrique. « J’ai été stupéfait de voir, juste avant notre audience, combien d’audiences relais concernent des procès en cours intentés par le FN… Maître Saint Just ne bougeait pas et tout le monde défilait ! Le FN est en train de privatiser cette chambre ! »
D’où « l’enjeu de ce procès », insiste Caroline Fourest pour conclure : « Comme ils ont un service juridique corvéable à merci, tout le monde s’autocensure désormais pour parler du FN. Si vous nous condamnez sur un seul point, Marine Le Pen communiquera comme si elle avait fait condamné tout le livre. Vous devez envoyer un signal et montrer que vous avez compris leur stratégie… »
Sophie Villeneuve
vendredi 6 juillet 2012
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2012/07/06/2…e-pen
« retour de flamme »
Quand Sainte-Caroline-de-la-Gauche défend le troisième âge lepéniste
par Pierre Tevanian
19 mars 2012
En hommage à Caroline Fourest, notre soeur à tou-te-s, qui vient enfin de décrocher un trophée à sa mesure en remportant hier soir le Yabon Award du meilleur chroniqueur-expert raciste de l’année 2012, nous republions une savante exégèse de son chef d’œuvre. Il s’agit d’un morceau d’anthologie, à faire étudier en cours de français : un monument de rhétorique réactionnaire, riche en sophismes, mensonges, demi-mensonges, effets d’autorité, poses, postures et autres stratagèmes, qui réussit un véritable tour de force : en partant d’un sondage qui nous apprend que 61% des Français sont favorables à l’extension du droit de vote des étrangers, que cette extension est voulue par les trois quarts de l’électorat de gauche, et que même au Front National près de 40% des électeurs l’acceptent, on arrive à la conclusion qu’il est urgent de ne pas voter cette mesure car… l’opinion n’est pas prête !
« La guerre, c’est la paix. »
« La liberté, c’est l’esclavage. »
« L’ignorance, c’est la force. »
Ces trois formules sont de George Orwell, ou plutôt elles figurent, dans le 1984 d’Orwell, la manière dont un pouvoir parvient, par une propagande faite de novlangue et de matraquage, à « faire accepter l’inacceptable » [1]. C’est à ce stade ultime de la manipulation politique que nous sommes lorsqu’une éditorialiste nous explique doctement qu’une loi mettant fin à une discrimination xénophobe (l’exclusion des étrangers en dehors de toute participation politique) risque de faire le jeu de… la xénophobie !
Jugez plutôt. L’article commence de la sorte :
« Ainsi 61 % des Français se disent favorables au droit de vote des étrangers aux élections locales. C’est une nouvelle plutôt réjouissante… »
Et il finit ainsi :
« Traversons-nous une période où la mondialisation est vécue comme heureuse au point de donner l’envie de s’ouvrir et de s’adapter ? Ou, au contraire, une période où cette adaptation peut être vécue comme une trahison supplémentaire de l’Etat-nation, et donc générer plus de mal (la xénophobie) que de bien (l’ouverture) ? Tenir compte de ce contexte permet de se faire une idée. »
Etonnant, non ? Comment est-il possible de prendre acte d’une approbation très majoritaire du vote des étrangers, de s’en « réjouir », et de finalement conclure à l’urgence de ne rien faire ?
Beaucoup d’aplomb, peu de scrupules, et une vingtaine de phrases : voilà ce qu’il faut pour réussir ce tour de force. Mais regardons de plus près. Par souci d’honnêteté, voici, in extenso, la tribune de Caroline Fourest intitulée « Le citoyen et le droit de vote des étrangers » (et publiée dans Le Monde le 2 décembre 2011), découpée par nos soins en dix actes, et assortie de quelques commentaires qui s’imposent.
Acte 1 : « Aie confiance ! » (ou : Le Cœur à Gauche)
« Ainsi 61 % des Français se disent favorables au droit de vote des étrangers aux élections locales. C’est une nouvelle plutôt réjouissante dans un climat où l’instrumentalisation de ces questions atteint parfois son paroxysme. »
Tout sophiste réactionnaire qui se respecte doit, pour se faire entendre par le plus grand nombre, commencer par se rendre sympathique, au moyen de ce que George Orwell a appelé des « pétitions de principe » : il s’agit d’afficher, de manière totalement formelle et abstraite, son attachement à des principes moraux hégémoniques ou quasi-hégémoniques parmi l’auditoire auquel on s’adresse – bref : caresser le lecteur dans le sens du poil.
En l’occurrence, puisqu’on est dans Le Monde, et que c’est au sein de la gauche que Caroline Fourest a entrepris, depuis quelques années, sa tâche de commissaire politique, il faut afficher un antiracisme bon teint, une sainte horreur de la xénophobie, ou pour le dire autrement suggérer en subliminal à ses lecteurs que sous la dure cuirasse de l’éditocrate multimédia se cache un petit cœur qui ne bat que pour la gauche. D’où ce caractère « plutôt réjouissant » que, dans la novlangue des sondeurs, ladite éditocrate reconnaît à ce 61%.
Tout cela bien entendu n’est que convention littéraire, puisque, si la nouvelle réjouissait vraiment Sœur Caroline, la suite de l’article aurait été quelque chose de ce genre :
« La gauche va donc enfin pouvoir voter cette mesure de justice au lieu de se défiler comme elle l’a fait depuis trente ans, au prétexte que l’opinion n’était pas prête ».
Or, comme vous vous en doutez, ce n’est pas vraiment cela que nous dit la suite. Fidèle à son habitude, Sœur Caroline préfère nous sortir son désormais célèbre jeu du « Oui Mais » – pour mémoire, voici ce qu’en disait CPPN il y a peu, ici-même :
« La spécialité de Caroline Fourest et ce qui l’a rendue si populaire auprès de médiacrates aussi peu soupçonnables de progressisme qu’Yves Calvi ou Arlette Chabot, c’est sa maîtrise du Oui-Mais :
Oui, certes [placer ici les arguments traditionnels des mouvements de gauche dans leur version les plus compassionnelles, pendant un paragraphe]
Mais [placer ici les postulats conservateurs dominants sur le même sujet, en lui passant un coup de vernis de gauche]. » [2]
Acte 2 : Savoir raison garder
« On se prend à rêver des débats sereins et constructifs sur l’immigration et la nationalité, où les arguments remplaceraient les réflexes pavloviens. »
Vous l’aurez deviné : ce qui est ici dénigré sous la méchante appellation de « réflexe pavlovien », c’est ce minimum de rigueur intellectuelle et de probité morale qui aurait pu faire passer Caroline Fourest d’une « nouvelle réjouissante » (61% d’approbation pour le droit de vote des étrangers) à une exigence politique : que la gauche vote enfin la mesure de justice qu’elle promet depuis trente ans, afin que l’on puisse vraiment se « réjouir ».
Soeur Caroline voit les choses autrement : s’il y a un petit cœur de gauche sous ma cuirasse d’éditocrate, nous dit-elle, ce petit cœur a ses raisons que la raison ne connait pas. Les élans du cœur se doivent d’être tempérés par une tête bien pleine, bien faite et bien froide : il faut savoir raison garder ! N’apprend-on pas, à l’Ecole des Hautes Etudes en Clichés Editocratiques, que « l’Enfer est pavé de bonnes intentions », et que celui qui « veut faire l’ange » ne peut faire que « la bête » ?
La raison contre les élans du cœur : c’est cette partition binaire, manichéenne, stupide disons-le, mais structurante dans tout sermon éditocratique qui se respecte, que joue ici Sœur Caroline – et qui lui permet, en douceur, presque imperceptiblement, de dévier sa route et de passer l’air de rien de sa pétition de principe progressiste (ce 61% pour le vote des étrangers est « réjouissant ») à un « Mais » qui ne dit pas son nom – car enfin, vous l’avez deviné, « tout n’est pas si simple ! ».
Acte 3 : (In-)juste milieu
« Dans cette France rêvée, on pourrait se demander s’il est judicieux de déconnecter le droit de vote local de la nationalité. Sans que Claude Guéant, le ministre de l’intérieur, vienne agiter le spectre de “maires étrangers”, alors qu’il s’agit – au mieux – de pouvoir devenir conseiller municipal. Sans que l’extrême droite entame son couplet sur l’invasion. Mais aussi sans qu’une certaine gauche dégaine le soupçon de racisme envers toute personne non convaincue d’avance. »
Sœur Caroline nous sort ici encore une figure imposée de la langue de bois gouvernementale ou éditocratique, sa figure de prédilection, celle qu’on retrouve, comme une marque de fabrique – que dis-je : une griffe – dans chacun de ses sermons. Il s’agit du « juste milieu », ou plutôt du « ni-nisme » tel que Roland Barthes l’a analysé dans ses Mythologies [3] :
« ce procédé rhétorique fondé sur une “mécanique de la double exclusion” qui consiste à faire le compte avec une balance dont on charge les plateaux à volonté, de façon à pouvoir apparaître soi-même comme un arbitre impondérable et juste, à l’image du fléau qui juge la pesée. »
Je me contenterai ici de reprendre les mots de Danièle Lochak :
« Le ni-nisme, comme l’ont montré Pierre Bourdieu et Luc Boltanski [4], est une des figures privilégiées de la rhétorique politique qui aime à cultiver l’idée du juste milieu. Le procédé qui consiste à poser deux contraires et à les balancer l’un par l’autre de façon à les rejeter tous les deux, en transformant les alternatives en dilemmes, est d’usage commode pour imposer la légitimité d’un choix ou accréditer le bien-fondé d’une politique. Mais le milieu n’étant jamais que la double négation des extrêmes, il est facile de produire une fausse symétrie et de dégager une position centrale en manipulant les extrêmes : on engendre ainsi une position moyenne, médiane, modérée, parée de toutes les vertus. »
On retrouve partout, dans les discours droitiers en général et dans celui de Sœur Caroline en particulier, cette espèce bien particulière de « juste milieu » : par exemple, entre « l’extrêmisme de droite » qui consiste à vouloir expulser tous les étrangers et « l’excès inverse » qui consiste à vouloir n’en expulser aucun, soyons raisonnables-donc-modérés et expulsons un étranger sur deux !
