Lettre ouverte 

Pour la protection du site du Camp de la Pierre à Coudrecieux (Sarthe)

Le dimanche 31 Mai 2026, 150 personnes se sont rassemblées devant les grilles du Château de la Pierre à Coudrecieux (Sarthe) à l’appel des descendants d’internés « nomades » comme Ritchy Thibault et d’associations, notamment France, liberté, voyage.
Dans l’enceinte du château se trouvent les vestiges de l’ancien Camp de concentration de la Pierre, créé par l’administration française dans une ancienne verrerie, collaborant avec l’Allemagne Nazie, dès le mois de Novembre 1940 pour emprisonner les « nomades ». Près de 400 adultes et enfants y seront emprisonnés, surveillés par des gendarmes sous l’autorité du préfet, dans des conditions sanitaires effroyables. 80 ans après la libération des derniers Voyageurs, interné.es dans les camps jusqu’en juin 1946, les descendant.es des prisonniers et prisonnières de Coudrecieux et les associations présent.es demandent :
    – le classement au titre des monuments historiques et la protection du site, aujourd’huilaissé en ruines et à l’abandon. 
    –la conservation des exceptionnelles fresques peintes par les adultes et les enfants emprisonnés, 
    – la constitution d’un lieu de mémoire pour se recueillir et se souvenir du génocide en Europe et de l’internement brutal et mortel en France de 6 500 Gitans, Roms, Manouches, Sintis, Yeniches et Voyageurs.
Les Pays de la Loire sont particulièrement concernés par les camps de concentration des Voyageurs. Le camp de concentration de Montreuil Bellay (Maine-et-Loire), l’un des plus grands de France, suite à une lutte initiée par Jean-Louis Bauer, un ancien interné et un gros travail de documentation et de témoignage, est marqué par une stèle depuis 1988 et est même le sujet d’un programme archéologique depuis quelques années. À Montsûrs (Mayenne), une stèle mémorielle existe grâce à un professeur de collège et ses élèves et à Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) une stèle fut également apposée en 2019. Mais sur les sites de Mulsanne (Sarthe), Montsireigne (Vendée), Grez-en-Bouère (Mayenne) et donc de Coudrecieux (Sarthe), aucune stèle commémorative, aucun panneau, ne rappelle la mémoire des Voyageurs internées et déportées. Même sur le site souvent honoré de Choisel à Chateaubriand, il n’est fait aucune mention des « nomades » interné.es. Trop souvent les institutions mémorielles et patrimoniales laissent les associations et les descendant.es faire le travail de préservation, d’histoire et de mémoire. Il est temps que l’état et les collectivités sortent de leur torpeur !
Au milieu de ces lieux, le site de Coudrecieux est précieux et exceptionnel. Contrairement à beaucoup des sites cités précédemment, les bâtiments sont encore en élévation et les fresques présentes sont des témoignages directs et uniques d’une population française victime de l’état collaborationniste et toujours silencée de nos jours par les institutions. Nous nous joignons aux mots de Lise Foisneau, anthropologue, et de Ritchy Thibault, petit-fils d’une femme internée et écrivain, pour déclarer qu’il s’agit « d’un ensemble patrimonial quasiment inégalé pour l’histoire de l’internement des personnes dites « nomades » pendant la Seconde Guerre mondiale » et qu’il doit être « préservé et classé, [en] urgence [pour] qu’un véritable travail de mémoire et de préservation soit engagé« .
Nous, archéologues et travailleur.euses du patrimoine des Pays de la Loire, interpellons et alertons le ministère de la Culture, la DRAC des Pays de la Loire, la CRMH, l’UDAP de la Sarthe et le Service régional de l’archéologie, pour que le camp de la Coudrecieux, malgré le silence du propriétaire, ne disparaisse pas et que le site soit classé et protégé à des fins de conservation, d’études scientifiques et de mémoire. À l’heure où l’extrême droite menace de plus en plus les politiques culturelles et patrimoniales, la conservation du camp de Coudrecieux serait un geste fort de reconnaissance publique des persécutions des Voyageurs durant la Collaboration et au-delà, car les violences  perdurent encore aujourd’hui avec l’antitsiganisme quotidien. Nous apportons ainsi tout notre soutien aux associations de Voyageurs qui souhaitent faire entendre leur voix auprès d’institutions souvent bien trop sourdes à leurs revendications.
A Nantes, le 03/06/2026
Le Collectif de Lutte des Archéologues Nantais.es