Ou encore : entre l’odieuse instrumentalisation islamophobe de la laïcité par Marine Le Pen, Riposte Laïque et les Identitaires, qui veulent interdire le voile partout, et « l’extrémisme de l’autre bord » qui consiste à n’interdire le voile nulle part, soyons de vrais laïques raisonnables-donc-modérés, et interdisons le voile sur la moitié du territoire !
Ou encore (et celle-là, Sœur Caroline l’a vraiment faite, explicitement) : entre l’excès droitier d’un Fillon qui attaque Eva Joly sur ses origines étrangères, et la tout aussi funeste « partition gauchiste » (sic) d’une Eva Joly, qui consiste à remettre en cause le militarisme envahissant des cérémonies du 14 juillet, la posture médiane-donc-juste-et-raisonnable consiste à faire chanter la Marseillaise aux enfants et aux footballeurs…
Pour ce qui concerne le droit de vote des étrangers, notre éditocrate centriste oppose l’excès de droite d’une droite véritablement extrême et raciste (Claude Guéant agitant comme un « spectre » l’hypothèse d’élus étrangers, et « l’extrême droite » entonnant le refrain de « l’invasion ») à l’excès de gauche d’une « certaine gauche » (c’est qui, au fait ?) dont le tort (le très grave, le très grand tort !) est une tendance (très fâcheuse) à (tenez-vous bien, c’est très grave, vous dis-je) :
« dégainer le soupçon de racisme envers toute personne non convaincue d’avance. ».
Vous vous demandez de qui et de quoi il s’agit ?
Vous vous demandez en quoi il est si grave de simplement soupçonner de racisme quelqu’un qui s’acharne, envers et contre tout, à refuser le droit de vote aux étrangers ?
En quoi surtout cette suspicion peut être mise en balance et en équivalence avec « l’extrême de l’autre bord » qu’est le discours de peur et de haine que diffusent, à grande échelle et à haute intensité, un ministre de l’Intérieur et une fasciste surmédiatisée ?
Moi aussi je me le demande. En attente d’une réponse, nous appellerons cela : « le mystère Caroline ».
Acte 4 : Nouveau départ
« Car, non, la déconnexion de la nationalité du droit de vote, même aux élections locales, n’est pas une évidence. »
Ici commencent les choses sérieuses. Si vous avez bien suivi, trois phrases ont enchaîné trois topiques du discours réactionnaire qui, mises ensemble, forment le moyen le plus canonique d’introduire le fond de l’affaire, à savoir : la légitimation de l’illégitime, la justification de l’injustifiable. Ce triptyque est, je le rappelle :
1. Pétition de principe compassionnelle voire progressiste (« moi aussi j’ai un cœur », traduit ici en : « je me réjouis de l’ouverture d’esprit de mes compatriotes ») ;
2. Appel à la raison contre les égarements du cœur (ici : aux « arguments sereins et constructifs » contre les « réflexes pavloviens ») ;
3. Glissement de la raison à la « modération » et au « juste milieu » (comme si, soit dit en passant, il n’existait pas, de l’anti-esclavagisme aux luttes anticoloniales, en passant par le féminisme radical et l’activisme homo ou trans’, de bons extrémismes, fondés en raison [5]).
C’est seulement après une telle mise en condition que le fin mot de cette histoire de droit de vote des étrangers peut s’imposer sans paraître trop brutal, et ce fin mot est un tout petit mot pourtant assez brutal : « Non » !
« Non », nous dit Sœur Caroline, le droit de vote aux étrangers « n’est pas une évidence ». Il s’agit bien entendu d’une nouvelle euphémisation de sa position réelle, puisque, nous allons le voir, toute la suite du texte converge vers un ultime paragraphe sans appel dont le résumé serait plutôt :
« L’opposition à une ouverture du droit de vote aux étrangers s’impose comme une évidence ».
Mais bien entendu, une telle affirmation, à brûle-pourpoint, sans euphémisation ni détours introductifs, serait du plus mauvais effet, surtout quand l’actualité nous apprend que ce non catégorique au droit de vote des étrangers n’est plus porté que par la moitié la plus droitière de l’électorat UMP et FN.
Marquons en effet une pause et rappelons le contexte de cette tribune soeurcarolienne. Un sondage. BVA. Qui nous dit ce que de nombreux sondages nous confirment depuis des années, à savoir : que l’acceptation d’un droit de vote des étrangers progresse de manière à peu près continue dans l’opinion, au point qu’elle devient très nettement majoritaire. Et qui nous dit, plus précisément, ceci :
que les avis favorables à l’extension du droit de vote s’élèvent à 70% chez les 18-24 ans, à 75% chez les 25-34 ans, et que seules les personnes âgées de plus de 65 ans y sont majoritairement hostiles (51,4%) ;
qu’ils s’élèvent également à 75% chez les électeurs de gauche, à 63% chez ceux du Modem et à 58% chez ceux du Nouveau Centre, et qu’ils ne sont minoritaires (et pas tant que ça) qu’au Front National (38%) et à l’UMP (43%).
que l’approbation est majoritaire aussi bien chez les cadres supérieurs et les professions libérales (71%) que chez les employés (68%) et les ouvriers (60%), et que seuls les commerçants et artisans y sont majoritairement opposés (54% de « contre »).
On comprend mieux, dans un tel contexte, qu’il soit difficile à Caroline Fourest d’ouvrir sa tribune par un simple, franc et massif :
« Non, je ne veux pas qu’on ouvre le droit de vote aux étrangers ».
Ce qui se rapprocherait pourtant davantage du fond de sa pensée – jugez plutôt, en découvrant la suite !
Acte 5 : Leçon d’histoire
« Dans l’absolu, c’est même un renoncement à l’un des traits marquants du modèle hérité de la Révolution française, où l’exercice de la citoyenneté est conditionné par le désir d’appartenir à la nation. Il mérite donc qu’on en discute. »
Ici encore nous sommes dans le summum du classicisme de la rhétorique réactionnaire. Après la raison contre les sentiments et la modération contre les extrémismes, voici l’ultime stratégie d’intimidation (il ne manquait plus qu’elle) : l’érudition contre l’ignorance. Semblable en cela à son faux-frère ennemi, Eric Zemmour, Sœur Caroline se pique d’histoire de France et oppose les « leçons du passé » aux remous de l’actualité.
La référence historique n’est, au demeurant, pas anodine : là aussi nous sommes dans le schéma le plus pur et parfait de l’argument d’autorité. N’allez pas dire à Sœur Caroline que sa résistance au droit de vote des étrangers la situe objectivement (confère BVA) dans le dernier tiers sur la droite de l’échiquier politique, du côté des commerçants, des plus de 65 ans et de la frange ultra de l’électorat UMP et FN, puisque cette résistance se fonde, excusez du peu, sur un « modèle hérité de la Révolution française » !
Bien évidemment, nous sommes ici encore dans la posture et l’imposture. Tout comme la « raison » dont se réclame Sœur Caroline n’a rien de particulièrement raisonnable, tout comme son « juste milieu » n’a rien de juste et n’est même pas au « milieu » (du moins pas au milieu du champ de tous les positionnements possibles : seulement au milieu du champ des positionnements de la droite et de l’extrême droite), la posture érudite qu’elle adopte maintenant ne repose sur aucune érudition réelle, et sa « leçon de l’histoire » est aussi confuse qu’inexacte.
De manière toute zemmourienne, Sœur Caroline nous inflige un brouet de « clichés science-po » et d’anachronismes, d’où il ressort qu’il y aurait un « modèle » unique de la citoyenneté hérité de la Révolution (ce qui est inexact : plusieurs conceptions se sont opposées au fil des décennies) et que ce modèle se fonderait sur un « désir d’appartenir à la nation » (alors que le concept de nation ne s’est imposé qu’un siècle plus tard) – mais d’où il ne ressort pas, bizarrement, que la Constitution du 24 avril 1793 déclarait ceci :
« Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis, tout étranger de vingt et un ans, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’Humanité, est admis à l’exercice des Droits de citoyen français. »
Ce que surtout l’on ne comprend pas, c’est en quoi un moment politique qui a fait primer le désir de participer à la vie publique sur les origines nationales (car cela, c’est exact !) peut être si contradictoire avec une ouverture de la citoyenneté à des étrangers qui en formuleraient… le désir !
Avant de poursuivre, conseillons une lecture à celles et ceux qui souhaiteraient un éclairage historique sur la Révolution française et sur les modèles de citoyenneté qu’elle a fait émerger. Un éclairage un peu plus rigoureux que les fiches-révision approximatives d’une Caroline Fourest ou d’un Eric Zemmour : L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française, de Sophie Wahnich, Éditions Albin Michel (1997).
Acte 6 : Ou bien, ou bien
« On peut se demander, par exemple, s’il ne vaut pas mieux faciliter l’accès à la nationalité française plutôt que de fermer cette porte tout en laissant une fenêtre ouverte : le droit de vote aux élections locales. »
La fausse alternative : de cela aussi, Sœur Caro est spécialiste ! Le procédé est habile : il s’agit, pour mettre hors-jeu une politique progressiste qu’on désapprouve mais contre laquelle on est incapable d’argumenter, de construire de toutes pièces une alternative entre ladite politique progressiste et une autre mesure progressiste, beaucoup plus largement plébiscitée que la première, en pariant sur l’inattention de l’auditoire. Charmé par le caractère réellement progressiste de la proposition alternative, ledit auditoire peut, s’il manque de vigilance, en oublier que ladite mesure alternative n’a en réalité rien d’incompatible avec celle qu’elle prétend remplacer.
Le plus bel exemple de ce tour de passe-passe est un article mémorable publié en 2003 dans lequel Sœur Caroline nous expliquait que, plutôt que d’autoriser le port du voile aux élèves musulmanes au sein des écoles publiques, il fallait redonner un sens ouvert et progressiste à la laïcité en accordant plus de place à l’enseignement de la langue arabe, de l’histoire des religions ou encore de l’histoire des mouvements sociaux. En quoi cette réforme des contenus enseignés s’opposait, comme une alternative, à l’acceptation des élèves portant un foulard, voilà en revanche ce qui ne fut jamais expliqué par notre Sœur à tous.
Et c’est à nouveau ce type de fausse alternative qui sert aujourd’hui de rempart contre l’extension du droit de vote aux étrangers : plutôt que permettre à des étrangers de voter sans se naturaliser, facilitons la naturalisation pour ceux qui la désirent. Ici comme dans le cas précédent, la mesure alternative est tout à fait légitime, pertinente et progressiste (surtout quand on connait un peu la manière dont s’exerce aujourd’hui le pouvoir discrétionnaire de l’Etat en matière de naturalisation)… sauf qu’elle n’a absolument rien d’alternatif : ce sont deux mesures progressistes parfaitement distinctes, parfaitement compatibles, parfaitement complémentaires, tout aussi urgentes l’une que l’autre, que d’ouvrir d’une part la nationalité française à celles et ceux qui la demandent, et d’ouvrir d’autre part la citoyenneté à celles et ceux qui ne désirent pas devenir français.
Acte 7 : Effet Pervers et Mise en Péril
« On peut se demander si accorder cette concession ne contribue pas à dévaluer l’un des privilèges de la nationalité. Quitte à prendre le risque d’un retour de flamme : la revendication d’une conception plus ethnique de la citoyenneté. »
Ici recommencent les choses sérieuses. Après la caution intimidante de la Révolution française, voici le top of the pops de la rhétorique anti-immigrés, le Stigmate des stigmates, le Chantage des chantages : « le jeu du Front national » ! Plus exactement, mais cela revient au même :
« le risque d’un retour de flamme : la revendication d’une conception plus ethnique de la citoyenneté. ».
J’ai, ici, une pensée émue pour Albert Otto Hirschman, l’auteur émérite du désormais classique Deux siècles de rhétorique réactionnaire [6]. Dans ce livre, Hirschman répertorie et déconstruit trois grandes figures qui ont servi, pendant tout le dix-neuvième et le vingtième siècle, à s’opposer aux réformes progressistes, aussi bien sur le plan des droits sociaux (mise en place d’un « Etat-providence ») que sur celui des droits politiques (parmi lesquels, justement, l’extension du droit de vote, aux femmes ou aux Noirs !). Ces trois figures sont :
« La thèse de l’inanité » (futility), résumable ainsi : « votre réforme n’aura de toutes façons aucun effet, la nature humaine restant ce qu’elle est et a toujours été » ;
« La thèse de l’effet pervers » (perversity), résumable ainsi : « votre réforme aura des effets, mais des effets diamétralement opposés à ceux que, naïvement, vous escomptez » ;
« La thèse de la mise en péril » (jeopardy), résumable ainsi : « votre réforme atteindra peut-être les effets escomptés, mais au prix d’une chaîne d’autres effets, funestes et mêmes catastrophiques. ».
Sœur Caroline manie bien entendu les trois avec dextérité, mais c’est ici, et jusqu’à la fin de la tribune, un mélange d’effet pervers et de mise en péril qui vient porter le coup fatal à cette malséante extension du droit de vote.
Mise en péril (de notre si belle, si républicaine et si universaliste « conception de la nation ») : certes les étrangers voteront, une discrimination xénophobe aura donc été levée, mais l’extrême droite y trouvera une nouvelle jeunesse, avec sa « conception plus ethnique » !
Effet pervers (rebaptisé ici « retour de flamme ») : le but ultime de cette extension du droit de vote est de venir à bout de la xénophobie, eh bien c’est tout le contraire que vous allez provoquer – une poussée de xénophobie !
Ne demandez pas à Sœur Caroline des arguments à l’appui de ces deux thèses : Sœur Caroline se situe au-delà de tout ça. Par contre elle sait faire peur.
Acte 8 : Mayonnaise
« On peut rétorquer que, dans un monde ouvert, la fermeture de cette petite fenêtre n’a plus beaucoup de sens. Nous pouvons tous être amenés à vivre et à vouloir s’investir dans un autre pays que le nôtre, sans pour autant désirer devenir membre de cette nation. Si la nationalité doit absolument continuer à structurer le droit de vote aux échéances nationales, la vie locale, elle, relève plus de la démocratie participative que représentative. Vu ainsi, permettre à des résidents de longue date de s’investir dans la démocratie locale renforce plutôt l’appartenance citoyenne. »
Sœur Caroline marque ici une nouvelle pause, avant de porter le coup de grâce. Une nouvelle fois, elle donne des gages de gauchitude – ou a minima des gages d’ouverture à « tous les arguments sur la question ».
Cela aussi c’est un passage obligé : pour clore un débat tout en prétendant l’ouvrir et l’alimenter (car c’est bien de cela qu’il s’agit, rappelez vous, ou bien relisez le terrifiant dernier paragraphe de la tribune sœurcarolienne), il convient d’au moins donner l’impression qu’on en a « fait le tour ». « On vous a écouté » est un corollaire utile à « Maintenant taisez vous » et à « Laissez nous revenir aux choses sérieuses ».
Tel est le rôle de ce « on peut rétorquer que… », et de ces quelques phrases, au demeurant assez confuses, avec leurs concepts mayonnaise [7] (comme ce grotesque « monde ouvert ») et leurs dualismes foireux (comme cette sombre histoire de « démocratie locale », « participative plutôt que représentative » – alors qu’on est bien en train de parler, que je sache, de vote à des élections locales, et donc de démocratie locale représentative !).
Acte 9 : « Aie confiance 2 » (ou : Le retour du Petit Cœur de Gauche)
« Cette mobilité citoyenne, au coeur de la mondialisation en marche, a déjà généré des aménagements. Puisque les résidents de l’Union européenne ont le droit de voter aux élections locales en France. Dès lors, comment refuser ce droit à d’autres ? Peut-on accepter qu’un Britannique ayant acheté une maison de campagne en France puisse voter, mais pas les chibanis, ces travailleurs maghrébins ayant quitté leur pays et leur famille pour travailler dans nos usines depuis plus de quarante ans ? »
Pommade et mayonnaise, encore et toujours : un discours indirect libre argumentant (fort mal) le point de vue des partisans du vote des étrangers, avec toujours la même novlangue quasi-bénaliste – cf. cette « mobilité citoyenne, au coeur de la mondialisation en marche »… franchement !
Notons au passage le registre strictement misérabiliste que notre éditocrate se sent obligée d’adopter quand elle s’efforce de parler la gauche. Notons surtout le prix, fort élevé, que dans sa grande générosité, Sœur Caroline exige pour commencer l’esquisse d’une velléité d’octroi du droit de vote :
être un « travailleur » ;
« travailler quarante ans » ;
ne pas faire venir sa famille en France !
Acte 10 : La porte ouverte (ou : le retour de l’Effet Pervers)
« Voilà qui soulève des questions passionnantes. Reste à savoir s’il est urgent d’y répondre. Traversons-nous une période où la mondialisation est vécue comme heureuse au point de donner l’envie de s’ouvrir et de s’adapter ? Ou, au contraire, une période où cette adaptation peut être vécue comme une trahison supplémentaire de l’Etat-nation, et donc générer plus de mal (la xénophobie) que de bien (l’ouverture) ? Tenir compte de ce contexte permet de se faire une idée. »
Le coup de grâce ! Bande d’abrutis, vous aviez cru, bercés par les concessions qui précèdent, que oui, bien sûr, il est peut-être temps de franchir ce pas audacieux qui mène de l’exclusion à l’inclusion des résidents étrangers ? C’est que nous n’avez pas bien suivi, car enfin, la Révolution française ? Et ce risque d’une « conception plus ethnique » ? Et ces vilains gauchistes « pavloviens » qui tyrannisent la minorité visible des éditocrates en traitant tout le monde de racistes ?
En même temps, ce n’est pas grave. Vous n’avez pas eu franchement tort en vous laissant bercer, car vous avez au moins retenu une moitié de la leçon : Sœur Caroline a un cœur, et ce cœur est à gauche. Quant à la seconde moitié, vous allez enfin pouvoir l’assimiler, grâce à un dernier paragraphe qui vient tout recadrer, à nouveau à coup d’intimidation et de terreur.
Tout est millimétré :
d’abord une euphémisation de l’enjeu (l’urgence à inclure dans le jeu politique des étrangers qui en sont exclus, et notamment ces malheureux chibanis évoqués plus haut par notre éditocrate), réduit ici au rang de sujet de causerie pour diner en ville (cf. ce répugnant « Voilà qui soulève des questions passionnantes » !) ;
ensuite un nouveau « Mais » qui ne dit pas son nom (« Reste à savoir s’il est urgent d’y répondre. ») ;
ensuite une question rhétorique, taillée sur mesure pour dicter une seule et « évidente » réponse (« Traversons-nous une période où la mondialisation est vécue comme heureuse… » : évidemment que non !) ;
ensuite une thèse implicite beaucoup moins évidente mais présentée comme telle, dans la foulée de la première, et qui passe en contrebande au détour d’une fin de phrase (« … au point de donner l’envie de s’ouvrir et de s’adapter », sous-entendu : seul un partisan optimiste de la mondialisation libérale peut être assez « ouvert » pour accepter que des étrangers votent [8]) ;
ensuite une seconde question rhétorique, qui construit une nouvelle fausse alternative (puisqu’elle oppose, comme deux hypothèses « contraires », l’hypothèse d’une mondialisation heureuse et celle d’un « repli xénophobe » inéluctable « en temps de crise ») ;
une ultime fourberie enfin, consistant à nous dicter une réponse unique sans le dire, et même en prétendant ne pas le faire (que chacun se fasse « son idée » nous dit en substance Soeur Caroline, mais attention : la seule « idée » digne de ce nom sera celle qui a su « tenir compte » du « contexte » – un « contexte » apocalyptique que les phrases précédentes ont construit de toutes pièces.
Cette accumulation de stratégies rhétoriques malhonnêtes et rétrogrades, cette manière d’édicter la « seule politique raisonnable » tout en simulant le « simple éclairage objectif qui laisse chacun maître de son choix », cette façon de biaiser, digresser, emprunter mille et un détours rhétoriques tout en intitulant sa chronique « Sans détour » (si, si : elle a osé !), cette façon de crier au loup et d’entonner le refrain de « l’opinion pas prête » à l’heure précise où l’opinion manifeste massivement qu’elle est prête, bref : cette manière de nous vendre sans le dire un « Caroline n’est pas prête » en se défaussant sur une pauvre populace précaire qui n’aurait pas le petit cœur de gauche de Sœur Caro, cette manière enfin de justifier un statu quo xénophobe en accusant ceux qui le combattent de « générer » de la xénophobie, tout cela fait de ces cinq dernières phrases de Caroline Fourest ce que j’ai lu de plus pervers et de plus odieux depuis assez longtemps.
Ce dernier jugement est subjectif. Ce qui en revanche est objectif, ce qui est même arithmétique si l’on met l’hallucinante conclusion fourestienne en regard avec les résultats détaillés du sondage BVA, c’est que la « jeune, belle et rebelle » Caroline Fourest, avec son petit cœur de gauche, sa grande raison éditocratique et son « film sans concession sur Marine Le Pen », défend, de facto, la cause des commerçants retraités qui votent Front National.
notes
[1] George Orwell, « La politique et la langue anglaise », dans Tels étaient nos plaisirs et autres essais, Éditions Ivrea, 2005
[2] CPPN, « Oui, certes… mais les Grecs sont quand même des salauds ! Soeur Caroline est de retour ».
[3] Roland Barthes, Mythologies, Rééd. Points Seuil, p. 144
[4] « La production de l’idéologie dominante », Actes de la recherche en sciences sociales, juin 1976, p. 46 et s.
[5] Cf. Martin Luther King, Lettre de la geôle de Birmingham :
« S’il ne défoule pas, par des voies non violentes, ses émotions réprimées, celles-ci s’exprimeront par la violence. Ce n’est pas une menace mais un fait historique. Je n’ai pas demandé à mon peuple :« Oublie tes sujets de mécontentement. » J’ai tenté de lui dire, tout au contraire, que son mécontentement était sain, normal, et qu’il pouvait être canalisé vers l’expression créatrice d’une action directe non violente. C’est cela qui est dénoncé aujourd’hui comme extrémiste.
Je dois admettre que j’ai tout d’abord été déçu de le voir ainsi qualifié. Mais en continuant de réfléchir à la question, j’ai progressivement ressenti une certaine satisfaction d’être considéré comme un extrémiste.
Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour – « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent » ?
Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice – « Que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable » ?
(…)
Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste – « Notre nation ne peut survivre mi-libre, mi-esclave » ?
Thomas Jefferson n’était-il pas un extrémiste – « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux » ?
Aussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoirquelle sorte d’extrémistes nous voulons être. Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ? »
[6] Albert O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Fayard, 1991
[7] Oui, parfaitement : de même qu’il existe des cœurs grenadine, il existe des concepts mayonnaise.
[8] Alors qu’il est assez probable qu’on trouve, dans l’électorat UMP, de larges franges d’électeurs favorables à la mondialisation libérale, pas trop inquiétés par la crise, et farouchement opposés au droit de vote des étrangers ; et réciproquement qu’on trouve des « anti-mondialisation » ou des « inquiets » parmi les 75% d’électeurs de gauche, les 60% d’ouvriers et les 68% d’employés qui sont favorables à ce vote des étrangers.
http://lmsi.net/Retour-de-flamme
De la pub sur un media alter !!! Et pourquoi pas du Nutella sur Indy nantes tant que t’y es Monsieur le poète ? Et d’abord, on t’a sifflé ? C’est hors-charte pro-choix ?
Oui, en effet, Prochoix, comme tous les médias de la pensée dominante, devrait être hors charte dans n’importe quel média alter.
C’est une honte de le retrouver sur Indymedia alors que des trolls essaient d’y faire interdire Le Grand Soir ou Info-Palestine.
“C’était le 25 mars dernier, dans les salons capitonnés de l’Assemblée nationale. Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hebdo et au Wall Street Journal, « militante féministe, anti-fasciste et libertaire » comme elle se définit elle-même, recevait des mains du progressiste Jean-Louis Debré le « prix du livre politique 2006 ». Une distinction prestigieuse, comme l’atteste le profil des lauréats précédents : Denis Tillinac (2005), Fadela Amara (2004), Alexandre Adler (2003), Laurent Joffrin (2002)… On comprend l’émotion de la militante. Sur le site web de l’Assemblée, on la voit échanger des sourires fondants avec l’ex-ministre de l’Intérieur, celui qui déclarait après l’expulsion des sans-papiers de Saint- Bernard en 1995 : « Est-ce que vous acceptez que des étrangers viennent chez vous, s’installent chez vous et se servent dans votre frigidaire ? Non, bien évidemment ! Eh bien c’est pareil pour la France. » Caroline Fourest, elle, n’était pas venue piller le frigo de l’Assemblée, mais serrer la louche de son président et remercier les membres du jury – Arlette Chabot, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Bernard Guetta, Laurent Joffrin… – pour leur courageux soutien à la résistance. Donnedieu de Vabres, ministre du Rétrecissement des intermittents, et Louis Schweitzer, l’ex-PDG humaniste de Renault, étaient là aussi pour l’applaudir. Ne manquait que son maquignon de chez Grasset, BHL, co-signataire avec elle d’un héroïque « manifeste contre le nouveau totalitarisme ». Celui des islamistes, bien sûr.
Car personne ne saurait ignorer que c’est là le grand combat du nouveau siècle : la lutte sans merci contre le monstre barbu qui cogne à nos portes et sape nos valeurs. Caroline Fourest, c’est un peu la Jeanne d’Arc de cette affaire-là. Soulevant les barbes comme un entomologiste soulève les cailloux, elle débusque les termites qui grignotent les fondations de la pôvre maison France : tous les musulmans qui ne lisent pas Charlie, mais aussi leurs complices, ces « islamo-gauchistes » qui fourmillent à Attac, à la LDH, au Mrap, à l’École pour tous… Leur crime ? Avoir cédé à la « tentation obscurantiste » (pour reprendre le titre du bouquin primé à l’Assemblée) en s’inquiétant par exemple du sort des fillettes voilées exclues de l’école, ou en taillant un bout de gras avec Tariq Ramadan. Le prédicateur suisse est certes bien mal placé pour incarner les masses opprimées, et on peut ironiser à bon droit sur les quelques altermondialistes qui le courtisent. Mais Caroline Fourest ne s’arrête pas là : pour elle, quiconque ne fait pas de l’anti-islamisme le coeur de ses obsessions a déjà franchi la ligne de front. Au prix d’un nombre incalculable d’impostures et de contre-vérités (répertoriées sur le site « Les mots sont importants »), la sainte croisée laïque voit des collabos partout. C’est grave, docteur ? Plutôt, oui. Avec la force de frappe que lui confère sa double appartenance à la « gauche citoyenne » et à la crème des matraqueurs d’opinion, Caroline Fourest contribue à populariser les mots d’ordre de l’Axe du Bien dans des milieux qui ne leur étaient pas naturellement réceptifs. Nouvelle marotte du bobo en battle-dress, l’idée se répand que l’islam est l’ennemi à abattre et que cette guerre-là justifie toutes les alliances : le Grand Duduche avec Jean-Louis Debré, la presse libre avec le Wall Street Journal, le tiers-monde avec le CAC 40, les pauvres avec les riches, les victimes de guerre avec George Bush, les antifascistes avec les anti-Arabes. « Plutôt mort que rouge », disait la droite au temps de la guerre froide. « Plutôt BHL que Barbès », lui répond l’idiote utile.”
http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article1083
Article mis en débat le temps de voire ce qu’on en fait collectivement. Du mal à en voire l’interêt sur un site comme Indy censé diffuser de l’info sur les luttes, d’autant plus qu’en on lit les diverses critiques qui ont pu être posté sur ce site par rapport à Caroline Fourest. Les frasques d’un procès entre 2 personnes pas franchement supportables n’ont peut-être pas grand choses à faire ici. D’autres avis?
y’a bon awards : nous votons fourest !
Manifeste pour le droit à l’humour, à l’irrévérence et à l’antiracisme
Initié par une quinzaine d’écrivains, artistes, universitaires, notamment le rappeur Akhenaton, la cinéaste Claire Denis, la sociologue Christine Delphy, l’historienne Joan Scott et le philosophe Achille Mbembe, et déjà signé par une trentaine de chercheurs et d’activistes antiracistes, cet appel a été publié initialement sur Nouvelobs.com. Il constitue une réponse tout à fait bienvenue à la campagne de diffamation et de menaces judiciaires qu’a lancée l’étoile montante de l’éditocratie française, Caroline Fourest, suite à son triomphe aux Yabon Awards 2012. La journaliste trouvera donc, en bas de ce texte, la signature de 45 nouvelles victimes potentielles : 45 personnalités qui lui décernent un Yabon Award, et concluent : si c’est un délit, il faudra nous poursuivre aussi. Ce texte est ouvert à toutes les signatures, ici.
Depuis 2007, l’association Les Indivisibles lutte, par le biais de l’humour, contre les préjugés racistes. Entre autres actions, elle organise chaque année une cérémonie parodiant les Oscars ou les Césars pour décerner des “Y’a Bon Awards” aux personnalités politiques ou médiatiques qui ont, par leurs propos, contribué à diffuser, banaliser et/ou légitimer des préjugés. Or, pour la première fois depuis quatre années d’existence des Y’a Bon Awards, une lauréate tente de disqualifier et d’intimider par voie judiciaire une initiative qui s’est imposée, au fil des années, comme bienvenue et même salutaire.
Il s’agit de la journaliste et essayiste Caroline Fourest, à laquelle Les Indivisibles ont décerné une peau de banane dorée dans la catégorie “les Experts Chronikers” pour avoir dénoncé des “associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas”.
Dans un article d’une singulière violence, paru notamment sur le Huffington Post ( http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/les-ya-bo….html ), celle-ci ne se contente pas de traiter la journaliste Rokhaya Diallo, co-fondatrice des Indivisibles, en ennemie de la laïcité et en alliée des islamistes, l’accusant d’intelligence avec le gouvernement américain, en même temps que de se faire l’avocate du “terrorisme contre la presse”. Caroline Fourest va encore plus loin : elle qualifie les Indivisibles et leurs jurés de “salauds” et les soupçonne de s’apprêter à “payer le ticket de bus” à ceux qui rêvent de l’”emmener en forêt” pour la “bâillonner” ou la “lapider”.
Mais voici le plus grave : non contente d’injurier et de diffamer, Caroline Fourest annonce qu’elle attaque en justice Les Indivisibles pour… injure et diffamation !
La plainte annoncée vise aussi l’ensemble du Jury 2012 des Y’a bon Awards présidé par Gilles Sokoudjou, le président de l’association : les comédiens Jalil Lespert et Aïssa Maïga, les rappeurs Mokobé et Youssoupha, les écrivains Faiza Guène et Alain Mabanckou, les sociologues Jean Baubérot et Nacira Guénif, l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, la civilisationniste Maboula Soubahoro, les journalistes Florence Aubenas, Abdelkrim Branine, Sébastien Fontenelle et Frédéric Martel.
Face à ce précédent dangereux pour la liberté d’expression et le combat antiraciste, nous tenons à affirmer :
Qu’il est singulièrement contradictoire que Caroline Fourest, qui a vigoureusement soutenu la liberté d’expression au nom de l’humour lors de la diffusion des caricatures du prophète Mahomet par Charlie Hebdo, ne reconnaisse pas ce droit lorsqu’il est exercé par Les Indivisibles (et le fait qu’elle instrumentalise l’actualité, en s’indignant qu’on lui attribue ce prix “alors que la France pleurait les morts du tueur de Toulouse”, ne semble-t-il pas donner raison, a posteriori, aux jurés ?) ;
Que le délit de lèse-journaliste n’existe pas davantage que le délit de lèse-majesté ou le délit de blasphème, et que la liberté d’expression implique donc aussi la liberté d’exprimer des griefs à l’encontre de Caroline Fourest ;
Que Caroline Fourest, chroniqueuse au Monde et à Radio France, invitée régulière de la plupart des grands médias, bénéficie d’une surface médiatique considérable qui lui offre toute latitude pour user de sa propre liberté d’expression en contre-argumentant, au lieu d’étouffer celle des Indivisibles et de leurs jurés au moyen d’une procédure judiciaire éprouvante et coûteuse ;
Que le point de vue, pourtant largement présent parmi les militants antiracistes et les universitaires, selon lequel, au nom de la laïcité, Caroline Fourest contribue depuis des années à donner un visage respectable à des stéréotypes anxiogènes sur l’islam et les musulmans, n’a quasiment jamais droit de cité dans ces grands médias qui lui offrent régulièrement une tribune ;
Qu’il est dans ces conditions particulièrement choquant de contester à des artistes, des intellectuels et des militants antiracistes cette liberté d’expression minimale : le droit d’épingler cette journaliste, le temps d’une cérémonie humoristique.
C’est pourquoi nous soussignés tenons à manifester notre solidarité avec Les Indivisibles et avec les jurés des Y’a Bon Awards 2012. Si Caroline Fourest s’octroie le droit de taxer les Indivisibles de racisme (“Quand l’antiracisme devient racisme”, écrit-elle de façon parfaitement aberrante), pourquoi les Indivisibles n’auraient-ils pas celui de lui décerner une peau de banane dorée parfaitement méritée ?
Nous exprimons donc notre solidarité avec Les Indivisibles en décernant, nous aussi, un Y’a Bon Award à Caroline Fourest. Et si c’est un délit, il faudra nous poursuivre avec les jurés.
Pour signer ce texte, cliquer ici.
p.-s.
Premiers signataires :
Akhenaton, artiste
Kader Aoun, producteur
Alain Brossat, professeur de philosophie émérite, Université Paris 8
Christine Delphy, chercheuse au CNRS
Claire Denis, cinéaste
Nicolas Fargues, écrivain
Eric Fassin, sociologue, Paris 8
François Gèze, éditeur
Achille Mbembe, professeur de science politique à l’université du Witwatersrand, Johannesburg
Léonora Miano, écrivaine
Océanerosemarie, “la lesbienne invisible”, humoriste
Joan W. Scott, historienne, Institute for advanced Study, New York
Todd Shepard, Associate Professor of History, Johns Hopkins University, Baltimore
Ann Laura Stoler, professor of anthropology and history, The New School for Social Research
Mehdi Thierry
Zebda, artistes
Ainsi que :
Pierre Tevanian, philosophe, co-animateur du collectif Les mots sont importants
Sylvie Tissot, sociologue, militante féministe, co-animatrice du collectif Les mots sont importants
Houria Bouteldja, porte-parole du PIR
Thomas Deltombe, essayiste
Karima Delli, députée européenne EELV
Faysal Riad, professeur
François Burgat, politologue
Catherine Samary, universitaire
François Cusset, universitaire, Paris 9
Louis-Georges Tin, maître de conférences, Université d’Orléans
Said Bouamama, sociologue
Eyal Sivan, cinéaste – University of East-London
Henri Braun, avocat
Mahamadou Lamine Sagna, sociologue (Université de Princeton)
Jim Cohen, universitaire
Monique Crinon, philosophe
Alima Boumédiene-Thiery, juriste et ex parlementaire
Vincent Geisser, président du Centre d’information et d’étude sur les
migrations internationales (CIEMI).
Véronique Rieffel auteure et commissaire d’exposition
Stéphane Lavignotte, pasteur
Pascal Boniface, geopolitologue, Paris 8
Patrick Singaïny, intellectuel réunionnais
Almamy Kanouté, tête de liste Emergence
Joëlle Marelli, philosophe
Raphaël Liogier, directeur de l’observatoire du religieux
Pierre Sally, historien
Rada Iveković, philosophe
http://lmsi.net/Y-a-Bon-Awards-nous-votons-Fourest
Marine Le Pen – Caroline Fourest : « le couple infernal », par Pascal Boniface
Lors de l’émission de France 2 « Des paroles et des actes » du 23 juin 2011, Marine Le Pen a notamment été confrontée à Caroline Fourest.
Cette dernière essaie de faire oublier la stigmatisation de l’islam à laquelle elle doit sa gloire médiatique, en en faisant désormais le reproche à Marine Le Pen. Alors que dans Le Nouvel Observateur, Caroline Fourest plaide pour « analyser et non banaliser » le Front national, elle s’est finalement contentée sur le plateau de France 2, de rejouer le discours inefficace de la diabolisation de ce parti, au lieu de développer des arguments de fond qui permettent pourtant aisément de pointer les absurdités et les dangers programmatiques du FN.
Cette technique de diabolisation médiatique du FN s’est montrée depuis longtemps inefficace et n’a pas empêché Jean-Marie Le Pen de figurer au 2e tour de la présidentielle en 2002. Caroline Fourest, en utilisant des arguments mal construits et souvent anecdotiques, reproduit les mêmes erreurs que ses prédécesseurs, et contribue finalement à servir Marine Le Pen dans sa dénonciation de la connivence des élites.
Mais Caroline Fourest mène une politique qui se nourrit de sa défaite. Tel un couple infernal, plus l’ascension médiatique de Marine Le Pen est importante, plus Caroline Fourest peut espérer se présenter comme un rempart utile contre une menace qu’elle contribue à renforcer.
Enfin, une fois de plus, Caroline Fourest a utilisé hier soir à mon égard des arguments calomnieux, en me traitant de « pro-islamiste ». Une fois encore, elle accuse sans preuves au lieu de répondre aux critiques argumentées que je fais de son discours dans mon livre Les intellectuels faussaires.
Sur la base de quelle déclaration mienne ou quel écrit se fonde-t-elle pour dire que je suis pro-islamiste ? Evidemment aucune. Mais Caroline Fourest ne s’embarrasse jamais de telles exigences préalables lorsqu’elle décide de lancer ses fatwa.
Texte suivant publié dans l’hebdomadaire Politis, le 23 juin 2011.
Marine Le Pen, l’ennemie utile de Caroline Fourest
« Tel est pris qui croyait prendre ». Caroline Fourest, qui a bâti sa gloire médiatique depuis quelques années sur la stigmatisation de l’islam au nom de la laïcité, s’est vu doublée sur son propre terrain par Marine Le Pen. Un peu gênant pour une femme qui se revendique de gauche. La rhétorique de Caroline Fourest, affirmant dénoncer tous les intégrismes mais concentrant ses attaques sur les musulmans, commençait à être un peu trop visible. Son livre sur Marine Le Pen lui donne l’occasion de faire une opération de blanchiment politique. Il a d’ailleurs bénéficié d’une promotion quasi BHLienne. La semaine de la sortie de son livre, Caroline Forest a trusté radios, plateaux télé, comptes rendus de presse écrite, à peu près dans les mêmes proportions dont bénéficient les livres de Bernard Henri Lévy, par ailleurs l’un de ses mentors. Comme pour BHL, les journalistes ont interrogé l’auteur, non pas sur le livre qu’ils n’avaient pour la plupart pas lu, mais sur le sujet du livre : Marine Le Pen.
Cette promotion permet à Caroline Fourest de redorer son blason de gauche et de faire oublier son indignation sélective à l’égard de l’islam.
Il est amusant de lire page 148 que « Marine Le Pen aurait mis au point une laïcité à tête chercheuse visant uniquement l’islam. » Car c’est exactement le reproche régulièrement adressé par ceux qui, contrairement à ses thuriféraires, ont étudié les différents écrits et déclarations de Caroline Fourest. Il est également réjouissant de lire page 225 « Pourquoi le revirement de Marine Le Pen sur la laïcité ? Tout simplement parce que ces thèmes sont très porteurs. » Le reproche d’opportunisme que Fourest adresse à Marine Le Pen pourrait aisément lui être renvoyé. De même, lorsqu’elle reproche à Marine Le Pen de comparer les prières de rue des musulmans à une forme d’occupation, elle semble avoir oublié qu’elle les présentait, dans un article du Monde de juillet 2010, au prosélytisme pratiqué par le FIS qui marquait ainsi son territoire.
Le livre épais n’est pas une réelle biographie de Marine Le Pen, pas plus qu’un examen minutieux du programme du Front National. Il s’agit plus d’une galerie de portraits des différents dirigeants du Front National, tendant à montrer qu’au-delà de l’image de modernisme affichée par Marine Le Pen, les vieux fachos sont toujours présents.
Au-delà de l’aspect « blanchiment » il y a une grande impasse dans le livre. Comment expliquer le succès du Front National et de Marine Le Pen ? Il ne suffit pas de dire qu’elle paraît sympathique et masque ainsi le véritable visage du Front National. Ce n’est pas parce que c’est une femme blonde qui peut demander des clopes à son interlocuteur que Marine Le Pen est populaire. La question sociale est dramatiquement absente du livre de Fourest, en digne émule de BHL. À aucun moment Caroline Forest se demande pourquoi la dénonciation des élites et de leur connivence, de leur oubli des classes populaires,
est l’une des clés du succès de Marine Le Pen. Parce que là aussi elle pourrait se renvoyer la question à elle-même.
http://pascalbonifaceaffairesstrategiques.blogs.nouvelo….html
Ho mais que voilà une belle ribambelle de données absolument inutiles, entre l’article et certains commentaires, sur un site comme indy nantes, qui, faut-il le rappeler, est là pour visibiliser les luttes sociales dont on ne parle pas ailleurs : promo, trituration de nombril, limite fausse polémique… on se croirait sur une émission tv à la morandini !!! Ha si, je suis de mauvaise fois, j’ai appris au passage plein de noms de personnes dont je me contrefous !
En contrepoint aux délires du guignol ( ça rime comme quoi déjà ?) de service, on lira ceci :
« ProChoix est une revue d’investigation, de réflexion et d’analyse au service de la défense des libertés individuelles menacées par l’essentialisme, le racisme, l’intégrisme et toute idéologie totalitaire ou anti-choix »
http://www.prochoix.org/cgi/blog/
On peut aussi s’interroger sur l’intérêt de ne pas diffuser les infos factuelles que le texte proposé contient. Elles sont pourtant plus qu’intéressantes pour tout antifasciste qui se respecte. Mais bon ….
prochoix : le choix de la calomnie
À propos d’un tissu de mensonges intitulé “Pierre Tevanian ou la gauche pro-voile”
par Pierre Tevanian
Fiammetta Venner et Caroline Fourest, animatrices de la revue ProChoix, ont diffusé sur internet un communiqué de deux pages intitulé ” Pierre Tevanian ou la gauche pro-voile “, qui est, sans exagération, un tissu de mensonges : une trentaine de contre-vérités en moins de deux pages ! Pour perdre le moins de temps possible, Pierre Tevanian a choisi de ne pas exprimer ce que lui inspirent les procédés de ces deux personnes, et de ne pas s’interroger sur leurs motivations. Il se contente donc de reprendre ligne à ligne leur communiqué (reproduit ci-dessous en caractères gras), en signalant chaque contre-vérité, et en apportant à chaque fois les éléments objectifs qui permettent de les réfuter.
Pierre Tevanian ou la gauche pro-voile (1)
(1) Faux. La pétition à laquelle j’ai participé, et qui s’intitule ” Oui à la laïcité, non aux lois d’exception “, est extrêmement claire sur ce point : il y est dit, dès le second paragraphe : ” Nous ne sommes pas des “partisans du voile” “.
Je n’ai cessé de le répéter dans tous les textes que j’ai écrits depuis. Tout en insistant sur la multiplicité des motivations animant les jeunes filles voilées, tout en rappelant que le foulard n’empêche pas tout processus d’émancipation de la part de ces filles, et tout en affirmant même que le foulard est parfois une arme dont elles se servent pour gagner des espaces de liberté, j’ai dit ou écrit à plusieurs reprises que les discours justifiant le port du foulard au nom d’impératifs de ” pudeur ” et de ” protection face au désir masculin ” expriment une vision inégalitaire du rapport hommes-femmes, qui n’est pas la mienne.
Tout cela, les animatrices de Prochoix le savent très bien, puisqu’elles ont publié la pétition ” Oui à la laïcité, non aux lois d’exception ” dans le numéro 25 de leur revue, en juin 2003, accompagnée de la mise au point que j’avais adressée au journal Libération pour protester contre le titre choisi par Jean-Michel Helvig : ” Oui au foulard à l’école laïque “, et contre un texte où Elsiabeth Roudinesco qualifiait les signataires de la pétition de ” partisans du voile “. Dans cette mise au point, j’écrivais notamment ceci :
” Pour les féministes que nous sommes, ce procédé est de sinistre mémoire : ce sont les lobbies “anti-avortement” qui en ont usé, lorsqu’ils ont nommé “partisans de l’avortement” celles et ceux qui soutenaient en réalité le droit à l’avortement. Il en va de même aujourd’hui : nous ne militons pas pour que les collégiennes ou les lycéennes portent le foulard, mais pour que celles et ceux qui le font ne soient pas privées de la possibilité d’étudier. La différence est de taille. ”
Enfin, dans l’un des paragraphes du texte que je leur avais proposé pour leur revue, je ré-expliquait tout cela. Ce paragraphe était intitulé, de manière à mon sens suffisamment claire : ” Il ne s’agit pas de défendre le voile “.
On savait déjà Pierre Tévanian suffisamment peu féministe pour avoir rédigé
un texte odieux sur le “féminisme à visage inhumain” (2) (parce qu’anti-voile !) (3)
ayant trôné tout l’été à la une du site de l’UOIF (4).
(2) Faux. Sans discuter du qualificatif ” odieux ” qui engage la subjectivité de chacun (sur ce point je ne peux que renvoyer à la lecture du texte incriminé, pour que chacun se fasse son idée), je me contenterai de souligner ce fait objectif : contrairement à ce qu’écrivent ici Caroline Fourest et Fiammetta Venner, ce n’est pas ” le ” féminisme ” que je qualifie d’inhumain dans le texte en question, mais ” un ” féminisme. Le texte se nomme en effet ” Un féminisme à visage inhumain “, et il ne vise qu’une toute petite partie du champ féministe : un unique article publié dans Le Monde par Anne Zelensky et Anne Vigerie. Ce qui est qualifié d’inhumain, ce n’est évidemment pas le souci de l’égalité entre hommes et femmes, que je partage et que je ne cesse de réaffirmer dans le texte en question, mais seulement les moyens que préconisent Anne Zelensky et Anne Vigerie pour y parvenir : l’interdiction et l’exclusion, qui condamnent des jeunes filles en formation à une très probable ” mort scolaire “. Je précise d’ailleurs en fin d’article que le ” visage inhumain ” de ce féminisme est un visage ” auquel nous ne sommes pas accoutumés ” de la part de féministes. Comme brulôt anti-féministe, on fait mieux !
Voici, pour conclure sur ce point, comment s’ouvre ce texte paraît-il tellement “odieux ” :
” Dans l’appel “Laïcardes, puisque féministes”, lancé dans Le Monde, Anne Vigerie et Anne Zelensky, instituent un rapport de stricte équivalence entre le féminisme, la laïcité et l’exclusion des élèves “voilées”. Nous contestons cette ” évidence ” : pour notre part, nous sommes “contre l’exclusion, puisque laïques et féministes”. ”
On savait déjà Pierre Tévanian suffisamment peu féministe pour avoir rédigé
un texte odieux sur le “féminisme à visage inhumain” (2) (parce qu’anti-voile !) (3)
ayant trôné tout l’été à la une du site de l’UOIF (4).
(3) Faux. Dans mon texte ” Un féminisme à visage inhumain “, la position d’Anne Vigerie et Anne Zelensky n’est pas critiquée ” parce qu’anti-voile “, mais parce qu’elle est pro-interdiction et donc pro-exclusion. Voici, pour ceux qui en douteraient, un autre extrait de ce texte :
” être athée, et penser qu’un monde sans religion est souhaitable, est une position légitime ; mais imposer cet horizon comme un préalable, faire de l’éradication de toute croyance religieuse une règle de droit positif, c’est la définition même d’une logique totalitaire. ”
Là encore, comme credo ” pro-voile “, on fait mieux.
On savait déjà Pierre Tévanian suffisamment peu féministe pour avoir rédigé
un texte odieux sur le “féminisme à visage inhumain” (2) (parce qu’anti-voile !) (3)
ayant trôné tout l’été à la une du site de l’UOIF (4).
(4) Mensonge par omission. Avant d’entrer en conflit avec moi, alors que la publication d’un de mes textes dans leur revue était encore envisagée, les responsables de Prochoix m’ont demandé de m’expliquer sur la publication du texte ” Un féminisme à visage inhumain ” par le site de l’UOIF. Je leur ai répondu que cette publication s’était faite à mon insu, et que j’avais demandé à l’UOIF de retirer le texte. J’ai ensuite publié un communiqué signé Collectif Les mots sont importants, sur mon propre site, le 3 octobre 2003, où je rappelle tout cela et où je dis notamment :
” Nous sommes des militant-e-s laïques et nous nous sommes engagés à de nombreuses reprises contre toutes les discriminations et en faveur de l’égalité radicale entre les sexes et les sexualités – notamment en faveur du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Nous n’avons donc aucune affinité ni avec l’UOIF ni avec les thèses que peut soutenir cette organisation. ”
Tout cela, Caroline Fourest et Fiammetta Venner le savent, mais ne le disent pas.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(5) Flou. Que signifie ” proche du MIB ” ? Les responsables de ProChoix ne le précisent pas. Pour elles, cette proximité est un fait, et un fait suffisamment disqualifiant pour se passer de commentaires. Il se trouve que cette imputation ne me gène pas outre mesure. Sans avoir aucun lien organique avec le MIB, je me reconnais dans les combats qu’il mène contre les discriminations, les violences et l’impunité policières, ou encore contre la double peine. Afin de faciliter le travail de renseignements de ProChoix, je peux même ajouter que j’ai travaillé avec (entre autres) des membres du MIB à l’organisation d’un forum contre les violences policières et sécuritaires en mai 2002. Mais je n’en rougis pas.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(6) Flou. Le caractère immédiatement disqualifiant de ma supposée proximité avec le MIB apparaît dans cette seconde affirmation, tout aussi floue que la précédente : le MIB serait ” de plus en plus séduit ” par Tariq Ramadan. Là encore, aucun élément factuel ne vient pour étayer l’accusation.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(7) Faux. La formule ” pour avoir initié ” établit un rapport de cause à effet entre ma proximité supposée avec le MIB (et celle, indirecte et insinuée, avec Tariq Ramadan) et ma participation au lancement d’une pétition contre l’exclusion des élèves voilées. Or, aucun lien de ce type n’existe. Ce n’est pas avec le MIB, et encore moins avec Tariq Ramadan, avec qui je n’ai aucune relation, que j’ai initié cette pétition, mais avec des enseignants, des éducateurs, des parents d’élèves et des militant-e-s féministes d’horizons divers – et cela, les responsables de ProChoix le savent également, puisque dans un texte que je leur ai adressé, qu’elles ont lu (et qu’elles ont dans un premier temps accepté de publier sous réserves de réduction du format), figurait cette précision :
” Dans le numéro 25 de Prochoix, l’appel ” Oui à la laïcité, non aux lois d’exception “, opposé à l’exclusion, a été présenté par erreur comme un texte ” d’intellectuels “, ” initié par Pierre Tévanian “. Il s’agit en fait d’une pétition initiée par un groupe d’enseignant-e-s, d’éducateurs, de militant-e-s associatifs laïques et de féministes. La rédaction du texte aussi bien que le recueil des premières signatures ont été un travail collectif, qui a impliqué notamment des militant-e-s d’Act Up, de Femmes Publiques et de l’Ecole des citoyens. ”
Il est vrai que parmi la trentaine de ” premiers signataires ” figurait un membre du MIB, et que par la suite deux autres membres du MIB ont signé la pétition, par ailleurs signée à ce jour par près de 2500 autres personnes ! Le MIB n’a par ailleurs pas signé l’appel en tant qu’organisation, contrairement à d’autres mouvements politiques issus de l’immigration comme l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), la FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives), Citoyennes des deux rives ou Femmes Plurielles. Quant à Tariq Ramadan, à aucun moment il n’a été associé à cette pétition.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(8) Faux. Les responsables de ProChoix me font apparaître comme l’unique initiateur de la pétition, alors même qu’elles savent depuis longtemps que ce travail a été collectif, et qu’il a associé de nombreuses personnes – plus difficilement disqualifiables, il est vrai, qu’un individu isolé. Je renvoie là encore à la mise au point citée dans le point (7).
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(9) Mensonge par omission. Il est vrai que la pétition est parue dans Libération sous le titre ” Oui au foulard à l’école laïque “, mais les responsables de ProChoix savent, pour l’avoir lue et publiée dans leur propre revue, qu’une mise au point rédigée par moi a été adressée à Libération (et publiée dans ce quotidien) pour protester contre ce titre, dont la paternité revient à Jean-Michel Helvig, responsable de la page ” Rebonds ” du journal. Le titre original était, comme je l’ai déjà dit, ” Oui à la laïcité, non aux lois d’exception “, et depuis mai 2003, sur le site ” les mots sont importants “, il est précisé, en introduction au texte, que le titre de Libération est un titre dans lequel les initiateurs de l’appel ” ne se reconnaissent pas “. Il aurait été honnête de le rappeler ; ProChoix a préféré m’attribuer la paternité de ce titre ambigü, seul élément à charge pour faire de moi un ” pro-voile “.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(10) Faux. Tout d’abord ce n’est pas une manifestation mais un simple rassemblement de soutien qui a eu lieu devant le lycée Henri Wallon d’Aubervilliers. Ensuite, comme pour la pétition, je suis loin d’être le démiurge tout-puissant que décrivent les responsables de ProChoix : la mobilisation et le rassemblement de soutien à Alma et Lila Lévy, élèves voilées exclues pour simple port d’un foulard, a été un travail collectif auquel j’ai pris part, mais qui n’est pas mon œuvre propre. Parmi les principales organisations appelant à ce rassemblement, il y avait certes le modeste collectif Les mots sont importants, que je co-anime avec Sylvie Tissot, mais également les JCR, Socialisme par en bas, la FTCR, l’ATMF, le MIB ou encore le groupe féministe Femmes Publiques.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(11) Faux. Je suis très loin de réduire le combat que je mène depuis plus de six mois contre l’exclusion des élèves voilées à une ” guerre contre l’islamophobie “. Sans partager la vision de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, qui veulent proscrire le terme même d’” islamophobie ” sous prétexte que des fondamentalistes s’en servent pour disqualifier tout discours critique les concernant, je n’ai que très rarement prononcé ce terme d’islamophobie. Je passe mon temps depuis six mois à préciser que je ne considère pas tous mes adversaires comme des racistes ; j’ai notamment écrit, dans le texte intitulé ” Éclaircissements ” que j’avais adressé (en vue d’une publication) à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, qu’au delà de la lutte nécessaire contre l’islamophobie, j’ai bien d’autres raisons de m’opposer à l’exclusion des élèves voilées : en tant qu’enseignant, en tant que laïque, et en tant que féministe. C’est sur ces trois registres que j’ai construit toute mon argumentation contre l’exclusion, sans jamais traiter personne d’islamophobe (cf. notamment le texte ” Eclaircissements “, écrit pour la revue ProChoix, ou encore l’argumentaire en 15 points qui figure dans la rubrique ” Des mots importants “, à l’entrée ” Laïcité “).
J’ai déjà dit (dans le texte ” Pieux mensonges “) que non seulement je n’ai jamais traité Caroline Fourest et Fiammetta Venner d’islamophobes par écrit ou par oral, mais que je ne le pense même pas en mon for intérieur. Pourtant, ces deux personnes passent leur temps à me reprocher de telles attaques, et à y répondre en produisant des gages de ” non-islamophobie ” (leur combat contre les cléricalismes et les intégrismes chrétien et juif, leur amitié politique avec des ” musulmans modérés ” ou ” libéraux “…) que personne ne leur demande – en tout cas pas moi.
Pourquoi ? Deux réponses sont possibles : l’une, malveillante, peut être résumée par le proverbe ” qui se sent morveux, se mouche ” ; l’autre, que je préfère, renvoie à des questions de stratégie argumentative : il est plus commode de répondre à une accusation absurde, que je ne formule pas (en tout cas pas à l’égard de ProChoix), que de répondre aux questions que je pose vraiment – notamment celle-ci, que je pose et repose depuis plus de six mois, et sur laquelle les 220 pages prohibitionnistes publiées dans les numéros 25 et 26 de ProChoix sont singulièrement muettes : que devient une fille voilée après son exclusion hors de l’école publique ?
J’en profite pour le redire une dernière fois : je ne considère pas Fiammetta Venner et Caroline Fourest comme des islamophobes ; j’affirme en revanche, au regard de leur communiqué ” Pierre Tévanian ou la gauche provoile ” (et plus précisément de la trentaine de points que je commente en ce moment), que ce sont des menteuses.
On le savait suffisamment
proche (5) du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues de plus en plus
séduit (6) par Tariq Ramadan) pour avoir (7) initié (8) la pétition “Oui au foulard dans
l’école laïque” parue sous ce titre dans Libération (9) avant l’été, pour avoir
organisé une manifestation (10) de soutien aux soeurs Lévy, et pour avoir déclaré
la guerre à ce qu’il appelle l’”islamophobie” (11) des “croisés d’une laïcité qui
exclut” (sic) (12).
(12) Citation frauduleuse. Fiammetta Venner et Caroline Fourest me font dire ici quelque chose que je n’ai jamais dit, en collant bout à bout deux formules issues de deux textes différents. En effet, elles font comme si j’avais dit que ” les nouveaux Croisés d’une laïcité qui exclut ” étaient islamophobes. Or, dans le texte où j’emploie cette formule ” nouveaux Croisés ” (un texte intitulé ” Foulard : le populisme contre le peuple “, en ligne dans la rubrique ” Des mots importants “, sous-rubrique ” Opinion “), le mot islamophobie est absolument absent – comme dans la plupart de mes textes consacrés à la question de l’exclusion des élèves voilées.
Après Ni putes ni soumises (13), Sami Naïr, Malek Boutih, Elisabeth Roudinesco ou
encore Patrick Weil (tous pris pour cibles sur son site “Les Mots sont
importants”), ProChoix figurait visiblement sur son agenda (14)… A croire que
tous les ennemis de Tariq Ramadan ou de l’UOIF sont aussi les siens (15), il nous
a harcellé (16) pendant des mois afin que nous publions un texte de son cru
(d’une cinquantaine de pages), un interminable procès d’intention en
“islamophobie” de la revue (17) sous prétexte de refuser une loi contre le voile.
(13) Faux. Contrairement à ce qu’affirment ici Caroline Fourest et Fiammetta Venner, je n’ai jusqu’à présent consacré aucun texte au mouvement Ni putes ni soumises. Sur les 200 articles publiés sur le site que j’anime avec Sylvie Tissot, et les dizaines d’articles que j’ai publiés en mon nom propre dans des journaux, je n’ai jusqu’à présent jamais rien écrit contre ce mouvement. Je mentionne seulement ce mouvement dans un de mes textes, intitulé ” La logique du bouc émissaire ” (en ligne dans la rubrique ” Des mots importants “, entrée ” Banlieue “), mais de manière très allusive (un paragraphe, sur un texte de 18 paragraphes !), et pas franchement hostile. Ce sont les grands médias qui sont les ” cibles ” de cet article, et du mouvement Ni putes ni soumises je ne dis que deux choses : d’une part que l’objet du mouvement (le sexisme en banlieue) est un objet dont la légitimité est indiscutable, d’autre part que les discours qui entourent ce mouvement sont critiquables.
Voici, pour qu’on en juge, le passage en question :
” C’est pourquoi, après l’arrivée à Paris de la Marche “ni putes ni soumises”, un certain nombre de questions demeurent. Celle de la condition des filles et des femmes en banlieue, bien entendu, mais également plusieurs autres, et en premier lieu celle de l’instrumentalisation et de la récupération. Il ne s’agit pas de contester la bonne foi des “marcheuses”, ni de mettre en doute leur capacité politique. Il s’agit encore moins de nier l’étendue et la gravité des problèmes de sexisme qui peuvent exister en banlieue, ni de décréter que ces problèmes sont secondaires par rapport à d’autres – comme le chômage, la précarité, la discrimination ou la violence policière. Il s’agit plutôt de s’interroger sur l’orientation que donnent à ce mouvement ses dirigeants, ses “parrains”, et plus encore les médias qui l’ont abondamment couvert et les hommes politiques qui l’ont unanimement salué. Car si on ne prend pas en même temps la mesure de ces violences dans tous les milieux, et si l’on ne relie pas les formes spécifiques du sexisme en banlieue aux formes spécifiques qui existent ailleurs et qui les nourrissent, alors la révolte des “marcheuses” risque fort de se trouver dans une impasse. En d’autres termes, il est à craindre que le soutien unanime dont ont bénéficié les “marcheuses” soit lourd de non-dits et d’arrières-pensées : sans doute l’émancipation des jeunes filles de banlieue passe-t-elle par des échanges vifs, voire des conflits ouverts, avec les garçons et les parents ; mais ces conflits ne seront productifs que si en sont clairement écartés, au préalable, les “parrains” bienveillants qui ont de tout autres raisons, bien moins avouables, de s’en prendre aux garçons et aux parents. Des raisons moins féministes qu’opportunistes, ou sordidement racistes. ”
Après Ni putes ni soumises (13), Sami Naïr, Malek Boutih, Elisabeth Roudinesco ou
encore Patrick Weil (tous pris pour cibles sur son site “Les Mots sont
importants”), ProChoix figurait visiblement sur son agenda (14)… A croire que
tous les ennemis de Tariq Ramadan ou de l’UOIF sont aussi les siens (15), il nous
a harcellé (16) pendant des mois afin que nous publions un texte de son cru
(d’une cinquantaine de pages), un interminable procès d’intention en
“islamophobie” de la revue (17) sous prétexte de refuser une loi contre le voile.
(14) Vision fausse et paranoïaque. Il est faux de dire que j’ai pu faire figurer ProChoix dans mon ” agenda “, puisque, comme je l’explique plus en détail dans le texte ” Pieux mensonges “, j’étais encore lecteur et même collaborateur de cette revue en mai dernier. Je n’ai fait que répondre l’été dernier (et d’une manière excessivement courtoise !) à un texte où, sans raison valable, Caroline Fourest et Fiammetta Venner qualifiaient mes positions de ” complices ” des intégristes, de ” racistes différentialistes “, et me comparaient à un partisan de l’Omerta sur le sexisme en banlieue. Je n’ai donc fait que répondre à une première agression. Je l’ai fait, qui plus est, en recherchant la conciliation, avec un texte policé, ne répondant pas sur le même ton, et en proposant d’ouvrir le dialogue dans leur propre revue. Si j’avais voulu ” me payer ” Caroline Fourest et Fiammetta Venner, et faire d’elles mes nouvelles ” cibles “, comme elles disent, je n’aurais pas pris la peine d’écrire un texte aussi retenu que celui que j’ai écrit (intitulé ” Eclaircissements “), ni perdu six mois à essayer de négocier sa publication dans leur revue : j’aurais écrit un pamphlet et je l’aurais mis en ligne immédiatement sur le site que je co-anime (avec Sylvie Tissot), et qui est très lu (sans doute autant, et peut-être même davantage, que ProChoix : une moyenne de 500 connexions par jour ces dernier mois, avec des pics à 800, 1000 voire 1200 connexions par jour).
Après Ni putes ni soumises (13), Sami Naïr, Malek Boutih, Elisabeth Roudinesco ou
encore Patrick Weil (tous pris pour cibles sur son site “Les Mots sont
importants”), ProChoix figurait visiblement sur son agenda (14)… A croire que
tous les ennemis de Tariq Ramadan ou de l’UOIF sont aussi les siens (15), il nous
a harcellé (16) pendant des mois afin que nous publions un texte de son cru
(d’une cinquantaine de pages), un interminable procès d’intention en
“islamophobie” de la revue (17) sous prétexte de refuser une loi contre le voile.
(15) Faux. Nous avons ici encore affaire à un effet de ” collage ”
frauduleux et à une stratégie d’insinuation. Le raisonnement est le suivant : je m’en prends à Sami Naïr, Malek Boutih, Elisabeth Roudinesco, Patrick Weil et ProChoix ; or, ces gens sont ” les ennemis de Tariq Ramadan ” ; donc je roule pour Tariq Ramadan et j’ai pour projet politique (inscrit dans un mystérieux ” agenda “) de prendre pour ” cibles ” tous les ennemis de Tariq Ramadan. Malheureusement, je me dois de préciser à nouveau que je n’ai aucun contact avec Tariq Ramadan, et que je n’ai jamais considéré les personnes citées ci-dessus comme des ” ennemis de Tariq Ramadan “. Je n’ai jamais rien lu d’elles concernant Tariq Ramadan, et c’est sur des questions précises que je les critique, dans lesquelles Tariq Ramadan n’a rien à voir : les textes où je m’en prends à Sami Naïr ou à Patrick Weil concernent leurs positions en faveur des lois Chevènement, et notamment leur justification de la double peine ; à Malek Boutih je reproche des prises de position sécuritaires ; à Elisabeth Roudinesco je n’ai consacré qu’un seul texte, co-écrit avec Sylvie Tissot, dans lequel nous lui reprochons des propos mensongers à notre égard ; et il en va de même avec ProChoix : les trois textes que moi ou Sylvie Tissot avons consacrés à Caroline Fourest et Fiammetta Venner sont tous des mises au point consécutives à des propos mensongers qu’elles ont tenu sur elle ou moi. Encore une fois, Tariq Ramadan n’a rien à faire là-dedans.
Après Ni putes ni soumises (13), Sami Naïr, Malek Boutih, Elisabeth Roudinesco ou
encore Patrick Weil (tous pris pour cibles sur son site “Les Mots sont
importants”), ProChoix figurait visiblement sur son agenda (14)… A croire que
tous les ennemis de Tariq Ramadan ou de l’UOIF sont aussi les siens (15), il nous
a harcellé (16) pendant des mois afin que nous publions un texte de son cru
(d’une cinquantaine de pages), un interminable procès d’intention en
“islamophobie” de la revue (17) sous prétexte de refuser une loi contre le voile.
(16) Faux. Animant un collectif dont le nom est Les mots sont importants, et prenant au sérieux la notion de harcèlement (notamment celle de harcèlement sexuel), je ne peux laisser galvauder cette notion en laissant dire que j’ai ” harcelé ” Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Je n’ai jamais rencontré physiquement ces personnes, je ne les ai jamais appelées au téléphone, je n’ai fait qu’échanger des mails avec elles en vue de la publication d’un texte dont elles m’avaient dit accepter le principe. Je renvoie à nouveau au texte ” Pieux mensonges “, où j’évoque plus précisément cet échange de mail. Je suis également près à communiquer, si nécessaire, l’ensemble de la correspondance, que j’ai conservée. Chacun pourrait alors constater que le ton est courtois de part et d’autre, et que c’est bien d’un échange qu’il s’agit : les mails se répondent (une dizaine de mails de part et d’autres sur une période d’environs trois mois), il n’y a pas d’avalanche de mails à sens unique de ma part, et à aucun moment Caroline Fourest ou Fiammetta Venner ne me demandent d’interrompre le dialogue. Comment, dans ces conditions, peut-on oser parler de harcèlement ?
http://lmsi.net/ProChoix-le-choix-de-la-calomnie,204
Caro a déjà bien assez accès aux médias pour qu’on laisse la place sur indy à des expressions moins répandues (c’est un peu le but du site au départ).